mercredi 20 novembre 2019

Le Centre Culturel Coréen emménage au 20 rue de la Boétie et présente l'exposition Tekkal

Le Centre Culturel Coréen a emménagé dans un espace à la mesure de toutes les actions qu'il envisage de conduire, au 20 rue de la Boétie, dans le 8ème arrondissement, dans un bâtiment ayant appartenu à une compagnie d'assurances.

Il était jusque là installé depuis 1980, avenue de Iéna dans un lieu qui ne permettait plus d'offrir toutes les activités et les événements que les responsables voulaient programmer. Il y aura dorénavant un auditorium, deux espaces d'exposition, une bibliothèque, des salles pour des ateliers d'art ou de cuisine, et des cours de coréen.

Il faut souligner que jusqu'en 1986 il n'y avait pas un seul film coréen dans les salles de cinéma françaises. Les Jeux Olympiques de Séoul ont changé la donne et contribué à faire connaître les produits coréens.

Bong Joon-Ho, qui a étudié la sociologie à la prestigieuse université Yonsei de Séoul, et qui reçu la Palme d'or à Cannes pour son dernier film Parasite, figurait naguère avec des milliers d'autres artistes sud-coréens sur une liste noire dans son pays. Il est devenu depuis le chouchou des critiques et des cinéphiles. Il avait fait ses débuts de réalisateur en 2000 avec Barking Dogs Never Bite qui va être projeté le 22 novembre.
Ce soir un concert de K-Music y est programmé. Ce courant musical inventé après la guerre pour aider la crise financière que traversait la Corée du Sud, est devenu un vrai phénomène auprès des jeunes de 14-24 ans et s'est fait connaitre uniquement par les réseaux sociaux à partir des années 2010. Le prochain festival, le dixième, aura lieu début juillet 2020.
Une légende, racontée dans toutes les écoles primaires, voudrait que l'origine de la Corée remonte à 5000 ans. Un tigre et un ours vivaient ensemble dans une grotte et prièrent le roi divin Hwanung de faire d'eux des hommes. Le roi entendit leurs prières et leur donna 20 gousses d'ail, un faisceau d'armoise et leur ordonna de rester hors de la lumière du soleil et de ne manger que cette nourriture pendant 100 jours. Tenaillé par la faim, le tigre sortit de la grotte après environ 20 jours, mais l'ours resta à l'intérieur, ce qui lui valut de se transformer en femme. Plus tard, ne trouvant pas de mari elle épousa le roi et lui donna un fils, Tangun, fondateur de la nation de Corée.
Le bâtiment a conservé les plus belles traces de son passé comme en témoignent ces photos prises pendant la visite de l'exposition qui l'inaugure : Tekkal, couleurs de Corée et qui lance le signal d'un nouveau départ.
En Corée cinq couleurs suffisent à expliquer le monde entier. Ce sont le noir et le blanc du yin et du yang, le jaune, le rouge, et le bleu. Ce sont les couleurs cardinales.
Le blanc est la couleur de l'ouest, de la pureté, du divin, et aussi celle des vêtements usuels quotidiens et plusieurs robes d'hommes sont exposées. L'exposition présente des objets vieux de 800 ans mais aussi une céramique contemporaine dite de lune (ci-dessous).
Le noir est la couleur de la solennité. C'est celle de l'encre de Chine, cette "eau de couleur noire", qui purifie.
On découvre d'étonnants chapeaux comme ce chapeau dit "de montagne", fait de crins de cheval entrecroisés autour d'un bandeau peint et laqué. En effet, pour ne pas supprimer quoi que ce soit que nos ancêtres nous ont transmis, il était interdit de se couper les cheveux. Il fallait donc les organiser en tresses et chignons sur le dessus de la tête, sous un chapeau.
Le noir est aussi la couleur des morts. Les convoyeurs du monde des morts de la vitrine ci-dessous peuvent encore effrayer les personnes âgées qui sont très respectueuses de ce chamanisme. On effectue encore la prière aux ancêtres, en remontant dans le temps jusqu'au dixième ancêtre.
Il faut lever les yeux vers la mosaïque admirablement conservée qui orne le plafond. Le miroir qui surmonte la cheminée reflète une projection et procure un effet élégant.
Le jaune est la couleur du centre de la terre. L'empereur chinois est habillé de cette couleur. En Corée la robe ne doit jamais laisser deviner la corpulence réelle. Elle est donc très bouffante. L'exposition présente peu d’objets dans chaque pièce de manière à focaliser le regard. Trois artistes contemporains célèbres ont été sollicités dont celui qui a réalisé cette réinterprétation moderne du jeogori traditionnel , une veste pour femme en fil de fer et perles.
Voici un ensemble varié de figurines d'argile cuite ou de bois, à veste jaune, datant de la deuxième moitié du XX° siècle et qui ont commencé à être fabriquées pour les touristes.
Le bleu est la couleur de l'est et du tissu indigo. On remarquera un vêtement officiel, en soie de couleur bleu foncé que le marié portait comme costume à la fin de la dynastie Joseon.
Beaucoup de plaques de cette couleur marquent les entrées des maisons. Le rouge est la couleur du pouvoir surréel. De l'enthousiasme, de la passion. Il aurait le pouvoir de chasser les mauvais esprits. Voilà pourquoi on cache un talisman de cette couleur dans l'oreiller avec un sceau personnel. C'est aussi la couleur du mariage et de la robe traditionnelle de cérémonie qui s'appelle Hanbo, Han signifiant Corée. Ils étaient vêtus de blanc à l'européenne pour la première cérémonie et en costume traditionnel pour la seconde qui dure très longtemps puisqu’il faut saluer personnellement chaque invité.
A savoir d'ailleurs que les mariés faisaient connaissance le jour de leur mariage et qu'ils n'avaient rencontré les beaux-parents bien souvent qu'une seule fois. La Corée était un pays très fermé. Les traditions étaient respectées, sans ouverture aux idées différentes. Le marié offrait à la belle famille un couple d'oies sauvages, symbole de fidélité enveloppées dans un carré de tissu vert et rouge.
À sa création le drapeau coréen comportait huit symboles. On en a gardé quatre : le ciel, le feu, l'air et la terre autour du yin et du yang où le blanc est remplacé par  le rouge.
La dernière salle montre des objets dans les cinq couleurs cardinales. Comme le sac "cadeau" léger qu'on peut poser sur la tête.
Ces cinq couleurs associées étaient censées protéger l'enfant à son premier anniversaire car la mortalité était élevée et on lui faisait porter un pardessus comme celui-ci.
Sont aussi présentées les plantes permettant d'obtenir ces teintes. Comme la garance, la chrysanthème d'Inde, l'Indigo, le Gardenia, ou animale comme la cochenille au fort pouvoir colorant rouge.
Toutes ces couleurs sont reprises sur les différents visuels de l'exposition que l'on retrouve en affiches.
Nous avons poursuivi à l'étage supérieur avec l'exposition Webtoons, consacrée à ce phénomène sociétaire puisque chaque jour 1 million de personnes les regardent sur leur smartphone et que 5000 épisodes sont publiés par semaine.
La bibliothèque qui s'étend sur deux étages comprend 25 000 ouvrages dont une sélection de bandes dessinées en papier présentées à Angoulême.
Pour terminer nous avons dégusté quelques plats typiquement coréens en échangeant nos impressions très positives sur ce nouveau lieu très prometteur.

Tekkal, couleurs de Corée
Du 21 novembre au 14 février 2020
Du lundi au vendredi de 9h30 à 18 h
Centre Culturel Coréen - 20 rue La Boétie - 75008 Paris

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