Il y a des artistes dont l'univers nous touche plus que d'autres. C'est le cas de Susanna Inglada dont j'ai découvert le travail l'an dernier avant même qu'elle obtienne le Prix Drawing Now.Cette distinction lui a permis de bénéficier d'un vaste espace d'exposition au Drawing Lab où elle présente une exposition intitulée All parts of us.
On peut aussi découvrir son travail en région, précisément à Amiens avec deux autres expositions, respectivement à la Maison de la culture d'Amiens et au FRAC Picardie qui se sont associés, dans le cadre du "Printemps du dessin" (qui rassemble une centaine de lieux dans toute la France), pour présenter la singularité de son œuvre.
J'ai profité d'une journée sur place pour voir les autres expositions présentées par le FRAC et que je retrace en fin d'article.
Qui, mieux que Susanna déploie un espace où le dessin sort de la feuille pour investir l’espace et la scène ? C'est autant frappant dans les trois lieux qui l'accueillent. Il est possible que ses animations constituent une clé pour entrer plus facilement dans son univers. Elles se présentent comme des chorégraphies suspendues d'environ trois minutes : fragments de visages, mains crispées et corps recroquevillés racontent, mieux que des mots, la violence, les rapports de pouvoir, la domination, le silence, tout autant que la force de la résistance ou de la résilience.
Deux d'entre elles sont inspirés de l'histoire Susanna and the Elders (Susanna et les ancêtres), respectivement Rumeurs et Pouvons-nous être des oiseaux ? La troisième, uniquement projetée à Amiens, s'intitule Entre toi et moi. Elle est bouleversante car elle retrace avec pudeur et sensibilité un épisode personnel douloureux concernant la perte d'un enfant.
Toutes trois, réalisées selon le principe du stop motion, utilisent bien entendu des dessins et/ou des morceaux qu'on peut retrouver presque ou totalement à l'identique sur les murs. Comme celle-ci :
Ainsi donc déambuler parmi les oeuvres prend davantage de sens après les visionnage.
Nous avons été accueillis à la Maison de la Culture d'Amiens par Romaric Daurier (ci-dessus à droite) qui succède à Laurent Dreano (ci-dessous).
Le précédent directeur est encore en activité à l'étage pour préparer le 60 ème anniversaire de l'établissement et qui promet d'être fort en émotions pour tous les publics les 19-20 et 21 mars, rappelant la promesse d'André Malraux le 19 mars 1966 dans son discours d'inauguration : la Maison de la Culture, c’est vous.
La maquette a été ressorti des archives et on fêtera aussi les 40 ans de Label Bleu.
Joana P. R. Neves (deuxième en partant de la gauche sur la photo ci-dessus, entre Susanna et Christine Phal, présidente et fondatrice de Drawing Now Paris et du Drawing Lab) est intervenue en tant que directrice artistique de Drawing Now Paris et commissaire des expositions en précisant qu'ici les œuvres abordent les thèmes de la perte, du deuil et de la transformation, tandis qu'au Frac Picardie elles se concentrent davantage sur les représentations de la main, la justice et les questions de genre. Mais elle a raison d'insister sur le point de convergence entre l'intime et le politique.
La salle de la Maison de la Culture du rez-de-chaussée-de-chaussée a été divisée en plusieurs espaces où les œuvres quittent parfois les murs pour investir le sol. Faut-il voir un trait d'humour dans Way out (sortie) qui se présente comme une sorte de tissage inextricable ?Comme au Drawing Lab, l'artiste suggère au visiteur de s'approcher, s'éloigner, tourner autour des oeuvres, partir, revenir …
On retrouve les motifs habituels de Susanna, fleurs, tresses, mains, masques et chaussures au Frac Picardie, comme l'a souligné son directeur Pascal Neveux.
Melting Head (Tête en fusion), 2020, fusain et encre sur bois et papier
Red hands covering a mask (Des mains rouges recouvrant un masque), 2022, fusain, acrylique sur papier coloré
Pureza (Pureté) 2023, fusain, acrylique sur papier coloré
Dirty flag (Drapeau sale), 2020, fusain sur papier coloré
Nobody owns me (Personne ne me possède), 2021, fusain, acrylique sur papier coloré
De un hilo (D'un fil), 2020, fusain, acrylique, pastel, papier coloré
Motherhood (Maternité), 2023, fusain, acrylique sur papier coloré
Les tonalités sont sérieuses mais sans exclure l'humour comme on le constate avec la présence de l'oiseau, sans doute celui là même qui est le sujet de l'animation Pouvons-nous être des oiseaux ?
Le sujet est pourtant on ne peut plus sérieux, s'inscrivant dans le mouvement Me too, avec la volonté de défendre devant la justice des femmes accusées par des hommes. Elles tentent de dire non, elles crient, les mains se nouent, les oiseaux s'envolent et les larmes nourrissent les plantes du jardin …
Les silhouettes féminines oscillent entre force et vulnérabilité. Les corps sont toujours en extrême tension, illustrant les dérives de notre époque comme des comédiens le feraient sur la scène d'un théâtre.
Deux autres artistes présentaient leur travail. Aurélia Jaubert transforme des fragments de canevas, tissus et broderies chinés en vastes tapisseries foisonnantes, où se mêlent motifs populaires, références à l'histoire de l'art et imagerie contemporaine.
Entre hommage aux "ouvrages de dames" et satire douce-amère de l'imagerie populaire, Scènes d'intérieurs (du 14 mars au 13 juin 2026) invite à voyager dans un paysage baroque où perspectives et trompes l'œil composent dans une riche matière textile.
Aurélia Jaubert (née en 1967 à Paris) est une artiste française pluridisciplinaire. Elle manie les différents outils qui s'offrent à elle dans les arts plastiques et favorise les rencontres de matériaux : photographie, sculpture, installation, œuvre textile et vidéo. Ses œuvres ont notamment été présentées au musée des Antiquités de Rouen, à la Manufacture de Roubaix, au 19 CRAC à Montbéliard, aux Rencontres d'Arles ou encore dans plusieurs galeries en France et à l'étranger.
Boris Labbé développe une pratique située à la croisée du cinéma d’animation, du dessin et de l’art contemporain. Dans la vitrine du Frac Picardie, il présente une sélection de prototypes et d’épreuves de type "making of" retraçant les étapes de création qui ont conduit à la réalisation des oeuvres de son exposition personnelle Glass House, présentée à l’Espace Jacques Villeglé à Saint-Gratien du 17 avril au 27 juin 2026.
Ces documents et objets témoignent de la diversité des supports et médiums mobilisés dans son processus créatif : vidéo, dessin, gravure, tissage et sculpture de verre.
Enfin nous avons visité les réserves du Frac Picardie, en suivant son directeur Pascal Neveux dans le sous-sol.
Les expositions de Susanna Inglada, Lauréate du Prix Drawing Now 2025 ont lieu:
- À la Maison de la Culture d’Amiens du 3 mars au 6 mai 2026
- À la Maison de la Culture d’Amiens du 3 mars au 6 mai 2026
Scène nationale, Pôle International de Production et de Diffusion
2 place Léon Gontier - 80000 Amiens
- Au Frac Picardie du 14 mars au 13 juin 2026 - 45 rue Pointin, 80000 Amiens
- Au Drawing Lab Paris du 13 février jusqu’au 10 mai 2026 - 17 rue de Richelieu, 75001 Paris
2 place Léon Gontier - 80000 Amiens
- Au Frac Picardie du 14 mars au 13 juin 2026 - 45 rue Pointin, 80000 Amiens
- Au Drawing Lab Paris du 13 février jusqu’au 10 mai 2026 - 17 rue de Richelieu, 75001 Paris
Je rappelle que Maurits Van de Laar, installé aux Pays-Bas est le galeriste de l'artiste

































Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire