mercredi 27 novembre 2019

Chanson douce de Lucie Borleteau avec Karin Viard

Je n'avais pas lu Chanson douce le roman de Leïla Slimani et qui a obtenu le prix Goncourt en 2016. Cela fait longtemps que je ne me précipite plus sur certains prix et je m'aperçois que je peux avoir tort. J'y pallierai bientôt. Cela étant, à la réflexion, je conseillerai de me suivre et de commencer par le film parce qu'il ne spolie pas la fin dans les premières images.

Une chance parce que je ne soupçonnais pas la fin, espérant un sursaut de la part des parents avant que la situation ne dégénère. D'ailleurs, malgré le dernier plan, et l'avant-dernier, quasi gore, je n'avais pas imaginé que cela se terminait comme démarre le livre. Bref, je n'en raconterai pas plus.

Il est d'ailleurs très difficile de parler de ce film sans en dire trop. Il est réalisé par Lucie Borleteau (réalisatrice de Fidélio, l'odyssée d'Alice et la série Cannabis).

Je vais d'abord saluer le travail d'adaptation, entrepris par Lucie Borleteau avec Jérémie Elkaïm, qui avait écrit le si formidable La Guerre est déclarée avec Valérie Donzelli.

Je vais surtout me limiter à justifier le choix de Karin Viard qui, à l'inverse de moi, avait lu le roman et décidé d'acquérir les droits de manière à interpréter ce rôle qui la tenait tant. C'est courageux de sa part après sa performance dans la peau d'un personnage toxique dans Les chatouilles.
Elle est plus qu'excellente dans ce personnage dont la folie est admirablement tapie sous le masque de la perfection. Qui ne rêverait pas d'une nounou aussi attentionnée ? Paul et Myriam l'ont engagée pour que Myriam puisse reprendre son travail d'avocate. Louise ne les déçoit pas, se montrant dévouée, consciencieuse, volontaire, au point que sa présence occupe une place centrale dans la famille et des enfants en particulier la petite fille, Mila, (Assya Da Silva), qui poursuivra sans doute une carrière au cinéma tant elle est précise.
Ce qui est passionnant, outre le jeu des comédiens (tous excellents) c'est de tenter de démêler l'écheveau des culpabilités. Entre la mère (Leïla Bekhti, vue dans Le Grand Bain, Un homme pressé, La Lutte des classes, et tout récemment J'irai où tu iras) qui se reprochera d'avoir sacrifié sa vie de famille au profit de son développement personnel, qui s'avère plus positif dans le monde du travail qu'à la maison. Le père (Antoine Reinartz, vu dans La Vie scolaire, et Alice et le maire) qui ne s'émeut pas de grand chose. Les amis, les voisins, le reste de la famille ... inexistants.
J'emploie à dessein le terme de culpabilité plutôt que celui de responsabilité car rien ne permet dans le film de condamner davantage Louise que les parents (pas davantage dans le livre m'a-t-on  dit). Il parait que le désordre que l'on voit dans l’appartement de Louise a été inspiré à la réalisatrice par le documentaire À la recherche de Vivian Maier (2013) qui était elle aussi nounou avant d'être photographe et qui d'une certaine manière était un peu double et est demeurée un mystère, Une femme à contre-jour comme l'a si bien évoquée Gaëlle Josse. Son intérieur contraste avec l’image si lisse qu’elle donne d’elle.

Louise est effrayante mais elle est d'abord fascinante et Karin Viard est incroyablement juste pour exprimer toute la complexité du personnage. Nominée à de multiples reprises aux César, et récompensée déjà trois fois, il est probable qu'elle emporte de nouveau la plus haute récompense française à la prochaine cérémonie, vingt ans après son César de la meilleure actrice pour Haut les cœurs ! en 2000.

Reste à espérer que de tels faits divers sont rares.
Photos Copyright Studio Canal

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