lundi 2 août 2021

J'emmerde Cendrillon ! d‘Alessandra Sublet

Le manifeste d'Alessandra Sublet m'a tapé dans l'oeil à mon retour d'Avignon. Sans doute avais-je un trop plein de tout et qu'un vent de rébellion me soufflait dans les cheveux.

J'emmerde Cendrillon ! est annoncé comme étant un anti-manuel de réussite, pour arriver au sommet même en nageant à contre-courant. Cela me plait comme base-line.

Elle emprunte à Simone de Beauvoir une jolie définition de la légèreté : Une femme libre est exactement le contraire d’une femme légère (p. 133). Et elle ajoute que la liberté demande beaucoup plus de responsabilité et de courage que le conformisme moral.

Elle en ajoute une couche en osant une couverture irrévérencieuse en tirant la langue. Mais elle joue sur les deux tableaux en usant de la confrontation rose sur fond noir et blanc. Le rose Barbie par excellence. 
Son propos n’est pas de raconter "sa life", encore qu’elle en dise pas mal à propos de son grand huit, qu’elle estime particulièrement cabossé et le livre est riche d'anecdotes, notamment sur le séjour qu’elle a fait aux Etats-Unis :

Les Américains m’ont appris que l’ambition n’est pas un vilain mot. Si tu veux réussir, ou même rêver grand, fais tes preuves, bouge, travaille dur, mens un peu parfois, mais cours après ce pour quoi tu vibres. Ils m’ont aussi appris que l’anglais n’est pas une barrière. C’est une « croyance limitante ». L’anglais aussi peut s’apprendre sur le tas (…) et les opportunités ne sont pas réservées à l’élite (p. 74).

La référence à Cendrillon pointe l'image de femme parfaite qui est trop souvent imposée. On pourrait en dire autant de celle de prince charmant pour les hommes.

Là où la journaliste a parfaitement raison, c’est sur le poids de la société. Combien de fois ai-je effectivement ressenti le regard, peut-être pas de la société mais de ma famille et de mon entourage, critiquant ma conduite. Je ne mesurais pas toujours l'ampleur du reproche. Je prenais pour un compliment : oh maman tu es swag, qui était en fait une moquerie. Ouf, entre temps cela m’a dopée. Et aujourd'hui je suis sans doute swag en toute connaissance de cause, en ayant davantage confiance en moi, en m'inquiétant beaucoup moins de ce que les gens pensent à mon propos et sur ma façon de m'habiller.

La jeune femme le dit simplement : j’ai voulu m’accepter telle que je suis, en prenant en compte ce qui me rendait heureuse, en dépit du regard des autres. Mon parcours personnel n’est pas un exemple à suivre (un peu tout de même, non ? Sinon pourquoi aurait-elle écrit ce livre ?) mais il est important de s’affranchir du qu’en-dira-t-on, d’accepter de ne pas être parfait, et de déculpabiliser (p. 132).

Mais Alessandra a un culot sans limite. Vous remarquerez que je ne mets pas de s au mot « limite », parce que justement elle n’a aucune barrière et a décidé un jour de modifier son prénom pour gagner en originalité. Je ne sais pas si elle a complètement raison parce qu’il me semble qu’elle s’épargnerait quelques soucis en réfléchissant davantage avant d’agir mais elle s’interdirait sans doute de formidables réussites.

On pense à tort que rester dans sa zone de confort est plus facile. Mais ce n’est pas le cas, nous dit-elle en cherchant à appliquer à la lettre la positive attitude, invoquant un proverbe coréen : « Le jour où tu te décides d’agir sera sans doute ton jour de chance ». Et si par hasard on était malchanceux elle a encore la bonne réponse en prônant de recycler la malchance en opportunité. Il suffit de se persuader que les Chinois ont raison d’utiliser le même mot pour dire « échec », « danger » et « opportunité ». Vu sous cet angle, les coups du sort peuvent se révéler des opportunités à saisir, comme l’explique Richard Wiseman  dans son ouvrage Comment mettre la chance de votre coté, qu’elle cite p. 117.

J’ai toujours aimé son style à la télé où elle ne se met pas en avant, ou alors indirectement. Elle est foncièrement humaine. Elle dégage de la sympathie parce qu’elle ne dit du mal de personne (pas plus à la télévision que dans ce livre), et c’est assez rare pour le souligner. Je l’avais approchée dans le cadre d’une remise de prix littéraire et elle m’avait touchée par une réflexion de l’ordre de l’intime mais qu’elle avait faite parce que c’était un hommage au talent du lauréat.

Elle semble positive pour son entourage autant que pour elle. Moi qui stresse en permanence, j’ai bien envie de solliciter un stage à ses cotés.

Alessandra Sublet est une animatrice de radio et de télévision française. Elle a notamment animé chaque jour l'émission « C à vous » sur France 5 de septembre 2009 à juin 2013. Elle est l'auteure de, T'as le blues, baby ?, paru en 2013 aux éditions Flammarion.

J'emmerde Cendrillon ! d‘Alessandra Sublet, chez Robert Laffont, en librairie depuis le 27 mai 2021

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