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samedi 28 février 2026

La 51 ème Cérémonie des César

Tout le monde dira que cette soirée a été réussie. Il est vrai qu’il y eu des moments mémorables et que Benjamin Lavernhe fut un des meilleurs maîtres de cérémonie.

On reprocha à Camille Cottin le ton autoritaire de son discours qu'elle termina en déclarant ouverte la 51 ème cérémonie des César la tête haute et le coeur battant. Si beaucoup de gens ont compris que les lunettes de soleil étaient une allusion au problèmes ophtalmologiques récents du président Macron, fallait-il y entendre un autre sous-entendu dans ce cri du coeur ? Toujours est-il que la société de production Haut et Court faisait l'objet de 17 nominations. Elle en gagnera 3.

Car, effectivement, le nombre de nominations n'est pas un gage d'obtention de statuettes. Ainsi Nouvelle vague, nominé 10 fois n'en reçut "que" 4.

Partir un jour ne monta jamais sur le podium malgré 4 nominations. Même résultat pour L'épreuve du feu, et La venue de l'avenir, qui avaient chacun 3 nominations. Enfin Chien 51, Ma mère Dieu et Sylvie Vartan et La pampa, comme Un simple accident, qui en avaient chacun 2, sont repartis eux aussi bredouilles.

Par contre, Le chant des Forêts, nominé 2 fois est 2 fois honoré. Et il a suffi d'une nomination à Un ours dans le Jura pour que Franck Dubosc reçoivent (enfin!) son premier César.

Ceci pour dire combien le stress doit être à son maximum dans la salle, rendant la longueur de la soirée très pesante. Alison Weeler aborda habilement la question de la légitimité des nominations, revenant sur le mépris à l'égard des "enfants de …" puis sur la mésaventure de Benjamin Lavernhe, capable de tout jouer, même un abbé Pierre innocent, garantissant d'aller tout droit vers le César sauf que je ne vous redis pas le scandale et, si vous l'ignorez, je vous encourage à revoir le replay), l'implorant de promettre d'être plus vigilant à l'avenir à propos du biopic de Jack Lang (blague évidemment), après avoir rendu indirectement hommage à l'audace de Corinne Masiero et en interpelant la ministre nommée depuis "juste" deux heures.

S'il y avait une personne détendue c'était par contre bien Jim Carrey dont le sourire ne quitta jamais le visage et qui s’exprima dans un français quasi impeccable, directement hérité de son aïeul malouin qui émigra pour le Canada il y a très longtemps, privant ainsi notre pays d’un immense acteur. Quelle chance que la famille de Benjamin n’en ait pas fait autant.

On retiendra son évocation de la carrière de l’acteur. Après avoir porté "le" masque à son visage et un numéro de quick-change il apparu en costume jaune vif et l’incarna sans le copier. Du grand art.

J'ai vu et apprécié 12 des films nominés et qui représentaient un peu plus de la moitié des nominations. Si je fais le calcul en nombre de statuettes, ils correspondent à 54% ce qui est identique. Je rappelle en fin d'article la liste des nominations en précisant les lauréats et j'ai ajouté les liens vers les critiques des films que j'ai vus, et que vous pouvez aussi retrouver en suivant la catégorie 7ème art.

Les récompenses furent à la hauteur du cinéma français malgré les "oubliés" que j'ai cités plus haut, tout autant que les excellents films que sont Black Dog et La chambre de Mariama.
On eu droit à une séquence extrêmement drome pour accompagner la remise du César des costumes par Marina Hand et Pauline Clément, si drôles en remettantes du César du Meilleur Costume à Pascaline Chavanne, pour son travail dans Nouvelle Vague de Richard Linklater qui reçoit aussi deux autres César "techniques", le meilleur montage pour Catherine Schwartz et la meilleure photographie pour David Chambille

Il n’empêche que j’ai ressenti une atmosphère franchement déprimée. J’en veux pour preuve qu’à l’exception d'une tenue toute l’assistance n’était vêtue que de noir et blanc. Était-ce précisément un hommage inconscient à Nouvelle vague ? Ou la consigne figurait-elle sur l’invitation mentionnant ce dress code particulier ?
Regardez la photo dite de famille des lauréats et vous constaterez que ce que je dis est vrai. Seule Léa Drucker, qui après le Brigadier remporte un César, porte une robe bleue, mais si foncé qu’elle est très proche du noir. Le cinéma était-il donc en deuil ?

Il est vrai que la situation internationale est dramatique. Il a souvent et à juste titre été question de l’Iran mais ce n'est pas pour autant que les votants ont choisi Un simple accident. Il y a de quoi être perplexe à propos de l'intervention de l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani qui, à l'occasion de la remise du César du meilleur scénario original, a parlé avec coeur de son pays d’origine. "Le système a tué des dizaines de milliers de personnes de la manière la plus brutale", et c'est "un cycle qui se répète depuis des années (…) Le pays tout entier est en deuil (…) Les survivants dansent avec leur douleur pour que les bourreaux sachent qu'ils peuvent tuer les corps, mais qu'ils ne peuvent pas toucher les âmes."

Les critiques à l’encontre de l’usage de l’intelligence artificielle ont été récurrentes, comme si on craignait qu’elle fasse demain perdre son authenticité au 7ème art.

Vimala Pons, en robe Courrèges dessinée par Nicolas de Felice qui faisaitt un spectaculaire effet maillot de bains et qui mettait sa musculature admirablement en valeur, meilleure actrice dans un second rôle, a dédié ce César à tout ce qu'il y a de joyeux en nous et on en a bien besoin pour faire face à ce qui arrive.

Emmanuel Curtil, la voix française de Jim Carrey, a profité de la soirée pour défendre le doublage au cours d'une séquence émouvante.

J'avais naturellement apprécié les remerciements de Nadia Melliti, César de l'espoir féminin pour son rôle dans La petite dernière, qui eu le mérite d'intervenir la première et dont on saluera le doublé avec la récompense obtenue à Cannes. Elle a surpris tout le monde en associant celles et ceux "qui veillent à notre bien-être physique et mental au quotidien : les agriculteurs, le personnel médical dans les hôpitaux, ainsi que les professionnels de l’éducation".

Au-delà de ces anecdotes plusieurs moments ont souligné des points cruciaux et essentiels comme la spécificité française rappelée par Camille Cottin permettant le financement des longs métrages s à petits budgets par les films à gros succès, par l'intermédiaire du CNC et de la taxe permettant d'accorder des avances sur recettes. Espérons que cela suffise à ce que le 7 ème français redevienne "great again" !

samedi 8 mars 2025

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, un film de Ken Scott d'après le roman de Roland Perez

Quelle chance d’avoir pu voir au cinéma Le Rex en avant-première le premier film français produit par Amazon Prime. Dans le cadre du programme Femmes et cinéma qui célébrait la journée du Droit des femmes en leur offrant cette séance.

Il sera à l’affiche des cinémas français le 19 mars et il faudra attendre 17 mois avant de le regarder sur la plateforme. Franchement, n’attendez pas pour plonger dans cette histoire folle, et pourtant vraie, qu’aucun scénariste n’aurait osé imaginer.

Le réalisateur québécois Ken Scott de Starbuck (2011), connu pour ses films qui mêlent émotion et humour, n’a eu qu’à suivre le texte du roman de Roland Perez publié en 2023 aux éditions Les escales pour tourner Ma mère, Dieu, et Sylvie Vartan, dont il a conservé le titre éponyme.

Leïla Bekhti (Nous trois ou rien, Je verrai toujours vos visages) y interprète la mère, sur plus de 50 ans avec un talent qui laisse présager un prix d’interprétation, Jonathan Cohen  (Sentinelle, Une année difficile) est Roland adulte (à signaler la performance des enfants qui se succèdent dans le rôle et qui sont tous remarquables), Jeanne Balibar, malicieuse assistante sociale, Anne Le Ny en rebouteuse, Julia Duchaussoy (dont c’est je crois le premier long métrage) en Sylvie Vartan à ses débuts puis la star elle-même dans son propre rôle, Joséphine Japy, la délicieuse épouse élue par sa belle-mère … J’ai reconnu aussi David Ayala (que je vois surtout au théâtre) dans le rôle de Foenkinos, et qu'on va tout bientôt voir dans On ira.

Chaque plan est joyeux ou émouvant, c’est selon, mais toujours juste. Le public, hier soir, s’est laissé emporter et n’a pas retenu ses applaudissements. Ce sera un succès évident, comme le fut le roman, premier d’une série de trois, dont j'ai déjà chroniqué le dernier Bonne fête des mères, Papa ! et l'avant-dernier, Ma mère, Dieu et Litzie. Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, était sorti en librairie le 5 janvier 2023 et c’est, il me semble un record de le voir déjà sur grand écran. Les trois romans ont tous été publiés aux Escales, et les deux premiers également en Pocket.
En 1963, Esther met au monde Roland, sixième et petit dernier d'une famille nombreuse. Roland naît avec un pied-bot qui l'empêche de se tenir debout. Contre l'avis de tous, elle refuse le qualificatif d'handicapé, promet à son fils qu'il marchera comme les autres et qu'il aura une vie fabuleuse. Dès lors, cette mère hors normes n'aura de cesse de tout mettre en oeuvre pour tenir cette promesse.
Le film raconte 50 ans de la vie de cette femme dont Roland Perez a bien raison d'être admiratif, rappelant le proverbe juif "Dieu ne pouvait pas être partout, c’est pour ça qu’il a créé les mères".

C'est le récit d'une histoire drôle et bouleversante, qu'aucun scénariste n'aurait osé imaginer et qui pourtant est vraie. 

Combien de médecins Esther a-t-elle pu consulté ? Pour montrer cette valse d'incompétents, le décorateur a choisi de leur donner exactement le même cabinet, avec le même papier peint. Les voir fumer en présence des patients montre bien un monde heureusement révolu.

Il faut écouter les dialogues. L'interventionnisme de l'épicier demandant au nom du voisinage ce que cette maman "attend pour faire appareiller le petit". L'invective de l'assistante sociale contre cette celle qui "condamne son enfant à une vie de misère". Le jugement de Roland à propos de "la foi de sa mère, plus vaste que l'océan".

Mais qui est aussi une mère intrusive, capable de faire un double du double des clés pour rentrer chez son fils à sa guise. Et qui s'étonne quand elle découvre les nouveaux locaux du cabinet d'avocat : J'ai pas compris, il est où mon bureau ?

Je ne vais évidemment pas raconter chaque retournement de situation, même s'ils sont suffisamment amusants pour qu'on puisse les voir et revoir, sans perdre leur fraicheur. On comprend en tout cas que Roland Perez dise qu'il a fait beaucoup d'efforts pour ne plus être ce petit garçon que nous découvrons dans ce film.

Pas plus que le livre, il n'aurait sans doute pas existé si une autre bonne fée n'avait oeuvré pour faire connaitre l'histoire. Sophie Davant a raconté toute l'affaire à Sylvie Vartan. C'est elle qui a incité Roland à écrire son histoire juste après le décès de sa maman. Et si elle ne joue pas dans le film (Ariane Massenet y est censée incarner une fille de télé qui travaillait à Europe 1 avec Roland Perez) c'est simplement parce qu'il n'était pas possible que deux personnalités interprètent leur propre rôle.

Ce qui est le plus sensationnel n'est pas l'amour d'un enfant de 4 ans pour une vedette (ici Sylvie Vartan). On en a connu d'autres exemples. Comme David Lelait-Helo qui a raconté son admiration pour une autre chanteuse dans Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri. Lui aussi d'ailleurs rencontrera son idôle.

Mais ce qui est différent est que, puisqu'il s'intéresse à cette femme, Sylvie Vartan va faire partie du traitement, et il va apprendre à lire avec ses chansons. La méthode de lecture "Sylvie Vartan" gagnerait peut-être à être généralisée …

Quand le miracle auquel sa mère n'a jamais cessé de croire se produit enfin, Roland, sept ans, parvient à faire ses premiers pas. C'est alors un monde nouveau et infini qui s'offre à lui : les trottoirs de Paris, le métro, et surtout l'École des enfants du spectacle... car sa mère ne pouvait imaginer moins. Elle méritait bien que Jacques Chirac lui remette la Médaille d'honneur de la République française, et que son fils dépose le livre sur sa tombe en la remerciant pour cette vie fabuleuse.

Elle a tenu sa promesse qu'il ait une belle vie. Et sa volonté, comme son art de la dialectique, a sans doute été de bonnes influences pour sa carrière d'avocat.

Leïla Bekhti est encore plus époustouflante que dans ses précédents rôles. Aussi drôle que bouleversante. Nul doute qu'il y aura pour elle un avant et un après ce remarquable portrait de famille, car les frères et sœurs, comme le père, ont chacun un vrai rôle. 

Juste, tendre, hilarant, émouvant, Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan est un équilibre parfait entre le drame attendrissant et la franche comédie.

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan d'après le roman de Roland Perez
Réalisation et scénario de Ken Scott
Avec Leïla Bekhti, Jonathan Cohen, Naïm Naji, Milo Machado Graner, Lionel Dray, Joséphine Japy, Sylvie Vartan, Jeanne Balibar, Anne Le Ny, Julia Duchaussoy, Ariane Massenet …
En salles le 19 mars

mercredi 29 janvier 2025

Bonne fête des mères, Papa! de Roland Perez

(mise à jour le 8 mars 2025)
Il est toujours savoureux d'ouvrir un livre écrit par Roland Perez. Le troisième tome de l'histoire de sa famille,  Bonne fête des mères, Papa !, ne déroge pas.

Et pourtant,  on ne peut pas dire que sa vie aura commencé facilement. Il faut croire que l'amour d'une mère (dont il racontait l'obstination dans le premier tome de la série, et qui demeure présente dans cet opus) et celui de sa femme (dont il parlait déjà dans le deuxième) ont des effets miraculeux.

Cette fois il se concentre sur la vie d'après, d'après le drame que fut la mort de Litzie et comment ses enfants ont fait face à l'absence de leur mère. Le troisième " roman vrai " de Roland Perez, aussi tendre, loufoque et chaleureux que les précédents.

Après avoir célébré sa mère, c'est surtout à sa femme adorée qu'il a voulu rendre hommage. Litzie était la maman chérie de ses trois enfants, Harold, Lorie et Ludivine, qui sont la prunelle de ses yeux et sa priorité, quelles que soient les circonstances.

Le lecteur ne peut en douter à la lecture des sacrifices que leur père leur concédera, allant jusqu'à céder sa chambre à son fils en acceptant de dormir sur la méridienne du salon (p. 171).

Devenu veuf à quarante-cinq ans, Roland refuse de se laisser abattre. Au contraire, il décide d’enchanter la vie de famille en la rendant la plus joyeuse possible, tout en faisant vivre le souvenir de leur mère disparue.

Forcément, il conserve son rôle de père et endosse celui de mère, justifiant que ses enfants lui offrent des fleurs pour la fête des mères. N'allez pas croire que ce sont des enfants faciles. Évidemment, on ne connaît des choses que ce que Papounet nous en dit mais j’ai le sentiment qu’il s’est plus d’une fois fait manipuler par ses enfants chéris. Ils lui font subir des contraintes que je n’aurais même pas pensé en rêve imposer à mon père comme le départ d'un appartement dans lequel ils viennent tout juste d'emménager.

Le plus surprenant est qu'il ne se plaint de rien. Selon sa vision de la paternité, le parent doit tout à tour endosser le costume d’un détective, d’un conseiller matrimonial (non sollicité) et d’un acrobate des émotions (p. 105). 

Comme on peut le constater, même les parenthèses ont leur importance et leur saveur dans ce livre qu'aucun scénariste n'aurait osé écrire. En fait, si sa mère Esther a un don pour raconter des histoires, lui l’a pour les coucher sur le papier avec un sens de la tragédie pour elle, de la comédie pour lui. Il a tant de talent qu'il est capable de nous narrer des épisodes auxquels il n’a pas assisté … comme s’il en avait été un témoin de premier plan.

Il a également le sens du dialogue. Le lire, c’est voir un film. Les épisodes si cocasses du casino et de la colonie de vacances ont peut-être inspiré Artus pour son premier film. Quand il relate ce que lui demande son fils Harold on perçoit autant la cocasserie de la situation que l'art de la métaphore. Il a toujours le mot pour se défiler d’une corvée : je suis plus rare qu’un rayon de soleil en plein hiver (p. 127).

De chapitre en chapitre, Roland jongle avec aléas et contraintes de la vie domestique, aidé de ses frères, ses sœurs, ses amis, les amis de ses amis, et toujours de l'inénarrable Esther, dont il serait inimaginable qu'elle n'adoube pas tout prétendant à chacune de ses petites-filles. 

Il reprendra naturellement sa promesse de donner sa vie à sa progéniture (note de bas de page 81). Au-delà des péripéties on perçoit une forte empreinte spirituelle me donnant fortement envie de partager un repas de Shabbat avec eux tous car je vois bien qu’il me manque quelques clés de lecture. 

Roland Perez est avocat et animateur de radio et de télévision. Après Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan (Les Escales, 2021 ; Pocket, 2023), lauréat du Prix du Cheval Blanc 2022, et Ma mère, Dieu et Litzie (Les Escales, 2023 ; Pocket, 2024) qui ont rencontré un grand succès, Bonne fête des mères, Papa ! est son troisième roman publié aux Escales.

Comme l'annonce le bandeau qui entoure le livre, et comme il nous l'apprend dans le chapitre 19, Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan a été adapté au cinéma par Ken Scott avec un casting exceptionnel (Leïla Bekhti, Jonathan Cohen, Sylvie Vartan…). Il sera en salles le 19 mars prochain.

Bonne fête des mères, Papa ! de Roland Perez, Les Escales, en librairie depuis le 20 février 2025

mardi 24 octobre 2023

Ma mère, Dieu et Litzie de Roland Perez

Après le succès de Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, dont le tournage pour le cinéma a commencé en septembre dernier, Roland Perez revient avec un nouveau "roman vrai" dans lequel il raconte, avec la même verve chaleureuse, la flamboyante histoire d’amour qu’il a vécue avec Litzie, la femme de sa vie.

L'auteur est avocat, spécialisé en droit des médias et artistes, et animateur de radio et de télévision, chroniqueur notamment dans l'émissions de William Leymergie, William à midi. La célébrité est un soleil familier et on devine à le lire que sa vie est riche de sorties et de dîners en tous genres. Jeune, il fut un habitué du Palace, et lorsqu'il célèbre la bar-mitsvah de son fils ce sont trois soirées qui sont programmées dont une au Ritz.

Ce n'est pas pour autant un "fils à papa" qui vit aux crochets de sa famille. Il raconte (chapitre 2) les week-ends à travailler aux Puces de Clignancourt, ce qui cautionne totalement les amitiés qu'il entretient avec Caroline Margeridon  et Sophie Davant, l'ex duo complice d’Affaire conclue. 

C'est d'ailleurs Sophie qui l'a incité à écrire la suite de son premier roman. C'est presque le même titre, une couverture semblable et on peut prédire un succès littéraire comparable au premier (Les Escales, 2021 ; Pocket, 2023), lauréat du Prix du Cheval Blanc 2022.

Après avoir raconté comment, grâce au soutien indéfectible de sa mère Esther, fan de Sylvie Vartan, il a pu réaliser ses rêves malgré un handicap de naissance, Roland Perez poursuit dans la même veine de sincérité et d'humour en se focalisant sur sa femme, décédée il y a quelques années.

Quand il la rencontre, il l'invite illico presto au repas de Pâque juive, et sa mère y voit un signe divin. Cette femme qu'il désigne par son prénom, Esther, voire même Sainte Esther quand il nous dresse la liste des plats qu’elle prépare pour Shabbat. Que Lizzie soit déjà mariée n'y change rien, Esther est persuadée que ces deux là sont prédestinés l'un pour l'autre. La capacité de frappe de ma mère était nucléaire (p 14) nous met-il en garde. Et il a raison.

Ce qui fait la saveur du livre c'est que rien ne sera facile et si nous lecteurs, on connait l'issue il n'empêche que pour Roland, la vie est imprévisible (p. 21). La démonstration nous sera faite de l’évidence du sentiment amoureux quand il est partagé. Pourtant les aléas vont joncher leur chemin qui comporte davantage d'épines que de pétales de rose. D'ailleurs ce sont les pivoines (blanches) que préfère Lizzie.

Au début de leur histoire le jeune homme ne le sait pas encore et après avoir hésité entre fleurs et bouteille de vin c'est avec le Goncourt sous le bras qu'il arrivera à leur premier dîner en tête à tête.

Le récit nous est livré tambour battant, sans occulter la part sombre de lui-même car il reconnait ses défauts, en particulier celui de vouloir faire plaisir à tout le monde (p. 62) par faiblesse de tempérament,  mais on pourrait y voir une once de lâcheté. En tout cas dans cette famille on ne parle pas de ce qui fâche. On ne s’étend pas sur les soucis. Mais ça ne les fait pas disparaître et croire aux miracles frôle l’inconscience. La pauvre Lizzie en fera la courageuse démonstration. 

On apprend tout de leur vie sans avoir besoin de faire sa marocaine … Vous lirez le livre pour savoir ce que cette expression signifie. Il y en a beaucoup d'autres, souvent en hébreu, très représentatives du quotidien d’une famille juive pratiquante des années 80. Nous sommes immergés dans leur mode de vie, leurs coutumes et obligations que l’auteur détaille avec précision, quelles que soient les circonstances, y compris le contexte du deuil, et ce livre est à cet égard riche d’enseignement. J'ai ainsi appris que si on s’interroge sur l’avenir on consulte un rabbin et surtout pas un médium. 

La chanteuse qui pourrait être la marraine de leur union ne sera pas Sylvie Vartan mais Viktor Lazlo puisque c’est sur l’air de Pleurer des rivières qu’ils se sont embrassés pour la première fois.

Tout nous sera révélé, avec humour, tendresse, passion, aussi bien pour les joies que pour les drames … et quelques trahisons. On imagine très aisément la puissance cinématographique de ce second opus.

Quant au premier, Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, on sait que ce sera le québécois, Ken Scott, qui a été choisi pour réaliser la première production française pour les salles de cinéma, produit par Amazon Prime, Gaumont, Egerie Productions et la maison québécoise Christal Films. Ainsi Amazon Prime consacrera entre 20% et 25% de son chiffre d’affaires enregistré en France à la production d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles françaises comme l'exige le décret signé en juillet 2021. On ignore à quelle date il sortira en salles mais ce sera 17 mois avant d’être diffusé en ligne sur la plateforme en vertu de la réglementation française.

Leïla Bekhti et Jonathan Cohen, mais aussi Naïm Naji, Milo Machado Graner, Lionel Dray, Joséphine Japy, Jeanne Balibar et Anne Le Ny seront au générique, ainsi que Sylvie Vartan bien évidemment même si elle ne devrait faire qu'une courte apparition.

Ma mère, Dieu et Litzie de Roland Perez, Les Escales, en librairie le 23 octobre 2023

mercredi 29 septembre 2021

Les intranquilles, un film de Joachim Lafosse

Leila (Leïla Bekhti) et Damien (Damien Bonnard) s’aiment profondément. Malgré la fragilité consécutive à d’épuisantes phases maniaques, Damien tente de poursuivre sa vie avec Leila, sachant qu’il ne pourra peut-être jamais lui offrir ce qu’elle désire. 

Joachim Lafosse n’a pas eu à chercher loin pour écrire le scénario des Intranquilles. Il s’est inspiré de ses propres souvenirs. Il connait bien la bipolarité. Le petit garçon qui assiste impuissant aux bouffées délirantes d’un père qu’il admire, c'était lui. La différence c’est qu’il n’était pas peintre mais photographe. Bien entendu il ne faudrait pas conclure que tout artiste est bipolaire (sa femme ne l’est pas) ni que tout bipolaire est artiste.

Evidemment, on pensera néanmoins (et le réalisateur le connait bien) à Gérard Garouste dont j’avais découvert la biographie, précisément intitulée L’intranquille, lorsque j’étais jurée du Grand Prix des Lectrices de Elle.

On comprend très vite que cette famille vit au bord du drame. Pas moyen d’être tranquille cinq minutes. Même à la plage. Romain a emmené son fils faire un tour de bateau et soudain l’envie lui prend de rentrer à la nage. Ramène le bateau crie-t-il à son gamin de fils, tu sais faire. Le môme se met aux commandes, bien obligé, son père irresponsable a déjà plongé. Il semble se débrouiller comme un chef mais l’angoisse est palpable, chez la mère et contamine le spectateur.

Dans le plan suivant Romain est devenu cuisinier et prépare en pleine nuit un festin pour une armada. Là encore on se dit qu’il pourrait provoquer un incendie. Et quand il peint dans son atelier c’est avec une frénésie comparable. Le réalisateur nous le montre en jouant de gros plans et de mises au point parfois floues. La musique est absente ou tourne en boucle. On oublie qu’on est face à une œuvre de fiction.

Ce qui est admirable dans la démonstration que fait Joachim Lafosse, c’est que l’amour ne suffit pas à contenir la psychose. Et les médicaments n’améliorent pas tant que cela la situation puisque le patient est alors sans aucune énergie. Il passe d’un extrême à un autre, et c’est un des aspects les plus éreintants pour les proches. Cette facette est admirablement traduite, par le fait que les acteurs principaux incarnent leurs personnages sans avoir changé de prénom.

Leila Bekhti, alourdie par une récente grossesse a différé la perte de poids de manière à être physiquement au plus près de cette femme qui fait tout passer avant son propre confort. Elle fait remarquer aussi en interview qu’elle exerce le métier de restauratrice de meubles anciens et qu’en quelque sorte elle va transposer dans sa vie personnelle en tentant de réparer son mari.

La famille est donc présente, aimante, entourante, conciliante, mais elle ne « suit » pas. Ni le père, ni l’épouse, ni le fils ne réussissent à infléchir le processus. Personne n’y parviendrait.
Et pourtant Romain les aime. Et pourtant il est doué, artiste reconnu. Et pourtant il vit dans un cadre agréable, sans soucis financiers. Pas besoin d’une goutte d’eau (ni d’alcool) pour faire déborder le vase. C’est inéluctable. Voilà le pire.

Les Intranquilles, film réalisé par Joachim Lafosse avec Leïla Bekhti, Damien Bonnard.
Présenté en compétition au Festival de Cannes 2021
Photo © Les Films du Losange

mercredi 27 novembre 2019

Chanson douce de Lucie Borleteau avec Karin Viard

Je n'avais pas lu Chanson douce le roman de Leïla Slimani et qui a obtenu le prix Goncourt en 2016. Cela fait longtemps que je ne me précipite plus sur certains prix et je m'aperçois que je peux avoir tort. J'y pallierai bientôt. Cela étant, à la réflexion, je conseillerai de me suivre et de commencer par le film parce qu'il ne spolie pas la fin dans les premières images.

Une chance parce que je ne soupçonnais pas la fin, espérant un sursaut de la part des parents avant que la situation ne dégénère. D'ailleurs, malgré le dernier plan, et l'avant-dernier, quasi gore, je n'avais pas imaginé que cela se terminait comme démarre le livre. Bref, je n'en raconterai pas plus.

Il est d'ailleurs très difficile de parler de ce film sans en dire trop. Il est réalisé par Lucie Borleteau (réalisatrice de Fidélio, l'odyssée d'Alice et la série Cannabis).

Je vais d'abord saluer le travail d'adaptation, entrepris par Lucie Borleteau avec Jérémie Elkaïm, qui avait écrit le si formidable La Guerre est déclarée avec Valérie Donzelli.

Je vais surtout me limiter à justifier le choix de Karin Viard qui, à l'inverse de moi, avait lu le roman et décidé d'acquérir les droits de manière à interpréter ce rôle qui la tenait tant. C'est courageux de sa part après sa performance dans la peau d'un personnage toxique dans Les chatouilles.
Elle est plus qu'excellente dans ce personnage dont la folie est admirablement tapie sous le masque de la perfection. Qui ne rêverait pas d'une nounou aussi attentionnée ? Paul et Myriam l'ont engagée pour que Myriam puisse reprendre son travail d'avocate. Louise ne les déçoit pas, se montrant dévouée, consciencieuse, volontaire, au point que sa présence occupe une place centrale dans la famille et des enfants en particulier la petite fille, Mila, (Assya Da Silva), qui poursuivra sans doute une carrière au cinéma tant elle est précise.
Ce qui est passionnant, outre le jeu des comédiens (tous excellents) c'est de tenter de démêler l'écheveau des culpabilités. Entre la mère (Leïla Bekhti, vue dans Le Grand Bain, Un homme pressé, La Lutte des classes, et tout récemment J'irai où tu iras) qui se reprochera d'avoir sacrifié sa vie de famille au profit de son développement personnel, qui s'avère plus positif dans le monde du travail qu'à la maison. Le père (Antoine Reinartz, vu dans La Vie scolaire, et Alice et le maire) qui ne s'émeut pas de grand chose. Les amis, les voisins, le reste de la famille ... inexistants.
J'emploie à dessein le terme de culpabilité plutôt que celui de responsabilité car rien ne permet dans le film de condamner davantage Louise que les parents (pas davantage dans le livre m'a-t-on  dit). Il parait que le désordre que l'on voit dans l’appartement de Louise a été inspiré à la réalisatrice par le documentaire À la recherche de Vivian Maier (2013) qui était elle aussi nounou avant d'être photographe et qui d'une certaine manière était un peu double et est demeurée un mystère, Une femme à contre-jour comme l'a si bien évoquée Gaëlle Josse. Son intérieur contraste avec l’image si lisse qu’elle donne d’elle.

Louise est effrayante mais elle est d'abord fascinante et Karin Viard est incroyablement juste pour exprimer toute la complexité du personnage. Nominée à de multiples reprises aux César, et récompensée déjà trois fois, il est probable qu'elle emporte de nouveau la plus haute récompense française à la prochaine cérémonie, vingt ans après son César de la meilleure actrice pour Haut les cœurs ! en 2000.

Reste à espérer que de tels faits divers sont rares.
Photos Copyright Studio Canal

vendredi 2 novembre 2018

Un homme pressé, le film de Hervé Mimran

Ne vous arrêtez pas à l’affiche qui est, de mon point de vue, plutôt loupée. Un homme pressé fait partie de ces films dont on ressort avec une joie communicative et l'envie de dire à tout le monde d'aller au cinéma.

Son visage occupe toute l'affiche. On sait d'avance que le rôle principal sera tenu par Fabrice Luccini. Ce qu'on ignore c'est qu'il y est au sommet de son art.

Les premières images justifient la catastrophe qui va faucher ce chef d’entreprise. Cet homme impeccablement interprété par le comédien, n’écoute personne. Et en toute logique il ne s’écoute pas non plus. Il refuse de prêter attention aux signes avant coureurs de ce qui sera un AVC.

Chaque détail compte et c’est ce qui rend ce film si réussi. On entend par exemple Johnny Halliday chanter "j’ai oublié de vivre" alors que l’homme crâne en disant "je me reposerai quand je serai mort".
L’accident vasculaire provoque chez lui de profonds troubles de la parole et de la mémoire. Ce qui est une tragédie devient extrêmement comique lorsqu’il intervertit les syllabes dans une sorte de verlan très imagé. Ses propos choquent et c’est très drôle. C’est émouvant aussi parce que l’accident le place en situation d’infériorité et de dépendance alors que jusque là il était au sommet de la hiérarchie sociale.

Sa rééducation est prise en charge par Jeanne, une jeune orthophoniste. Il note rigoureusement les bons mots dans un carnet qui ne le quitte pas.
Les progrès vont être lents mais continus. Avec quelques loupés quand il pense pouvoir faire le tour du quartier en totale autonomie. Même le chien ne parvient pas à le ramener à sa maison.

Bien sûr il y a quelques incohérences, mais peu importe, on est au cinéma et seul compte le résultat. Notre anti-héros va découvrir ce qu’il se refusait jusque là, à savoir le temps de vivre, et donc aussi celui d’être libre.

On pense à une jolie histoire qui serait un conte de fées mais c’est inspiré d’une histoire vraie. Comme quoi tous les rêves sont permis aux courageux.

On apprécie Leila Bekhti pour lui donner la réplique dans le rôle de la psychopathe … je veux dire bien sûr la psychologue, qui en fait est plutôt orthophoniste. Vous aurez rectifié !

Un homme pressé de Hervé Mimran, avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder

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