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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 10 novembre 2023

Commémoration au Musée de la Grande Guerre

Se rendre au Musée de la Grande Guerre à l’approche du 11 novembre est un geste positif si on considère que l’issue d’une guerre, quelle qu’elle soit, est de conduire à la paix.

Certes le chemin est horrible, surtout quand on considère le nombre de morts (10 millions de morts et disparus pour la Première Guerre Mondiale, auxquels s’ajoutent plus de 21 millions de blessés et mutilés, même si ce n’est pas la plus meurtrière puisque la Seconde aura le triste record de 61 millions de morts) mais il appartient à ce qu’on appelle le devoir de mémoire de rendre honneur à ceux qui ont souffert et/ou péri en espérant que de tels faits ne se reproduiront plus jamais. On sait combien, en ce moment, c’est hélas une utopie.

Mon arrière-grand-père est mort à Verdun. Mon grand-père y a combattu et est revenu très marqué. Il a refusé la médaille militaire parce qu’il estimait qu’elle n’effacerait rien du malheur que ce conflit avait causé. Il n’en parlait jamais. Ce n’était pas lui qui reprochait "on voit bien que tu n’as pas fait la guerre" … Il restait muet sur ces quatre années et c’est en voyant le film Un long dimanche de fiançailles que j’ai compris, un peu, ce qu’il avait enduré. 

Ce qui m’a décidée à venir à l’occasion de cette journée de commémoration, et à faire une plongée dans ces souvenirs, ce sont les nombreux éloges que j’avais entendus à propos de ce musée qui existe depuis maintenant 12 ans, et la perspective d’en suivre une visite théâtralisée par la compagnie Barefoot dont je connais la qualité du travail. J’avais vu il y a quelques mois Braconniers au mois Molière et je n’avais aucun doute sur la qualité de la mise en scène qu’Eric Bouvron aurait faite. Et puis je restais dans la reconstitution poétique de Maya une voix au festival des Nuits de la Mayenne.

Et c'est pour souligner l'aspect humain que j'ai choisi comme première illustration une série de photos de visages comme on en voit beaucoup au musée, composant d'interminables frises.

La visite se mérite car le lieu choisi, proche de la bataille de la Marne et du monument américain dont la restauration a été inaugurée le 10 novembre 2023 est situé sur le plateau, à l’écart de la ville de Meaux et donc éloigné de la gare. Il faut savoir qu’une navette (gratuite et faisant aussi une halte à la cathédrale) est à la disposition des visiteurs le week-end et pendant les vacances scolaires de la zone C.
Le bâtiment est donc isolé, situé dans un parc qui l’est tout autant. Une multitude de drapeaux jettent des lignes de couleur dans le ciel gris. La porte d’entrée évoque la fermeture sécurisée d’un abris et dès son franchissement on croit percevoir le bruit des bombes au lointain. Ce n’est pas une illusion et cet environnement sonore est très bien fait, subtilement mesuré. Le sol est chaotique, assez dangereux si on n’y prend pas garde, sans doute pour évoquer la difficulté qu’eurent les soldats à progresser. L’architecte a prévu un espace immense pour accueillir l’énorme collection donnée par le collectionneur Jean-Pierre Verney qui compte aujourd’hui 70 000 pièces, preuve ultime que tout est démesuré dans ce conflit, et qui vaut une renommée internationale au musée qui est le plus grand européen sur ce sujet, avant Verdun, Péroire, Ypres, et outre-Atlantique Kansas city.

L’équipe ne se satisfait pas de ce succès et travaille constamment à de nouveau projets, notamment la création d’une tranchée pédagogique à ciel ouvert. Le dernier en date vient de se concrétiser avec l’installation de deux wagons mis en dépôt par le musée du Génie d’Angers (mais qui devraient demeurer là à long terme comme la moitié des wagons de ce musée qui sont déposés dans divers endroits). Ils semblent être arrivés naturellement mais il a fallu les transporter, les restaurer (pendant six mois à Joigny dans l‘Yonne), les ramener, les installer après avoir aménagé une plateforme dans le parc.

Il y a tant à dire sur ce moment passé dans le musée que j'aborderai successivement trois thèmes :
  1. L'hommage aux Sapeurs de Chemins de Fer 
  2. La visite théâtralisée
  3. Quelques pièces du musée
  4. Un moment convivial et gourmand avec les 2 Fourmis
1 - Le rail pendant la Première Guerre Mondiale :
L’implantation dans le parc de deux wagons de la Première Guerre mondiale restaurés par la Communauté d’agglomération du Pays de Meaux sera inaugurée ce soir. A droite, nous avons la chance d'être face à un spécimen unique. Audrey Chaix, directrice du musée de la Grande Guerre, nous a expliqué la directrice du musée du Génie d’Angers, l'essentiel sur ces engins. Le premier wagon est blindé, en acier riveté. Il était destiné à acheminer des munitions au plus près du front. Ce spécimen unique était autrefois couplé avec un autre wagon destiné aux engins de longue portée ll était tracté par une locomotive capable de tirer de gros tonnages.

jeudi 9 novembre 2023

Le gâteau invisible de Cyril Lignac

On le crédite en ce moment à Cyril Lignac, et cela va propulser de nouveau la recette du gâteau invisible sur le devant de la scène pâtissière mais en réalité son intervention aura "juste" consisté à ajouter un nuage de cannelle aux tranches de pommes.

Mon propre "truc" est d’ajouter une cuillère à café de vanille liquide de Vera Cruz.

C’est la bloggeuse Erin Folle Cuisine qui en a imaginé la composition il y a quinze ans déjà, en 2008, mais ce n’est pas une raison pour l’oublier, et si son blog n’est plus en activité il reste accessible. La recette a considérablement circulé depuis.

Mais pourquoi l’avoir appelé ainsi ? 
Parce qu’il est composé d'une pâte assez liquide proche de la pâte à crêpe ou de celle d’un clafoutis qui enrobe d’ultra fines tranches de fruits (ou de légumes car il existe aussi en version salée).

Bien entendu l’usage d’une mandoline Microplane sera précieuse. Et c’est la première étape de la recette (avec 4 pommes que l’on peut sauver de la poubelle comme on le ferait pour réaliser une compote, ce qui justifie le label "cuisine de la récup").

Les fruits absorberont la pâte au cours de la cuisson, la rendant par conséquent invisible. La réalisation de la pâte est sans difficulté. Il sera important de respecter la durée et la température de la cuisson qui devra permettre aux fruits de confire lentement à température moyenne.

La texture sera  très fondante, car la cuisson lente permet aux fruits de confire en quelque sorte dans la pâte. Au goût, on se rapproche un peu du clafoutis, mais sans les gros morceaux.

mercredi 8 novembre 2023

Marie Stuart dans la mise en scène de Maryse Estier

Je suis allée à Versailles voir Marie Stuart, d’après Friedrich Schiller, dans l'adaptation et la mise en scène de Maryse Estier.
Marie Stuart est une tragédie écrite en vers, en 1800. La pièce raconte les derniers jours et l'exécution de la reine d'Écosse en Angleterre, en 1587 après 19 ans d'enfermement. Dès la première scène, deux personnages de comédie se disputent et nous livrent deux récits opposés du personnage éponyme. Nous apprenons ensuite que Marie a été jugée coupable de haute trahison par le tribunal de Westminster composé de 40 hommes. Il revient à Elizabeth lère, alors reine d'Angleterre, de signer l'arrêt de mort. Marie est-elle véritablement coupable des complots qui lui sont reprochés? Peut-on lire dans le cœur des gens sans se laisser piéger par des récits subjectifs, parfois intéressés ? Sa cousine Elizabeth lui fera-t-elle grâce ? L'enjeu de cette histoire est-il la vérité, la liberté ou le pouvoir 
J'étais très intéressée de découvrir le travail de Maryse Estier. Qu'une femme, jeune de surcroit, s'empare de cette histoire de rivalité entre deux reines à une époque où les hommes dominaient le monde (même si cela n'a pas tant que ça évolué aujourd'hui) ne pouvait que me donner envie de voir ce spectacle qui, et c'est à mettre aussi à son crédit, était conçu pour être joué sans entracte en moins de heures.

Le résultat est résolument moderne à tous points de vue. L’équipe artistique ose des choix audacieux, donc forcément segmentants. Les costumes ne feront probablement l'unanimité. Ils sont audacieux pour les femmes, mais évoquent surtout l'univers de la course automobile pour les hommes.
J’imagine que les deux rôles féminins principaux sont intentionnellement les plus forts afin d’appuyer la thèse du refus d’allégeance des femmes aux hommes. De fait, j'ai été moins sensible au jeu de leurs partenaires qui parfois sont interprétés de manière caricaturale, quoique ce soit probablement voulu pour distiller de l'humour dans cette tragédie.
L'absence de décor rend souvent l'audition difficile parce que les dialogues se perdent dans l'espace sans trouver de mur pour les réfléchir vers la salle. C'est regrettable car on perd l'essentiel de l'affrontement qui est en premier lieu dialectique. L'usage du socle rouge, symbolisant sans doute l'écrin d'une boite à bijoux, est complexe pour les comédiens chargés d'en modifier régulièrement l'inclinaison.
Tout se passe essentiellement en noir et rouge, dans une nuit profonde qui offre peu de relâchement au spectateur … malgré des instants d'humour. Chaque changement d'acte est cependant précédé par une chorégraphie soignée et marqué par un arrêt sur image qui est d'une grande beauté.
Si la focalisation sur le face-à-face entre Marie et Elisabeth est facile à approuver par contre il m'a été totalement impossible d’adhérer à la manipulation de la reine Élisabeth bien que les subtilités de comportement soient fort admirablement jouées par Clémence Longy (Elisabeth Tudor).
Elisabeth nous est montrée si féministe (on remarquera qu'elle porte le pantalon pendant presque toute la pièce et que sa démarche est souvent masculine) que l'on comprend mal qu'elle ait pu se faire duper par son entourage. Je sais bien pourtant qu'il s'agit là d'une vérité historique.

Outre le dilemme juridique puisque la majorité des voix condamnant Marie Stuart n'a pas valeur de loi. et le conflit d’intérêt on observe un atermoiement lié à la parenté entre les deux femmes et à la soririté jusqu’à la scène finale où Elisabeth nous revient en robe et ceinte d’un diadème signalant sa toute puissance. Mais exercer son pouvoir est-il une preuve de liberté ? 
Marie suit une évolution comparable, mais inverse, passant de la combinaison de cuir noir à la robe de soie couleur ciel. Alors qui de Marie ou d’Élisabeth sort réellement grandie de ce duel ? Le spectateur conservera son libre arbitre et c'est peut-être ce conflit que Maryse Estier a cherché à nous faire percevoir.
Marie Stuart, d’après Friedrich Schiller, dans l'adaptation et la mise en scène de Maryse Estier.
Avec Margaux Le Mignan (Marie Stuart), Clémence Longy (Elisabeth Tudor), Pierre Cuq, Axel Mandron, Daniel Léocadie, Nicolas Avinée, Dylan Ferreux
Traduction Hippolyte Loiseau
Scénographie Marlène Berkane
Lumière Lucien Valle
Musiques originales et son David Hess 
Costumes Clément Vachelard
Du 7 au 11 novembre à 20 h 30 au Théâtre Montansier - 13 Rue des Réservoirs - 78000 Versailles
Du 12 au 15 décembre 2023 à la Manufacture - CDN de Nancy
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Christophe Raynaud de Lage

lundi 6 novembre 2023

Simple comme Sylvain, un film de Monia Chokri

(Mise à jour février 2024)
Une fois par mois, un lundi soir, et sous l’égide de l’AFCAE qui invite à se laisser chavirer, les cinémas d’art et d’essai proposent à leur public le défi de venir voir un film dont le titre n’est pas révélé. Bien sûr c’est une avant-première de façon à être certain que personne ne l’aura vu auparavant.

J’adore le concept et j’ai joué le jeu de la surprise jusqu’au bout en ne regardant pas ce qui était inscrit sur mon ticket. Je crois que je n’étais jamais allée voir un film sans savoir à quoi m’attendre. D'habitude je vais même jusqu’à visionner la bande-annonce auparavant. Mais je ne vais pas jusqu'à lire les critiques.

Les premières images m'indiquent que le film a été présenté à Cannes en mai dernier mais je ne sais pas encore son titre. Le film commence largement avant l’envoi du générique si bien que j’ai mis longtemps avant de savoir qu’il s’agissait de Simple comme Sylvain, un film dont je savais qu’il serait à l’affiche dans deux semaines et vers lequel je ne me serais pas dirigée spontanément (mais dont je n’avais pas encore eu la curiosité de regarder la bande annonce).

J’ai été conquise. Je peux recommander ce film en connaissance de cause ! Et je ne manquerai pas la future projection d’une avant-première le prochain premier lundi du mois. 

Ce qui est dépaysant de prime abord c’est la langue canadienne qui, quoique très française, est ponctuée évidemment d’expressions made in Québec. Comme Faut pas niaiser (faut pas rigoler), Es-tu (pour t’es), Fin de semaine (week-end), des bébels (des trucs), Je suis pas douée pour (je n’ai pas beaucoup de talent), Mou du jugement (ramolli du cerveau), Es-tu correct (tout va bien ?), Allo (Il y a quelqu’un ? Bonjour), Fuck (merde), Chialer (brailler), idiote (innocente), Chaud (bourré, saoul), gaz (essence), Ma blonde (ma passion) et chaque mot chante avec l'accent …

La bande-son est géniale. Elle nous donne l'immense plaisir de réentendre le sublime Still loving you de Scorpions (1984), Heartbeats Accelerating de Linda Ronstadt (1990), le si beau poème écrit par Arthur Rimbaud en 1870 et chanté par Robert Charlebois (1969) Sensation, et puis une musique de flûte d’inspiration moyennnageuse pour accompagner une scène romantique se déroulant sous la pluie devant le bar La Voie Lactée. (Drôle de nom pour un tel établissement). On entendra aussi La prochaine fois qu’on s’aimera que Michel Sardou a chantée avec Sylvie Vartan en 1983 dont Sylvain reprendra une phrase pour interroger la femme dont il vient de tomber amoureux : Pourquoi tu te bats contre ce que tu es ?
Sophia est professeure de philosophie à Montréal et vit en couple avec Xavier depuis 10 ans. Sylvain est charpentier dans les Laurentides et doit rénover leur maison de campagne. Quand Sophia rencontre Sylvain pour la première fois, c’est le coup de foudre. Les opposés s'attirent, mais cela peut-il durer ?
Chez nous autres, en France, on dit Simple comme bonjour pour désigner une évidence. Et pas de doute, entre Sophia et Sylvain l’amour est un cadeau tombé du ciel qui ne se refuse pas.

On ne prendra cependant pas les images au pied de la lettre. Sophia, au prénom symbole de sagesse, est professeur de philosophie. Sylvain, au prénom synonyme de forêt, est un homme branché sur la nature. La première enseigne les points de vue des grands philosophes sur l’amour. Le second est travailleur manuel. C'est une femme de la ville et lui un homme des champs. Qu’on ne s’y trompe pas, le film nous fait la démonstration que chaque point de vue est possible, qu'aucun n'est unique ni définitif.

De scène en scène, on assiste à l'affrontement de deux mondes sociaux, de deux visions intellectuelles radicalement différentes, et qui ont un rapport différent à la nature et à leurs émotions, et à l'image qu'ils donnent à voir d'eux-mêmes, ce qui leur fait commencer leur argumentation par "dans ton monde …" …

Il serait facile de catégoriser en concluant que Sylvain vit sans filtre et que Sophia cherche à tout maitriser. Sans doute est-elle influencée par les enseignements qu'elle dispense et qu'elle cherche à mettre en pratique successivement les points de vue de tous de ses mentors qui chacun font une analyse différente des rapports humains : Platon (pour qui l'amour est lié au désir), Spinozza (on n'aime que ce qu'on connait), Jankélevitch (On aime parce qu’on aime, sous-entendu sans raison),  ou à l'inverse la militante américaine bell hooks (On n'est pas obligé d'aimer, on le décide) …

Mona Chokri à une drôle de façon de cadrer, d’employer les miroirs, de faire se dérouler la majorité des scènes dans un halo de lumières automnales, sauf la séquence finale sous la neige, si belle, si onirique quand on voit Sophia marcher sous une pluie de flocons. Et qui fait écho à une des premières du film, celle de la panne d’essence …

La réalisatrice nous offre de superbes images de nature et d’animaux, nous surprenant à chaque plan, avec des mises au point inhabituelles nous amenant à regarder différemment. Le scénario est conçu tout autant pour nous faire réfléchir. A propos des intellos qui se disputent à propos de l’âge de la planète, en estimant qu'on est dans le déni de notre extinction, mais sans rien engager pour faire changer les choses. A propos du mari de Sophia qui exprime une détresse émouvante : je veux pas que tu nous quittes (en employant le nous de majesté) alors qu’on a deviné qu’il la quittera plus durablement qu’elle en le fera. A propos des sentiments, de leur naissance, de leur valeur aussi. Et enfin à propos du langage car comme le souligne Sophia, employer un langage développé offre l’assurance d’avoir une pensée précise … même si Sophia ne sait pas trop où elle en est.

Nous irons d'accord que certaines situations sont excessives mais il ne faut pas oublier que derrière la fiction se profile en réalité une fable sur l'amour, autour de la question récurrente de savoir si le milieu social détermine nos choix ou s'il y a place à l'imprévu et au coup de foudre, en quelque sorte irrationnel.

Il faut suivre le déroulement de cette histoire pour savoir si, parce qu'il la fait rire il parviendra à la garder près de lui, si de son côté elle saura durablement lui donner envie de vivre, et s'il gardera toujours le coeur à la bonne place. Quoiqu'il arrive, gardons en mémoire le conseil de Sylvain à Sophia de crier pour libérer ses tensions et son anxiété. Il est vrai que chez eux, il y a de grands espaces où l'on peut s'époumoner sans déranger le voisinage.

Le film n'est pas aussi simple que le titre ne le laisse entendre mais il est formidablement réussi.

Simple comme Sylvain, un film de Monia Chokri
Avec Magalie Lépine-Blondeau, Pierre-Yves Cardinal, Francis-William Rhéaume, Monia Chokri
César du meilleur film étranger 2024

La sublime soupe de cresson

Cela faisait des années que je n'en avais pas mangé. Et je ne me souvenais pas combien cet ingrédient, une fois mijoté en soupe, peut donner l'illusion que l'on a mis des cèpes dans la marmite.

Alors pour réaliser une sublime soupe de cresson il suffira de laver une botte de cresson sous l'eau courante sans retirer le lien qui retient les feuilles.

De trancher ensuite les feuilles au ras du lien.


De  faire fondre du beurre dans une grande casserole, et d'y ajouter le cresson.

De faire "fondre" la verdure quelques instants puis de verser un litre d’eau et de saler.

On aura auparavant épluché 2 pommes de terre à purée ou  soupe, qui auront été taillées en petits cubes. Il est temps de les ajouter dans l'eau de cuisson.
Il suffit de laisser cuire environ 15 min. On mixe (je préfère le velouté obtenu en employant un blender). On sert accompagné d'un peu de crème fraîche et de persil haché.
Cette recette est classée dans la catégorie "Cuisine de la récupération" parce que je l'ai réalisée avec du cresson destiné à être jeté. Les photos avant-après montrent qu'effectivement il y avait du travail d'épluchage et qu'il est impressionnant de constater qu'on jette plus qu'on ne récupère (mais on récupère malgré tout … et on se régale aussi). Je crois que la quantité mise utilisée dans la soupe est de volume très peu supérieure à ce qui a dû être composté et qui repose sur la planchette.

dimanche 5 novembre 2023

Un dimanche au Musée Picasso

J'ai voulu poursuivre l'expérience de la gratuité du premier dimanche du mois pour, après Orsay, revenir au Musée national Picasso-Paris. Je me réjouissais à la perspective de revoir les pauvres majeures de cet artiste et que j'avais vu es il y a une vingtaine d'années.

J'avais simplement oublié qu'en avril 2023 on a célébré le cinquantième anniversaire de sa mort, le 8 avril 1973, à l’âge de 91 ans, laissant derrière lui plusieurs milliers d’œuvres. De nombreux musées de par le monde ont fait la demande de prêts exceptionnels pour célébrer l'événement et c'est logique.

Si bien qu'à Paris il ne reste pas grand chose, même si la collection d'oeuvres choisies qui est présentée en ce moment demeure très intéressante. Elle occupe une partie du sous-sol tandis que la totalité des quatre étages de l’hôtel Salé est investi par une artiste contemporaine, Sophie Calle, qui célèbre à sa manière les 50 ans de la mort de Pablo Picasso.

Et même la cour puisqu'on y voit son Autobianchi Lutèce, toute petite voiture de 1968 surnommée par elle Ma Jolie.

Intitulée A toi de faire, ma mignonne, et organisée en quatre temps correspondant aux quatre étages du musée, cette exposition prend le contre-pied des multiples évènements de la "Célébration Picasso 1973-2023" qui mettent à l’honneur l’artiste espagnol. Cette exposition porte un regard curieux et décalé sur un choix d’œuvres emblématiques de Picasso dont l’artiste convoque les images ou la mémoire au travers d’un récit personnel qui se déroule au rez-de-chaussée du musée.
Je n'ai aucunement été surprise de revoir Le cénotaphe de Sophie (oeuvre en faïence émaillée réalisée en 2017 par Serena Carone, née en 1958) que j'avais déjà vu au Musée de la Chasse et de la Nature il y a 4 ou 5 ans. Elle est ici placée devant un Loup blanc naturalisé appartenant à la collection personnelle de Sophie Calle.

Cette artiste fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde depuis la fin des années 70. Tour à tour décrite comme artiste conceptuelle, photographe, vidéaste et même détective, elle a développé une pratique immédiatement reconnaissable, alliant le texte à la photographie pour nourrir une narration qui lui est propre. Ses travaux forment un vaste système d’échos et de références internes, connectés entre eux comme les chapitres d’une œuvre globale dans laquelle Sophie Calle brouille quelquefois les frontières entre l’intime et le public, la réalité et la fiction, l’art et la vie. 

Dans cette exposition-carte blanche elle explore largement certaines des thématiques qui lui sont centrales telles que la privation du regard (c'est ainsi que la célèbre sculpture de Picasso La chèvre est présentée recouverte d'un drap) ou la disparition en ayant recours à l’archive et à l’écriture comme sources et matières premières de sa création. Elle comporte tant de textes à lire et qui font partie intégrante de son œuvre qu'il est recommandé de visiter cette partie en deux fois voire plus. Autant vous dire que j'ai vite renoncé à m'immerger dans cet univers foisonnant. J'ai pris au pied de la lettre (et je parie que je ferais sourire Sophie Calle si elle l'apprenait) deux messages. Celui du titre du roman policier en équilibre sur une chaise accrochée au mur : Game over (Fin de partie) et le salut de la reine d'Angleterre dont l'orientation de la main est strictement inverse à notre manière de dire bonjour. A ce propos je signalerai qu'au Mexique on fait ainsi pour remercier la courtoisie d'un automobiliste alors que notre façon de faire est équivalente à une insulte.
J'étais venue voir Picasso. Je me suis donc focalisée sur ce qui préfigure l’accrochage permanent qui occupera, à partir de mars 2024, trois étages de l’Hôtel Salé, autour d'une sélection de chefs d’œuvres réunissant peintures, sculptures, dessins et céramiques parmi les plus emblématiques.

J'avais déjà vu certaines oeuvres dans de précédentes expositions, comme Picasso devant la nature au Chateau de Sceaux (en 2017) qui présentait notamment L'arbre (Paris, été 1907, huile sur toile), et Nu dans un jardin (Boisgeloup, 4 aout 1934, huile sur toile) où Marie-Thérèse fut modèle.
On est un peu égotiste, mais si heureux que la Nature morte à la chaise cannée (Paris, printemps 2012, huile et toile cirée sur toile encadrée de corde) soit restée à Paris. Ce tondo (tableau de forme circulaire) étiré en largeur est le premier collage de l'histoire de l'art moderne. Il est caractéristique du cubisme de synthèse, qui cherche à représenter les objets à travers leurs traits essentiels, de façon synthétique. L'oeuvre combine diverses manières de représenter le réel. Le signe pictural dans la partie supérieure et droite de la toile figure une nature morte au verre. L'écriture avec les lettres JOU signifient journal. Le trompe-l'oeil est reconnaissable au morceau de toile cirée qui donne l'illusion d'une assise de chaise sur laquelle reposerait la composition. Enfin le cordage fait office de cadre. 
C'est toujours une émotion de revoir ces deux tableaux associés à l'enfance : Paul en Arlequin (Paris 1924, huile sur toile) et Claude dessinant Françoise et Paloma, (Vallauris, 1954, huile sur toile) représentant les deux enfants qu'il a eu avec Françoise Gilot.
Et puis on prend toujours plaisir à plonger le regard dans ces portraits de Dora Maar (Paris 1er octobre 1937, huile et pastel sur toile), Marie-Thérèse (Paris 6 janvier 1937, huile sur toile) ou Jacqueline aux mains croisées (Vallauris, 3 juin 1954, huile sur toile).
Ou encore celui de cette Femme aux cheveux verts (Paris, 18 avril 1949, lavis sur papier lithographique décalqué sur quatre zincs).

samedi 4 novembre 2023

Last dance, un film de Delphine Lehericey

J’avais été séduite par la bande-annonce de Last Dance, par le sujet et je jubilais d’avance à l’idée de revoir François Berléand sur grand écran.

Vous vous doutez que si je commence ainsi c’est que la déception a pointé tout au long du film qui, malgré un enchaînement de situations cocasses s’essouffle vite derrière ses bonnes intentions. Justement peut-être parce qu’il y en a trop. Et je suis vraiment désolée de l’écrire.
Germain (François Berléand) se retrouve subitement veuf le jour où, dans leur appartement, son épouse Lise (Dominique Reymond) succombe à une crise cardiaque. Inquiets, ses enfants le couvent d’attention et règlent son emploi du temps de telle sorte à n’y laisser aucun vide. Mais le retraité n’a qu’une seule idée en tête : reprendre la place de son épouse au sein d’un cours de danse contemporaine tenu par la performeuse Maria Ribot mélangeant danseurs professionnels et amateurs. Il décide de s'y rendre clandestinement. S'ensuit une série de quiproquos jusqu'à une fin qu'on a deviné heureuse, … forcément.
Tout est prévisible. On sait bien qu’à force d’accumuler les boites en plastique, elles vont dégringoler lorsqu’un proche du vieil homme ouvrira un placard. On devine que ses enfants vont se méprendre sur le sens à donner à la scène d’échauffement qui se déroule dans le salon. Je ne spoile rien. Les gags sont tous prévisibles. 

Un des intérêts de la danse contemporaine est de traduire la pulsion de vie, ce qui est d’ailleurs le thème principal du film, et que faisait merveilleusement intelligemment bien Cédric Klapisch dans En corps, mais ici c’est curieusement poussif. J’ai regretté que les rebondissements soient le fruit de gags, alors qu’il aurait pu y avoir un peu de drama.

On sent la volonté, et elle est à l’honneur de la réalisatrice, de faire un film irréprochable, Alors tout est respectueux. A commencer par La Ribot dont on louera les qualités d’écoute. Elle joue son propre rôle et elle est parfaite. Son credo est admirable : il n’y a pas de limites, que des possibilités. Je ne la connaissais pas et c'est "le" mérite du film de me l'avoir fait découvrir. Et puis c'est aussi un hommage à l'écriture et à son pouvoir de résilience. Mais c'est bien tout.

La mise en scène est convenue. Berléand fait du Berléand, un homme poussif et misanthrope. On ne comprend pas qu'il se sente étouffé par la tendresse et la sollicitude d'une famille qu'on rêverait tous d'avoir. On ne comprend pas son admiration pour Marcel Proust dont il relit l'oeuvre (ennuyeuse, franchement) tout en se goinfrant de madeleines XXL, probablement fournies par la Pâtisserie des Rêves qui en a fait sa spécialité depuis 2012. Elle a été créée par Philippe Conticini dans un moule spécialement agrandi, afin de procurer à un adulte la même sensation qu'il avait eu enfant quand cette petite douceur moulée en coquillage dépassait la paume de sa petite main. C'est bien un des rares moments de poésie du film et il faut connaitre l'anecdote pour l'apprécier.

Je me sens avoir bêtement été influencée par le souvenir que j'avais de la sublime chanson du groupe de rock français formé dans les années 1990,  Kyo "Dernière danse" figurant sur le deuxième opus du groupe intitulé "Le Chemin" sorti en 2003.

Au chant, Benoît Power demande à son ex-petite amie de lui accorder un dernier moment avant une éventuelle rupture définitive : "Je veux juste une dernière danse / Avant l'ombre et l'indifférence / Un vertige puis le silence / Je veux juste une dernière danse", dont une rumeur a été dit que ce titre avait été écrit pour une sœur décédée. Toujours est-il que la chanson a eu un énorme succès et qu'elle a fait l'objet de multiples reprises mais elle est étonnamment absente de la bande-son du film.

Last Dance, film belgo-suisse réalisé par Delphine Lehericey
Avec François Berléand, Dominique Reymond, Maria Ribot …
En France sur les écrans depuis le 20 septembre 2023

vendredi 3 novembre 2023

Accords mets-vin avec un IGP Crète, domaine Lyrarakis, Dafni, Psarades

Comme presque toujours en Crète le Dafni est monocépage. Son nom signifie en crétois laurier et le domaine Lyrarakis est le premier à avoir mis ce cépage en valeur car dès le début, la famille Lyrarakis a décidé de se consacrer au sauvetage et à la renaissance de rares variétés indigènes de Crète comme celle-ci.

J’ai goûté un cru 2020 lors d'une dégustation de vins grecs et crétois orchestrée au restaurant Laurier, qui se situe 60 Champs-Élysées à Paris et où la cuisine d'Andréas Mavrommatis est un plaisir gustatif intense.

On note immédiatement un premier nez d’agrume, de citron qui donnent un côté frais et désaltérant, puis arrivent les parfums de garrigue et en final on ressent des arômes mentholés évoquant le pin et achevant d’affirmer la personnalité de ce vin. 10% proviennent de vendanges précoces pour en garantir le côté vert, mais malgré tout très fruité, comme la plupart des blancs crétois.

La bouche confirme les excellentes impressions du nez. Il pourrait presque être considéré comme un parfum. On peut le boire à l’apéritif ou le recommander sur une salade, un poisson, des fruits de mer… Il sublimerait une volaille par son côté citronné et ses arômes de garrigue.

J'ai longtemps hésité à l'associer à un plat parce que je voulais sortir des sentiers battus et surtout lui accorder une place prépondérante au cours du dîner. Il a été parfait sur des lasagnes au saumon.

Ma recette est toute simple. J'ai "monté" le plat avec ce dont je disposais.
De bas en haut, dans la terrine beurrée : une couche de lasagne, une tombée de feuilles de chou-fleur (débarrassées des côtes et précédemment poêlée), lasagne, des rondelles de tiges de fenouil, lasagne, du saumon frais, lasagne, des carottes coupées en julienne (avec l'outil Microplane adéquat), lasagne, des champignons, lasagne. On a aussi mis plusieurs cuillerées à soupe de sauce béchamel entre les couches et plus copieusement encore sur la dernière lasagne. Un peu de chapelure et de beurre et hop au four.
L'accord a été parfait. Ce vin est tellement facile que je l'ai ensuite également apprécié avec un fromage de Brie, ce qui n'était pas évident.
Le domaine Lyrarakis se trouve près de Rethymno. La particularité du vignoble est de connaître un climat chaud avec des influences maritimes, sur un relief varié, des sols sablonneux, limoneux, sachant que les parcelles ne sont pas irriguées et se situent à une altitude de 500 mètres, dans le vignoble du village de Psarades, en cuvée parcellaire.

La cave a été fondée par la famille Lyrarakis en 1966 et est située dans la partie montagneuse de la zone Peza, dans le village d'Alagni. Les pressoirs en pierre du XIV°, parfaitement conservés, témoignent de ce voyage œnologique unique dans le temps.

D'autres découvertes intéressantes sont possibles en vous rendant à la Cave Mavrommatis, 47 Rue Censier, 75005 Paris. Et bien entendu dans chacun de leurs restaurants.

jeudi 2 novembre 2023

Crumble aux poires

Dès lors qu'on s'intéresse au patrimoine, il est intéressant de connaitre l'origine du crumble qui est un gâteau composé d’une couche de fruits recouverte d’une pâte à l’aspect effrité (d'où son nom puisque en anglais il signifie "émietter").

C'est précisément en Grande-Bretagne, pendant la Seconde Guerre mondiale, que l'idée a émergé de faire un dessert rapide à faire, et à composer avec les moyens du bord, et ne nécessitant surtout pas d"oeufs car ils manquaient cruellement. A cette époque on le faisait avec un peu de farine, de sucre et de margarine, mélangés ensemble du bout des doigts, et "émiettés" sur une couche de fruits récupérés dans la journée, disposés dans un moule graissé avec ce dont on disposait. Il n'y avait plus qu'à cuire au four.

Nous ne subissons plus le rationnement mais à l'heure où la cuisine dite "de la récup" devient (hélas) tendance on gagnera à reprendre la formule. Personne ne dira que Cees poires n'appartiennent pas à cette catégorie …
Outre les fruits, les ingrédients sont dans l’ordre décroissant de quantité : farine, sucre (ou cassonade), beurre, pincée de sel. Au Québec, où on l'appelle croustade, il n'est pas rare de remplacer une partie de al farine par des flocons d’avoine.
La proportion est d'environ 60% de farine pour 40% de sucre et de beurre. Par exemple 150 grammes de farine et 100 de beurre (ramolli), autant de sucre, et si on aime, un nuage de cannelle, ou comme moi un hachis de verveine. On se régale avec lorsqu'il est encore tiède.

mercredi 1 novembre 2023

Ce qui nous rend vivants d’Emma Green

C’est un gros bouquin, épais mais je vous rassure. Après en avoir lu une vingtaine de pages vous serez heureux qu’il vous en reste plus de 400. On est vite accroché par les personnages principaux. La situation est dépaysante puisque Ce qui nous rend vivants se passe à Chicago et qui plus est dans un hôpital mais le fait qu’elle ait été écrite par des françaises la rend plus proche de nous. Pas de doute, les auteures maîtrisent les sujets qui nous touchent.

Cléo commence son internat aux urgences de l'hôpital public de Chicago. Elle y retrouve Carter Cruz, qui fut son meilleur ami de la fac de médecine, mais aussi son plus sérieux rival et son plus grand regret. Tous deux ont choisi cette unité parce qu’ils ont besoin de l’adrénaline que procure la nécessité de sauver des vies. Mais aussi pour oublier les regrets qui les rongent en espérant gagner un peu d’invincibilité au coeur du tourbillon de leur métier.

Derrière le nom d’Emma Green se profile un véritable phénomène littéraire. C’est un duo qui a déjà vendu un million de livres et qui doit son succès à un style drôle et incisif, conciliant la comédie romantique et la tranche de vie, et à la construction de personnages touchants, se débattant dans un univers ancré dans le réel. Dans ce dernier livre le personnage de Carter (médecin ô combien sympathique) est d'origine mexicaine, ce qui me ravit, comme on peut le deviner.

Les hasards de la vie sont tels que je l’ai lu alors que je me trouvais dans un service hospitalier pour plusieurs heures qui auraient été autrement sinistres si je n’avais pas bénéficié de cette compagnie.

Elles sont respectivement nées en 1984 et 1985, habitent maintenant à Paris, se sont connues à l’école de journalisme et ont toujours travaillé ensemble, en binôme, même avant d’écrire des romans. Que ce soit comme journaliste ou comme romancière elles veulent  parler des gens, de la société, donner à entendre la voix de héros ordinaires, bref, faire du témoignage. Voilà pourquoi leurs héros ont une réelle épaisseur et de la subtilité.

Elles ont choisi un pseudo anglo-saxon en hommage discret à Friends, leur série culte dont elles apprécient qu'elle traite de sujets de société sous couvert d’humour, d’autodérision, mais avec une grande sensibilité, et un goût affirmé pour le vivre-ensemble, toutes qualités que l'on ressent dans Ce qui nous rend vivants à part égale avec leur féminisme, et leur souci d'être inclusives. Du coup elles s'adressent à toutes les générations, tous les milieux socioculturels, toutes les cultures et toutes les orientations sexuelles. Il n'y a guère que les religions qui sont absentes de leur écriture.

On m'a dit qu'elles se renouvelaient à chaque roman. Je suis enthousiaste à l'idée de le vérifier par moi-même. 

Ce qui nous rend vivants d’Emma Green, éditions Addictives

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