samedi 22 octobre 2016

Love stories au Quadrilatère de Beauvais (60) dans le cadre des Photaumnales

Je poursuis les compte-rendus de mes visites aux expositions des Photaumnales avec Love Stories. Nous sommes toujours à Beauvais, mais cette fois au Quadrilatère, en vous suggérant de prendre le temps de visiter la plus grande cathédrale française, et qui possède le plus haut choeur au monde.












De toute évidence, je ne peux pas vous prendre par la main et tout vous montrer, à Beauvais ou dans les expositions. L'intérêt ne serait d'ailleurs pas énorme puisque je ne pense pas avoir débusqué quelque cliché vraiment original, je veux dire qui n'aurait pas déjà été montré ici ou là.

Il y a néanmoins des photos qu'on aime voir, ou revoir, et puis quelques artistes qui comptent ... Et Paul Ardenne est sans doute parti de ce principe. Le voici qui pose à coté de Gérard Rancinan qui est considéré comme l’un des grands photographes français d’aujourd’hui, et qui se définit lui-même comme "un témoin éveillé des métamorphoses de l’humanité".

Autodidacte, il devient en 1971 le plus jeune photojournaliste de France. Il est venu au vernissage en voisin, à deux roues, et le temps de se laisser saisir à coté de Paul Ardenne dans une posture proche de celle des personnages de Two cops (2003) et hop le voilà déjà évaporé.

Ses photographies sont des mises en scène qui caricaturent jusqu’à l’absurde notre monde contemporain. Je l'avais rencontré au Palais de Tokyo, toujours en mouvement. Pour Love Stories ses baisers pourraient passer pour un éloge de l’homosexualité, ou du désordre dans une optique de morale à contrario alors qu'il cherche juste à nous montrer qu'il ne servirait à rien de nier une réalité qui existe, tout simplement.
Comment ne pas évoquer Mounir Fatmi, qui présente quatre photographies de la série "Casablanca circles" et dont l'une d'elles a été retenue pour l'affiche. Ce qui aura inspiré l'artiste, plus encore que le célébrissime baiser entre Humphrey Bogart et ingrid Bergman, le plus long de l'histoire du cinéma, c’est l’approche qu’en a faite le scientifique Frederick Soddy, qui revisita le théorème de Descartes sur la manière dont les cercles et les sphères peuvent se toucher et les tangentes qui en résultent.

Entre la culture de l’Orient et celle de l’Occident, le photographe articule son oeuvre autour des questionnements concernant les pouvoirs, les autorités, la religion et la politique. Il est régulièrement exposé au Centre Georges Pompidou à Paris, au Musée de Brooklyn à New York, au Mori Art Museum à Tokyo, au Musée d’Art Moderne à Moscou. Né en 1970 à Tanger (Maroc), il vit et travaille à Paris.
Ma préférée est cette Nuit de Noël (Happy club) de Malick Sidibé, qui a reçu en 2007, le Lion d’or pour sa carrière, lors la 52ème Biennale de Venise. Sur ce cliché immense les danseurs évoluent dans une bulle de complicité que l'on a envie de pénétrer. Rarement une image fixe aura induit autant de mouvement et de légèreté.
Robert Montgomery est un poète plasticien post-situationniste écossais qui vit et travaille à Londres. Il présente ses poèmes en extérieur, ici à Anglet et on peut être surpris de savoir qu'il s'agit d'une plage française près de Bordeaux. L'oeuvre commence à brûler et disparaitra entièrement, témoignant que l'amour est une énergie révolutionnaire, comme il l'écrit en capitales.
Lauren Fleishman est née en 1981 à New York, mais vit et travaille à Londres. La relation au corps est centrale dans son travail - corps de modèles, d’enfants obèses, de sportifs en chaise roulante, d’amoureux - elle est souvent un prétexte pour raconter notre société. La série "The Lovers", témoigne de couples ayant partagé leur vie pendant plus de cinquante ans. Ils deviennent des portraits intimistes, touchants, qui montrent l'énigme de l'état de fusion.

Chaque cliché est jumelé avec une citation. Pour celle-là l'homme demande quel est le secret de la longévité de leur amour. Elle répond : un secret est un secret et je ne révèle jamais les secrets.
Questionnant les sentiments féminins, Mathilde Troussard partage son temps entre la photographie artistique, la réalisation de documentaires et la pédagogie. L’humain est au cœur de son travail, mis en scène dans des univers poétiques auxquels elle intègre la décoration, en ajoutant des objets qui provoquent le décalage.
Amour défunt, 2007 éternise le couple inoubliable de la chanson française, Sylvie Vartan et Johnny Hallyday. C'est une des trois photos présentées par Pierre (Commoy) et Gilles (Blanchard), lauréats du Grand Prix de la Photographie (1993), qui, depuis 1977, fonctionnent de la même manière : Pierre photographie, Gilles retouche à la peinture. Glamour, kitsch, mélange d’esthétique populaire finement sexualisée, glorification en douceur de l’homosexualité, du corps métamorphique, célébration du transgenre.
Tuomo Manninen est un photographe finlandais, principalement reconnu pour ses portraits de groupes, qu’il réalise depuis 1995 à travers le monde. Les images qu’il capture sont un croisement entre la photographie documentaire et la mise en scène. "Household" est sa série de photographies la plus récente. On y voit représentées des familles (couples, enfants, chiens... qui sont en réalité ses propres voisins) devant leurs habitations, toutes similaires dans le postulat consensuel qu'on est censé tous s'aimer.
Paul Ardenne et Barbara Polla ont commenté la visite en justifiant leurs choix artistiques. L'exposition se complète au sous-sol par un panorama de la photographie hongkongaise (1950 – 2015) qui est présenté à Beauvais, tandis qu’une sélection d’artistes françaises est exposée à Hong Kong.
Les images de Love Picardie-Gaspésie ponctuent la deuxième année de partenariat entre les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie et Les Photaumnales, rassemblant des photographes français et des photographes québécois en résidence de part et d’autre de l’Atlantique.
Pour mémoire, il faut aussi aller voir Divines et divas au MuDo avec notamment les photographies de Jean-Christophe Ballot et Les mille Briques d'Andrea Eichenberger.
D'autres temps forts sont programmés et annoncés sur le site des 13 ème Photaumnales, organisés par le pôle photographique en Picardie, Diaphane, avec le soutien de nombreux partenaires institutionnels et internationaux. Il a pour vocation de présenter la diversité de l’image photographique, sur toutes les échelles du territoire à Beauvais, Clermont, Creil et Noyon du 8 octobre 2016 au 1er janvier 2017.
Diaphane,
Pôle photographique en Picardie,
16 rue de Paris, 60600 Clermont-de-l'Oise
09 83 56 34 41

Love Stories au Quadrilatère jusqu'au 1er janvier 2017
22 rue Saint Pierre, 60000 Beauvais,
Du mardi au vendredi de 12 à 18 heures
Samedi et dimanche de 10 à 18 heures

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