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jeudi 25 novembre 2021

De son vivant, le film d’Emmanuelle Bercot

Emmanuelle Bercot est revenue en 2021 hors compétition au Festival de Cannes avec son film De son vivant. On avait bien cru qu’il ne serait jamais bouclé, notamment à cause de l’AVC de Catherine Deneuve et d’une interruption due au Covid. Ç’aurait été une perte immense. On peut parier que ce sixième film fera date dans l’histoire.

Il raconte, sous une forme inhabituelle, les derniers mois de Benjamin (Benoit Magimel) condamné trop jeune par un cancer du pancréas.

La maladie et la mort imprègnent beaucoup d’œuvres depuis la pandémie, tant au théâtre, qu’en littérature ou au cinéma. A croire que les artistes se sentent plus que jamais une responsabilité à dénoncer ce qui ne va pas.

La réalisatrice aurait pu établir un réquisitoire (comme Catherine Corsini avec La fracture, même si la pulsion de vie y est très forte) ou un drame, le sujet s’y prêtait. Elle a préféré l’angle du mélo pour canaliser les larmes sur autre chose que la maladie. Tous les ingrédients y sont, y compris un fils caché et une histoire d’amour impossible.

L’exagération de la souffrance -pourtant légitime- d’une mère (Catherine Deneuve) face à l’inacceptable est teintée d’humour. Le dévouement d’un médecin (le docteur Gabriel Sara dans son propre rôle) et d’une infirmière (Cécile de France) pour les accompagner sur l’impossible chemin est admirablement filmé au long d’une année de quatre saisons qui commence bien entendu en été, pour accepter quelques pas de tango avec la maladie, faire le ménage sur le bureau de sa vie et comprendre ce que ça signifie : mourir de son vivant.
Emmanuelle Bercot montre un hôpital idéal, non pas parce qu’il guérit les corps mais parce qu’il soigne les âmes, toutes les âmes, celles des patients, de la famille et du personnel soignant. Une telle unité existe, aux USA, financée par des mécènes. Il n’est donc pas irréaliste de rêver un tel cadre. Outre l’argent, car les intervenants ne sont pas des bénévoles, la réussite est conditionnée à un savoir-faire particulier que le docteur Sara a accepté de partager.

Le scénario lui offre l’occasion de témoigner à visage découvert sur ses méthodes et son principe absolu de vérité (même si Emmanuelle Bercot le pousse à faire quelques entorses). Il se refuse à « peindre l’image en rose » pour rassurer le patient ou sa famille. Mais il martèle aussi qu’il ne faut engager « que » la bataille qu’on peut gagner. Je n’en dirai pas davantage car il a abondamment répondu dans la presse aux questions qu’on se pose à son propos, et tout cela est disponible sur Internet.

Le parti-pris du mélo, discutable au demeurant, permet d’éviter l’écueil du documentaire puisque 80% des dialogues sont authentiques. La réalisatrice a en effet entrepris un énorme travail d’enquête préalable en se rendant dans le service hospitalier de son mentor.
Elle est venue avec simplicité répondre sans détour à toutes les questions du public du Sélect d’Antony qu’elle va finir par bien connaître car ce n’est pas la première fois que Christine Beauchemin-Flot (ci-dessous) l’y invite.
Il était aussi intéressant d’attribuer à Benjamin le métier de professeur de théâtre parce que c’est une profession où l’on doit là aussi prendre soin des émotions des élèves. Les scènes de répétition sont des moments très forts qui contrebalancent celles qui sont tournées en milieu hospitalier.
Après La fille de Brest, elle démontre une nouvelle fois son intérêt pour la sociologie de la santé tout en surprenant les spectateurs. Bravo !

De son vivant d’Emmanuelle Bercot
Avec Benoit Magimel, Catherine Deneuve, le docteur Sara, Cécile de France, Oscar Morgan …
Date de sortie France : 24/11/2021
Distribution France : StudioCanal

Quelques autres films d’Emmanuelle Bercot comme réalisatrice : La Tête HauteElle s’en va où il est davantage question de joie, de légèreté et d’espérance. Comme co-scénariste, Polisse. Et en tant que comédienne exceptionnelle aussi dans Mon roi de Maïwen.

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