Tout le monde dira que cette soirée a été réussie. Il est vrai qu’il y eu des moments mémorables et que Benjamin Lavernhe fut un des meilleurs maîtres de cérémonie.On reprocha à Camille Cottin le ton autoritaire de son discours qu'elle termina en déclarant ouverte la 51 ème cérémonie des César la tête haute et le coeur battant. Si beaucoup de gens ont compris que les lunettes de soleil étaient une allusion au problèmes ophtalmologiques récents du président Macron, fallait-il y entendre un autre sous-entendu dans ce cri du coeur ? Toujours est-il que la société de production Haut et Court faisait l'objet de 17 nominations. Elle en gagnera 3.
Car, effectivement, le nombre de nominations n'est pas un gage d'obtention de statuettes. Ainsi Nouvelle vague, nominé 10 fois n'en reçut "que" 4.
Partir un jour ne monta jamais sur le podium malgré 4 nominations. Même résultat pour L'épreuve du feu, et La venue de l'avenir, qui avaient chacun 3 nominations. Enfin Chien 51, Ma mère Dieu et Sylvie Vartan et La pampa, comme Un simple accident, qui en avaient chacun 2, sont repartis eux aussi bredouilles.
Par contre, Le chant des Forêts, nominé 2 fois est 2 fois honoré. Et il a suffi d'une nomination à Un ours dans le Jura pour que Franck Dubosc reçoivent (enfin!) son premier César.
Ceci pour dire combien le stress doit être à son maximum dans la salle, rendant la longueur de la soirée très pesante. Alison Weeler aborda habilement la question de la légitimité des nominations, revenant sur le mépris à l'égard des "enfants de …" puis sur la mésaventure de Benjamin Lavernhe, capable de tout jouer, même un abbé Pierre innocent, garantissant d'aller tout droit vers le César sauf que je ne vous redis pas le scandale et, si vous l'ignorez, je vous encourage à revoir le replay), l'implorant de promettre d'être plus vigilant à l'avenir à propos du biopic de Jack Lang (blague évidemment), après avoir rendu indirectement hommage à l'audace de Corinne Masiero et en interpelant la ministre nommée depuis "juste" deux heures.
S'il y avait une personne détendue c'était par contre bien Jim Carrey dont le sourire ne quitta jamais le visage et qui s’exprima dans un français quasi impeccable, directement hérité de son aïeul malouin qui émigra pour le Canada il y a très longtemps, privant ainsi notre pays d’un immense acteur. Quelle chance que la famille de Benjamin n’en ait pas fait autant.
On retiendra son évocation de la carrière de l’acteur. Après avoir porté "le" masque à son visage et un numéro de quick-change il apparu en costume jaune vif et l’incarna sans le copier. Du grand art.
J'ai vu et apprécié 12 des films nominés et qui représentaient un peu plus de la moitié des nominations. Si je fais le calcul en nombre de statuettes, ils correspondent à 54% ce qui est identique. Je rappelle en fin d'article la liste des nominations en précisant les lauréats et j'ai ajouté les liens vers les critiques des films que j'ai vus, et que vous pouvez aussi retrouver en suivant la catégorie 7ème art.
Les récompenses furent à la hauteur du cinéma français malgré les "oubliés" que j'ai cités plus haut, tout autant que les excellents films que sont Black Dog et La chambre de Mariama.
On eu droit à une séquence extrêmement drome pour accompagner la remise du César des costumes par Marina Hand et Pauline Clément, si drôles en remettantes du César du Meilleur Costume à Pascaline Chavanne, pour son travail dans Nouvelle Vague de Richard Linklater qui reçoit aussi deux autres César "techniques", le meilleur montage pour Catherine Schwartz et la meilleure photographie pour David Chambille
Il n’empêche que j’ai ressenti une atmosphère franchement déprimée. J’en veux pour preuve qu’à l’exception d'une tenue toute l’assistance n’était vêtue que de noir et blanc. Était-ce précisément un hommage inconscient à Nouvelle vague ? Ou la consigne figurait-elle sur l’invitation mentionnant ce dress code particulier ?
Regardez la photo dite de famille des lauréats et vous constaterez que ce que je dis est vrai. Seule Léa Drucker, qui après le Brigadier remporte un César, porte une robe bleue, mais si foncé qu’elle est très proche du noir. Le cinéma était-il donc en deuil ?
Il est vrai que la situation internationale est dramatique. Il a souvent et à juste titre été question de l’Iran mais ce n'est pas pour autant que les votants ont choisi Un simple accident. Il y a de quoi être perplexe à propos de l'intervention de l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani qui, à l'occasion de la remise du César du meilleur scénario original, a parlé avec coeur de son pays d’origine. "Le système a tué des dizaines de milliers de personnes de la manière la plus brutale", et c'est "un cycle qui se répète depuis des années (…) Le pays tout entier est en deuil (…) Les survivants dansent avec leur douleur pour que les bourreaux sachent qu'ils peuvent tuer les corps, mais qu'ils ne peuvent pas toucher les âmes."
Les critiques à l’encontre de l’usage de l’intelligence artificielle ont été récurrentes, comme si on craignait qu’elle fasse demain perdre son authenticité au 7ème art.
Vimala Pons, en robe Courrèges dessinée par Nicolas de Felice qui faisaitt un spectaculaire effet maillot de bains et qui mettait sa musculature admirablement en valeur, meilleure actrice dans un second rôle, a dédié ce César à tout ce qu'il y a de joyeux en nous et on en a bien besoin pour faire face à ce qui arrive.
Emmanuel Curtil, la voix française de Jim Carrey, a profité de la soirée pour défendre le doublage au cours d'une séquence émouvante.
J'avais naturellement apprécié les remerciements de Nadia Melliti, César de l'espoir féminin pour son rôle dans La petite dernière, qui eu le mérite d'intervenir la première et dont on saluera le doublé avec la récompense obtenue à Cannes. Elle a surpris tout le monde en associant celles et ceux "qui veillent à notre bien-être physique et mental au quotidien : les agriculteurs, le personnel médical dans les hôpitaux, ainsi que les professionnels de l’éducation".
Au-delà de ces anecdotes plusieurs moments ont souligné des points cruciaux et essentiels comme la spécificité française rappelée par Camille Cottin permettant le financement des longs métrages s à petits budgets par les films à gros succès, par l'intermédiaire du CNC et de la taxe permettant d'accorder des avances sur recettes. Espérons que cela suffise à ce que le 7 ème français redevienne "great again" !











