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jeudi 12 juin 2025

Comment s'annonce le Festival d'Avignon …

(mise à jour le 26 juin 2025.
Je croyais avoir recensé toutes mes envies mais j'ai ajouté quatre à cinq spectacles)

Le festival d’Avignon s’annonce plus foisonnant que jamais avec cette année le strict alignement des dates pour les deux entités, le In et le Off du samedi 5 au samedi 26 juillet. Le Off annonce 57 évènements et 1729 spectacles dans 139 lieux et le In 300 représentations et plus de 400 rendez-vous, ce qui porte l’ensemble à plus de 2000.

Sans compter tout ce qui est proposé en parallèle tout au long des journées, débats, rencontres, soirées privées, assises, inaugurations et vernissages, concerts … avec l'ajout tout récent de 27 concerts qui investiront les théâtres les jours de relâche pour promouvoir 52 artistes émergents.

Pour ne donner qu’un exemple dans le Off, La Factory se déploie sur cinq lieux en intra muros, accueille soixante spectacles et sept événements en date unique pour célébrer ensemble, avec audace et sans concession, cette grande fête des arts vivants.

Tout en reconnaissant qu’en moyenne les salles ne sont remplies qu’à 50% la première semaine, les organisateurs estiment que c’est une chance pour le public mais on sait pourtant que trop de choix tue le choix. Et chaque année voit l’ouverture de nouveaux théâtres, plus de rencontres, bref un élargissement de l’offre alors que les festivaliers réduisent la durée de leur séjour en raison principalement des coûts des hébergements.

C’est un débat sans fin. D'autant que des professionnels affirment -et je les approuve- leur intention de demeurer dans un "artisanat artistique" sans verser dans l'industrie. Parmi les projets mis en place en 2025 il y a la création du village TADAMM destiné aux enfants et aux familles dans l'école Simone Weil avec des ateliers de médiation., l'ouverture d'un point de vente Ticket'Off, la carte Off à 2€ pour les 14-25 ans.

70 salles ont été labellisées sur la base d'un cahier des charges de bonnes pratiques professionnelles, témoignant là encore de la volonté de placer le public au coeur des préoccupations. Des soirées seront dédiées aux auteurs/trices. Et le développement international se poursuit.

Le Festival In invite une langue, l'arabe, le Off invite un pays, le Brésil. J’ai choisi avec humour une illustration mettant à l’honneur un des plats emblématiques de toute l'Amérique latine, l’empanada, ce petit chausson en pâte feuilletée, parfois en pâte à pain, farci de viande, de poisson, d'œuf, de pomme de terre ou d'autres ingrédients, selon les coutumes de chaque région et de chaque pays (c’est un péruvien sur la photo).

Même en restant 10 jours à raison de 4 spectacles quotidiens (ce qui représente un gros budget et une fatigue conséquente, surtout en période caniculaire), on ne verrait "que" 40 spectacles, …moins qu’une goutte d’eau. D’où la nécessité de préparer sa venue et d’où l’importance des recommandations.

J’ai balayé les programmations. Voici que j’ai déjà vu, et chroniqué, et que je recommande. Pour chacun j’ai indiqué le lien. Attention j’ai pu voir le spectacle dans un autre lieu que celui où il se jouera à Avignon et la distribution peut avoir changé, certains spectacles ayant plus de 4 ans mais restent des valeurs sûres.

Sachant combien il est difficile de s’y retrouver j’ai classé par horaire en mentionnant autant que possible le jour de relâche quand je le connaissais. Les nouveautés sont des spectacles programmés cette année pour la première fois au festival. Ils peuvent avoir été joué plus ou moins longtemps en région parisienne. Voici un florilège de plus de 70 spectacles sur lesquels je voulais attirer votre attention.

Parmi les dernières créations, jouées très peu de fois en avant-première parisienne, et auxquelles j’ai assisté en voici 10 que je recommande particulièrement :

Juste Irena, la bouleversante création de Cédric Revollon, à 10 h 50 relâches les mardis au Théâtre de l’Entrepôt -1 ter, boulevard Champfleury

Toutes les autres, texte Clotilde Cavaroc, mise en scène Elise Noiraud, avec Stéphane Hausauer et Kimiko Kitamura à 15 h 55 à l’Artéphile, relâche les dimanches. La pièce sera reprise du 5 au 28 octobre au Théâtre de Belleville à Paris.

Dans le silence des paumes, de et mis en scène par Florian Pâque, à 12 h 30 au Théâtre du Train bleu - Salle Maïf, relâche les vendredis 11 et 18 juillet, reprise ultérieurement au Maif Social Club

Cache-cache, le seule en scène de et avec Vanessa Aiffe-Ceccaldi à 19 h 05 au Petit chien, relâche mardi

Les dactylos, dans la formidable interprétation de Jérôme Rodriguez et Valentine Revel-Mouroz à 18h15 au Petit Louvre, 23 rue Saint-Agricol, relâche les mercredis

Le chant des lions dans l’excellente mise en scène de Charlotte Mazneff à 14h40 auThéâtre des Gémeaux - 10 rue du Vieux Sextier, relâches les mercredis

Madeleine Béjart, une femme libre avec la prodigieuse Isabelle Andreani à 11 h 45 à La Luna, relâche les vendredis 11 et 18 juillet

Opérapiécé Opus 2 pour l’immense plaisir de redécouvrir autant de morceaux musicaux d’opéra et de variété, admirablement interprétés par Marion Lépine et Aurore Bouston à 17 h 55 au théâtre Episcène d’Avignon à 17 h 55 (sauf lundis). A partir de 8 ans 

L'Homme Héron à 21h35 au Figuier Pourpre - Maison de la Poésie d'Avignon, pour allier poésie et politique en musique, relâche les jeudis

Happy apocalypse, la nouvelle pièce de Jean-Christophe Dollé qu'il met en scène avec Clotilde Morgiève à 22h35 au 11. Avignon, sauf les 11 et 18 juillet

Et puis l’exposition Les clés du festival à la Maison Jean Vilar

jeudi 29 août 2024

L’extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt

Il y a des spectacles dont on attend beaucoup en sachant qu’il est impossible qu’ils nous déçoivent, ce qui ne veux pas dire qu’ils ne nous surprendront pas.

C’est tout à fait le cas de L’extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt, qui m’a réjouie encore plus que prévu. Il fera date, c’est certain. 

Les compliments se bousculent et je les formulerai dans l’ordre dans lequel ils me viennent. Géraldine Martineau nous offre des trouvailles de mise en scène, et je n’en citerai qu’une, la première à nous surprendre avec ces masques des religieuses du pensionnat évoquant d’immenses hosties.

Elle ne se contente pas de placer deux musiciens sur la scène, Bastien Dollinger au piano et à la clarinette et Florence Hennequin au violoncelle. Ils sont régulièrement associés au jeu des comédiens et il arrive que le fils de Sarah joue lui-même du piano. S’il ne fallait retenir qu’un mot ce serait "fluidité" tant les scènes s’enchaînent sans qu’on repère de fracture de l’une à l’autre alors que pourtant les années passent. Chaque déplacement, chaque action, chaque réplique sont justifiés et à la bonne place.

Estelle Meyer est une interprète d'exception et c’est aussi un enchantement lorsqu'elle interprète les chansons qu'elle a spécialement co-écrites. Ce genre d'intervention est si souvent plaqué sur tant d’autres spectacles. On aimerait qu'elle nous en redonne une après les saluts, mais il faudrait peut-être la rappeler 17 fois comme le fut Sarah.

Retenez en tout cas le nom de cette comédienne qui n’a pas fini de nous surprendre et qui se glisse avec flamboyance et sensibilité dans les costumes d'une femme qu’on connaissait mal et sur laquelle on avait associé des clichés.

La direction d’acteurs est sans faille. La plupart des comédiens interprètent plusieurs rôles et c’est à peine si on distingue qu’ils ne sont pas une trentaine. Il me faut pour être honnête tous les citer : Marie-Christine Letort, Isabelle Gardien, Blanche Leleu, Priscilla Bescond, Adrien Melin, Sylvain Dieuaide et Antoine Cholet.

Je n’ai pas envie de multiplier davantage les compliments. Je deviendrais suspecte alors que tout ce que je vous souhaite c’est de découvrir par vous-même ce chef d’œuvre. Je parie qu’il restera longtemps à l’affiche mais qui sait … ne tardez pas. Vous vous priveriez de bonheur, non mais … quand même ! Car telle était la devise de cette grande dame, intelligente, frondeuse, courageuse, actrice capable d'interpréter des rôles féminins comme masculins, osant réclamer l'égalité des salaires, capable de quitter par deux fois la Comédie Française, première en de multiples points et notamment en tant que star internationale, et femme de coeur aussi puisque malgré l'amputation d'une jambe en 1915, elle effectuera des tournées aux États-Unis afin d'inciter le pays à entrer en guerre. Elle n'hésitera pas davantage à se produire sur le front pour soutenir le moral des troupes.

Soyez attentif aussi à ce théâtre du Palais-Royal qui rappelle certaines de ses extravagances dans une alcôve de l'escalier :
Tout est formidable dans ce spectacle. Y compris l’affiche, de Pierre et le Loup, tout à fait dans l’esprit de celles qu’Alfons Mucha réalisa pour l’actrice et qui valurent la célébrité à ce peintre et dessinateur d’origine tchèque.
L’Extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt
Texte et mise en scène Géraldine Martineau
Avec Estelle Meyer, Marie-Christine Letort, Isabelle Gardien, Blanche Leleu, Priscilla Bescond, Adrien Melin, Sylvain Dieuaide, Antoine Cholet, Florence Hennequin, Bastien Dollinger
Scénographie Salma Bordes
Lumière et vidéo Bertrand Couderc
Costumes Cindy Lombardi
Composition musicale Simon Dalmais, Estelle Meyer
Chant Estelle Meyer
Chorégraphie Caroline Marcade
Perruques et maquillages Judith Scotto
Collaboration artistique Sylvain Dieuaide
Au Théâtre du Palais-Royal, 38, rue de Montpensier - 75001 Paris
du 27 août au 31 décembre 2024 (et on espère plus encore)

jeudi 7 décembre 2023

L'enfant de verre de Léonore Confino

C’est toujours un plaisir -malgré la distance- d’aller au Théâtre de l’épée de bois dont l’atmosphère si particulière m’évoque systématiquement l’ambiance du Théâtre du Peuple de Bussang. Le dépaysement est immédiat.

Ce soir, c’était la première de L'enfant de verre, une fable poétique autour des silences familiaux. Le spectacle est né d’une amitié entre le metteur en scène Alain Batis et l’autrice Léonore Confino, rejointe par Géraldine Martineau, autrice, metteuse en scène et comédienne pour collaborer à l’écriture et par conséquent enrichir l’aventure.

De Léonore Confino je me souvenais de Ring, vu il y a dix ans. De Géraldine Martineau, sans doute chacune des pièces dans lesquelles elle a joué.

La scénographie situe la pièce dans un bord de mer, bordé d’une falaise rocheuse, cerné d’une succession de sept miroirs sans tain derrière lesquels prennent place sept personnages qui lancent des appels au secours en nous donnant l’illusion de se trouver sous une cloche de verre.

C’est ici que vit la famille Kilvik qui travaille dans le verre depuis des générations  : Liv (15 ans), sa soeur Hella (18 ans), Frederik, le père, la mère, Anja, la grand-mère maternelle… Nino, le mari d'Hella, et un autre être, à la présence énigmatique, l’enfant de verre tandis que plus loin travaille Pio, le souffleur de verre. Bientôt une fête aura lieu sur le sable blanc qui recouvre l’essentiel du plateau.

"Tout ce qui ne se dit pas se répète" écrit le psychanalyste Bruno Clavier, en formulant l’hypothèse qu’on peut être "assiégé" dans son inconscient par ses ancêtres. À ceux qui seraient tentés d’enfouir les traumatismes pour permettre à la génération suivante d’être heureuse, il semble que l’effacement total soit un projet impossible.

Mais alors comment rompre le cycle infernal sans tout détruire ? Car le secret ne se fomente pas sans qu’il ne serve l’intérêt de quelqu’un ou d’une cause.

La parole n’est pas aisée à prendre. Quand bien même elle serait posée, serait-elle entendue ? Il est terrible de se rendre compte que ceux qui sont sensés vous protéger peuvent préférer le silence, parce qu’il leur permet de vivre dignement, en s’épargnant d’être éclaboussés par la douleur de la victime, et en quelque sorte de conserver un écosystème familial et social respirable. Comme si le bruit de la parole était bien plus violent que l’agression perpétrée en secret. On aura pourtant prévenu les protagonistes : attention ! Tout est en verre ici.

Aux cris de détresse succèdent les cris de joie du préparatif du mariage d'Hella. Le spectacle est très visuel et très chorégraphique. Une folle tarantelle se danse sur le sable. Tout irait pour le mieux si la grand-mère n'était pas si fragile, avec son besoin de saisir la moindre main à sa portée, et si la mère, dont on devinait les fragilités, ne craquait pas inopinément, envoyant tout le monde se coucher.

Parallèlement, la jeune soeur s'apprête à dépasser l'âge de 15 ans. Elle va recevoir, c'est le rituel, la mésange de verre que sa soeur ainée a reçue de leur grand-mère. Dans la nuit, allons savoir pourquoi, la jeune fille la sert trop fort, la brise et montre ses paumes en sang.

La grand-mère croit en la solidité des femmes et ne dit pas ce qui pourrait sauver l'enfant. Rien de grave ne serait donc arrivé. Les hommes sont contrastés. Le père s'égare dans l'alcool. Le mari d'Hella semble trop bien sous tous rapports pour être tout à fait honnête.

Frederik, le père, se ressource en pêchant et se noie dans l’alcool ; Nino, le mari d’Hella, bien sous tous rapports, est un gendre un peu trop parfait pour être honnête. Pio, le souffleur de verre, joue un peu un rôle comparable à celui du chasseur dans les contes de Grimm. Mais, chut … j'en ai déjà trop dit. Même si la folie est un secret qui n'en peut plus de se taire.

Il va de soi que puisqu'il s'agit d'une fable la vérité finira par se faire connaitre. Après les dérobades, les faux-semblants, et au fil des flash-backs on nous soufflera ce que nous devons comprendre sous ce lustre qui n'en finit pas de monter et descendre comme la poulie d'un mécanisme infernal.

L’enfant de verre de Léonore Confino, Géraldine Martineau
Mise en scène Alain Batis
Avec Sylvia Amato, Delphine Cogniard, Anthony Davy, Laurent Desponds, Julie Piednoir, Mathieu Saccucci, Blanche Sottou.
Au Théâtre de l'Épée de Bois - Cartoucherie (Salle en pierre) - 75012 Paris
Du 7 au 23 décembre 2023
Les jeudi, vendredi, samedi et dimanche à 21 h, samedi supplémentaire à 16 h 30
Le texte de la pièce a été publiée aux éditions Actes Sud-Papiers.

mardi 25 avril 2023

La 34e cérémonie des Molières couronne 10 spectacles

J'ai un grand respect pour les gens de théâtre (et le monde du spectacle en général) et je suis attachée aux Molières mais ce n'est pas une raison pour m'enthousiasmer quant au processus d'attribution des récompenses, lequel est d'ailleurs très largement critiqué dans la profession.

Je n'ai pas assisté à la 34e cérémonie qui a eu lieu hier, le 24 avril 2023 au Théâtre de Paris. Peut-être mon point de vue aurait été différent si je m'étais trouvée en salle de presse, comme les années précédentes. Il m'a sans doute manqué l'ambiance.

On aurait pu croire que la soirée aurait eu "de la gueule" en confiant son orchestration et sa mise en scène à Alexis Michalik, qui a remporté personnellement 5 Molières, sans compter touts ceux de ses comédiens pour des pièces telles que Edmond, Le Cercle des illusionnistes, Le porteur d'histoires, ou encore Les Producteurs.

Il n'est pas impossible que la retransmission de la soirée, avec juste 10 minutes de décalage ne suffise pas à couper le superflu et permettre un montage dynamique.

Une chose est sûre et j'insiste sur ce point : tous ceux qui ont été récompensés méritaient le buste de Molière. Le problème n'est pas là. Il est dans ce que les 19 statuettes décernées en 2023 se répartissent entre seulement 10 spectacles.

On a constaté encore une fois que ce n’est pas le nombre de nominations qui est déterminant. On l’a constaté, encore une fois, avec Big mother qui avait en vue 5 potentielles statuettes et qui n’en a reçu aucune. Ce qui est injuste au final dans le mode d’attribution des récompenses c’est que, dès lors qu’on en obtient une, on multiplie ses chances d’en avoir d’autres. Et c’est logique pour deux raisons. La première est artistique, la seconde technique.

Sur le plan artistique il est logique que si un spectacle mérite le Molière de la mise en scène, c’est qu’il est excellent et que donc il est légitime pour le Molière du meilleur spectacle, à moins que les votants ne se dédient. Quand un comédien est bon, il n’est que rarement le seul à l’être, ou alors c’est que la distribution a été mal faite. Donc, là encore, la probabilité que plusieurs comédiens d’une même pièce montent sur le podium est très forte.

Il n’y a donc rien de surprenant à ce que les Molières de la révélation féminine comme masculine aient été attribués à la même pièce, Glenn, naissance d'un prodige (mise en scène Ivan Calbérac) qui d'ailleurs bénéficiait de six nominations.

Et il n’est pas plus surprenant que les Molières de la comédienne et du comédien dans un spectacle privé (Marie-Julie Baup et Thierry Lopez) soient reçus par un couple qui est partenaire sur la scène. Sur ce plan, pas de jaloux. Mais un seul spectacle récompensé. 

De la même façon que les Molières du spectacle musical et de la Création visuelle et sonore accordés à Starmania (qui aura probablement aussi le Trophée du meilleur spectacle musical dans un mois, comme les Producteurs l'an dernier) font eux aussi en quelque sorte double emploi.

Sur le plan technique, c’est la liste des nominations qui entre en jeu. Oublie-moi n’ayant pas été écrit par un auteur français et n’ayant que deux rôles, la pièce ne risquait pas de concourir dans 3 catégories où il y a fort à parier qu’elle aurait remporté -là encore- des palmes, laissant ainsi une chance aux Poupées persanes et à Une idée géniale. 

Et puis, étant donné que Marie-Julie Baup et Thierry Lopez ne pouvaient pas prétendre à un Molière de la révélation cela ouvrait aussi une brèche pour les comédiens de Glenn, qui tous deux l’ont remporté, en toute cohérence artistique.

Il y a eu pourtant des surprises : Johanna Bohé, metteuse en scène de Je ne cours pas, je vole ! d'Élodie Menant aura bien le Molière de la mise en scène mais en jeunesse pour La reine des neiges ! Comme en 2017 pour Pauline Bureau qui le remporta dans cette catégorie avec Dormir cent ans alors qu'elle n'était même pas citée pour Mon coeur.

En conclusion, les votes sont cohérents, et c’est très louable, mais le résultat ne sert pas le théâtre, et créé des jalousies et des tensions dont la profession n’a pas besoin. Il est temps que l’académie des Molières revoit son système de vote. D’une part en élargissant les votes à ceux sans qui aucun spectacle n’existerait, à savoir le public. D’autre part en faisant en sorte, et c’est très facile avec l’informatique, de hiérarchiser les récompenses en bloquant un spectacle à partir du moment où il aura obtenu un nombre de voix lui assurant la plus haute distinction.

Également élargir à 6 le nombre de nominés au lieu de 4 dans chaque catégorie principale, ce qui équivaudrait à augmenter les chances de 50% en élargissant la diversité. Car il faut bien avoir conscience que le fait d'être nominé constitue déjà en soi une belle distinction, et un accélérateur de l'intérêt des futurs spectateurs. Finalement c’est davantage la liste des nommés qu’il faut considérer plutôt que celle des lauréats.

Et puis revoir la dénomination des récompenses afin d’intégrer la technique et d’autres métiers que ceux de la mise en scène et du jeu. Enfin ne croyez vous pas qu’on frise le ridicule en nominant systématiquement de grands comédiens ou comédiennes, déjà honorés d’une statuette et qui du coup pourraient truster les récompenses … ou repartir bredouilles plusieurs années de suite, s’imaginant alors avoir démérité ? Bref, il serait bon de classer certains (es) hors concours et d’élargir le panorama.

Il y avait cette année 19 Molières possible et ce ne sont que 10 spectacles qui auront été lauréats, presque la moitié de ce qui était envisageable. N’est-ce pas désolant ? Même si, je le répète, tous ceux qui sont repartis avec une statuette la méritait et je les salue de tout coeur.

Voici en rouge les lauréats, tandis que mes chroniques apparaissent en bleu (parfois ce sont les mêmes):

mardi 23 juin 2020

Les Molières attribués ce soir à 7 primo-moliérisés

Beaucoup de professionnels du théâtre vont critiquer cette cérémonie des Molières qui, il est vrai, fut étrange mais, pour avoir assisté 6 ou 7 fois en direct, soit en salle parmi les invités, soit en backstage en salle de presse, j'estime qu'elle ne fut pas du tout déshonorante.

Je parle, évidemment, de l'émission qui a été diffusée et qui, dans les restrictions sanitaires que nous subissons, ne pouvait guère être meilleure. Par contre j'ai un avis plus sévère sur le fond.

Le palmarès démontre, une fois de plus, que le jury tourne en rond et ne voit pas qu'il y a beaucoup de nouveaux talents à récompenser. Sur les 19 statuettes attribuées ce soir, seulement 5 l'ont été à des artistes qui étaient pour la première fois nominés et qui reçoivent leur première statuette, voire deux d'un coup pour Elodie Menant.

Ajoutons néanmoins Béatrice Agenin, car s'il s'agit de sa 8 ème nomination c'est son premier Molière, 3 ans après La louve. Et Niels Arestrup, premier également, après 4 nominations les années passées (d'où sans doute sa surprise lorsqu'il fut appelé à monter sur scène).

Que Pauline Bureau n'ait toujours pas de récompense pour une pièce grand public relève pour moi du scandale même si elle a eu le Molière du Jeune Public pour Dormir cent ans. Entendons-nous bien : je ne dis pas que les artistes récompensés ne le méritent pas mais je dis qu'il est temps de mettre en lumière d'autres comédiens et d'autres metteurs en scène que les "grands" toujours nominés, toujours talentueux et donc systématiquement honorés.

Imaginez qu’un écrivain reçoive le prix Goncourt tous les cinq ans ! Le théâtre souffre suffisamment d’un manque de reconnaissance pour que les institutions qui président à sa destinée aient la clairvoyance d’honorer de nouveaux talents, à charge pour les "anciens" de maintenir le leur. Et l’audience serait sans doute plus forte.

On adore Alexis Michalik mais il devrait être "hors course". Christian Hecq également. Sans doute l'académie des Molières gagnerait à imaginer un autre podium pour donner un coup de chapeau à ceux qui enchainent succès sur succès. Ajoutez le fait que les votants vont très peu au théâtre (j'insiste, et je persiste) et vous aurez l'explication à ce phénomène. Ils votent pour leurs copains même s'ils ne sont pas allés les voir ... puisqu'ils sont eux-mêmes sur un plateau au même moment, ... la belle excuse.

Revenons à la cérémonie. C’est donc Niels Arestrup qui, en quelque sorte ouvre le bal. En recevant le premier la première distinction, le Molière du comédien de théâtre privé, il est aussi à ce titre le premier à prendre la parole. Rouge sera sans doute un de mes plus beaux souvenirs de théâtre dira-t-il. Il remercie avec délicatesse les personnes les plus impliquées dans ce spectacle en les désignant par leur prénom, ce qui est inhabituel. Ses paroles sont élégantes : Je rêve à ce qu’ait lieu un jour une fête du théâtre, sans compétition, sans hiérarchie, sans rendement.

J'ai envie de l'applaudir depuis mon fauteuil en imaginant qu'il partage mon point de vue. Sa petite phrase semble insignifiante et pourtant comme il a raison car même si on se réjouit pour lui, comme on se réjouira plus tard pour Christine Murillo et pour Dominique Blanc. 

Marie-Sophie Lacarrau, laquelle fait office de présentatrice et de présidente, le pousse par l’épaule pour le passage en "loge rapide". On comprendra que ce dispositif, avec le surgissement de la statuette depuis le dessous de scène, a été imaginé pour pallier les craintes provoquées par la crise sanitaire du Coronavirus. En tout cas cette mini-interview, en voix off, fait penser à celles de "la boîte" de Canal+. C’est un moment d’intimité que le téléspectateur est invité à partager avec le lauréat. Niels rappelle que la fiction imaginée entre Mark Rothko et son assistant porte le titre de rouge qui était la couleur préférée du peintre, une couleur obsessionnelle qui lui ramenait un peu d’énergie, (mais qui -je le précise- ne le sauva pas pour autant puisqu'il se donna la mort).

Le palmarès va continuer sans remettant cette année. Avec, on peut le craindre, moins de spontanéité, une émotion plus contenue, moins palpable. La tension est effacée dans la salle. On sait d’avance que personne ne la quittera poing levé en signe de protestation.

mercredi 5 février 2020

Aime-moi de Géraldine Martineau

Gerry est une jeune femme d'une trentaine d'années qui a enchaîné les relations toxiques et souffre de célibat prolongé. Désespérée par sa solitude en plein "âge de l'horloge", sa mère décide de prendre les choses en main. Elle l'inscrit à une thérapie miracle de dernier recours... Aime-moi est le portrait drôle et grinçant d'une jeune femme de son époque dans toutes ses névroses et ses contradictions.

J'avais lu ce résumé avant de venir au théâtre et je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai vu (peut-être ai-je été influencée par Hedda, le spectacle vu précédemment dans la même salle). Alors je vais tenter d'insister sur les points forts de ce spectacle.

Je suis venue parce que je suis "fanissime" de la comédienne, Géraldine Martineau. Donc à la limite, peu m'importe le sujet. Ce n'est pas ce qui me décidera à la voir. Mais vous n'êtes pas comme moi et je reconnais que la lecture de quelques lignes influence la réception du spectacle. Je n'échappe d'ailleurs pas à la règle.

Aime-moi est très drôle, très touchant, totalement sincère, sans concessions et pourtant ultra positif. L'heure passe à une vitesse folle et on a envie de revenir parce que l'authenticité est si manifeste que l'on est certain d'avance qu'on vivra une soirée un peu différente, tout autant captivante.

D'abord je voudrais dire que mon admiration pour Géraldine Martineau ne date pas d'hier. Je pense que je l'ai découverte dans Terre océane, mise en scène par Véronique Bellegarde il y a presque dix ans, revue dans Dormir cent ans, de Pauline Bureau, au Théâtre Paris-Villette, puis en tant que metteuse en scène dans La mort de Tintagiles, à la Tempête, bouleversante à coté d'Isabel Otero dans Déglutis ça ira mieux, la dernière pièce d'Eric Métayer et Andréa Bescond, au festival d'Avignon, et enfin dans Pompiers dans la mise en scène de Catherine Schaub au Rond-Point (quel duo exceptionnel avec son partenaire Antoine Cholet) qui l'avait déjà mise en scène 4 ans plus tôt dans Le Poisson belge à la Pépinière et pour lequel elle recevra le Molière de la révélation féminine en 2016.

Géraldine Martineau a l'art de se glisser dans la peau d'un personnage fragile, soit qu'il soit un enfant, soit une femme maltraitée ou une fille placée face à un dilemme insensé. Tous ces rôles m'avaient conditionnée à la voir définitivement comme une tragédienne, de la carrure par exemple d'une Anne Alvaro.

Grand bien lui a pris de se saisir de la plume pour s'écrire un rôle : la voilà autorisée à faire preuve de légèreté. Sans pour autant concéder une once au sérieux du sujet qui démarre sur un mode mystérieux.

Elle joue finement sur de multiples registres, danse à la perfection sur une musique de Juliette Armanet et chante Brel avec justesse. Et surtout elle aborde de front des sujets que l'on dit actuels mais qui sont hélas universels, en particulier la rudesse de la rupture par un 4 L (largage long lent et lâche), l'urgence de l'horloge biologique même si la congélation d'ovocytes est une possibilité récente et surtout la difficulté qu'ont les femmes d'exister entre une partie d'elle-même qui ne parvient pas à dire non (parce qu'elles sont programmées pour rendre les autres heureux) et une volonté farouche de se réaliser.

Malheureusement Aime-moi ne fera l'objet (pour le moment) que d'une courte exploitation au Belleville. Courez-y ! Et ne craignez pas de voir la pièce dans l'interprétation de Diane Bonnot qui la joue en alternance. Je suis certaine qu'elle est excellente elle aussi.
Aime-moi
Texte Géraldine Martineau
Mise en scène Zazon Castro et Géraldine Martineau
Avec Diane Bonnot en alternance avec Géraldine Martineau
Du lundi 3 février au mardi 25 février 2020
Au Théâtre de Belleville
16 passage Piver - 75011 Paris - 01 48 06 72 34
Géraldine Martineau
➽ Lundis 3, 10 et 24 février à 19h15, Mardi 18 février à 19h15, Mercredi 5 février à 21h15 et Dimanche 16 février 2020 à 17h30
Diane Bonnot
➽ Lundi 17 février à 19h15, Mardis 4, 11 et 25 février à 19h15, et Dimanches 9 et 23 février 2020 à 17h30
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de PicturesByLu

mercredi 18 septembre 2019

Pompiers de Jean-Benoît Patricot

Je ne savais pas que je pouvais ne pas vouloir.

Au départ, ce qu'on appelle un "fait divers" lu par Jean-Benoît Patricot dans un journal en 2001, puis oublié, repris des années plus tard, déjà monté au Théâtre du Balcon au festival d'Avignon en 2016.

Un pompier peu scrupuleux abuse de la faiblesse d’une jeune femme pour assouvir ses désirs. Il finit par la transformer en objet sexuel qu’il partage volontiers avec ses collègues. La jeune femme en parle à une assistante sociale qui, horrifiée, dénonce le crime. La pièce commence quand les deux protagonistes se trouvent face à face avant le jugement alors qu'ils ne devraient pas communiquer ensemble.

Au tout début il ne fait aucun doute qu'il a abusé honteusement d'elle. Il est haïssable. La magie de la direction d'acteurs est de faire en sorte qu'elle ne soit pas si faible qu'elle en a l'air, ou du moins que la confrontation lui permette -à elle- de comprendre ce qui s'est joué entre eux. Jusqu'à traduire plus fermement ce qui n'était qu'une défense (Je ne savais pas que je pouvais ne pas vouloir) en une véritable affirmation : je ne savais pas que je pouvais dire non.

Evidemment le texte prend une force supplémentaire depuis le mouvement #metoo et toutes les dénonciations de violence faites aux femmes. Il faut l'écouter attentivement. Car les personnages n'ont pas d'identité. Ce sont "un homme" et "une fille", autrement dit cela pourrait être n'importe qui, et cela fait peur. L'intention de l'auteur est de donner du poids aux mots. Par exemple quand il cherche à minimiser leur relation : Tu m’as donné du plaisir, elle réplique : Tu m’as donnée… C’est tout.

On pourrait multiplier ces moments où elle prend le dessus, intellectuellement, elle que l'on dit simplette. Parce que ses sentiments sont purs. Elle a tant besoin d'amour qu'elle pourrait faire n'importe quoi si elle pense qu'on va l'aimer.

Elle se souvient de toute leur histoire, numérotée jusqu'à 21. Et l'homme n'aura grâce de rien. Il pense parvenir à la faire fléchir mais à la fin le spectateur pourrait penser que l'inverse s'est produit.

Elle sait bien que pour être aimée il faut dire oui. Alors elle n'a pas osé (se) refuser. C'est pourtant en affirmant non que peut-être elle sera aimée. Mais avant cela il faudra qu'il ait mal pour ce qu'il a fait, nous sommes bien d'accord.

La mise en scène de Catherine Schaub est si simple qu'on ne la voit pas. Elle est au service du texte, de ce qui est dit et surtout de ce qui est suggéré. Est-ce que les mêmes mots ont le même sens pour chacun ? Est-ce dire oui que ne pas dire non ? C'est du très grand théâtre, servi par deux comédiens exceptionnels, Géraldine Martineau et Antoine Cholet. On sort de la salle extrêmement secoué.

Je rappellerai que Géraldine Martineau était déjà extraordinaire dans Dormir cent ans de Pauline Bureau (Molière du spectacle jeune public 2017) et que je l'ai énormément appréciée aussi cet été dans Déglutis ça ira mieux d’Andréa Bescond et Éric Metayer. On espère que la pièce sera jouée bientôt sur une scène parisienne. C'est encore elle qui avait signé la très sensible mise en scène de La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck à la Tempête en 2017.
Pompiers de Jean-Benoît Patricot
Mise en scène de Catherine Schaub
Avec Antoine Cholet et Géraldine Martineau
Scénographie : Florent Guyot
Lumières de Thierry Morin
Costumes de Julia Allègre
Du 10 septembre au 13 octobre 2019
Du mardi au dimanche à 18 h 30
Relâche les lundi, le 15 septembre et le 1er octobre
Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt - 75008 Paris

samedi 23 septembre 2017

La mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck

J'avais pensé ne pas écrire sur le spectacle. Mais les images se sont tellement incrustées dans mon cerveau que j'ai changé d'avis. Géraldine Martineau propose une expérience sensorielle et émotionnelle qui, d'un point de vue artistique est menée avec beaucoup de finesse et de cohérence d'un bout à l'autre de la pièce.

Elle s'est attelée à La mort de Tintagiles qui est un texte initiatique et métaphysique imaginé par Maurice Maeterlinck autour du combat entre l’amour et la mort. Cet auteur est sombre, c'est le moins qu'on puisse dire. le plateau est quasiment constamment plongé dans une nuit profonde On ressent pourtant une poésie élégante qui transcende le sujet.

Sylvain Dieuaide incarne un Tintagiles fragile mais combattif. Les deux soeurs (Ophélia Kolb, Agathe L’Huillier) lui donnent la réplique avec chacune leur sensibilité. J'ai été moins convaincue par la voix d'Evelyne Istria qui interprète un personnage masculin, Aglovale, mais cette soirée me poursuivra longtemps.
Il faut admettre qu'on est dans l'univers de conte, avec île, tour et château, sur lequel plane la figure du Destin : la reine toute puissante a fait revenir Tintagiles que ses sœurs, Ygraine et Bellangère, ainsi que le fidèle Aglovale, accueillent avec joie. Mais tous partagent le pressentiment qu’une menace pèse sur la vie de Tintagiles et que l’amour est la seule force qu’on peut opposer à la fatalité : "Mets tes petits bras là, tout autour de mon cou ; on ne pourra peut-être pas les dénouer."
Tout l'amour du monde n'y fera rien. Viendra la nuit où Tintagiles sera emmené… Ygraine le suit, mais ils sont désormais séparés l’un de l’autre par une porte infranchissable.
Suggérer l’indicible, éveiller le mystère, cristalliser le temps, donner du volume au silence, telle est l’ambition de ce théâtre à fleur d’âme, qui ouvre un champ de perception bouleversant, à la fois infime et infini, en suggérant les étranges tempêtes de l’inarticulé et de l’inexprimable.

La mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck
Mise en scène :  Géraldine Martineau
avec Sylvain Dieuaide, Ophélia Kolb, Agathe L’Huillier, Evelyne Istria et les voix de Anne Benoit, Christiane Cohendy, Claude Degliame
Du 21 septembre au 22 Octobre 2017
Du mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30
Au Théâtre de la Tempête, Cartoucherie,
Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris

mercredi 22 juin 2016

Dormir cent ans, Texte et mise en scène Pauline Bureau

Il y a des livres dits de littérature jeunesse qui sont tout à fait susceptibles d'apporter un plaisir de lecture à des adultes.

Il y a aussi des spectacles qui sont dans cette veine. Dormir cent ans est tout simplement superbe, intelligent, d'une maitrise que je n'ai pas peur de qualifier d'exceptionnelle.

C'est un spectacle que je verrais volontiers plusieurs fois et qu'il serait dommage de restreindre à un public d'enfants.

Pauline Bureau, dont j'avais vu à la Tempête il y a deux ans la Meilleure part des hommes signe là un travail extrêmement abouti.
Aurore à 12 ans. Elle sent que quelque chose change en elle. Jour après jour, elle se prend en photo pour saisir ce qui se transforme. Théo à 13 ans. Tous les après-midi, il sort de l’école, rentre à la maison et attend seul que son père arrive. Mais, il n’est pas vraiment seul. Il est avec le roi grenouille, le héros de sa BD préférée qu’il est le seul à voir. Aurore se demande ce que cela fait d’embrasser avec la langue. Théo aimerait bien savoir s’il est beau. Elle joue du piano. Il parcourt la ville en skate. Certaines nuits, ils rêvent. Et dans leurs rêves, ils se rencontrent.
Vous croyez savoir l'essentiel mais il vous manque la dimension magique. Une petite fille perdue en forêt compte ses pas, s'installe au piano et chante sa peur du silence. Plus tard elle rencontrera un tigre avec qui elle va apprendre à se battre, à rugir, bref à faire tout ce que les tigres apprennent à leur fille.

Un garçon exprime lui aussi ses doutes : être tout seul quand les autres sont ensemble, ça me fait honte. Il semble passif mais cet état n'empêche pas que des choses arrivent malgré tout. Et c'est sous un saule qu'il va grandir.

Vous verrez un réfrigérateur dont la porte symbolise le passage dans un monde imaginaire, fait de rêve et de cauchemar, dans lequel les personnages évolueront avant de faire le chemin inverse pour revenir dans la réalité ... mais transformés.
Pauline Bureau traduit avec beaucoup de justesse le mal de vivre des ados et comment une histoire d'amour peut commencer entre deux êtres qui se rencontrent sans être un remake à l'identique de la Belle au bois dormant (qui est son histoire préférée).

Toutes les musiques et les chansons sont des créations originales de Vincent Hulot, sauf Because the night que Patti Smith chantait en 1978, qui s'accorde parfaitement avec le coté rock qui imprègne le spectacle.
Trois videoprojecteurs sont employés pour sculpter l'espace et le résultat est enchanteur.

Pour réaliser les scènes avec le tigre Yves Kuperberg s'est inspiré d'un jouet de son fils. Il a dessiné les images qui sont projetées en guise de décor. Il en résulte un monde qui se trouve à la croisée entre une bande dessinée, un album et un espace en trois dimensions. L'espace est extrêmement délimité et pourtant il autorise toutes les projections personnelles auxquelles le spectateur peut se livrer en fonction de ses connaissances. On pourra par exemple penser à l'album d'Anthony Browne, Dans la forêt profonde. D'autres songeront à Alice au pays des merveilles. Et ce ne sont pas les livres où il est question de grenouilles qui manquent.

Dormir cent ans est un spectacle radicalement différent de ce qu'on a vu jusqu'à présent. Il y aura un avant  Il y aura un après. Une chose est certaine : il ne laissera personne indifférent.

Dormir cent ans
Texte et mise en scène Pauline Bureau
Dramaturgie Benoîte Bureau
Texte publié aux éditions Actes Sud-Papiers
Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Marie Nicolle, Géraldine Martineau en alternance avec Camille Garcia
Création et régie lumière Bruno Brinas
Régie vidéo Christophe Touche
Scénographie et réalisations visuelles Yves Kuperberg
Composition effets visuels Alex Forge
Du 14 juin au 12 juillet 2017 (horaires variables)
Au Théâtre Paris Villettte
211, av. Jean-Jaurès -  75019 Paris
A partir de 8 ans

La photo qui n'est pas logotypées  A bride abattue est de Pierre Grosbois

Tournée 2016-2017
28 et 29 sept. le Granit, scène nationale de Belfort
6 et 7 oct. le Préau CDR de Vire
18 au 20 oct. Espace 600 de Grenoble en partenariat avec la MC2, scène nationale de Grenoble
3 au 6 nov. AmstramGram théâtre de Genève - Suisse
10 et 11 nov.  théâtre Romain Rolland, scène conventionnée de Villejuif et du Val-de-Bièvre
13 et 14 nov. théâtre Paul Éluard de Choisy-le-Roi
17 et 18 nov. théâtre de Charleville-Mézière
21 au 23 nov. le Grand R scène nationale de la Roche-sur-Yon
1er et 2 déc. théâtre de Privas
7 au 10 déc. le théâtre scène nationale de Sénart
6 et 17 déc. théâtre la Piscine de Châtenay-Malabry
3 et 4 mai théâtre du Parc Andrézieux-Bouthéon
9 et 10 mai 2017 - l'Arsenal Théâtre Val de Reuil
23 et 24 mai 2017 - Théâtre la Liberté, Scène nationale de Toulon
30 et 31 mai - Le Moulin du Roc, scène nationale de Niort
6 et 7 juin 2017 - Le Parvis scène nationale Tarbes Pyrénées.

Le spectacle est nominé aux Molières 2017 dans la catégorie Jeune Public
Il repartira en tournée la saison prochaine d'octobre 2017 à juin 2018.

mercredi 6 avril 2016

Les Molières décernés par A bride abattue

Les Molières seront décernés le 23 mai 2016 aux Folies Bergères parmi une liste dont j'ai eu la communication et que je donne à la fin de ce billet.

Cette 28ème Nuit des Molières sera diffusée sur France 2 en seconde partie de soirée. Le Maître de Cérémonie sera Alex Lutz qui par ailleurs concourt dans la liste one man show. Sa position ne va pas être facile à tenir.

Le site Au balcon recense les critiques de ses membres pour vous permettre de vous faire une idée plurielle à propos de ces nominations.

Je n'ai pas vu tous ces spectacles. "Seulement" 8, ce qui est déjà bien. Mais par honnêteté, je préfère décerner mes "propres" Prix parmi la cinquantaine de spectacles où je suis allée depuis septembre dernier. C'est aussi une façon d'élargir le débat (si débat il y a) et de témoigner à ma manière de l'immense diversité du spectacle vivant.

Je n'ai pas retenu la distinction entre théâtre privé et public parce que franchement célébrer Isabelle Huppert dans la catégorie publique parce qu'elle joue au théâtre national de l'Odéon n'a pas grand sens.  Ce qui importe c'est la qualité d'un spectacle et pas qu'il ait été produit par des fonds publics ou privés. Ce serait d'ailleurs une bonne chose que ce rideau là tombe un jour.

J'attribue donc 19 trophées à des artistes qui interprètent, ont mis en scène ou collaboré à des spectacles différents parce que j'ai tenu à ce qu'aucune pièce ne truste les récompenses. La parité hommes-femmes est quasi égale (à 2 près) mais je ne me l'étais pas fixée pour règle.
  1. Molière de la comédienne : Isabelle Huppert dans Phèdre(s), de Wajdi Mouawad / Sarah Kane / J.M. Coetzee, mise en scène de Krzysztof Warlikowski, au Théâtre de l'Odéon
  2. Molière de la comédienne dans un second rôle : Anne Coutureau dans Andorra, autopsie d'une haine ordinaire de Armand Jacob (Max Frisch Édition de 1965) par la Cie Orten
  3. Molière du comédien : Pierre Lefebvre pour son interprétation  de Christopher dans Le bizarre incident du chien pendant la nuit d’après le roman de Mark Haddon, texte français Dominique Hollier, mise en scène Philippe Adrien
  4. Molière du comédien dans un second rôle : Marc Jeancourt dans L’art de la Comédie d’Eduardo De Filippo, traduction Huguette Hatem, mise en scène Patrick Pineau
  5. Molière du Seul(e) en scène : Elise Noiraud dans Pour que tu m'aimes encore, Elise (chapitre 2) de et avec Elise Noiraud à la Comédie de Paris
  6. Molière de la révélation féminine : Maëlla Jan dans L’histoire du soldat de Charles-Ferdinand Ramuz, musique : Igor Stravinsky, mise en scène d'Omar Porras pour le Teatro Malandro
  7. Molière de la révélation masculine : Tigran Mekhitarian pour son interprétation de Sganarelle, dans le Don Juan de Molière mis en scène par Anne Coutureau
  8. Molière de l'auteur : Molière, qui est toujours si régulièrement monté
  9. Molière de l'adaptation d'un auteur francophone vivant : Sylvain Maurice pour Réparer les vivants d'après le roman de Maylis de Kerangal, dont il assure aussi la mise en scène 
  10. Molière de la comédie : La Nuit des Rois de William Shakespeare, adaptation Jude Lucas, mise en scène Clément Poirée
  11. Molière de la tragédie : Lapidée, texte, mise en scène et lumières : Jean Chollet-Naguel
  12. Molière du metteur en scène : Jean Bellorini pour Liliom ou la Vie et la Mort d'un Vaurien, texte de Ferenc Molnár
  13. Molière du spectacle musical : Barbara et l'homme en habit rouge au Théâtre Rive Gauche
  14. Molière du spectacle de Cirque : David Dimitri pour l'Homme-Cirque
  15. Molière de la scénographie : Anne-Laure Liégeois pour la simplicité, i'inventivité  et l'efficacité du décor et des costumes des Epoux
  16. Molière des effets spéciaux : Rob Hillenbrink pour son travail dans Horror, un spectacle écrit et dirigé par Jakop Ahlbom, découvert au Festival 100% de la Villette
  17. Molière du spectacle hors de Paris : E Génération par la Compagnie J'ai peur que ça raconte autre chose, écrit et mis en scène par  Jean-Christophe Dollé, que je suis allé voir au Théâtre Victor Hugo de Bagneux
  18. Molière de l'encouragement : Dans la joie et la bonne humeur (ou comment Bruno a cultivé un helicobacter pylori) de Sylvain Levey, mis en scène par Laura Couturier, pour le Collectif La distillerie
  19. Molière du spectacle jeune public : Cosmofolies de et par la Compagnie Imaginaire
En copiant sur un moteur de recherche le titre du spectacle suivi de A bride abattue vous pourrez lire la critique que j'ai écrite. Je n'ai pas inclus les liens dans cet article car l'abondance de liens nuit au référencement.

Liste des nominations aux Molières 2016 ci-dessous :

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