samedi 7 septembre 2013

Mon âme par toi guérie de François Dupeyron au festival Paysages de cinéastes

(mise à jour 4 octobre 2013)
La compétition officielle du festival Paysages de cinéastes comporte 6 titres dont celui-ci Mon âme par toi guérie de François Dupeyron qui, hélas est placé illico hors concours parce que le festival de San Sébastien exige l'exclusivité.

Le réalisateur a eu tellement de mal à trouver des financements pour son film qu'on ne peut pas un instant lui tenir rigueur d'avoir cédé à la pression. Nous étions nombreux à estimer, en sortant de la projection ce soir, qu'il aurait sans doute été primé à Chatenay mais on comprend qu'il n'ait pas eu le choix ...

Que cela ne vous incite pas à le bouder. C'est un petit bijou. François Dupeyron s'est emparé d'un sujet délicat pour le traiter de manière ultra sensible et néanmoins réaliste.
En perdant sa mère Frédi a hérité de son don et ses mains peuvent guérir. Mais l'homme ne veut pas en entendre parler parce qu'il devine que les ennuis vont le rattraper. C'est une âme simple qui souhaite éviter les embrouilles. Sa sensibilité exacerbée et le destin vont le contraindre à changer d'avis.
Gregory Gadebois est à la fois le corps et le coeur de Frédi. Son père, Jean-Pierre Darroussin, égal à lui-même campe un paternel fataliste.

La caméra d'Yves Angelo semble avoir tourné un documentaire, souvent en surexposition, avec une pellicule totalement saturée, comme pour éblouir le spectateur et lui faire douter de ce qu'il voit. Les premières images évoquent un bord de mer qui pourrait être Punta Cana. Nina Hagen prévient de sa voix rauque que Future is now, comme elle le faisait en 1982.

Quand le champ sort du plein soleil on découvre le canal du Midi. On arrive dans un camping, beaucoup moins glamour que ce qu'on s'est imaginé. On devine que la mère est décédée il n'y a pas bien longtemps. Ses vêtements, pliés, bien triés, ont tous été donnés à la Croix rouge. C'est que c'était une femme d'ordre ... une femme forte dont l'absence secoue ceux qui restent : faut que je sorte d'ici, j'entend des cris, j'crois qu'elle me parle.

La vie continue pourtant. Enfin, quand on dit la vie, on devrait dire les soucis, les accidents ... Les désespérés ont beau venir, tenter leur chance avec leur pauvre supplique à la porte de la caravane, c'est une perte une femme avec un don pareil. Pour le moment Frédi est catégorique, et avec lui quand c'est non, c'est non.

Le hard rock a laissé place à une musique tsigane. Frédi zigzague sur sa moto, se fait arrêter par la police qui, après un contrôle l'autorise à repartir. La musique reprend de plus belle, envoutante.

L'image est surexposée de nouveau. Le choc. L'accident. Rien ne sera plus comme avant, pour personne. Bientôt le père est licencié. Le fils est déboussolé. Des cauchemars en noir et blanc le hantent comme des appels au secours ou des prémonitions.

Le cadre est serré sur les mains de Frédi dans son dos, ces mains qui pourraient faire un miracle.

Le fils perd lui aussi son emploi et la caméra flotte littéralement alors que la chanson de Jean Christophe Dorado s'égraine pour la première fois. Live with a song in my soul évoque précisément plusieurs phrases musicales du Boxer de Simon and Garfunkel. Elle reviendra régulièrement sur chaque période de cauchemar et chaque transition capitale.

François Dupeyron signe l'adaptation de son propre roman, Chacun pour soi, Dieu s'en fout, aux éditions Léo Scheer en 2009, que je regrette de n'avoir pas lu. Il démystifie l'exercice du don en démontrant le pouvoir magique du mot "pardon".

Le spectateur est embarqué dans le quotidien de ces personnages qui font comme ils peuvent pour se dépêtrer de leurs soucis, ou pour les supporter. On ne sort pas de la projection indifférent. Peut-être a-t-on le sentiment d'avoir grandi un peu.

On est en attente des résultats. Ce n'est que le 28 septembre qu'on saura si le jury du Festival de San Sebastian 2013 accordera une récompense au film. Nous nous en réjouirions pour toute l'équipe et pour Paulo Branco, le producteur indépendant qui a permis au projet de voir le jour.

Mais récompense ou pas, sachez que c'est un film que vous ne pourrez pas regretter d'avoir vu. A partir du 24 septembre dans les salles.

On apprend début octobre que le film a bel et bien été primé à San Sebastian.

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