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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 14 novembre 2016

Dernier avis avant démolition

Dernier avis avant démolition est le titre d'un livre publié par ce qu'on appelle un "petit" éditeur. Autrement dit, il a moins de chances que ceux qui sont portés par les "grandes" maisons de se voir attribuer un prix littéraire, ou même "simplement" de sortir du lot.

Je rappelle qu'environ 600 livres sont publiés à chaque rentrée de septembre, et quasiment autant en janvier et un volume assez remarquable également avant l'été.

J'en ai déjà parlé, le Prix Hors Concours a été créé dans l'esprit de donner un coup de projecteur à cette édition qui, pour survivre, se doit encore plus que ses concurrents, de dénicher des pépites.

J'ai découvert le recueil de nouvelles de Fabien Maréchal parce qu'il faisait partie de la cinquantaine d'extraits soumis au jury auquel j'appartenais et j'avais immédiatement été convaincue par son style. l'avenir me donna raison puisqu'il fut retenu parmi les 8 finalistes du Prix.
Un vieil ouvrier retranché dans son immeuble promis à la destruction, un syndicaliste qui s’obstine à organiser une grève vouée à l’échec, ou un étrange photographe coureur des bois : pour ces personnages, le sens qu’ils donnent à leur vie prime sur toute autre considération … Qu’ils embrassent les luttes sociales, des idéaux politiques ou la quête extatique d’une réalité cachée dans la nature, les voilà aux prises avec un monde extérieur peu enclin à se plier à leurs aspirations profondes. Ils sont tous des combattants chancelants qu'une flamme maintient en éveil.
Les nouvelles sont un genre littéraire qu'il affectionne et où il est orfèvre. Fabien Maréchal a bien raison de refuser qu'on considère ce genre comme se situant à part, la presque petite soeur d'un autre plus abouti, qui serait le roman.

Il avait dit le soir de la remise du prix qu'il ne mesurait pas la longueur de ses textes. Si cinq pages suffisent pour conduire le lecteur jusqu'à un moment de surprise où tout bascule pourquoi aller plus loin ? Je viens de lire chaque nouvelle dans son intégralité et je partage totalement son avis. La Cérémonie ne compte "que" 6 pages et rien ne manque pour qu'on éprouve un vrai plaisir à la lire.
Non seulement il a le sens du rythme, ce qui est fondamental dans ce type de récit, mais il fait preuve d'une humanité très subtile, à la lisière entre tendresse et dérision, le plaçant dans la lignée d'auteurs qu'il affectionne comme aime Jorge Luis Borges, Jules Vallès, et même, dans la littérature jeunesse Roald Dahl. Quelques lignes suffisent pour qu'on s'attache à ses personnages, essoufflés par la vie, et qu'on leur souhaite un destin plus clément.

Hélas, les Titanic ne traversent pas tous l'Atlantique et des naufrages surviennent même sur la terre ferme. (p. 14) Il y a chez Fabien Maréchal une capacité à produire un tableau sociologique d'une époque où le communisme avait promis un Avenir radieux à des ouvriers dont l'objectif ultime serait de s'installer pour l'éternité à l'ombre d'un tilleul.

On pense forcément aux Années d'Annie Ernaux en se disant qu'on a trouvé son pendant masculin.

Antidata est une maison d'édition née en 2004, héritière de la revue du même nom, se donnant pour but d'éditer des textes courts, nouvelles mais aussi dialogues, lettres, ou autres. En dehors de ce format court, elle n'a d'autre ligne éditoriale que les goûts et enthousiasmes de ses membres. A signaler, même si je n'en ai pas l'habitude, que le prix de vente (10 euros) est vraiment à la portée de tous.

Fabien Maréchal est journaliste et collabore au magazine National Geographic France. Ce livre est le second recueil de l’auteur, après Nouvelles à ne pas y croire, publié en 2012 aux éditions Dialogues.

Dernier avis avant démolition de Fabien Maréchal, Antidata, mars 2016

dimanche 13 novembre 2016

Les caprices de Marianne dans la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

Depuis que Sarah-Jane Sauvegrain avait présenté son travail à l'occasion de l'annonce de la saison de La Tempête au printemps dernier, j'avais très envie de découvrir la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia et la déception fut à la hauteur de mes espérances.

C'est l'impression qui m'envahissait à la fin du spectacle même si la rencontre qui a eu lieu ensuite avec les comédiens m'a permis de nuancer mon point de vue. Sauf que comprendre et aimer ... n'obéissent pas au même processus.

Ceux qui estiment que je suis très (trop ?) enthousiaste dans mes chroniques admettront que je ne suis pas systématique.

Commençons par le positif. Le jeu des comédiens est sans reproche. L'idée du metteur en scène d'avoir demandé à Jan Hammenecker (qui joue le mari, mais à ce stade on ne le sait pas encore) de commencer par quelques-unes des questions que Max Frisch a proposé dans son "Journal" est excellente.

Habillé en costume gris anthracite, comme on peut en porter aujourd'hui, il interroge le public devant un voile blanc qui occulte totalement le décor. Les interrogations attisent la curiosité du spectateur qui se demande si c'est bien à Musset qu'on les doit.

Il commence par un timide bonjour. On pense qu'il appartient au théâtre et qu'il va nous rappeler d'éteindre nos portables. Pas du tout. Il nous demande qui nous aurions préféré ne jamais rencontrer. A peine avons-nous digéré cette question inattendue qu'une autre arrive : Quel mort aimeriez-vous revoir ? Puis une suivante : Quel âge aimeriez-vous atteindre ?

L'interrogatoire prend une tournure surréaliste qui provoque des réactions dans l'assistance, quelques rires et parfois même des réponses. Max Frisch est un romancier, essayiste et auteur dramatique suisse de langue allemande parmi les plus traduits dans le monde. Plus de 250 questions ont été publiées dans son journal (1966 – 1971) autour de sujets comme le mariage, les femmes, l’espoir, l’humour, l’argent, la propriété… Elles n’appellent sans doute aucune réponse mais provoquent une introspection à l'intérieur de chacun de nous.

La musique monte et le comédien fait tomber le voile qui révèle un chaos. Pourquoi avoir choisi une cheminée demandera-t-on à l'équipe après le spectacle ? Ce n'est pas cela que le scénographe a voulu représenter mais une sorte de théâtre écroulé et figé dans une coulée de lave du Vésuve puisque l'action se situe à Naples.
On découvre effectivement un cadre qui évoque un linteau surmontant un foyer devant lequel les personnages semblent minuscules, comme au cinéma suite à un effet spécial. Cette image lilliputienne est si forte qu'il est difficile de voir autre chose. De plus la scène est glissante, parsemée d'irrégularités et d'anfractuosités (avec une sorte de grande flaque d'eau où les comédiens iront s'asperger) et on souffre un peu de les voir évoluer dangereusement.

Il parait que c'est voulu. Ce qui me semble dommage c'est de n'avoir pas poussé plus loin le parallèle avec Max Frisch (dont Frédéric Bélier-Garcia connait bien l'oeuvre puisqu'il a monté plusieurs de ses pièces). L'homme a été architecte avant d'être écrivain et il y aurait eu, de mon point de vue, un lien intéressant à faire avec ses croquis.

Monter les Caprices de Marianne dans la version originale (non censurée de 1833) d'Alfred de Musset est à mettre au crédit du metteur en scène. La pièce n'avait été jouée qu'en 1852, massacrée par la plume même de l'auteur pour convenir aux censeurs.

On annonce une comédie mais c'est un drame qui se déroulera, comme le funeste décor le suggère. Il suffit d'écouter le texte, sombre dès les premiers mots : Il n'y a plus d'amour, plus de gloire, qu'une épaisse nuit sur la terre.

Quand la vieille Ciuta (magistralement interprétée par Yvette Poirier) révèle à Marianne (Sarah-Jane Sauvegrain) l'amour que lui porte Coelio ( Sébastien Eveno) on sent tout de suite poindre la tragédie. Un je ne sais quoi de shakespearien s'est infiltré. Est-ce la proximité phonétique du nom du héros avec le duc Orsino, de la Nuit des Rois ou celle d'Hermia, sa mère, qui rappelle Hermione du Songe d'une nuit d'été ?
On se doute que les amours seront contrariés et que tout cela finira mal. Alors deviner le fredonnement de la chanson Jour de neige qui fut le grand succès d'Elsa en 1988 et plus tard les paroles de la Solitude m'ont autant dérangée que la chorégraphie rockissime accompagnant la scène de l'assassinat.

Je m'attendais presque à entendre les paroles de Michel Delpech Dieu que Marianne était jolie ... alors qu'à tout prendre j'aurais choisi un So long Marianne qui aurait été d'actualité avec la mort de Léonard Cohen (et la puissance des sentiments que le chanteur lui a témoigné jusqu'à ses derniers instants).
Peut-être suis-je réfractaire à ce romantisme là. J'ai très envie de vérifier en allant lire le texte original de Musset dont, j'en conviens, on se fait une idée fausse. Il a écrit en pensant d'abord être lu. Et j'aimerais mieux comprendre cette maladie d'idéalité qui conduit Coelio au sacrifice de soi. Et puis enchainer avec Léonce et Léna puisqu'il est ressorti de la conversation qui a eu lieu en bord de plateau après la représentation que Buchner se serait inspiré de Musset pour l'écrire.
En tout cas, Frédéric Bélier-Garcia, qui a une formation de philosophe, est parvenu à surprendre le spectateur et c'est bien une des premières fonctions du théâtre.

Les caprices de Marianne
d'Alfred de Musset
mise en scène Frédéric Bélier-Garcia
avec Marie-Armelle Deguy en alternance avec Laurence Roy, Sébastien Eveno, Denis Fouquereau, Jan Hammenecker, David Migeot, Yvette Poirier, Sarah-Jane Sauvegrain et la participation de Lucie Collardeau en alternance avec Daphné Achermann et de Jean-Christophe Bellier, Olivier Blouineau, Jean-Pierre Prudhomme
décor Jacques Gabel
au Théâtre de la Tempête - salle Serreau
Du 10 novembre au 11 décembre 2016
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

samedi 12 novembre 2016

Bundt pans : L’Amérique sort du moule !


(mise à jour 17 décembre 2016)

Alors que les présidentielles américaines ont engendré de nombreuses controverses, il y a pourtant une chose qui fait et qui fera toujours l’unanimité dans les foyers : ce sont  les incomparables moules à gâteaux de la marque Nordic Ware que toute bonne ménagère américaine se doit de posséder ... et que les hommes plébiscitent bien entendu tout autant.

Nous avons en France des moules aux formes insolites comme celui que j'ai utilisé pour faire un sapin de Noël, ou mieux encore celui qui ressemble à une fleur de tournesol (qui est en silicone) mais rien d'aussi spectaculaire que ceux que vous découvrirez dans cet article.

Isabelle, une de mes amies ayant vécu 11 ans dans le Minnesota (Midwest), la ville de leur créateur, m’en a parlé avec enthousiasme et je la laisse vous les présenter :

C’est à l’occasion d’un goûter chez une amie américaine aussi gourmande que moi que j’ai découvert sur sa jolie nappe une œuvre d’art nimbée de sucre glace.

La voir le couper pour m’en servir une part m’a presque paru un crime de lèse-gâteau ! Tout en dégustant cette excellente douceur, je lui ai demandé de me dévoiler ses secrets de fabrication, et c’est alors qu’elle a sorti de son placard un splendide moule en forme de fleur de lys hérité de sa mère. Elle en a profité pour me dire que la compagnie qui les fabriquait était située dans les environs et que je pouvais y dénicher des trésors.

Ayant vécu où est née l’aventure de ces moules, ce n’est que par manque de place que je n’ai pas dévalisé toute la boutique et que je me suis contentée d’une collection très raisonnable.

vendredi 11 novembre 2016

Moi, Corinne Dadat

J'ai vu le spectacle cet été alors que je me trouvais aux rencontres de la Mousson d'été en Lorraine qui sont le ferment de la découverte, la formation et la promotion des nouvelles écritures dramatiques. il faut rendre hommage à son créateur Michel Didym pour la qualité de ces rencontres qui perdurent depuis plus de dix ans et qui sont des moments d'échanges de haute qualité.

Le type d'écriture de Moi, Corinne Dadat en faisait un spectacle qui avait toute sa place dans ce type de manifestation. J'ai eu aussi la chance de pouvoir discuter du propos avec le metteur en scène Mohamed El Khatib. Autant le dire tout de suite je lui ai exprimé beaucoup de réserves. J'ai pu échanger avec lui sur chacun des points qui ont heurté ma sensibilité. Néanmoins il ne m'a pas apporté de réponse qui puisse me faire changer d'avis, bien au contraire et c'est par discrétion et par respect pour les personnes en cause que je ne reproduirai pas les termes de notre conversation.

Par contre je vous livre un avis, qui n'est que le mien, même si le lendemain de la représentation beaucoup de personnes émettaient des réserves semblables aux miennes. Il n'y a pas de raison que je me taise puisque lorsque je suis enthousiaste vous le savez tout autant.

Mohamed El Khatib emploie le terme de "poème scénique" pour caractériser ce spectacle qu'il a eu l'idée de monter à force de côtoyer Corinne Dadat, femme de ménage dans la salle de travail où Mohamed animait un atelier théâtre à Bourges. Tous deux ont ce qu'on appelle un fort tempérament.  Un soir le metteur en scène présente ses excuses de laisser une salle un peu en désordre. On n'a pas eu le temps de serpiller dit-il. Corinne le chambre aussitôt en se moquant de ce néologisme : serpiller ça n'existe pas ! Ils commencent à se parler. Il décide d'écrire sur sa vie le jour où elle lui confie : vous n'imaginez pas le nombre de fois où mes bonjours se sont perdus dans le vide, alors je ne parle plus.

Sans doute aussi parce que sa propre mère est ou a été femme de ménage, l'homme de théâtre a perçu qu'il tenait là un sujet intéressant. Il a eu envie de donner la parole à une de ces personnes que l'on écoute insuffisamment et jusque là je trouve son intention excellente.

Ce qui me gêne par contre c'est de lui faire jouer son propre rôle sur la scène. Ses difficultés seraient touchantes si on se trouvait face à un film documentaire. Elles sont d'un autre ordre quand on la compare, et c'est inévitable, au second personnage de la pièce, une danseuse contorsionniste beaucoup plus jeune, mais elle aussi usée par le travail.

Le malaise grandit quand on réalise qu'elle interprète une femme de 55 ans qui n'a plus de rêve alors qu'elle est en train de réaliser le sien, en étant sur scène, parce que cela lui permet de gagner enfin plus d'argent, et d'acquérir une forme de reconnaissance.
Depuis sa création il y a exactement deux ans sur la Scène Nationale d’Orléans il ne cesse de tourner, en France mais aussi à l'étranger. Après l'Angleterre une représentation serait programmée à New York. On peut le voir cet automne au Monfort. Il sera au théâtre de la Colline au printemps. mais après ? Qu'adviendra-t-il des rêves de Corinne quand les feux de la rampe seront définitivement éteints ? On sait combien le retour à la réalité a été rude pour les non-acteurs qui ont gravi les marches de Cannes avant de sombrer dans l'oubli. Je pense notamment à la situation dramatique d'Osman Elkharraz qui a été si bien racontée dans Confessions d'un acteur déchu.

Ce sont des petits détails qui construisent l'adhésion (ou le rejet) du public. Car le spectateur est binaire : il aime ou il rejette. On pourra ensuite analyser, concéder, admettre, convenir, mais la première impression persistera, celle-là même dont Talleyrand prévenait qu'il fallait s'en méfier, parce que c'est ... la bonne.

Vingt-quatre heures après avoir vu Moi, Corinne Dadat, je restais sur la colère et je ne m'inquiétais pas de la dire, persuadée que d'autres que moi encenseraient le spectacle. Voici quelques-unes de mes réserves. Elles ne sont pas de l'ordre de l'impression mais la conséquence de faits concrets.

L'agacement commence avec le titre, Moi, Corinne Dadat ... qui rappelle Moi, Président de la république je vous promettrai la lune, sauf que pour Corinne la lune ne brille pas dans le ciel.

Il a continué en remarquant que l'interprète principale lisait son texte sur un prompteur avec un manque de naturel contrastant avec la situation puisque ce sont à peu près ses propres mots qu'elle redit à chaque représentation. Ceci étant ne pensez pas que je lui jette une quelconque pierre. Etre comédienne est un métier difficile qui ne s'improvise pas, surtout au théâtre où il faut être parfait tous les soirs. Une seule prise ne suffit pas comme au cinéma.

Mohamed El Khatib est sur scène lui aussi, rejouant la scène d'anthologie où Corinne lui fait remarquer que serpiller n'existe pas. Est-ce pour démontrer que cela existe qu'il fait "serpiller" le sol de la scène par la danseuse qui s'exécute avec sa très longue chevelure dans un premier moment d'une obscénité pour moi insoutenable. Le boulot ne doit pas être satisfaisant puisque Corinne repasse derrière, avec "sa" grosse machine, laquelle la conduit plus qu'elle ne la pousse.
Deuxième scène horrible quand Corinne balaie au sens propre le corps de sa rivale.

Les clichés sont des caricatures : blonde versus brune, vieille versus jeune. Tout alimente un machisme insupportable. Dans un long monologue, Elodie la danseuse, s'excuse de ne pas s'être (pas encore) fait sodomiser comme si c'était un rituel essentiel pour être une vraie femme ... La question soulève le coeur : c'est quoi une femme ... de ménage, ... ou pas.

A la fin Corinne avale devant nous en fond de scène le contenu des flacons de produits d'entretien. On se doute que ce n'est que de l'eau mais l'image est là, terrible, à l'instar de l'avaleur de sabre ou du cracheur de feu. Corinne flambe sa vie et le spectateur se sent voyeur. Comment sourire, applaudir et poursuivre notre route comme si de rien n'était ?

J'ai senti les deux femmes salies et je me suis sentie sale aussi. Michel Didym soulignait combien la Mousson d'été avait pour fonction de maintenir des espaces de rêve. Et ce soir là avait un goût de cauchemar.
Moi, Corinne Dadat
un spectacle de Mohamed El Khatib
avec Corinne Dadat, Élodie Guezou, Mohamed El Khatib
Les 18, 19, 25 et 26 nov. 2016 à 21h
Monfort en collaboration avec le théâtre d ela Ville
Au Monfort en collaboration avec le théâtre de la Ville
106 rue Brancion, 75015 Paris, 01 56 08 33 88
Du 22 mars au 1er avril 2017
du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h
Au théâtre national de la Colline
15 rue Malte-Brun, 75020 Paris, 01 44 62 52 52

jeudi 10 novembre 2016

Manger plus sainement, les enseignements du Moulin de Grouches

C'est à l'occasion d'un court séjour au Moulin de Grouches que j'ai expérimenté les conseils en matière de nutrition de Pierre Lefebvre, naturopathe et pharmacien.

Selon lui nos intestins sont fréquemment irrités par une alimentation qui n'est pas saine. D'abord par ses apports : on ne mange pas suffisamment bio, on ingère trop d'aliments raffinés (en particulier les sucres), les farines ont été génétiquement transformées et sont responsables d'intolérance au gluten, et notre appétence pour les produits laitiers est insensée.

Il souligne que nous sommes les seuls mammifères à consommer du lait une fois adulte. Certaines de ses réflexions font peur : la vache

Je me trouvais là sans objectif autre que d'observer mais je n'allais pas réclamer un café et des croissants au premier petit-déjeuner. J'ai suivi le mouvement et je me suis aperçue que l'assiette idéale du matin pouvait être bonne et rassasiante.

Je n'ai jamais eu de fringale au cours du week-end et j'ai même pu poursuivre le mouvement une fois rentrée chez moi, malgré les tentations qui débordent de mes placards. Je ne suis même pas allée au Salon du chocolat, c'est dire !

mercredi 9 novembre 2016

Anna Dubosc est la première lauréate du prix Hors Concours pour Koumiko

Ce soir avait lieu l'annonce du premier lauréat du prix de l'édition qui n'a pas de prix, le Prix Hors Concours dans un lieu symbolique, l'Hôtel d'Avejan, 53 rue de Verneuil Paris 7ème, qui est le Centre National du Livre.

On voit sur la photo, de gauche à droite 6 des 8 finalistes :
Bruno Doucey, pour Le carnet retrouvé de Monsieur Max, éditions Bruno Doucey,
Laurence Biberfeld, pour Ce que vit le rouge-gorge, éditions Au-delà du raisonnable,
Anna Dubosc, pour Koumiko, éditions. Rue des promenades,
Benoît-Marie Lecoin, pour Ringo, éditions le Murmure,
Gilles Marchand, pour Une bouche sans personne, éditions Aux Forges de Vulcain,
Fabien Maréchal, pour Dernier avis avant démolition, éditions Antidata

Carl-Keven Korb, pour Une nuit pleine de dangers et de merveilles, éditions du Chemin de fer, réside au Canada et était absent. Brahim Metiba, pour Ma mère et moi, éditions le Mauconduit, se trouvait dans la salle. J'avais reçu son livre après la proclamation de la pré-sélection et je l'ai chroniqué depuis. Ce court texte émouvant et autobiographique revient sur l'impossibilité pour une mère et son fils à communiquer malgré leurs efforts.
Gaëlle Bohé, fondatrice et présidente du Prix a insisté à juste titre sur cette expérience collective qui met en lumière la richesse de l'édition indépendante, d'une littérature que l'on pressent engagée.
Si chaque art, et notamment la musique avec Rock Inde, le cinéma avec Sundance, le théâtre avec le festival d'Avignon off, il était temps que le monde des livres se dote d'une action de cet ordre. Il n'est pas question d'engager un combat contre les grandes maisons mais d'inviter le lecteur à goûter une cinquantaine d'extraits de 8 000 signes du catalogue collectif qui devient la première bible Hors Concours. Et bien sur de donner l'envie d'aller plus loin que l'extrait ...
Plusieurs de mes favoris figuraient parmi les huit finalistes. Et c'est avec plaisir que nous avons d'abord écouté (et reconnu la plupart du temps) un extrait de chacun lu par 4 des 5 membres du second jury :
Lauren Malka, conseillère littéraire pour l’émission littéraire de TF1, "Au fil de la nuit" ; Pierre Vavasseur, grand reporter pour le quotidien national Le Parisien-Aujourd’hui en France ; Catherine Fruchon-Toussaint, journaliste pour l’émission Littératures sans frontières sur RFI et Marie-Delphine Roux-Jean, rédactrice en chef du site littéraire, Babelio.

Chacun a ensuite bénéficié d'une présentation avec son éditeur et a pu s'exprimer sur son ouvrage. S'il est dit que Ringo se situerait quelque part entre Jacques Kerouac et Orange Mécanique Benoît-Marie Lecoin reconnait que les Etats-Unis l'ont toujours fait rêver et qu'il a conduit ce premier roman comme on peut avoir envie de conduire sa première voiture, en roulant le plus vite possible et sans jamais poser le pied sur le frein.
Laurence Biberfeld n'en est pas à son premier roman. Son style s'adapte au sujet. Ce que vit le rouge-gorge est un polar qui retrace l'enquête qu'une mère mène à sa sortie de prison pour retrouver sa fille disparue. L'auteure a voulu composer un roman sur la relation avec le monde animal considéré comme objet de rentabilité. Elle a travaillé sur l'élevage industriel comme lieu de huis-clos et fait parler les animaux, un peu à la manière de Colette, en leur qualité de témoins de scène qu'ils ne comprennent pas. Qu'on ne s'y trompe pas, les humains sont tout autant maltraités.
Marie Marchal, qui est la coordonnatrice éditoriale du Prix (et qui créé avec Philippe Magnani une coopérative d’éditeurs indépendants : ÉDITindé) a souligné le parallèle qu'on peut faire entre Une nuit pleine de dangers et de merveilles et l'univers du conte. Un univers qui n'a rien à envier à la cruauté terrible et merveilleuse des contes originaux de Grimm et Perrault.
Décidément les présentations ne peuvent s'empêcher de faire d'élogieuses références littéraires. Pour Gilles Marchand ce sont Boris Vian et Jorge Luis Borges. Une bouche sans personne est lui aussi un premier roman dont le personnage principal est un comptable, défiguré, qui se protège derrière son écharpe. Un soir, au bar, il est obligé de se dévoiler, de raconter son histoire à ses amis et habitués.

Bruno Doucey nous a rappelé que notre monde était marqué par une urgence de poésie. Lui-même poète, et éditeur de poètes, il a publié Le carnet retrouvé de monsieur Max dans sa propre maison d’édition. Le livre est une fiction tirée du réel, retraçant les derniers jours de l’auteur surréaliste Max Jacob, de son arrestation à ses dernières heures dans le camp de Drancy.
Dernier avis avant démolition, est le titre d'une des nouvelles du recueil de Fabien Maréchal qui a un point de vue tranché sur ce genre littéraire. Il refuse de le voir considéré à part, comme si c'était la petite soeur d'un autre plus abouti, le roman. Il ne mesure pas la longueur de ses textes. Si cinq pages suffisent pour conduire jusqu'à un moment de surprise où tout bascule pourquoi aller plus loin ?
Auteure de plusieurs romans et récits, Anna Dubosc est la fille de la poétesse Koumiko Muraoka, qui inspira à Chris Marker le film Le mystère Koumiko (1964). Elle raconte dans ce livre touchant et incisif la relation avec sa mère atteinte de sénilité avec une écriture incisive qui claque et donne envie de profiter des petits bonheurs du quotidien dira-t-on en la présentant. Elle invente une nouvelle langue avec une façon d'oser qui est magnifique. Son éditrice Charlotte Bayart-Noé a raison d'être fière de la place qu'Anna Dubosc lui a accordé dans son monde. Parce qu'éditer, c'est faire un chemin avec un auteur.

Très émue et intimidée à l'annonce du Prix, dont les délibérations ont tout de même duré quatre heures (tant la qualité éditoriale était au rendez-vous) Anna Dubosc a confié qu'elle a écrit dans un sentiment d'urgence et d'effroi en employant une image très juste pour qualifier son travail d'écriture qu'elle résume par l'expression tomber en soi. Elle sera invitée avec l'Académie Hors Concours au salon Livre de Paris qui aura lieu en mars 2017 et sera bien entendu la marraine du prix Hors Concours 2017. Editeurs, vous avez jusqu'au 31 mars 2017 pour candidater.

Bientôt seront publiées sur le blog des chroniques des livres retenus en première sélection.
Voici ainsi Dernier avis avant démolition et Koumiko.

mardi 8 novembre 2016

Brunch au Café Colette

S'il existe une rue gourmande à Paris c'est bien la rue Daguerre qui est en pleine mutation et dont je recommande sur le blog plusieurs restaurants. Le Cafe Colette rejoint la cohorte avec aujourd'hui (je vous parlerai bientôt de la nouvelle carte) un brunch très complet qui pourra satisfaire tous les goûts, tous les appétits.

Situé au coin de la rue Deparcieux et de la rue Daguerre, au numéro 74, il remplit la promesse d'offrir une cuisine bistronomique de qualité, préparée à partir de produits frais et choisis avec soin, pour des assiettes aussi typiquement parisiennes que savoureuses.

Après avoir été longtemps mené par ... une certaine Colette, l'endroit est aux mains de Benjamin Sandier, en cuisine et de Nicolas Vinatier, en salle ou derrière le comptoir.

On a envie de s'installer à la table d'hôtes, toute blanche, devant une des oeuvres d'art de la collection personnelle de Nicolas.

Puisqu'on parle de brunch il est logique qu'on trouve sur le buffet abondance de viennoiseries, classiques mais cuites maison tout de même, et un large choix de confitures. Gardez de la place pour le pain qui mérite une mention très spéciale. Surtout le pain aux noisettes qui provient de la boulangerie du coin de la rue, plébiscitée par tous les restaurants du quartier.

lundi 7 novembre 2016

Tout savoir sur le Sainte-Maure de Touraine ... épisode 3, dégustation

Maintenant que j'ai révélé pourquoi une paille de seigle traverse les Sainte-Maure-de-Touraine et que j'ai consacré un article à la fabrication pas à pas de ce fromage, le temps de la dégustation est venu. Mais je vous préviens, il ne va pas être classique comme vous pouvez vous y attendre.

Je me suis retrouvée dans l'ancienne gare de Cormery, sur la ligne ferroviaire où circulent encore les TER qui relient Tours à Loches.

Son nouveau propriétaire est féru en bières et l'a transformée il y a dix ans en brasserie artisanale en la baptisant Brasserie de l'Aurore. Il y propose d’authentiques bières blondes, ambrées, blanches et brunes élaborées sur place à partir de l’alliance subtile de malts de blé et d’orge de la Beauce, auxquels ont été ajoutés du houblon, du miel, ainsi que plusieurs épices.
Il analyse le caractère de ses bières selon un système de codage en fonction de leur douceur, une caractéristique qui peut contrebalancer leur force, et de leur douceur, qui, là encore, est à mettre en parallèle avec l'amertume.

dimanche 6 novembre 2016

Rien, plus rien au monde à la Contrescarpe

C'est la première fois qu'Amandine Rousseau se trouve seule en scène pour interpréter un spectacle. L'épreuve est brillamment réussie. Elle exprime toutes les émotions d'une femme qui est au début de la pièce dans le déni d'un acte terrible que Rien, plus rien au monde ne pourra jamais changer.

La pièce a été créée en 2015 et joué notamment au festival d'Avignon cette année là. Elle a tourné avant d'investir le Théâtre de la Contrescarpe, malheureusement pour deux jours par semaine seulement ... pour le moment.

Le public entre sur la musique nostalgique de Besame Mucho dont la mélancolie suinte même sans connaitre les paroles de la version originale : J'ai peur de te perdre une nouvelle fois ... comme si cette nuit était la dernière ... La comédienne semble au bout du rouleau, assise sur une chaise quelconque dans un décor artificiel d'objets hétéroclites.
On se demande si c'est bien dans cette tenue là qu'elle revient du supermarché. Rien ne parait alors plus important que de nous convaincre qu'elle est une bonne ménagère, soucieuse d'économiser l'argent du foyer. Faut que je range les courses mais là rien, plus rien au monde ne pourra remettre les choses à leur place.

On remarque les dégoulinades écarlates. On se demande s'il est bien raisonnable de partager sa joie enfantine au fur et à mesure qu'elle énumère les trouvailles qu'elle a faites pour quelques centimes en commentant chaque article du ticket de caisse, terminant par le Pineau des Charentes dont elle ne peut s'empêcher de faire descendre une petite goutte sans sa gorge ... une petite ... Elle songe à "la" petite dont elle nous dit qu'elle devrait ranger la chambre.

Mais elle temporise et nous raconte sa vie, pleine de misères, et de rêves qui s'évanouissent comme autant de mirages sur le sable d'un désert brûlant. Quand on gagne péniblement 6, 50€ de l'heure de ménage non déclarée, soit 642€ par mois on ne meurt pas de faim mais on est obligé de compter.

Avec ce budget là on s'offre une vie de discount où l'on ne peut guère avoir de vices. Elle concède Télé Z, Voici, le Loto, une fois par mois une couleur (chez une voisine coiffeuse à domicile) et ... le Pineau.

Avec cette vie là on avance en esquivant les risques. Il faut tenir le mari à la maison devant la télé pour le protéger des tentations. Et après leurs treize ans il faut surveiller les gamins comme le lait sur le feu. Si t'évite la drogue, c'est du tout cuit. La p'tite pourra (pourrait/aurait pu) épouser un gars gentil et fonder avec lui une autre famille ... tout autant minable.

Juliette n'a pas abandonné ses rêves. Ceux qu'elle fait devant le frigo ouvert de ses patronnes en consultant les étiquettes de produits de marque comme ceux qu'elle fabule en achetant un billet de loto ne la mèneront à rien. Alors elle reporte ses frustrations sur la petite qui, si elle perçait comme mannequin ou dans une émission de télé (n'importe laquelle pourvu qu'on ait un petit succès, même si c'est Un jour, une histoire). Sauf que la petite ne semble pas du tout partager cette utopie. Et que le comportement de la mère sera impardonnable, même quand elle pleurera qu'elle voulait juste que sa fille soit heureuse.

On a bien eu un doute tout à l'heure quand Juliette s'est exprimée avec dureté au sujet des sans papiers mais on éprouve à son égard tant d'empathie qu'on lui souhaite sincèrement de s'en sortir.
La ménagère a conservé son âme de jeune fille. Romantique à souhait. Ne pouvant retenir un pas de valse sur la chanson de Michèle Torr Enmène-moi danser ce soir qui évoquait en 1978 les difficultés d'un couple après plusieurs années de mariage. Le public commence à comprendre que oui rien plus rien au monde ne pourra remettre les choses comme avant. Mais avant quoi ... exactement ?

La tension monte d'un cran. Tout s'accélère. La folie a envahi tout l'espace. Juliette n'a qu'une seule voie possible : devenir elle-même l'héroïne d'une émission de télévision puisque la petite ne veut pas dont on imagine sans peine le titre : bonne mère, mauvaise fille ... ou l'inverse, allez savoir !
La pièce est brillamment interprétée par Amandine Rousseau dans une mise en scène de Fabian Ferrari. C'est l'adaptation théâtrale d'un roman de cinquante pages de Massimo Carlotto, un des écrivains italiens contemporains les plus lus et auteur de romans noirs.

Conservez votre billet. Il vous permettra de bénéficier d'un tarif réduit à votre prochaine venue, sauf pour les concerts.
Rien, plus rien au monde
Un monologue de Massimo Carlotto, mis en scène de Fabian Ferrari
avec Amandine Rousseau
au Théâtre de la Contrescarpe, 5 Rue Blainville, 75005 Paris
Téléphone : 01 42 01 81 88
Du 6 novembre au 26 décembre les dimanches à 15h et les lundis à 20h
Prolongation en raison de son succès les 8, 15, 22, 29 Janvier à 15 h puis du 5 mars au 30 avril, toujours le dimanche à 15 h
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de F. Beauguion.

samedi 5 novembre 2016

Retrouver ses énergies au Moulin de Grouches (80)

Si la région d'Amiens était un lieu important de culte celte, il faut savoir que Lucheux (Luxie) l'était tout autant. Etymologiquement le nom vient du latin lux, et signifie donc lumière comme d'autres villes françaises, par exemple Luchon.

Ce fut un foyer druidique important parce que ce pays est géobiologiquement riche, et autrefois un centre de guérison, utilisant les sources. Les rois de France connaissaient bien cette vallée et y ont construit un château de défense du royaume contre les invasions venant du nord.


Samara, qui se trouve à une trentaine de kilomètres, est un parc archéologique construit sur un site archéologique majeur qui témoigne de cette activité comme je l'ai relaté il y a quelques jours à propos de la cérémonie de Samonios.

C'est donc assez naturellement que Pierre Lefebvre a découvert non loin de là un endroit marqué par un vortex, du nom que l'on donne à un tourbillon énergétique qui permettrait le passage vers d’autres mondes parallèles.

Il s'agit du Moulin de Grouches qui se trouve non loin de Doullens, exactement au 17 rue du Moulin à Lucheux (80600). Mais méfiez-vous de votre GPS car il existe plusieurs rue du Moulin dans la région et il est très fréquent qu'on se perde avant d'arriver.

Peut-être cela fait-il partie de la cure ...

vendredi 4 novembre 2016

Si on aime manger japonais on court chez Matsuri

Matsuri fut le premier restaurant japonais à oser présenter les assiettes sur un tapis roulant (et tournant en boucle) dit comptoir tournant, devant les convives. C'était en 1986 et la formule perdure, avec quelques aménagements en fonction de l'espace dont dispose l'architecte dans chaque restaurant.

Dans l'idéal on mange assis face aux sushimen que l'on voit travailler en direct. Car tout est frais, à commencer par le poisson, ce qui explique que leur emblème soit cet animal stylisé  alors que Matsuri signifie "festival".

C'est un certain Monsieur Leprête, marié à une japonaise qui a lancé le concept rue de Richelieu. En 1996 Eric Woog rachète la marque et la développe en multipliant les adresses, au nombre de 19 actuellement.
Le système de code couleur des plats et de tapis roulant est très pratique car on peut manger à son rythme et selon ses envies. On règle en fin de repas une note correspondant à la couleur des assiettes qui ont été consommées. Le prix individuel variant entre 2 et 5 € selon les ingrédients on peut déjeuner pour 15 à 20 €. Bon, sain et équilibré.

jeudi 3 novembre 2016

La vallée des ombres de Xavier-Marie Bonnot

Amateurs de polars et thrillers, La vallée des ombres ne pourra que vous séduire. Et vous êtes nombreux La couverture est on ne peut plus juste, laissant supposer un récit très noir, traversé par de fugaces espoirs que la vie s'adoucisse. J'ai du mal avec ces romans construits sur la fatalité. Le malheur est quasiment inscrit dans les gènes des protagonistes, et ne touche pas pas seulement René Vasseur, qui est le narrateur de l'histoire.
Après vingt ans d’absence, la haine au cœur, René Vasseur revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise. Peu à peu, surgissent les ombres du passé : Samia la femme qu'il a aimée, Lestrade l’ennemi d’enfance devenu flic, Brahim l’ami qui a basculé dans le grand banditisme (frère de Samia), son père, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, assassiné à dix-huit ans lors des grèves de décembre de 1986.
C'est ce dont nous prévient la quatrième de couverture, et la fiche de l'éditeur n'en dit pas davantage. On apprendra au fil des pages que cet épisode n'est qu'un jalon sur un parcours fait de douleurs.

Par certains aspects ce roman m'a fait penser au très beau livre, couronné du Prix du Premier roman l'an dernier, Après le silence, qui dépeint lui aussi l'univers étriqué de la condition ouvrière dans les usines sidérurgiques.

Je n'étais pas certaine de le lire jusqu'au bout et puis j'ai été happée par le récit. C'est que, au-delà de l'âpreté de l'écriture et derrière la noirceur, on découvre peu à peu une vraie humanité qui relie les hommes et la réflexion sur la paternité prend tout son sens.

Le livre est aussi prétexte à s'interroger sur la notion de justice et de vengeance. Xavier-Marie Bonnot confirme son talent à nous raconter de terribles histoires. 
décor de l’époque n’attendaient que son retour pour que justice soit faite.

La vallée des ombres de Xavier-Marie Bonnot, chez Belfond, en librairie le 3 novembre 2016

mercredi 2 novembre 2016

Le dessert était presque parfait

Plusieurs livres sont sortis pour faire le point sur les recettes de pâtisserie dites fondamentales. Il y a Je passe mon CAP pâtissier en candidat libre de 750 g et puis il en a un autre, dont le titre résonne comme un roman d'Agatha Christie, ce qui n'est pas tout à fait un hasard puisque le mari de l'auteure est anglais. A force d'être le premier gouteur de sa cuisine il a du l'influencer ...

Pascale Weeks publie aux éditions Solar Le dessert était presque parfait. A la réflexion elle a été prudente d'employer ce temps grammatical plutôt qu'un prétentieux "est parfait" parce que, vous allez le constater, n'est pas parfait qui veut.

Je me suis un peu précipitée pour l'acheter parce que Pascale réussit divinement le cake (je m'en suis régalée, et je vous jure que le compliment est mérité) et qu'entre le cake et moi c'est une longue mésaventure.

Quand j'écrivais en 2009 que j'avais été "comédienne pour Coté Cuisine", assumant le fait que je ne savais pas cuire le boeuf c'était un peu de bluff parce qu'en fait j'avais confié au producteur de l'émission que mon rêve était d'apprendre à faire un cake. Nous avions tourné une séquence dans mon jardin où je racontais mes déboires en ce domaine et toutes mes tentatives de bien faire.

Quelques jours plus tard j'arrivais toute confiante à Bordeaux où la seconde partie allait être enregistrée dans les conditions d'un direct. Hélène Darroze (vous imaginez la joie que j'avais à la perspective de cuisiner en bénéficiant de ses conseils ?) avait déclaré forfait et était remplacée par une autre chef qui avait décidé de réaliser un tout autre plat, ce que je n'ai appris qu'une fois sur place. Je suis restée avec mon problème de cake sur les bras.

C'est évidemment la première recette que j'ai donc décidé d'expérimenter en toute confiance à peine Pascale m'avait dédicacée l'ouvrage. Premier doute, un cake oui, mais lequel ? Cake au citron moelleux ou cake friable parfait ?

mardi 1 novembre 2016

Tout savoir sur le Sainte-Maure de Touraine ... épisode 2, fabrication

J'ai expliqué il y a quelques jours comment on préparait la paille qui est insérée dans chaque fromage de Sainte-Maure de Touraine en insistant sur son rôle dans la traçabilité des fromages puisque chacune est marquée au laser.

Mais vous vous doutez bien qu'à l'origine, cette paille de seigle n'avait pas cette fonction. Elle servait de squelette à un fromage qui aurait pu s'effondrer.

C'est dans l'exploitation de Florence et Bertrand Barreau, Le Cabras à Dolus-le-Sec (37310), que j'ai appris comment on le fabriquait.

Ces deux producteurs fermiers sont des passionnés qui ont choisi ce métier en reconversion et qui se donnent à fond pour produire de la qualité.

lundi 31 octobre 2016

Le Dictionnaire des Sorcières de Grégoire Solotareff

Grégoire Solotareff est dessinateur, photographe et sculpteur (mais il a aussi d'autres talents que je ne cite pas). Il dirige à l’Ecole des loisirs la collection pour les tout-petits, Loulou et Compagnie, qu'il a créée en 1994.

Il s'est livré à l'exercice du faux dictionnaire, sur le thème des sorcières (après avoir épuisé celui des Pères Noël) qui est arrivé en librairie au début du mois, ... en perspective logique des fêtes d'Halloween.

Il a dessiné des personnages dont sa mère (Olga Lecaye) lui racontait les péripéties quand il était enfant. Née de parents russes, elle connaissait très bien les histoires populaires de ses ancêtres où les sorcières ont une importance capitale et où la plus populaire demeure Baba Yaga.

Recommandé pour les enfants à partir de 6 ans, voire même un peu avant avec une maman pour tourner les pages, c'est la parfaite lecture pour accompagner ces vacances de Toussaint, et au-delà bien sur car le thème est éternel.

L'auteur égrène les lettres de l'alphabet de Abracadabra dont il nous donne la (sa ?) définition à Zut, qui est une formule qui n'a rien de magique. Entre ces deux extrêmes, se déploient 86 définitions dans un joli désordre alphabétique parce que Grégoire aime concevoir des livres où l'ordre n'est pas obligatoire. L'index servira de point de repères à ceux qui en auraient besoin.

On apprend qui sont les meilleurs amis des sorcières, que les lutins sont plus bêtes que méchants, qu'elles sont des ignorantes bien quelles parviennent à retenir une formule magique imprononçable (p. 64). Et qu'elles excellent en gymnastique pour exécuter le chiffre 4.
Elles peuvent être belles ... à leur manière car elles n'ont aucun sens de la mode, se coiffent avec une balayette et s'habillent dans des tenues aux couleurs improbables comme fuligineux. L'auteur ne leur ressemble pas puisque les encres sont lumineuses autant que possible.
Dans ce dictionnaire qui ressemble à un grimoire, on rencontre aussi des sorciers et un bestiaire très fourni de chats, de chauve-souris, de serpents, d'éléphants, de chiens, de souris, de hiboux et de crapauds ...
On connait l'amour de Grégoire Solotareff pour les lapins. Et c'est sans étonnement qu'on découvre par deux fois une sorcière aux longues oreilles.
Le livre soulève une multitude de questions qui pourront donner lieu à débat entre les jeunes lecteurs et leurs parents. Beaucoup de sujets sont abordés au second degré et c'est un des aspect auquel il est important de rendre les enfants sensibles. Grégoire Solotareff nous interroge à propos du Père Noël qui pourrait être une sorte de magicien, à moins que ce ne soit l'inverse. Il faut dire que l'homme en pélerine rouge est un sujet qu'il maitrise aussi bien que celui de la sorcellerie.

Les sorcières ne sont pas des modèles à suivre : elles ne lisent jamais et pourtant elles apparaissent au fil des pages comme de vraies personne avec leurs défauts et leurs soucis. Alors même si elles n'aiment personne ... nous on les aime.
Dictionnaire des sorcières de Grégoire Solotareff, Ecole des loisirs, en librairie depuis le 5 octobre 2016

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