samedi 15 octobre 2016

Le Maniement des Larmes de et par Nicolas Lambert au Théâtre de Belleville

Le moins qu'on puisse conclure c'est que Nicolas Lambert ne fait pas les choses à moitié. Quand il se lance dans l'investigation il y va tête baissée et il ramène à la surface des pages et des pages de notes, de compte-rendus d'entretiens, d'articles ... Il fouille et refouille, collationne avant d'entreprendre "juste" un travail de tissage entre des textes qui appartiennent à la réalité historique.

C'est une des forces du spectacle. Tout est vrai. Le comédien rejoue exactement ce qui a été dit par les personnalités impliquées. Rien n'est inventé. On aurait préféré d'ailleurs parce que la démocratie en prend un sacré coup. On en sort secoué et furieux.

Le seul effet de style vient se nicher dans le jeu de mots des titres des trois spectacles. Car il s'agit d'une trilogie dont le Maniement des larmes est d'ailleurs le troisième morceau. Ceci étant l'ordre n'a pas d'importance.

Le premier, Bleu, retrace l'affaire Elf, La Pompe Afrique. Le second, Blanc, présente Avenir Radieux, une Fission nucléaire. Après le pétrole et le nucléaire arrive en toute logique l'armement, Rouge, qui composent la totalité de l'A-démocratie, un terme tristement adéquat puisque "notre" Cinquième république, conçue par De Gaulle, permet au gouvernement d'avoir la main mise sur l'armement à tel point qu'on frôle le trafic.

En tout cas la démocratie n'a pas voix au chapitre puisque le ministre de la Défense légifère seul sur la question depuis 1939 en s'appuyant sur un decret-loi, si bien que le Parlement n'a jamais l'occasion de donner son avis sur la question militaire.
Les spectateurs s'installent alors que les comédiens sont déjà en plein travail ... le casque sur les oreilles. On entend juste le bourdonnement d'un violoncelle sans encore le voir.

Composé en trois parties, on commence par la Fable. Ensuite ce sera Héritages, puis Larmes pour finir. Chacun des volets de la trilogie est bâti sur le même principe et l'ensemble est programmé dans les semaines qui viennent au Théâtre de Belleville.

Bernard Cazeneuve intervient depuis les gradins, interpelant le gouvernement (auquel il n'appartient pas encore, ironie de l'histoire, il n'est alors "que" député-maire de Cherbourg). Nicolas Lambert interprète tous les rôles, aussi crédible en Michèle Alliot-Marie qu'en Anne Lauvergeon (ses mimiques sont drôlissimes), Mouammar Kadhafi ou Brice Hortefeux même si, de mon point de vue, son art culmine lorsqu'il fait revivre devant nous Michel Rocard, à la diction et la rhétorique si particulières qu'on le reconnait avant même que son nom ne s'affiche sur l'écran du fond de scène.

Nous apprenons incidemment que son père est co-inventeur de la bombe nucléaire française.

Ce documentaire théâtral pose des questions dont nous n'avons pas les réponses à propos de ces logiques d'Etat qui pourtant nous concernent, à savoir ce qu'on fait en notre nom avec nos produits du terroir, comme le dit si justement Nicolas Lambert.
Tous les textes sont publiés aux éditions de L’Échappée. Un coffret rassemblant les trois pièces sortira le 22 octobre 2016. Il est déjà au Théâtre.

Le Maniement des Larmes
De / par Nicolas Lambert
au Théâtre de Belleville
Du 14 septembre au 4 décembre 2016
Du mercredi au samedi à 21 h 15, dimanche à 17 heures
Relâche les 22, 23 et 26 octobre
Musique Hélène Billard, Éric Chalan et Jean-Yves Lacombe en alternance
Lumière, son, vidéo Frédéric Evrard et Erwan Temple en alternance
Coproduction Compagnie Un Pas de Côté et Théâtre de Belleville

Bleu : Elf, la Pompe Afrique du 7 au 23 décembre
Blanc : Avenir Radieux, une fission française du 14 au 30 décembre

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Un Pas de Côté/Erwan Temple.

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