mercredi 5 octobre 2016

Après le film, Moka le livre, de Tatiana de Rosnay

J'avais vu Moka, le film, cet été et j'avais été convaincue par le scénario et le jeu des acteurs. On dit qu'il ne faut pas lire un roman si on a été enthousiasmé par un film et vice versa. Néanmoins le livre éponyme de Tatiana de Rosnay, publié en 2006 aux éditions Héloise d'Ormesson, sortait au même moment en Livre de Poche et je n'ai pas résisté, prenant le risque d'être déçue. Eh bien pas du tout !

Je savais que le réalisateur avait choisi de transposer l'histoire à la frontière franco-suisse, entre Lausanne et Evian pour mettre face à face deux villes de deux pays différents alors que dans le roman, l'action se déroule à l'origine entre Paris et Biarritz. J'avais aussi compris que Frédéric Mermoud et Antonin Martin-Hilbert avaient bâti le scénario à partir d'une petite partie du livre, comme s’il s’agissait d’une nouvelle mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit si différent. 

De ce fait le livre et le film sont complémentaires et je comprends combien Tatiana de Rosnay a dû être heureuse de redécouvrir sous un jour très nouveau l'histoire qu'elle avait imaginée. On l'aperçoit de dos dans une scène tournée dans la parfumerie de Marlène, ... Eva dans le roman, preuve qu'elle valide le glissement.

On pourrait croire que la reprise de l'affiche du film sur la couverture du tirage du Livre de Poche est complaisante. Non ! Elle illustre une des phrases clés du roman (P. 31) : je me souviendrais de mes yeux dans le rétroviseur, un regard que je ne me connaissais pas.

Le personnage  principal exprime ainsi que chaque instant de la journée au cours de laquelle on lui annonce l'accident de son fils restera à jamais gravé dans sa mémoire, aussi bien les vêtements qu'elle a portés que tout ce qu'elle a fait, jusqu'à l'intensité de chaque émotion.
Justine mène une petite vie tranquille entre son mari, ses deux enfants et son boulot de traductrice free-lance. Mais un mercredi après-midi, tout bascule. Un chauffard renverse son fils en plein Paris, et prend la fuite, à bord d’une berline couleur moka. Malcolm sombre dans le coma, l’enquête piétine…
Seule contre tous – ou presque, Justine veut découvrir la vérité. Jusqu’au bout. Et à n’importe quel prix.
Cette maman va se lancer dans une course folle. Je n'irais pas jusqu'à qualifier l'écriture de thriller psychologique comme je l'ai dit du scénario mais il y a quand même une scène où elle s'introduit chez un suspect qui est assez haletante. Et Tatiana de Rosnay nous fait partager à la perfection ce qu'elle ressent quand on lui demande si elle tient le coup alors que pour la plupart des gens life must go on.

Beaucoup de moments m'ont intéressée. Tout ce qui touche à la différence de culture entre les anglais et les français est passionnant, surtout quand on connait les origines de Tatiana. C'est authentique et permet de mieux comprendre la différence de point de vue entre nous et nos voisins d'outre-Manche.je ne me souvenais plus qu'ils posaient leur fourchette pointe en l'air ... (p. 46). Combien de fois ai-je eu envie de goûter dare-dare à un des plats décrits par la plume gourmande de l'auteure ! Justine so French adore néanmoins sa belle-mère so Bristish, qui le lui rend bien d'ailleurs. Quel contraste (p. 60) avec sa famille si exaspérante, et si ... vraie pour beaucoup de nous, hélas.

Il a fallu que je lise le roman pour réaliser que moka est l'inverse de coma. (p. 88) Ont été réactivés mes propres souvenirs quand j'ai lu que Justine passait ses week-ends à Saint-Julien-du-Sault (p. 94), un village que j'ai tant de fois traversé puisqu'il se trouve sur la route entre Sens, où habitaient mes parents et Auxerre où vivaient mes grands-parents.

Je me demande si Tatiana porte à Daphné du Maurier une admiration d'une même intensité que Justine. Probablement oui vu le nombre de fois où son nom surgit. Et je le comprends. Nous avons en tout cas en commun, elle et moi,  l'amour de ce poème de Victor Hugo Demain dès l'aube, que je connais par coeur et qui correspond à la perfection à ce qu'on peut ressentir dans une telle situation.

Peut-on avoir autant de satisfaction à voir le film après avoir lu le roman ? Je pense que oui même si j'aime autant avoir suivi le chemin inverse.

Moka, publié en 2006 aux éditions Héloise d'Ormesson, désormais aussi en Livre de Poche.

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