vendredi 31 janvier 2020

Un contrat de Tonino Benacquista

Je ne l'avais pas vu en Avignon dans la mise en scène d'Olivier Douau. Je suis pourtant amatrice de l'écriture de Tonino Benacquista mais d'une part j'avoue ne pas connaitre la salle des 3 Raisins et j'ignorais qu'il avait (aussi) écrit pour le théâtre. Dommage, soit dit en passant qu'il n'ait pas continué car il est autant déroutant sur scène que sur papier.

Le spectacle est annoncé comme avoir été un succès en Avignon deux ans de suite, après avoir été sélectionné au Festival Polar Cognac 2017. Je ne peux pas juger ce que l'on doit à la nouvelle mise en scène, signée Stanislas Rosemin. Je serais quand même curieuse de savoir ce qui a été modifié.

En tout cas la pièce est qualifiée de polar psychanalytique et c'est tout à fait cela. La tension s'installe lentement et ne faiblit pas jusqu'au dénouement final à propos duquel le spectateur modifie sans cesse son hypothèse.

La cure psychanalytique est presque une enquête, dont le but est que le patient aille mieux. C'est le "contrat" de base et c'est ce que le thérapeute (Patrick Seminor) cherche à instaurer. Mais son client n'est pas ordinaire. Il va résister plus que la normale et le jeu du transfert/contre-transfert sera difficile à maitriser. Car pour lui (Olivier Douau) le terme de contrat correspond à toute autre chose.

Au départ le psychanalyste semble trouver "normales" les crises d’angoisse de son nouveau patient et ne s'en inquiète pas plus que ça, avant de réaliser, séance après séance et au fur et à mesure des confidences, qu’il est pris au piège de révélations sur des affaires criminelles que nul n’est censé connaître.

Car les deux hommes ont un autre terme lexical commun autour du silence, protecteur dans le cadre du secret professionnel, angoissant dans celui de la loi du silence qui s'applique dans la mafia.

Ces deux axes composent la structure en spirale ascendante du huis clos écrit par Tonino Benaquista. Il retourne les codes, joue des double sens, insère quelques lapsus dans une atmosphère qui devient étouffante. Qui en sortira ? Un seul ou les deux ? Et dans quel état ?

Si l'intelligence devient une arme, suffira-t-elle à briser l'omerta ? Quelle place laisser à la culpabilité et dans quel intérêt ? Les deux comédiens sont à égalité de puissance et l'humour -noir évidemment- apporte la légèreté suffisante pour que le public hésite constamment à prendre parti, surtout lorsque la situation se retourne.

Les deux hommes s’affrontent dans une partie d’échecs sous tension, dont l’issue incertaine n’est délivrée que dans la dernière réplique.

Décidément, le sous-sol du Gymnase Marie Bell est le théâtre de belles pièces depuis la rentrée avec aussi Les Gardiennes et l'Ombre.
Un contrat de Tonino Benacquista
Avec Patrick Seminor, Olivier Douau
Nouvelle Mise en scène par Stanislas Rosemin
Lumière David Ripon
Jusqu'au 21 mars 2020
Du jeudi au samedi à 20H30
Au Théâtre du Gymnase Marie Bell
38, boulevard de Bonne Nouvelle - 75010 Paris - 01 42 46 79 79

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