mercredi 10 novembre 2021

Les Olympiades de Jacques Audiard

Encore un film qui fut en sélection officielle à Cannes si bien qu’on a le sentiment en cette fin d’automne de rattraper un certain retard … Les Olympiades surprennent. Surtout parce que le tournage a été fait en noir et blanc. Nous en avons perdu l’habitude. Il a un côté post nouvelle vague. Et une poésie certaine.

Les acteurs sont peu connus, à l’exception de Noémie Merlant (La Jeune fille en feu réalisé par Céline Sciamma qui, cela ne peut pas être un hasard, à co-écrit le scénario avec Léa Mysius et Jacques Audiard). Il ne fait aucun doute qu’on va beaucoup entendre parler de cette comédienne dans les semaines à venir car elle est à l’affiche de plusieurs longs métrages.

Ce choix de comédiens aiguise l’attention du spectateur qui comprend d’emblée qu’il est devant un film hors normes ; Paris 13e, quartier des Olympiades. Emilie rencontre Camille qui est attiré par Nora qui elle-même croise le chemin de Amber. Trois filles et un garçon. Ils sont amis, parfois amants, souvent les deux. Les trois protagonistes vont nous entraîner dans leur recherche amoureuse qui est un peu une course de fonds, ce qui donne envie de faire un jeu de mots avec le titre du film. Celui-ci fait malgré tout d’abord référence au quartier où ils habitent et qui est filmé comme un personnage, même si l’essentiel du film aura été tourné en intérieur.

La dalle est malgré tout régulièrement arpentée et les tours profilent leur majesté dès que la caméra balaie la perspective.

On surnomme l’arrondissement Chinatown parisien et on s’attend à voir des asiatiques. On connait leur penchant pour les soirées karaoké. C’est donc assez logique que le film commence avec une telle séquence, quoiqu’elle ait lieu chez un particulier. Emilie (Lucie Zhang) nue, allongée sur son canapé, fredonne une chanson en mandarin. La soirée perd brutalement son romantisme quand on entend la voix de Camille (Makita Samba) lui proposant un yaourt. On a compris qu’on allait osciller entre poésie et prosaïsme.

Et ça continue sur cette voie avec la scène suivante où Emilie est filmée dans le centre d’appels téléphoniques où elle tente de vendre n’importe quoi à quelqu’un qui n’en a pas besoin. La situation nous est familière en tant que particulier, agacé par le démarchage qui commence à contaminer même nos portables.

Si le noir et blanc connote les années soixante (comme d’ailleurs le mobilier vieillot des appartements) apparaissent régulièrement à l’écran les textes des SMS que les protagonistes s’envoient. Le film a aussi pour objectif de dénoncer la violence des réseaux sociaux et la platitude des applications de rencontre.

Le scénario s’inspire de trois nouvelles graphiques d’Adrian Tomine :  "Amber Sweet""Tuer et mourir""Escapade hawaïenne"Il faudrait sans doute connaître l’œuvre de cet artiste pour mieux comprendre le message que Jacques Audiard a vraiment voulu transmettre. Son choix de comédiens (une asiatique, un noir et une provinciale) est-il intentionnel et a-t-il voulu démontrer leurs points communs et leurs divergences en terme de recherche de l’âme soeur ?

l’exception de la chanson créée par Lucie Zhang la musique est composée par Rone. Elle apporte une superbe coloration au film.

Le réalisateur a déjà annoncé son intention de tourner le prochain à Mexico. C’est un pays que je connais bien et on comprendra combien je suis impatiente de le découvrir.

Les Olympiades de Jacques Audiard 
Scénario : Jacques Audiard, Céline Sciamma, Léa Mysius d'après Les Intrus de Adrian Tomine
Avec Lucie Zhang (Émilie), Makita Samba (Camille), Noémie Merlant (Nora), Jehnny Beth (Amber Sweet), Océane Caïraty (Stéphanie)...
Musique : Rone
En salles depuis le 3 novembre 2021

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