lundi 9 mars 2020

Mon Isménie de Labiche, mise en scène de Daniel Mesguich

(mise à jour 29 avril 2020)

Mon Isménie n'est pas une maladie mais le prénom d'une jeune fille. La comédie d’Eugène Labiche revient à l’affiche du Poche avec un nouveau "prétendu" destiné à la jeune fille que son père refuse de marier. Le comédien Guano, titulaire du rôle de Dardenboeuf, s’étant cassé le nez, c’est William Mesguich qui reprend le flambeau en attendant le retour à la scène du promis !

Le même William Mesguich continue à interpréter le rôle de l’écrivain Sylvain Tesson dans l’adaptation qu’il a tiré du livre de ce dernier Dans les forêts de Sibérie que j'avais vu en décembre à la Huchette et qui poursuit sa route désormais au Poche Montparnasse.

Tous les interprètes sont justes et fort drôles mais si j'insiste sur William c'est parce qu'il est de mon point de vue insuffisamment distribué dans le registre de la comédie.

Je l'avais découvert capable de faire rire et de surprendre plusieurs fois le spectateur au cours d'une même représentation dans Chagrin pour soi où il avait (déjà) Sophie Forte comme partenaire et dans lequel il avait repris, là encore, un rôle au débotté.

Mais pourquoi donc fait-on appel à lui uniquement en catastrophe ? S'il a suffisamment de talent pour jouer en pompier comme il en aurait en première intention ! Si j'étais auteur de théâtre j'écrirais pour lui.

Ce que je dis de William est vrai aussi pour Daniel Mesguich car ce metteur en scène a surtout la réputation d'exceller dans le drame. Comme il a eu raison de s'intéresser au théâtre d'Eugène Labiche, dont il monte une pièce pour la première fois.

Si l'auteur est né et a longtemps vécu en région parisienne il s'apprête à acheter une très grande propriété à Souvigny-en-Sologne alors que Mon Isménie est représentée pour la première fois à Paris sur le Théâtre du Palais-Royal le 17 décembre 1852. Rien d'étonnant donc à ce que l'action se passe en province, en l'occurence Chateauroux. L'atmosphère y est plus codifiée que dans la capitale et la bourgeoisie y est plus soucieuse des conventions.

Quand la pièce commence un prétendu nommé Dardenboeuf se présente chez la famille Vancouver pour tenter d'épouser la jeune Isménie, fille d'un père très possessif. C'est la huitième fois que l'histoire se répète depuis le début de l'année. Le cher papa semble à bout d'arguments pour refuser de lui donner la main de son "héliotrope"... mais il croit malgré tout pouvoir encore maitriser la situation. Le jeune homme a l’appui de Galathée, la sœur de Vancouver, une vieille fille très fortunée qui veut le bien de sa nièce. Cela suffira-t-il à faire pencher la balance en sa faveur ?

Daniel Mesguich a beaucoup modelé le texte, le ponctuant de nombreuses allusions. Par exemple quand un personnage exige parle plus bas, un autre murmure car on pourrait bien nous entendre. Le public pense à Dalida, et à l'amour fou qu'elle chantait si langoureusement.

Un peu plus tard on pense inévitablement au regretté Marcel Philippot, l'égérie d'une campagne publicitaire pour une compagnie d'assurances, dont nous attendions à chaque nouvel épisode, la réplique devenue culte : "Je l’aurai un jour, je l’aurai."

Il n'est point nécessaire de connaitre la version originale de Labiche pour s'apercevoir de la modification. " Il est malin, mais je le repincerai !" est devenu "Il est très fort, mais je l'aurai". Les puristes et les fans trouveront le texte du spectacle transformé par Daniel Mesguich, ainsi que le texte original de Mon Isménie au bar du théâtre (Avant-Scène Théâtre / Editions des Quatre- Vents).

A la fin de la pièce j'étais partagée entre l'envie d'applaudir et celle de m'offusquer. J'ai pensé au Bourgeois gentilhomme, revisité en 1981 par Jérôme Savary, avec le Grand Magic Circus, et ... j'approuve totalement l'audace de Daniel Mesguich.

Quand on sait que cette comédie-vaudeville fait partie de la nombreuse liste des œuvres que Labiche a écrites à quatre mains, en collaboration avec Marc-Michel on peut penser qu'il apprécierait qu'elle continue d'évoluer.

On pourrait croire que le metteur en scène ait donné à chacun de ses comédiens une carte blanche avec l'injonction d'oser.  Le spectacle s'appuie sur plusieurs registres comiques incluant les dialogues, le jeu, les bruitages, les effets, la répétition ... Tout est prétexte à nous surprendre et nous faire rire.  Tout cela sans l'ombre d'un décor mais avec quelques accessoires, des masques essentiels à la dramaturgie, et surtout des costumes époustouflants (créés par la très inspirée Corinne Rossi).
Bravo !
Mon Isménie d'Eugène Labiche
Mise en scène de Daniel Mesguich
Airs et illustration sonore, Hervé Devolder
Costumes, Corinne Rossi
Scénographie, Stéphanie Vareillaud
Avec Frédéric Cuif, (Chiquette), Alice Eulry d'Arceaux (Isménie), Sophie Forte (Galathée), Guano ou William Mesguich(Dardenboeuf) et Frédéric Souterelle (Vancouver)
A partir du 14 janvier 2020
Représentations du mardi au samedi 21h, dimanche à 17h30

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Je l'ignorais le jour de ma venue, mais ce sera le dernier spectacle auquel j'assisterai avant que l'épidémie de coronavirus ne mette la France à l'arrêt. Et quel bonheur de garder du théâtre de radieuses images de comédie.

Et si vous voulez en apprendre davantage sur William Mesguich et sur la manière dont il traverse le confinement je vous invite à écouter l'interview qu'il m'a accordée pour Needradio, programmée à l'antenne le lundi 27 avril, et qui est accessible en podcast ici. Le son n'est pas très bon car nous avons "bricolé" avec nos téléphones, mais ses paroles et sa réflexion sur le monde méritent de faire un effort.

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