Quand on s’appelle Dorine on pourrait se sentir prédestinée pour devenir comédienne mais Dorine Bourneton avait des rêves de hauteur. Elle voulait être pilote.Et ce n’est pas un absurde crash -dans lequel elle n’avait d’ailleurs aucune responsabilité- qui allait l’empêcher de le réaliser. Certes, elle mit plus de temps que prévu, et son parcours fut semé d’embûches, Lutter contre les a priori est un combat de chaque instant.
Elle aurait pu se satisfaire de partager son succès dans le cadre des conférences qu’elle donne un peu partout mais il faut croire que personne n’est jamais à l’abri d’un retournement de situation. A force de multiplier les loopings sa vie est une révolution permanente.
Elle aurait pu mobiliser son potentiel comique pour le raconter sur scène dans une formule one-woman-show mais sa rencontre avec un homme de théâtre l’a poussée à monter sur les planches.
Éric Métayer a écrit l’histoire "incroyable" de cette femme dont le ciel est la seule limite et en a assuré la mise en scène.
La forme est originale, tenant de la conversation avec le public, du théâtre d’objet et de marionnettes. Le résultat est un spectacle vivant dans lequel cette femme, à l’instar de la Dorine de Molière, s’avère être insolente et libre et qui, jamais, n’hésite à dire ce qu’elle pense et qui ne cache pas ses jambes.
Elle évolue avec aisance sur le plateau, entre deux kuroko, qui, comme leur fonction l’indique, sont toujours "derrière" pour déplacer les décors, manipuler les accessoires, aider aux changements de scène … En théorie ce sont des machinistes qui sont traditionnellement vêtus de noir pour ne pas être remarqués. C’est ainsi que, tout en ne faisant jamais partie de l’action, leurs interventions peuvent donner à un spectacle une impression de magie.
J’ignore les réelles intentions du metteur en scène lorsqu’il leur a demandé de dévoiler leur visage à certains moments (peut-être pour de simples raisons d’ordre pratique) mais il instaure ainsi de la confusion. Ces deux hommes sortent de leur statut et deviennent des comédiens à part entière, ce qu’ils font d’ailleurs admirablement. On comprend mal qu’ils retournent ensuite dans la pénombre.
Le spectacle gagnerait en densité en les intégrant complètement puisque à ce stade de la narration le public a parfaitement compris pourquoi ils sont là et qu’il serait intéressant de le déstabiliser en lui prouvant que ces machinos sont aussi des partenaires. On en devine le potentiel avec des moments où l’humour est très fin comme la scène du chien.
Dorine est aussi le nom d’une fleur. C’est une plante vivace s’épanouissant en rampant dans les zones montagneuses humides ou au bord de ruisseaux. Le destin est cruel en se matérialisant dans le moindre détail mais ce n’est pas lui qui gagne dans Voltige.
Il n’y a aucune récompense à attendre quand on accepte une fonction de kuroko puisque ce n’est pas un rôle. Là encore la situation se renverse aux saluts et Mikael Fou et Yoann Leduc méritent les chaleureux applaudissements qu’ils partagent avec leur partenaire comédienne.
Voltige d’Éric Métayer en collaboration avec Dorine Bourneton
Mise en scène Éric Métayer
Avec Dorine Bourneton, Mikael Fou et Yoann Leduc
Son Vincent Lustaud
Lumières Jean-Yves Desaint-Fuscien
Costumes Kurokos Michele Emanuele
Au Théâtre Montparnasse
31 rue de la Gaîté, 75014 Paris
Depuis le mercredi 28 janvier 2026
Soirées mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 19h
Matinées Dimanche à 17h
Relâches les 21, 22 mars et 22 avril 2026


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