jeudi 21 novembre 2019

Les Amers remarquables, d’Emmanuelle Grangé

Emmanuelle Grangé avait publié un premier livre, Son absence, en 2017 chez le même éditeur, Arléa. Je n'appartenais alors pas encore au groupe des 68 premières fois et je suis comme on dit "passée à coté".

Pourtant je ne saurais dire à quand remonte ma rencontre avec Emmanuelle, peut-être au temps où elle était élève à l’Ecole Supérieure d’Art dramatique du Théâtre national de Strasbourg. Le souvenir le plus précis que j'ai d'elle est de l'avoir croisée quelques années plus tard, dans la rue où je venais d'emménager dans le XIV° arrondissement ... où elle habitait alors.

J'ai cherché à retrouver la personnalité que j'avais connue. Je me doutais que ce n'était guère possible mais c'est je crois ... humain.

J'ai apprécié en tout cas cette plume qui s'empare si intelligemment et si finement d'une situation familiale complexe pour composer un hommage à ses parents, sous les auspices de "Jane Eyre", de Charlotte Brontë, dont une citation introduit chaque chapitre.

Elle raconte son enfance, dans un grand appartement à Berlin, où son père est fonctionnaire international, la naissance d’un frère qui va bouleverser son quotidien de petite fille, des séjours en France pendant les vacances chez des grands-parents aimants, l’accent germanique des nurses qui se succèdent. Pourtant, dans toute cette banalité quelque chose détonne. La mère, fantasque, magnifique, amoureuse des rivages qui lui manquent tant, trop à l’étroit dans son rôle d’épouse de diplomate, ne peut s’empêcher de fuguer.

Cette mère, qu'elle désigne sous son prénom, Gabrielle, sans compte bancaire, sans notion du temps, que l'on dirait "swag" aujourd'hui.

Un père probablement alcoolique, ne voulant rien savoir et fermant les yeux pourvu qu'à son retour rien du désordre éventuel de la journée ne soit apparent.

Est-ce parce qu'il trouve sa femme "remarquable" (p. 43) que la petite fille reprend l'expression dans le titre ? En tout cas il n'a pas vu venir le jour où elle annonce dans une lettre qu'elle ne rentre pas à la maison et part, quittant l’appartement familial, le laissant avec les enfants.

Mais elle reviendra parce que la famille c'est plus important que tout (p. 75) et on fera "comme si".

Pourtant la petite fille ne comprend pas ce qui reste d'ailleurs inexpliqué. Les années passent, avec plus ou moins de hauts et de bas. Jusqu'à ce que les bas l'emportent car les parents vieillissent mal, comme souvent dans la vie et le handicap est terrorisant.

Ce qui est admirable dans ce roman qu'on pressent autobiographique c'est de voir comment la petite fille parvient à se construire et à trouver des repères (amers en langage maritime) alors que tout est confus et que l'abandon est une éventualité constante. Elle réussit à tel point qu'elle finira par endosser le rôle de parent à l'égard des siens.

Les Amers remarquables, d’Emmanuelle Grangé, Arléa

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