vendredi 31 mai 2013

Mathieu Rosaz chante Barbara en cadeau pour le public du Centre d'Art et de culture de Meudon (92)

Mathieu Rosaz  n'imite pas ... il interprète. C'est encore du Barbara mais c'est déjà du Rosaz. C'est différent et c'est bien.

Cela fait plus de dix ans qu'il chante le répertoire de la Dame en noir mais je n'ai véritablement découvert cet artiste que ce soir. Il nous a donné plusieurs titres de son dernier album, Vivants Poèmes – Mathieu Rosaz chante Barbara, sorti en janvier 2013.

Son récital clôturait l'annonce de la programmation que Françoise Pointard réserve aux Meudonnais pour la saison 2013-2014 et auquel je consacrerai un billet spécifique très bientôt.

Vous pourrez tous vous sentir concernés car comme Mathieu l'a fait remarquer "Meudon n'est pas loin de Paris par le RER" en annonçant son intention d'y revenir bientôt. Il a véritablement enchanté la salle et les éloges ne tarissaient pas ensuite. On peut prédire qu'effectivement il y sera à l'affiche un autre soir.

Surtout ne vous fiez pas à ce que vous pouvez entendre de lui sur You tube où il y a de très mauvais enregistrements. Tant qu'à écouter des extraits faites le sur Deezer en vous laissant conduire via sa page Facebook. Les premières mesures de son album Vivants poèmes sauront vous convaincre.

Le titre est un hommage à la chanson Vivant poème que Jean-Louis Aubert avait écrite pour Barbara en 1996. C'est une des dernières qu'elle a interprétées car elle est décédée le 24 novembre 1997. Elle figurait en quatrième position sur la play-list du concert de ce soir.

Le texte, peu connu, résonne comme un testament :
Va ce monde je te le donne
Va jamais n'abandonne
(...)
Pars, le monde est un espoir
(...)
Je sais que le monde a des larmes
Qui parfois nous désarment
Mais il t'aimera comme tu l'aimes
(...)
La vie est un poème
Que tu vas écrire toi-même
Oui, pars, ce monde va le voir
Jamais ne perds l'espoir
(...)
La vie est un long je t'aime
Que l'on doit écrire soi-même
Va, jamais n'abandonne

Mathieu Rosaz  a commencé par une autre chanson, peu connue, mais cette fois parce que c'est une des plus anciennes, Chapeau bas, écrite et composée en 1964, et qui éclate de félicité  :

Est-ce la main de Dieu,
Est-ce la main de Diable
Qui a mis cette rose
Au jardin que voilà ? (...)

Vraiment, je ne sais pas
Mais pour cet amour-là
Merci, et chapeau bas !

Il enchaine avec Du bout des lèvres (1968) en nous rappelant que Barbara avait un vrai talent pour écrire des chansons d'amour.
Je vous dirai du bout des lèvres :
"Je vous aime du bout du cœur."
Et nous pourrons vivre mon rêve

On connait davantage le versant tourmenté de la chanteuse qui s'exprime dans Mon enfance (elle aussi de 1968)  et plus encore dans l'Aigle noir (1970). Egalement dans Le soleil noir (1968) qui décrit son combat contre la dépression malgré son intention de ne plus, jamais plus, vous parler de la pluie,
Plus jamais du ciel lourd, jamais des matins gris ...

Il y est question de pluie, comme elle en parlait déjà avec Nantes, même si ma préférée dans ce registre météorologique est Pierre, si joliment ciselée en 1964.

Le récital fut un exemple d'équilibre. Mathieu Rosaz alterna donc des titres très anciens, un peu oubliés (que j'avais eu le bonheur de redécouvrir ces derniers jours en écoutant la compilation sortie en 2007 par Mercury, un triple CD de ses plus belles chansons) avec des standards comme Dis quand reviendras-tu (1962) en nous rappelant qu'elle n'a commencé à glisser ses propres textes, au cabaret de l'Ecluse, qu'à la fin des années 50.  Elle avait laissé la primeur de la création à Cora Vaucaire, ne se sentant alors pas la carrure suffisante.

Mathieu enchaine les titres en finesse et en élégance. Avec simplicité aussi. Qu'il s'emmêle un peu les pinceaux dans les rimes et il s'arrête net, boit un verre d'eau et reprend sous les applaudissements. Et quand il fait une pause, ses musiciens et complices Michel Glasko (à l'accordéon) et Tony Ballester (à la contrebasse) jouent en douceur Ma plus belle histoire d'amour ... c'est vous (1967).

De retour parmi nous il chante Toi (1965) dont il a modifié le titre dans son album pour "A chaque fois". Parce que chaque fois qu'on parle d'amour c'est avec jamais et toujours.

Et puis Madame (1967) aux poignantes paroles sur l'annonce télégraphique d'un suicide, par celle qui vous a pris cet homme qu'elle n'a pas su garder. Le deuil est terrible à faire. La perte se répète.

La militante acharnée pour une vie qui serait éclairée par l'espoir resurgit avec une chanson vocalement difficile à interpréter (où bien sûr Mathieu excelle) Perlimpinpin (1972) :
Pour qui, comment quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C'en est assez de vos violences.
D'où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence. 

L'accordéon se tait pour Göttingen (1965), laissant la contrebasse répondre seule au piano. L'acoustique de la salle est parfaite. Le niveau sonore est impeccable (ce que souligneront les spectateurs à la sortie). La voix de Mathieu descend dans les graves sans forcer sur le vibrato. Il s'impose un rythme soutenu sans s'essouffler. Peut-être chante-t-il un peu plus vite que Barbara, et cela donne une autre teinte à ces airs que nous avons tant entendus.

Elle trouvait la guerre abominable, quelle qu'elle soit, et particulièrement la seconde guerre mondiale dont les horreurs étaient encore si proches. Le pardon n'était pas vraiment envisageable. pourtant lorsqu'elle arriva dans la petite ville allemande elle comprit qu'il était la seule issue et elle écrivit Göttingen en une nuit.

Barbara, si elle s'habillait de noir, n'était pas une triste personne. Quand elle chante le Mal de vivre, (1965), qui ne prévient pas quand il arrive, qui vient de loin ... elle conclue malgré tout par la joie de vivre. La voix de Mathieu est au bord de la brisure au début. Elle donne une pleine puissance à la fin pour la conclusion optimiste.

Le public enthousiaste a droit à Septembre (1965) et j'aurais terminé là, pour ces vers là, que je trouve de circonstance :

Il faut se quitter. Pourtant, l'on s'aimait bien.
Quel joli temps pour se dire au revoir.
Jamais les fleurs de Mai n'auront paru si belles.

C'est sans doute parce que notre accueil a été exceptionnellement chaleureux que nous eûmes droit à Une petite cantate (1999). Bien ingrat celui qui s'en plaindrait !

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