dimanche 23 octobre 2016

Petits crimes conjugaux au Rive Gauche

J'ai beaucoup aimé cette pièce pourtant écrite il y a une douzaine d’années par Eric-Emmanuel Schmitt. De mon point de vue, il était au mieux de sa forme pour parler d'amour, de déchirure et de passion dans un climat de joutes intellectuelles qui est souvent très drôle.

Le couple rentre à la maison après un épisode un peu particulier. On croit comprendre que Gilles (Sam Karmannest victime d'une amnésie et que Lisa (Fanny Cottençon) fait tout ce qui est en son pouvoir pour lui rappeler le passé, enfin peut-être pas tout le passé ...

Quelques formules humoristiques permettent de saisir que ces deux là peuvent avoir des points de vue très différents. Sous couvert de lui rendre la mémoire, Lisa ne se prive pas de se moquer de la manière de penser de son conjoint.

Il se plaint de l'usure du fauteuil. Elle reprend une de ses expressions favorites : un ressort qui pointe  provoquerait judicieusement un pic de la vigilance. Son bureau n'est pas en chaos mais régi par l'ordre d'archivage historique (j'adore cette définition que je reprendrai à mon compte). Les miettes sont les larmes du pain qui souffre quand nous le déchiquetons.

On ne change pas les ampoules mortes tout de suite. Il faut porter quelques jours le deuil de la lumière.

Gilles semble sincèrement surpris par ses propres théories et prêt à reconnaitre que vivre avec lui devait être infernal. Lisa, conciliante, se veut rassurante : d'une certaine façon je tiens à cet enfer.
Ces deux là jouent un jeu dangereux et brûlant. Après l'humour, intervient l'apitoiement. Gilles exprime le sentiment d'être un nouveau-né adulte, s'étonnant d'être encore en vie, découvrant son domicile comme s'il s'agissait d'une maison d'hôtes. Vous/tu, les mots se bousculent entre eux. Et curieusement Lisa ne parait pas pressée qu'il ne recouve la mémoire qu'il dit avoir perdue.

La grande question, la seule qui vaille la peine, est de savoir s'ils sont encore aimables l'un pour l'autre. Lisa dresse une barrière. Gilles voudrait accélérer les choses. Elle se défend : je ne "refuse" pas, je diffère ... Parviendront-ils à apprivoiser la vérité ?

Car Petits Crimes Conjugaux est aussi le titre du roman que Gilles a publié et qui contient une scène qui est peut-être celle qu'il a vécue et qui d'une certaine manière lui fait endosser le rôle du héros de son roman.

Eric-Emmanuel Schmitt écrit avec beaucoup de justesse et de sensibilité sur les difficultés de communication, et particulièrement de réconciliation quand les choses ne peuvent plus être dites et que les gestes se substituent aux mots, un peu à la manière des enfants quand ils ne maitrisent pas encore le langage et qu'ils se frappent pour exprimer leur refus. Lui-même semble croire que l’amour, le vrai, commencerait une fois qu’on n’est plus amoureux ...
Sans révéler la fin qui est une surprise j'ai envie de vous donner quelques répliques qui sont matière à réflexion :
- Aimons-nous le temps que nos illusions tiennent.
- La confiance ne se possède pas. Elle se donne. La preuve : on "fait" confiance.
- Qu'est-ce que c'est une liberté qui ne s'engage pas ?
La distribution est très bien pensée, avec deux comédiens qui sont totalement crédibles. La mise en scène de Jean-Luc Moreau est juste, comme à son habitude.

Petits crimes conjugaux
De Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène Jean-Luc Moreau
Avec Fanny Cottençon et Sam Karmann

Depuis le 29 septembre 2016
Au Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté 75014 Paris
Tél : 01 43 35 32 31
Du mardi au samedi à 21h
Matinée le dimanche à 15h

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Fabienne Rappeneau

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