mardi 5 août 2008

Le choix de Sophie, créatrice de deux Aiguilles dans la Cafetière

Je connais sa boutique depuis deux ans et je ne manque pas l’occasion de lui rendre visite à chacun de mes passages à Nancy.

Sophie Larcher a travaillé pendant plusieurs années dans l’industrie. Jusqu’à ce qu’un projet de délocalisation auquel il était prévu de l’associer ne la pousse à sauter le pas. Le virage peut sembler radical et saugrenu. Je pourrais pourtant témoigner de multiples exemples de ce qu’il faudrait mieux nommer conversion que reconversion, un mot qui sous-entend l’échec.

Tous les économistes disent que les générations nées après les années 90 doivent se préparer -mentalement et pratiquement- à exercer plusieurs métiers. Je suis donc particulièrement heureuse de rencontrer des personnes qui témoignent déjà de cette réalité. Comme Nicolas Génot que je vous présentais dimanche.

Puissent-elles donner à tous ceux qui doutent le goût du bel ouvrage et faire souffler un peu d’optimisme sur le smog de morosité qui polluerait l’esprit créatif français si on se laissait aller !

Sophie incarne la positive attitude.

L’important, dit-elle, est d’essayer pour ne pas avoir de regret. Si cela n’avait pas marché j’aurais appliqué le plan B (comprenez : nouveau tournant). C’était l’occasion de me lancer dans une activité qui me branchait vraiment, de pouvoir travailler en me faisant aussi plaisir.

Sophie, c’est une tête pensante, des mains actives. Difficile de juger si ce sont les aiguilles qui commandent ou la cafetière (tête en argot) qui décide. Les matières inspirent et guident son travail de création. Quitte à commencer un pull et à finir par en faire un chapeau !

Jamais elle n’échantillonne, jamais elle ne détricote. L’idée prend forme au fil du temps. Elle monte l’ouvrage comme un potier modèle l’argile, en enchaînant les mailles comme les perles d’un collier.
Quand elle sent qu’elle « tient le bon bout » elle ne le lâche que l’instant de noter les explications pour sa clientèle.

Sophie se nourrit de l’air du temps. Elle est informée des tendances par ses fournisseurs. Mais elle ne se limite pas forcément aux couleurs d’actualité pour faire une création. Elle me confirme que pour rester à la mode cet hiver il faudrait porter du marron et du gris, avec du violet. Je retrouve là des tons que j’avais appréciés dans le défilé haute-couture de Sonia Rykiel (lire billets du 2 mars et du 13 mars)

Le turquoise reste une valeur sûre. Me voici rassurée : l’écharpe que j’ai terminée le 23 février reste portable

De toutes façons, avoue Sophie, je suis adepte de la couleur. L’hiver est suffisamment gris …

Sa boutique a pris le ton des couleurs méditerranéennes. On peut y venir pour boire un café sans se faire « mater » et sans se sentir obligé de « consommer » de la laine.

Sophie a les idées larges. Vous pourriez apporter un bon bouquin et déguster quelques belles pages au fond de sa boutique, devant une fenêtre ouverte sur un jardin (qui n’est pas le sien mais dont elle profite de la vue) qu’elle n’y verrait aucun inconvénient.

La première fois que je suis venue, me confie Sylvia (une de ses plus fidèles clientes) j’avais amené un pull en panne. C’était pas de la laine achetée ici mais Sophie m’a montré comment m’en tirer. Depuis elle a gagné la confiance de toute la famille : mon mari vient me rejoindre le temps d’un café et ma petite chienne ne bronche pas du canapé.
Car chez Sophie on vient avec son tricot (qu’on peut laisser sur place dans un sac de consigne portant numéro) ou même avec un animal … de petit format tout de même.

Je m’étonnais, le 2 août, que ce soient les militaires qui soient les premiers clients des surplus. Méfions-nous des idées reçues : les meilleures acheteuses de fil à tricoter sont des jeunes qui travaillent dans le quartier et qui se retrouvent entre midi et deux pour faire quelques rangs en toute tranquillité, combinant la pause-café avec la pause-tricot.

L’image de la tricoteuse se décoince. On ose sortir les aiguilles en terrasse, ou dans le train. On voit que cela bouge au niveau des générations. Beaucoup d’hommes aussi –de plus en plus-, qui ignorent peut-être qu’autrefois le tricot était interdit aux femmes, sauf aux veuves qui pouvaient alors prendre la suite de leurs maris.

Et puis pas mal de personnes tricotent après être passées par des phases difficiles. Tricoter facilite le travail de reconstruction psychique. Porter ce qu’on a fait soi-même et en recevoir des compliments restaure la confiance en soi.

Sophie se souvient d’une cliente qui avait fait des écharpes en cadeau pour un Noël. Cela a changé ses rapports avec l’entourage qui a cessé de la considérer uniquement comme une dépressive. Tricoter lui apporte une sérénité essentielle et son moral s’en ressent.

D'autres ont peur de manquer. Ce sont des boulimiques qui achètent systématiquement à chaque visite alors qu’elles ont déjà plusieurs pelotes chez elles. Elles n’arriveront jamais à suivre même si elles tricotent beaucoup.

Un homme intervient dans la conversation. Je confirme : ma femme en a 15 d’avance (des sachets de x pelotes) : une équipe de rugby !
Viennent aussi des clientes qui n’ont pas tricoté depuis 15-20 ans et qui demandent une laine pas trop fine pour tricoter (vite) avec de grosses aiguilles. Elles ont en tête un numéro 4 … alors quand je leur sors du 18 … elles comprennent qu’on est passé à la vitesse supérieure. Directement de la micheline au TGV.
Les créations de Sophie sont simples et élégantes et ont ceci d’agréables qu’elles sont rapides à exécuter. Elle se souvient d’un de ses premiers modèles : un surpull asymétrique ajouré, qui se tricotait avec du 10 (déjà des grosses aiguilles) pas compliqué mais qui faisait de l’effet. Cette année j’ai encore vendu de la laine pour en faire.

Elle sort celui qui a eu le plus de succès : un gilet en mohair, composé uniquement de rectangles, dans une laine bicolore qui, une fois tricotée, génère un aspect bayadère comme si on avait alterné deux pelotes de couleur différentes. Je n’avais pas mis le modèle en vitrine qu’il était déjà vendu et je devais recommencer. Un vrai carton !

Sophie a aussi des idées pour les « petites » tricoteuses ou pour recycler les restes : des mitaines, des cache-poignets, des guêtres, une casquette ou un surcol, autant d’accessoires utiles que top tendance …

Il y a deux ans, j’avais fait ce béret que j’aimerais porter en version turquoise. Il me faut une pelote de strech que j’associerai au fil fantaisie avec lequel j’ai réalisé cette écharpe-feuille en souvenir des alpages fleuris d’Aussois.


Du strech de la couleur voulue, il n’y en a plus en rayon. Mais Sophie a conservé de son passage dans l’industrie l’habitude de gérer rigoureusement ses stocks. Après vérification informatique, il reste une et une seule pelote disponible que nous avons fini par dénicher au fond du casier





Comme on dit chez moi : « y’a plus qu’à .. s’y (re) mettre à l’ouvrage.


Deux aiguilles dans la cafetière :
5 rue Gustave Simon
54000 NANCY
03 83 39 46 70

5 commentaires:

Anonyme a dit…

superbe l'article ça donne envie d'aller à Nancy la rencontrer merci shaina

barbibouille a dit…

j'y suis allée la semaine dernière... j'ai la ette qui fourmie depuis ;-)

Elis a dit…

Bonjour, je m'appelle Elis et je viens de lire un article sur 2 aiguilles dans la cafetière dans l'Est Républicain. Et ce que fait Sophie me branche vraiment car j'adore le tricot alors combiner le tricot avec le café et pourquoi pas des petits gâteaux...Hummm..Si elle a besoin d'aide pour sa boutique, je suis partante...

marie-claire a dit…

Allez la voir, je vous garantis un bon accueil !

Unknown a dit…

J'ai découvert la boutique de Sophie l'année dernière grâce au blog (disparu maintenant) "30 ans de Rowan" et donc, comme je repassais à Nancy ces jours ci, j'y suis allée car je voulais de la Rowan Cocoon. C'est toujours un bonheur de passer dans sa boutique, c'est bien dommage que j'habite si loin de cette ville magnifique qu'est Nancy.
Agnès

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