dimanche 5 mai 2013

Cheba Louisa, le premier film de Françoise Charpiat en avant-première


Je viens de voir Cheba Louisa, le premier film de Françoise Charpiat, en avant-première au Rex de Châtenay-Malabry (92), dans une cité jardin qui aurait pu être le décor du film si la réalisatrice n'avait pas découvert juste avant celle du Pré Saint Gervais (une commune touchant le 19ème arrondissement de Paris, mais à l'extérieur du périphérique).  

C'est un petit bijou et je ne pense pas que je serai très originale en clamant que cela va être un succès. Mais sait-on jamais. Le bouche à oreille est capital, surtout dans le cinéma. A quelques jours de l'ouverture du festival de Cannes vous allez entendre parler de bien d'autres films et celui-là il ne faudra pas attendre sa sortie en DVD pour avoir le plaisir de le voir.

Vous allez ressortir de la salle dopé pour reprendre les soucis, quels qu'ils soient, en les regardant avec une énergie nouvelle. Vous aurez aussi beaucoup ri. Un film français intelligent et drôle est à plébisciter !

Quand je dis français, c'est par opposition aux blockbusters américains. Parce que le film de Françoise Charpiat n'est pas franchouillard, loin de là. Il célèbre l'intégration dans le respect de la culture d'origine sans tomber en s'affranchissant du débat sur l'identité nationale. Et en cassant les stéréotypes. Le père est un employé municipal honorable et s'il y a bien un voleur (ou plutôt une voleuse) dans le film ce n'est pas celui qu'on pourrait attendre.
A 30 ans, Djemila (Rachida Brackni), juriste célibataire a enfin son propre appartement... à deux pas de chez ses parents. Française d'origine maghrébine, elle fait tout pour gommer ses origines. Emma (Isabelle Carré), sa voisine déjantée et fauchée, rame pour élever seule ses deux enfants. Alors que tout oppose les deux femmes, une amitié profonde va naître grâce à leur amour de la musique.
C'est un article de "Libération" à propos d'un cabaret algérien qui a donné l'idée à la réalisatrice. En s'y rendant avec Mariem Hamidat, qui allait devenir sa co-scénariste elle a apprécié l'atmosphère, s'y sentant aussi à l'aise que si elle avait écouté cette musique depuis l'enfance.

Jusque là Françoise Charpiat avait travaillé en tant que scénariste et metteur en scène, pour différentes séries télévisées comme Plus belle la vie, Clara Sheller ou encore Famille d'accueil. Elle a su s'entourer d'une équipe formidable. j'ai remarqué que la photo était signée Gérard de Battista, collaborateur régulier de Claude Lelouch ou Claude Miller, avec lequel il a tourné Thérèse Desqueyroux.

Elle a échappé à l'écueil du documentaire. Louisa n'existe pas dans la réalité. C'est un personnage inventé. "Cheba" signifie "jeune femme" ou "belle". Les décors eux sont parfaitement authentiques et les habitants de la cité du Pré saint Gervais ont été nombreux à faire de la figuration.

Avec sa scénariste elles ont pris des libertés avec les fêtes, substituant celle des drapeaux (totalement inventée) à celle des lumières. Nous sommes au cinéma et l'important est la signification des symboles, pas le respect dune réalité clivante.

Rachida Brakni joue à la fois le rôle de Djemila et celui de sa grand-mère, Louisa. Le film est profondément féministe, ce qui n'empêche pas d'aborder des sujets difficiles avec douceur et tendresse comme celui des mariages forcés. 
Baya Belal accompagnait Françoise. C'est une comédienne que l'on a souvent vue. Elle excelle dans les rôles de belle-mère mais les réalisateurs pourraient avoir davantage d'imagination. De A perdre la raison à Incendies, elle est aussi à l'affiche de Mohamed Dubois qui sort ces jours-ci.

Il faut citer aussi la très populaire Biyouna, danseuse, chanteuse, animatrice et actrice, merveilleuse dans la Source des femmes, un film que j'avais découvert aussi à Châtenay et qui a plusieurs points communs avec celui de Françoise Charpiat. Ici elle campe une mère castratrice, prête à tous les chantages pour que sa fille soit conforme à son désir, véritable rôle de composition pour qui la connait un peu.

Enfin Sid Ahmed Agoumi dans le rôle du père, qui est le passeur sans lequel Djemila ne pourrait pas reprendre le flambeau. Grand admirateur de la mère de sa femme (comme quoi il existe des belle-mères  aimées de leur gendre) il a entretenu sa mémoire en faisant écouter ses disques en cachette. En autorisant sa fille à sortir du tabou qui emprisonne tout le monde il permet par la même occasion à sa femme de s'affranchir du carcan de "bâtarde" qui ruine ses relations.

C'est Rachid Taha, l'auteur-compositeur du film. Il y fait aussi une petite apparition. On lui doit la bande originale de Beur sur la ville. Son neuvième album, "Zoom", est sorti en mars 2013.

J'ai entendu une critique, parce que les paroles des chansons ne sont pas sous-titrées. Cela ne m'a pas dérangée, au contraire, parce qu'il me semble qu'on préserve ainsi mieux l'émotion. L'important est ailleurs mais on peut souhaiter que les textes de "Tu me comprendras" et "Je veux chercher ma voie" figurent en bonus sur le DVD. Il est agréable, en tant que spectateur, de se trouver dans la même situation que dans al vraie vie. On ne vous sous-titrera pas les chansons si vous allez dans un cabaret.

Rachida Brakni interprète elle-même tous les titres, et de manière différente selon le personnage. Louisa la grand-mère n'a ni le même timbre ni le même phrasé que Djemila la petite fille. Ce n'est pas son coup d'essai dans la chanson. En février 2012, elle a sorti un premier album en collaboration avec son compagnon, l'ancien footballeur et aujourd'hui acteur Eric Cantona. L'expérience lui a plu. Elle a commencé à écrire quelques chansons pour un prochain album.

Quant à Isabelle Carré, elle n'est pas doublée non plus quand elle l'accompagne à la Derdouka, sorte de tambour africain. Elle interprète Emma, une jeune maman qui élève seule ses enfants, et qui met tout en oeuvre pour leur offrir une vie "normale" quitte à devoir faire des choses que la morale réprouve.

Elle a une grande gueule et un sens immédiat de la répartie. Son look à la Amy Whinehouse et son allure affranchie la sort des personnages de névrosée introvertie dans lesquels elle s'étouffait un peu. Elle a de savoureux dialogues. Il est à parier qu'après ce rôle de "cassosse" elle va nous surprendre dans d'autres films.

Un autre reproche a été fait par ceux qui veulent absolument une fin en forme de conclusion. Françoise Charpiat a voulu laisser la liberté à son personnage. Elle a bien fait en lui imposant pas un choix. C'est l'homme qui l'aimera avec tout ce qu'elle a en elle qui emportera son coeur, nous a dit la réalisatrice qui avoue cependant qu'à sa place c'est le patron du cabaret qui aurait ses faveurs.

Le film a été présenté aussi en avant-première en Algérie, sans aucune censure. Nous avons compris que la réalisatrice n'aurait jamais accepté une telle chose. Le public a beaucoup ri ... aussi, mais pas sur les mêmes scènes qu'en France.

Cheba Louisa sera sur les écrans à partir du mercredi 8 mai. A programmer sans attendre !

1 commentaire:

Tonie Behar a dit…

Oui ! celui là aussi j'irai le voir !
merci pour le conseil

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