Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 15 février 2015

L'Aquarium de la Porte Dorée

Le plan Vigipirate renforcé a des conséquences insoupçonnées. Les musées et lieux publics sont désertés. Par exemple l'Aquarium de la Porte Dorée, d'habitude bondé et piaillant de cris d'enfants le mercredi était silencieux le jour de ma venue comme si nous étions en pleine nuit.

C'est bien simple, j'étais la seule visiteuse. Il m'a semblé que les poissons s'ennuyaient ferme. Les raies sont venues se coller contre les vitres  en me faisant presque un clin d'oeil. Mêmes les murènes pourtant si craintives ont fini par sortir la tête de leur trou pour scruter mon regard.

Je n'ai pas voulu néanmoins perturber les animaux en les photographiant avec mon appareil préféré. J'ai plutôt employé le portable, plus discret, moins précis hélas, mais vous constaterez tout de même que vous ratez un rendez-vous exceptionnel si vous n'allez pas dans cet endroit magique.

Le nombre de clichés étant important, il faudra d'abord cliquer sur "plus d'infos" pour obtenir la totalité de l'article. En ouvrant ensuite la première image vous pourrez toutes les voir en haute définition et plein écran.
Les poissons vivent dans des aquariums rassemblés par océan. On remarque que les couleurs sont plus éclatantes dans les eaux chaudes. Je ne vais pas légender toutes les photos. Leur beauté parle d'elle-même.

samedi 14 février 2015

Un dîner en amoureux entre Valentin et Valentine

Que préparer pour réussir un dîner en amoureux ? La question m'est posée et il me semble qu'il y a deux choix possibles. Ou bien cuisiner longuement en suivant des recettes très élaborées.

Ou bien miser sur la délicatesse, le clin d'oeil ... et laisser opérer le charme et le destin. Le grand avantage avec cette formule est que vous aurez du temps libre pour vous préparer et ne pas commencer la soirée proprement dite dans un état de fatigue avancé.

Peut-être même que vous aurez prévu une sortie pour commencer.
Soit pour fixer un nième cadenas sur le Pont des Arts quoique je ne le recommande pas car les équipes municipales libèrent régulièrement le parapet de ce surpoids dangereux pour son équilibre, soit pour aller voir un spectacle.

Dans ce cas l'originalité s'impose avec par exemple une Dark Night très spéciale au Manoir de Paris, 18 rue de Paradis - 75010 Paris, qui est un lieu extraordinaire où je suis allée plusieurs fois.

Obscurité totale. Aucune chandelle. Musique envoûtante. Vampirisme des sens et de l'esprit avec des monstres déchaînés, à condition d'avoir plus de 16 ans. Ce sera ce Samedi 14 février, de 18h à 22h (fermeture des portes 20 mn avant).

Après de telles émotions on aura envie d'un petit Caprice, à grignoter sur le chemin entre la salle et la maison. Cela fait des années que la fromagerie d'Illoud en Haute-Marne propose des déclinaisons humoristiques pour la fête des amoureux.
Son cœur fondant, son goût de crème fraîche et sa croûte blanche et duveteuse plaisent à juste titre.

Cette année la nouveauté est un En Cas de Caprice se découpe en tranches comme on effeuillerait une marguerite un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout.

En arrivant at home, sweet home, on allumera une bougie pour instaurer l'ambiance.

J'ai choisi une bougie naturelle d'Aromatherapy by Design qui est un atelier de création et de fabrication de bougies d'aromathérapie haut de gamme réalisées à la main dans leur atelier situé tout près du Mont Saint Michel depuis novembre 2010.
Les huiles essentielles extra-pures de ces bougies sont de qualité officinale et apportent, en plus de leur délicat parfum, une profonde sensation de bien-être. Les intitulés sont tous attirants. j'ai une préférence pour Bonheur qui embaume le géranium, le citron vert et le basilic.
Nous avons dit que nous n'allions pas passer la soirée devant les fourneaux. On va donc commencer en ouvrant le coffret des Extraits de terroir de Comtesse du Barry que j'avais découvert en octobre dernier.
Cet objet qui s’ouvre comme un livre regroupe les plus belles recettes de terrine et de rillettes de la marque, ainsi qu’une peinture spécialement réalisée par un artiste. Une fois la dégustation terminée  on pourra recycler la boite pour y conserver ses lettres d’amour ou sa lingerie fine ... On pourrait même oser glisser l'un ou l'autre en cours de soirée.
Un verre de vin s'impose en jouant sur l'originalité. Avec par exemple un Irancy commandé sur le site de Wine Republik quelques jours auparavant ... parce qu'il n'y a pas que le champagne qui soit festif comme je l'ai déjà écrit.
Un petit dessert léger ... Avec du chocolat évidemment, mais contenant moins de calories que ce qu'on trouve classiquement. Ce sera le P'tit Choc d'Eugène, une pâtisserie qui s'adresse aux diabétiques (mais donc à tout le monde). Un coeur moelleux comme une mousse sur un biscuit feuilleté, enrobé par un fin chocolat. Avec une marguerite (encore elle) de pâte d'amande. Je consacrerai très prochainement un billet spécial à cet établissement hors du commun.
Enfin on offrira un livre, comme celui de Nicolas Barreau comme le Sourire des femmes, ou le dernier, Tu me trouveras au bout du monde... en ayant glissé une jolie lettre dedans.
Bonne soirée !

vendredi 13 février 2015

L'anniversaire du blog


Le rituel est instauré. Je ne peux déroger. Ce n'est pas un bouquet de bruyères que je dépose sur ma table de travail mais quelques lignes de bilan que je poste sur le blog.

J'avais fait fort en souhaitant de Bons anniversaires à tous (2009). C'était la première année et je n'en revenais pas de l'intérêt suscité.

Cela n'a pas été très difficile de poursuivre  l'année suivante : Deux ans et plus dedans (2010).

Trois ans sont arrivés naturellement pour A bride abattue en 2011.

Un silence de quelques semaines s'est instauré suite à un évènement sur lequel je m'explique pour le suivant : Anniversaire (2012).

Les choses ont semblé se réinstaller. A bride abattue souffle 5 bougies en 2013 et ce fut l'anniversaire des 6 ans en (2014)
Sept ans maintenant ... avec l'impression que de mon côté je me suis expliquée sur toutes les motivations que j'ai à débusquer des sujets qui me semblent mériter qu'on s'y attarde un peu. L'envie de partager et de témoigner qu'il y a de la vie, de l'énergie et des gens formidables, que ce soit dans le domaine culinaire comme dans le secteur culturel, parfois même dans les deux univers à la fois.

Je ne vais pas radoter en exprimant une nouvelle fois mes attentes. Il me semble qu'il me reste une marge de progrès à entreprendre avant de m'échouer sur le rivage, car forcément, le blog ne sera pas éternel. Les articles peut-être ...

Je vous emmène quelques instants en coulisses. Il en faut du courage pour oser monter sur scène chaque soir, surtout quand on manque d'assurance. On le sait peu mais les comédiens doivent surmonter leurs angoisses pour exercer leur métier. Les applaudissements sont leur principal carburant. Les messages de félicitations aussi. Ils les punaisent autour de leur miroir pour s'en imprégner en se maquillant.

Voici quelques-uns de ceux que j'ai reçus ces derniers temps.

Merci beaucoup Marie Claire. Tes photos sont Top;
Tellement appétissantes . Tu nous fait saliver.
Encore un très bel article
Merci Merci, Merci

Merci mille fois pour ce très bel article que j’envoie à toute l’équipe
Belle fin de matinée frisquette

Bonjour Marie-Claire !
Magnifique article dont je ne permettrais pas de corriger une ligne car elles n’appartiennent qu’à vous !  Merci du fond du coeur de tous ces beaux compliments.
A très bientôt,

Chère Marie-Claire,
Je ne sais comment tournicoter ces cinq lettres - MERCI - pour leur donner la couleur et l'intensité qu'elles méritent ici.
Non seulement je suis heureuse que ce livre vous ait plu, mais j'admire l'acuité et le rythme de votre critique.
Merci aussi d'avoir vu et noté que le suspens résulte d'acrobaties épuisantes sur le plan de l'écriture… je sais que cela passe et passera inaperçu aux yeux de la plupart des lecteurs et qu'il y aura toujours quelqu'un pour dévoiler ce que je me suis ingéniée à dissimuler…
Vous l'avez compris, votre compte-rendu me plait. Au point que je vais l'envoyer à quelques "interviouveurs" et utiliser certains passages pour les flyers d'invitation aux dédicaces. Vous serez citée -cela va de soi, et je vous en ferai part à chaque fois.
Avec amitié.

Bonsoir Marie-Claire,
Merci 1000 fois j'adore votre article; la recherche que vous avez realisèe sur les produits,
le style de votre écriture, vos photos,vous avez écrit avec votre coeur les émotions que nous avons
 pu vous faire partager.
N'hésitez pas a venir me faire un petit coucou rapidement!

Bonjour Marie-claire.  Je suis émerveillée de vous lire sur votre blog , comme vous découvrez la bretagne et en parlez d'une façon si poétique avec des photos comme des cartes postales. vous étes vraiment formidable et trés douée. Je vais tous les jours sur votre site et je passe un agréable moment à vous lire . Maintenant j'attends tous les jours votre petite nouveauté.  Bravo pour votrefacilité de parole.

jeudi 12 février 2015

Anna Christie au Théâtre de l'Atelier et son programme de lectures

Le Théâtre de l'Atelier change de direction et c'est le metteur en scène Didier Long qui reprend les rênes du théâtre. S'il est encore trop tôt pour évoquer la programmation de septembre, on peut tout de même évoquer son travail sur le cycle de lectures proposées en ce moment à l'Atelier, du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 18h, jusqu'au 15 février. Ne tardez donc pas.

J'ai assisté à la lecture que Dominique Blanc a faite des Années d'Annie Ernaux devant un parterre très dense.

Une table caractéristique des lectures que l'on fait au théâtre, une bougie, une carafe, un verre d'eau, une chaise bistrot, un rideau de velours noir. Autant dire aucun décor.

Et pourtant ce fut un début de soirée magique. Parce que c'était elle, Dominique, qui connait intimement ce livre qu'elle a choisi parce qu'il l’accompagne sur les tournées et les tournages depuis quelques années déjà. Elle affirme ne jamais s’en séparer : J’aime l’écriture d’Annie Ernaux. C’est une écriture exigeante. C’est une exploration totale de l’être tout entier. "Les Années" est une autobiographie romanesque qui a l’élégance de ne jamais dire "moi" ou "je". C’est notre mémoire collective à tous.

Tout ce qu'Annie Ernaux a écrit évoque des souvenirs que nous avons en commun et qui sont entrés désormais dans l'histoire. Son art est d'entremailler le texte de moments appartenant à l'histoire avec un grand H et à celle, plus modeste, de la plupart des familles françaises.

En faisant constamment le grand écart (subtilement réussi) entre la posture des personnes dites "âgées" qui ne parlaient pas de ce qu'on savait mais qu'on n'avait pas vu et celle, plus récente, de l'auteur qui souligne qu'il est urgent de sauver quelque chose du temps où on ne sera plus jamais.

C'est nostalgique, mais formidablement maîtrisé, et cela fait du bien de réaliser l'ampleur de notre mémoire collective.

A partir du 17 février et jusqu'au 1er mars, ce sera Jean-François Balmer qui lira "Un Candide à sa fenêtre" de Régis Debray. Ensuite dès le 3 mars, et jusqu'au 15, Samy Frey ouvrira les " Entretiens avec Jean-Paul Sartre (août-septembre 1974)" de Simone De Beauvoir.
Avec Anna Christie nous partons loin, très loin ... quelque part dans un bar crasseux de New York où Chris Christopherson attend sa fille Anna  sans l’avoir jamais revue depuis qu'il l'a abandonné à la mort de sa femme à des cousins dans une ferme du Minnesota avant de repartir en mer.

Son intention est de l’emmener avec lui en mer "pour qu’elle se repose". Elle sort de l'hôpital et a déjà beaucoup vécu pour ses 20 ans: l'esclavage à la ferme, la prostitution depuis deux ans. Elle arrive, comme surgie de nulle part, tout comme le marin Burke repêché en mer. Cet homme est fasciné dès le premier regard et désire l’épouser. Anna, entravée par son passé de prostituée, va revendiquer face à ces deux hommes son autonomie et sa liberté.

La pièce âpre d'Eugene O'Neill (mort en 1953, prix Nobel de littérature en 1936) se déroule dans "des brouillards portuaires, des mers agitées, des bars où les alcooliques côtoient les prostituées", décrit le metteur en scène Jean-Louis Martinelli.

Le père de O'Neill était acteur. Eugène est devenu marin après quelques années dans un pensionnat catholique, puis un court passage à l’université de Princeton. Il connaît les affres de l’alcool, essaie de se suicider. Il est gravement atteint de tuberculose. C’est d'ailleurs dans un sanatorium du Connecticut qu’il entame, à l’âge de 24 ans, ce qu’il appelle sa renaissance en commençant à écrire des pièces de théâtre.

Celui qui est considéré comme le père du théâtre américain sait de quoi il parle en évoquant la mer et les ravages de l'alcool. Son théâtre est réaliste, mais derrière l’analyse sociale et psychologique des personnages, on découvre des personnages qui, comme lui, cherchent désespérément à donner un sens à leur existence.
Pour interpréter de tels rôles il fallait des comédiens d'expérience. Le choix est parfait. Mélanie Thierry conjugue l'innocence à la force, tout à fait crédible en môme rebelle aspirant à conquérir sa liberté.

Père et amoureux, Féodor Atkine et Stanley Weber, se livrent à un duel sans merci.

Il faut citer aussi Charlotte Maury-Sentier, crédible en tenancière du boui-boui.

Les décors sont très beaux, le brouillard dense. Les cintres demeurent constamment visibles. Si bien qu'on n'oublie jamais que nous sommes au théâtre.
Anna Christie d’Eugene O’Neill se joue depuis le 20 janvier dernier.
Mise en scène Jean-Louis Martinelli
Avec Mélanie Thierry, Stanley Weber, Féodor Atkine et Charlotte Maury-Sentier.
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin
75018 Paris

mercredi 11 février 2015

Piperade citron/olives avec Carré frais

Ce soir cuisine rapide, genre "cake à tout", "salade fin de frigo" ... il y a des instants où la fatigue l'emporte sur l'envie.

Ce n'est pas une raison tout de même pour dîner triste. C'est là que certains petits adjuvants sont miraculeux.

Le Carré Frais peut être de ceux là, surtout avec ses olives vertes et sa petite touche de citron.

140 ans après son invention par Charles Gervais il demeure un allié précieux.

J'ai fait revenir un oignon émincé dans une poêle, ai ajouté un poivron rouge en lanières, deux gousses d'ail, du thym et du laurier puis, à la fin (pour que les morceaux restent encore perceptibles) une tomate coupée en petits cubes.

J'avoue avoir mélangé avec deux cuillères de crème fraiche dans lesquelles j'ai délayé un Carré Frais.
Un oeuf au plat apporte le complément de protéines.

Et comme il est 0% de matières grasses on peut s'offrir la gourmandise d'en tartiner un second pour accompagner le plat. Il y a des instants où la fatigue s'efface ... et où l'on se dit que les beaux jours rallongent et que bientôt l'été viendra lui aussi.

mardi 10 février 2015

Les mots qu'on ne me dit pas de Véronique Poulain chez Stock

J'ai rencontré Véronique Poulain au premier Salon Lire c'est libre du 7ème arrondissement. Je connaissais beaucoup des auteurs présents. Alors le temps de bavarder avec chacun, de suivre une forte intéressante causerie (le mot n'est pas péjoratif) de David Foenkinos à propos de Charlotte, ... et je songeais à partir quand Lorraine Fouchet m'a quasiment intimé l'ordre de m'intéresser à Véronique et elle a grandement eu raison. Comme quoi on peut écrire "J'ai rendez-vous avec toi" et songer à en organiser pour les autres.

Ce qui surprend en premier c'est l'éclat du sourire qui éclaire son visage. Quant à son livre c'est une véritable tornade. Il se lit très vite, comprenez par là qu'on gambade d'un chapitre à l'autre en reconstituant ce que fut sa vie de bébé, d'enfant, d'adolescente et de femme au sein d'une famille composée majoritairement de sourds, père, mère, marraine et oncle.

Aucune langue de bois sous sa plume. On appelle un sourd un sourd. Le handicap n'est pas atténué derrière le terme de "malentendant". Elle y va crûment pour raconter des situations que l'on ne soupçonne pas. Et pourtant je croyais en connaitre un rayon depuis le film La famille Bélier qui, déjà, avait jeté un énorme plouf dans la mare lisse de la bienséance.

L'article que j'ai consacré à ce film a longtemps été en tête des plus fortes consultations sur le blog. Ce n'est que justice. Je pense que Les mots qu’on ne me dit pas méritent amplement le même sort.

Si le sujet est le même, et pour cause, puisque le scénario est tiré de sa propre histoire, ce livre ne fait aucunement double emploi. Il est mince mais dense. Et qu'est-ce que j'ai ri, me surprenant à faire autant de bruit qu'un sourd. Si on croit que les sourds vivent dans le silence qu'est-ce qu'on se goure. Libérés en quelque sorte des mots et des convenances ils se lâchent dans tous les sens du terme.

A tel point que, paradoxalement, Véronique a développé une capacité exceptionnelle à s'isoler du monde quand le raffut devient insupportable.

Tout ce qu'elle raconte suinte de vérité et d'amour, même dans les brefs sursauts de colère ou de honte face à des situations gênantes qu'elle nous livre aussi, ne censurant rien. Ce n'est pas facile de vivre dans une maison où les sonneries font clignoter les lampes, où les lapsus créent des quiproquos, où pour communiquer il ne faut jamais se perdre des yeux, ce qui est très fatiguant et empêche de faire autre chose en même temps.

Elle glisse aussi quelques faits historiques, notamment l'année décisive de 1977 avec le développement de la langue des signes (qui pourtant était née en France longtemps avant). Ses parents ont joué d'ailleurs un rôle capital dans cette affaire et elle a toutes les raisons d'en être fière.

J'ajouterai l'année 2014 qui a permis de considérer les choses autrement, grâce au film bien sûr puisqu'il a été vu par des millions de spectateurs. Grâce à elle en premier car beaucoup l'ignorent mais si elle n'avait pas fait de confidences à la fille de Guy Bedos celle-ci n'aurait jamais trouvé toute seule matière à écrire un scénario.

Miracle du web qui conserve tout, j'ai retrouvé un extrait d'une émission où le père, Guy Bedos, vante le livre de son ex-assistante (ils ont travaillé quinze ans ensemble). Je le cite : elle s'apprête à faire un tabac et j'en suis très heureux, déclarait-t-il en septembre 2014 sur le plateau de Vivement Dimanche.
Bizarrement il ne parle pas du film de sa fille qui était pourtant bouclé depuis longtemps même s'il n'était pas encore sorti sur les écrans. Celle-ci aurait écrit son scénario toute seule. Secret de polichinelle, je suis passée à coté parce que j'ai vu le film en avant-première, l'ai chroniqué et n'ai rien lu à son sujet. Sinon la coïncidence ne m'aurait pas échappé. Quand on sait que Victoria Bedos a publié un livre sur le déni (chez Plon en 2007) on pourrait attendre d'elle un vrai rapport à la vérité.

Véronique ne pourra pas se plaindre : entre Bélier et Poulain il faut reconnaitre qu'il n'y a aucune ressemblance ... et puis elle a été sollicitée pour faire de la figuration en jouant le rôle d'une cliente sur le marché. C'est ce qui s'appelle bien s'entendre.

En tout cas son livre est réjouissant. Il faut le lire sans modération.

Les mots qu'on ne me dit pas, de Véronique Poulain, Stock, décembre 2014

lundi 9 février 2015

Le Mariage de Figaro mis en scène par Jean-Paul Tribout au Théâtre 14

Je ne vais pas vous faire l'injure de vous raconter le Mariage de Figaro, quoique on n'est jamais assez prudent :
Le valet Figaro doit prochainement se marier à la soubrette Susanna. Celle-ci est la cible des assiduités du Comte Almaviva, situation qui désole la Comtesse qui pleure ses illusions amoureuses d'antan. Quant au jeune page Cherubino, jamais en reste pour courir les jupons quels que soient leurs rangs, il se démène comme un bougre pour lui apporter quelques distractions...
Cette pièce de théâtre est souvent montée et c'est toujours un succès. A croire que les adultes sont comme les enfants : ils aiment voir et revoir les mêmes spectacles.

Il n'empêche que celui que Jean-Paul Tribout a mis en scène (et qu'il interprète) est tout simplement exceptionnel de beauté et de facétie dans un décor turquoise et vaporeux d'une légèreté incroyable.

Le paquet (si vous me permettez l'expression) a été mis sur les costumes qui sont tout simplement magnifiques.

Je laisse les images en apporter la preuve.
On s'amuse, comme c'est le propre pour une comédie, mais le sujet n'est pas sans profondeur. On pourrait y entendre une apologie de ce qu'on appellerait aujourd'hui la méritocratie et un plaidoyer féministe.

Tout va vite et rebondit jusqu'à la fin. C'est joyeux et intelligent.

Le Mariage de Figaro mis en scène par Jean-Paul Tribout
Avec Xavier Simonin, Eric Herson-Macarel, Marie-Christine Letort, Jean-Paul Tribout, Agnès Ramy, Alice Safarti, Claire Mirande, Pierre Trappet, Thomas Sagols, Jean-Marie Sirgue, Marc Samuel ou Laurent Richard.
Au Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris
Du 6 janvier 2015 au 21 février 2015.
Du mardi au vendredi à 21h.
Le samedi à 16h et à 20h30.
Photos Lot

dimanche 8 février 2015

Max et les poissons de Sophie Adriansen chez Nathan

Max et les poissons va devenir un classique de la littérature jeunesse. C'est un excellent petit roman qui plaira autant aux jeunes qu'aux adultes.

Encore un livre sur la situation des enfants juifs au cours de la seconde guerre mondiale dirons certains ... Je croyais moi-même que le sujet avait été épuisé. Un petit garçon victime de la rafle du vel'd'hiv' et envoyé à Drancy, ce n'est malheureusement pas une idée neuve.

Conclure équivaudrait à occulter le talent de Sophie Adriansen qui confirme ses compétences auprès de tous les publics.

Chapeau !

Réussir à restituer le mode de pensée d'un enfant avec autant de justesse n'est pas l'apanage de tous les auteurs.

Après la lecture de son premier "vrai" roman, Quand nous serons frère et soeur, je lui conseillais de poursuivre dans cette voie. Au risque de me contredire je vais lui suggérer de continuer en littérature jeunesse. Je sais bien qu'elle n'a pas besoin de mes avis pour naviguer dans l'un et l'autre domaine. Après tout elle sera loin d'être unique. Nombreux sont les auteurs (des éditions de l'Olivier en particulier) à publier également pour les adolescents (à l'Ecole des loisirs en particulier). Et vous pourrez aller naviguer sur son site pour vous apercevoir qu'elle a plus d'une plume à son encrier.
Un regard d'enfant sur la rafle du Vel d'Hiv' Max a un poisson rouge ! C’est sa récompense : à l’école, il a reçu un prix d’excellence. Max a aussi une étoile jaune sur la poitrine. Il la trouve jolie, mais ses camarades se moquent de lui et disent qu’elle sent mauvais. Il ne comprend pas pourquoi. Comme il ne comprend pas cette histoire de « rafle » dont parlent ses parents. Ils disent qu’elle aura lieu demain, mais c’est impossible : demain, c’est son anniversaire ! Il sait déjà que sa sœur lui a fait un cadre en pâte à sel et il espère que ses parents lui offriront un second poisson…
Max traverse la guerre avec la candeur d'un enfant qui croit en l'avenir. On assiste, impuissant évidemment, à la perte de ses illusions : je comprends bien qu'on ne fait pas ce qu'on veut (p. 36). Il analyse les évènements avec la sensibilité propre aux âmes pures et le texte coule de source.

Papa, maman et Hélène ont peur aussi, je le sens. Et quand les grands ont peur c'et comme une couverture toute râpée par laquelle passe le jour : ça ne protège plus de rien. (p. 42)

Max et les poissons de Sophie Adriansen, illustrations de Tom Haugomat, chez Nathan, le 5 février 2015 en librairie. Pour tout public à partir de 10 ans.
Prix Opalivres 2016
Prix PEP 42-ASSE Cœur Vert 2016
Prix inter-salon du Montargois 2016

samedi 7 février 2015

Le joueur d'échecs avec Francis Huster au Théâtre Rive Gauche

Nous embarquons sur le pont d'un bateau. Pour preuve, une sirène retentit et des piaillements de mouettes couvrent les bavardages des spectateurs.

On devinera tout à l'heure en sourdine les accords de Plus près de toi mon Dieu, qui immanquablement évoque le naufrage du Titanic. Etait-ce bien utile ?

Francis Huster exécute un seul en scène, passant d'un rôle à l'autre, se donnant lui-même la réplique. Etait-ce bien nécessaire ?

D'abord une vingtaine de minutes coté cour, puis autant coté jardin. Et ainsi de suite avec quelques moments au centre de la scène. Sans doute pour qu'aucun spectateur ne puisse se plaindre d'avoir été tenu à distance du grand acteur.

Le joueur d'échecs est une performance, à destination d'un public qui est venu pour assister à un match. Francis versus Huster.

La prouesse est de taille. Elle éclipse le sujet même de la nouvelle dont on dit que c'est le chef d'œuvre de Stefan Zweig. Toute notre attention est captée par le jeu du comédien dont la voix résonne et emplit toute la salle, rebondissant souvent en écho, jusqu'à devenir surréaliste.

Quel dommage, avec un tel talent, d'avoir accepté d'être sonorisé. Ce soutien devrait être réservé aux voix fluettes. A moins que Francis Huster n'ait perdu certaines de ses capacités... On ne peut pas comparer la salle du Théâtre Rive Gauche à la Cour d'honneur du Palais des Papes un soir de mistral.

Quel dommage aussi que la direction d'acteurs soit figée, le comédien passant le plus clair de son temps assis sur un empilement de bagages. Comme s'il était naturel de voyager dans une telle attitude.

Qu'importe : le public vient pour voir le fauve et celui-ci ne ménage pas les effets. Il sera applaudi dans une véritable ovation qui ne l'amènera pas à la moindre remise en question. Pourtant, un jeu avec des instants de retenue aurait rendu la partie plus sensible.

L'instant le plus émouvant sera celui où Francis Huster s'exprime après les saluts à propos de l'exécution d'un japonais en soulignant la terrible perte d'humanité. La partie avec la mort est engagée depuis toujours. On ne la gagne jamais, dit-il en provoquant une juste émotion.
Le joueur d'échecs de Stefan Zweig
Adaptation de Éric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène de Steve Suissa
Depuis le 3 septembre 2014 au Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté 75014 Paris
Tél : 01 43 35 32 31
Prolongation jusqu'au 31 mai 2015.

vendredi 6 février 2015

Charlie Winston livre Curio City

J'ai reçu le CD de Charlie Winston sans doute parce que j'en avais chroniqué d'autres. C'est un des privilèges (et des plaisirs) que j'ai d'être parfois contactée sans que je le demande.

La pochette est tellement surréaliste que je n'ai pas reconnu le chanteur et que j'ai cru qu'il s'agissait d'un premier album.

Je l'ai aussitôt glissé dans le lecteur en ne m'intéressant qu'à la voix.

Un timbre particulier, un son plus léger qu'aigu ... et quand j'entends Home maybe just a memory for modern minds je pense au très élégant et mélancolique Chilhood Home de Ben Harper que j'avais présenté sur le blog il y a presque un an.

Les intro sont suffisamment longues pour qu'on en apprécie la beauté et la fluidité. En particulier celle de Lately (piste 8) dont les consonances analogiques me rappellent quelque chose ... Je lui trouve un air de famille avec Like a hobo, ... Je ne vais pas claironner ma "découverte". Charlie Winston est le créateur de ce titre, qui fut un grand succès en 2009, et je n'avais pas fait le rapprochement.

Pire encore, on m'a dit depuis qu'il avait longuement hésité à inclure Lately dans l'album parce qu'il craignait précisément qu'il ne se démarque pas assez du succès précédent. Il a beaucoup hésité à avoir recours aux sifflements si caractéristiques qui étaient devenus sa marque de fabrique. le CD offre deux autres versions en bonus avec piano et harmonica, mais je préfère celle qu'il a finalement retenue.

Ecoutez bien les paroles : "Lately, I've been thinking this could be another soundtrack to your life"… autrement dit : Ces derniers temps, j'ai pensé qu'il pourrait y avoir une autre bande-son, pour décrire ta vie.



Il me semble que l'artiste britannique, né dans les Cornouailles, de parents chanteurs, a réussi à aller plus loin sans se renier. De fait, cet album parle de sa vie d'aujourd'hui qui, maintenant, se passe en ville. Curio city est un album aux contours personnels, au son plus dur, plus pop, et aux ambiances urbaines électroniques plus modernes nimbées néanmoins de poésie.

Entièrement écrit, composé et réalisé par Charlie Winston lui-même, il a été enregistré dans son studio londonien au terme de deux ans de travail que l'on peut considérer comme un de ces objets si particulier d'un cabinet de curiosités.
"J'ai appelé cet album Curio City car chaque chanson explore un quartier différent, explique-t-il. J'ai dû marcher à travers beaucoup de rues et de boulevards, en aucun cas réels, mais imaginaires. J'ai gardé des morceaux de chacune de ces rues musicales pour en faire des chansons. J'ai aussi été très inspiré par les films Blade Runner et Drive pour créer une ambiance étrange et particulière."
Le groove du vagabond chic au chapeau en diagonale devient plus introspectif. S'il le porte encore au moment de réinterpréter son grand tube en concert live dans toutes les émissions où il présente son album on peut considérer que le vagabond a fait de la route.

Avec A light (piste 6) sa voix s'élève avec pureté. Juste après Evening Comes laisse filtrer des sons probablement inspirés dans voyage en Inde et des interrogations personnelles que nous partageons avec lui : suis-je le seul à chercher une raison de vivre ?
Une tournée commence le 19 mars à Rouen, et se poursuivra à Nantes, Lille, Reims et Strasbourg. Il sera sur les scènes parisiennes de la Cigale, le 31 mars et le 1er Avril, et du Trianon le 15 juin.

Curio City, troisième album de Charlie Winston, chez Atmosphériques, dans les bacs depuis le 26 janvier 2015
Photo de la pochette : Steph Dray
Photo de l'artiste pour RTL : Romain Boe / Abacapress

jeudi 5 février 2015

L'Etranger de Camus au Théâtre 14 dans la mise en scène de Benoît Verhaert

Les comédiens occupent la scène avant l'entrée du public. Leur présence est forte. Benoit Verhaert scrute les spectateurs avec me semble-t-il presque avec la volonté d'en découdre ... qui se confirmera bientôt.

On aura compris que l'on va assister (j'allais écrire participer) à un spectacle engagé.

Le décor est plus que dépouillé, restreint à quelques meubles, une table, deux chaises, un seau, des gobelets et puis un banc. Le contraste est saisissant avec l'agitation de la salle à moitié pleine de lycéens. Il faut dire que l'Etranger est au programme.

La lumière baisse en même temps que montent les chut, chut ... On croit que le spectacle va commencer, mais non, pour le moment c'est Stéphane Pirard qui remercie le public d'être là.
Nous venons de Belgique francophone, un tout petit pays dont nous avons fait plusieurs fois le tour. Nous sommes heureux d'avoir dépassé les frontières. On a vu le spectacle. On vous le recommande.
Et il renverse l'eau de son gobelet sur sa tête. Nous sommes saisis. L'interrogatoire commence : Avez-vous tué cet arabe ? Les questions fusent aussi vite que des balles. Flash-back ...
Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.
Tout va vite. Benoit Verhaert enchaine les rôles sans répit. On retiendra quelques répliques plutôt que d'autres, comme celle qui est tirée du Spoutz de Marcel Pagnol (que j'ai vu récemment interprété par une troupe flamande) : Tout condamné à mort aura la tête tranchée !

Aucun homme n'est assez coupable pour que Dieu ne lui pardonne pas.

Voulez-vous que ma vie n'ait pas de sens ?

Mes besoins physiques perturbent mes sentiments. J'aurais préféré que ma mère ne meure pas.

Meursault ne triche pas, répondant à toutes les questions avec une honnêteté déroutante : dans un sens cela m'intéresse de voir un procès, je n'en ai jamais eu l'occasion. Mais j'ai l'impression d'être de trop. (...) Je parle seul. Je ne crois pas en Dieu.
Et puis, cette dernière phrase : j'ai senti que j'avais été heureux.

Le spectacle est terminé mais nous n'en avons pas fini avec la troupe. Les comédiens expriment leur regret de n'avoir pas la possibilité de prolonger la soirée avec nous. Un autre spectacle va bientôt démarrer sur ce même plateau.

On nous rappelle qu'Albert Camus était un auteur philosophique et pas un auteur de polar. La question n'est donc pas tant de savoir s'il a tué ou non. Nous sommes tous "condamnés à mort". C'est déprimant mais cela donne matière à réfléchir.

Le metteur en scène estime qu'il aura bien travaillé s'il a réussi à nous empêcher un peu de dormir. Pour cela il nous envoie deux questions que nous méditerons seuls (mais il aura proposé aux lycéens d'aller à leur rencontre dans leur établissement pour en reparler).

La première a trait à l'étrangeté de Meursault : Vous sentez-vous étranger à Meursault ? Vous reconnaissez-vous un peu en lui ?

La seconde : Admettriez-vous un Meursault dans votre environnement ou n'est-ce qu'un personnage de roman ? La seule solution est-elle de l'éliminer comme dans le bouquin.

L'Etranger, selon Camus lui-même, est l'histoire d'un homme condamné à mort pour n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère.
L'Etranger d'Albert Camus, mise en scène de Benoit Verhaert et Frédéric Topard.
Avec Stéphane Pirard, Benoit Verhaert et Lormelle Merdrignac.
Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris
Du 9 janvier 2015 au 13 février 2015.
Du lundi au vendredi à 19h

mercredi 4 février 2015

Le petit monde de Léo (Lionni) sortira le 11 février sur grand écran

Le petit monde de Léo a été présenté en avant-première ce mercredi 4 février, au Studio des Ursulines (75005) qui est labellisée Art et essai jeune Public, Patrimoine et Répertoire.

Le film est composé est un programme de cinq courts-métrages destinés aux tout-petits qui mettent en scène différents animaux tels qu’un poisson, un crocodile, des grenouilles, un crapaud ou encore des mulots qui vivent de folles aventures.

C'est l'adaptation de plusieurs contes écrits et dessinés par un auteur de livres pour enfants, Leo Lionni, qui entretenait depuis son enfance une vraie passion pour les animaux puisqu’il collectionnait alors animaux et insectes. Il était également fasciné par le monde végétal et minéral, ayant publié une Botanique parallèle assez surréaliste.

Le réalisateur Giulio Gianini et l’auteur Leo Lionni étaient très amis dans la vie et le réalisateur s’est vite intéressé au travail poétique de l’auteur en voulant transformer ses œuvres en film d’animation.

Giulio Gianini est né en 1927 à Rome. Il s’est spécialisé dans les films en couleurs à une époque où la presque totalité des films étaient tournés en noir et blanc. Il est considéré comme pionnier dans son art en Italie.

Très intéressé par le cinéma d’animation et le théâtre de marionnettes, il a tourné plus d’une centaine de films documentaires, traitant principalement de l’art (dont notamment Picasso, réalisé par Luciano Emmer).

Si Leo Lionni, de son côté, travaillait sur le fonds, traitant des contes modernes de manière poétique, la grande expérience de Giulio Gianini permettait parfaitement de mettre en mouvements et en images les histoires universelles de cet auteur jeunesse. Il avait réalisé déjà en 1979 Le Petit Monde de Leo adapté alors de trois œuvres de Leo Lionni : Un poisson est un poisson, Pilotin et Frédéric.

Cornelius, l'histoire d'un crocodile qui accomplit l'exploit extraordinaire de se tenir debout sur deux pattes et C’est à moi, le récit de trois grenouilles ultra bavardes menacées par un crapaud, ont été ajoutées depuis aux trois contes précédemment filmés.
Le petit monde de Leo a ravi les enfants comme les adultes par la fluidité du message et la beauté des images, totalement fidèles aux albums. Un atelier a été proposé aux enfants à l'issue de la projection.

Lionni fut un fabuliste merveilleux, s'adressant avec simplicité aux enfants pour leur parler de philosophie et du vivre ensemble, comme de l'identité et de la différence.

Il aborde des questions de points de vue, comme celui de la vision du monde d'un petit poisson au fond de son étang (Un Poisson est un poisson), des aspects plus philosophiques comme la stratégie de Pilotin, seul petit poisson noir parmi des milliers de petits poissons rouges qui sauvera la cohorte des dents d'un gros poisson féroce et affamé... ou encore des aspects poétiques avec l'attitude de Frédéric qui fait provision de soleil, de couleurs et de mots pendant que les autres mulots font provision de maïs et de noisettes pour l'hiver...

Dans L’Album des Albums, paru à l’Ecole des loisirs en 1997, Sophie Chérer présente en ces termes l'oeuvre de Léo Lionni. Il est né en 1910 à Amsterdam, d’un père tailleur de diamants et d’une mère soprano. Rien d’étonnant à ce que ses œuvres ressemblent à des pierres précieuses et à des airs d’opéra. Emigré aux Etats-Unis en 1939, naturalisé américain, il devient directeur artistique d’une grande agence de publicité. Il est le premier à y faire travailler des artistes, Calder, De Kooning, Fernand Léger. Il sera ensuite directeur artistique du magazine "Fortune".

Installé en Italie depuis les années soixante, il est venu tard, et par hasard, aux livres pour enfants. Mais c’est là que se sont épanouies ses qualités de fabuliste. La technique de Lionni est à la fois rudimentaire et très raffinée : des papiers collés, qui représentent un mur, des rochers, des souris, des poissons, le fond de la mer, des arbres ... mais ces papiers sont marbrés, rehaussés de couleurs, soigneusement découpés ou déchirés, toujours chatoyants et mis en page avec humour.

Une autre des spécialités malicieuses de Léo Lionni est de retourner, sans la moindre agressivité mais de façon extrêmement efficace, la "morale" de quelques histoires célèbres. C’est chose faite grâce à son "Frédéric" par rapport à la Cigale et la fourmi. C'est une souris qui ne fiche rien tandis que les autres amassent des provisions pour l’hiver prochain. Mais après la bise vient l’ennui contre lequel noisettes et grains de blé sont impuissants. Alors Frédéric déballe ses richesses à lui : du soleil, des couleurs et des mots, dont il se montre éperdument généreux, puisqu’il est poète... Il arriva même à Léo Lionni, comme à tous les sages, de se montrer visionnaire : en 1989, "Tillie et le mur" fut la plus jolie et prémonitoire illustration de la chute du mur de Berlin. Lionni est décédé en 1999.
La technique des papiers déchirés induit le mouvement. Il était aussi peintre, sculpteur, graphiste, designer et employait autant la peinture à la gouache et la linogravure. Il concevait ses albums comme de petits scénarios. Chaque double page correspond à un plan. Leur transposition au cinéma fut donc naturelle.

Petit bleu, Petit jaune est une de ses oeuvres majeures, révolutionnaire aux USA à l'époque de sa publication, en 1959. C'est une histoire d'amitié prônant la différence, avec un mélange subtil de concret et d'abstrait. On raconte qu'il en a eu l'idée alors qu'il gardait ses petits enfants pour leur raconter une histoire ( et gagner un peu de tranquillité...) pendant que leurs parents étaient sortis au théâtre. Il se mit à déchirer des papiers en disant on va dire que celui là c'est Petit bleu et que celui là c'est Petit jaune ... Il termina l'histoire plus tard à sa table de travail.

Une des idées très fortes de ce livre est que lorsqu'on aime quelqu'un il y a une partie de nous qui se transforme (c'est l'apparition du vert dans cette histoire).

   
Le monde de Leo sortira le mercredi 11 février sur les grands écrans.
A signaler que les oeuvres de Leo Lionni sont encore au catalogue de l'Ecole des loisirs, à l'exception de Pezzetino, petit morceau en italien, qui fait l'objet d'une réédition pour le 16 février.

mardi 3 février 2015

L'élixir d'amour maintenant au Théâtre Rive Gauche

C'était un livre qu'Eric-Emmanuel Schmitt avait publié à la rentrée en écho au Poison d'amour et que j'avais chroniqué ici. C'est devenu une pièce où l'effet de miroir est cette fois intégré dans la mise en scène jusqu'aux couleurs des costumes.

Séparés, Louise et Adam habitent désormais à des milliers de kilomètres. Si lui est resté à Paris, elle l'a fui à Montréal. Pourtant, ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. Par mail, ils se lancent un étrange défi : provoquer l’amour à coup sûr. Mais qui sera la victime ? Qui sera la proie ? Ce jeu est un piège qui provoque la passion et qui masque sans doute une autre manipulation ...

Eric-Emmanuel Schmitt est très à l'aise sur la scène du Rive Gauche. C'est très naturel puisqu'il en a pris la co-direction en  janvier 2012 avec le producteur et comédien Bruno Metzger. Il était déjà monté brièvement sur les planches auparavant pour Ibrahim et les fleurs du Coran. Il s'amuse manifestement avec son texte, partageant son plaisir avec le public.

Il ne m'a pas paru nécessaire que ce soit lui qui déclenche les pauses musicales avec une télécommande mais à part ce détail la mise en scène, très sobre, est cependant plutôt réussie.

Adam à jardin fait semblant de tapoter des mails sur un micro-ordinateur qui partent en vrombissant le bruit caractéristique que nous connaissons tous. La scénographie de Stéfanie Jarre est délibérément simple: une double photographie monumentale de Paris et de Montréal sous ciel bleu avec nuages légers. Les toits de zinc situent l'homme dans la capitale tandis que Louise, à cour, se tient elle aussi à son petit bureau devant un cliché évoquant les gratte-ciels canadiens.

Louise est Marie-Claude Pietragalla. L'étoile de l’Opéra de Paris a inspiré les plus grands chorégraphes contemporains avant de devenir chorégraphe elle-même et de prendre le risque d'assumer cette première performance en tant que comédienne. Le pari est tout à fait réussi.

Les deux protagonistes composent franchement un couple improbable auquel il m'a été difficile d'adhérer. Ils se situent davantage dans la tendresse que dans la passion. Néanmoins le défi qu'elle lui lance, trouver l’élixir d’amour, est tout à fait crédible. Elle oscille avec subtilité entre désir de vengeance et désir de reconquête.
Amour et haine sont des sentiments alternatifs, c'est bien connu, et l'ambiguïté des sentiments est tout à fait palpable comme la différence des comportements homme/femme qui provoque les riresAdam et Louise jouent à merveille ce couple qui sous prétexte d'évoquer le passé va se laisse piéger par le présent, lui en affichant une liberté d'action, suggérant qu'il ne faudrait pas confondre amour et sexe, elle faisant monter les enchères, et tous deux comme séparés par une invisible vitre sans tain.

Aucun regard ne sera échangé entre eux. C'est le public qui fait le lien comme pris à parti dans un duel dont on espère qu'il n'y aura pas de perdant. Le suspense est joli et tenu jusqu'au bout.
L'Elixir d'Amour
Comédie romantique de Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène de Steve Suissa
Depuis le 14 janvier 2015 pour 40 dates exceptionnelles jusqu'au 15 mars.
Au Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaité, 75014 Paris, 01 43 35 32 31
A 19 heures du lundi au samedi (Séances supplémentaires à 21h les 13 et 14 février 2015).
Durée: 1h30.

lundi 2 février 2015

Poireaux au Jambon au safran Sur les Quais

Cela pourrait presque être une recette bretonne. Le jambon blanc est une spécialité locale. Les poireaux et les oignons y poussent avec vigueur. La crème y est riche. Le plat de présentation a été fabriqué par Appolia à Languidic, en plein coeur du Morbihan dans une pâte céramique en argile et kaolin breton.

Il n'y a que les couverts qui auront été usinés par Jean Dubost près de Thiers et la moutarde qui vient des Pyrénées (comme quoi il n'y a pas que Dijon a en avoir le monopole). Elle est signée par Sur les Quais ... nous revoilà malgré tout dans une évocation de bord de mer.

Cette moutarde se présente en tube métallique, très esthétique, évoquant le produit de soin qu'on ne résistera pas à glisser dans le sac isotherme dans lequel on transporte notre déjeuner.

Après tout, les "anciens" ne se déplaçaient jamais sans leur couteau. Nous pouvons bien apporter nos épices. Cette moutarde parfume très agréablement une mayonnaise qui assaisonne parfaitement les crustacés ou le poisson froid, même des bâtonnets de crabe ultra ordinaires.

Les légumes ont été braisés sans matière grasse. J'avais découpé les poireaux en lamelles au lieu des habituelles rondelles. Au moment de servir la sauce a été vite préparée : crème et moutarde au safran.

Le résultat est bien plus savoureux qu'avec une béchamel et sans doute plus sain car la sauce n'a pas cuit et elle est sans gluten ... Evidemment pas de sel ajouté non plus.

J'ai servi dans un plat Appolia de la nouvelle collection pour jouer de l'effet bistrot.
On peut trouver l'épicerie Sur les Quais au coeur du Marché couvert Beauvau, Place d’Aligre, 75012 Paris à condition de "viser" les horaires très particuliers d'ouverture
Mardi, mercredi, vendredi : 9h30-13h et 16h30-19h30 
Jeudi : 9h30-13h 
Samedi: 9h-13h30 et 16h -19h30 
Dimanche: 9h30-13h30

dimanche 1 février 2015

Comtesse de Ségur, née Rostopchine avec Bérengère Dautin

(mise à jour 20 mars 2017)

C'est à la Comédie Bastille que j'ai vu le spectacle au moment de sa création, à deux pas d'un des multiples mémoriaux dédiés à Charlie Hebdo. La vie continue malgré tout ... Et cet excellent spectacle voyagera de théâtre en théâtre.

La Polonaise de Chopin succède aux rires de la représentation précédente. Beaucoup de personnes âgées dans la salle. A croire qu'on ne lit plus les Malheurs de Sophie à l'école et que le nom de Ségur ne représente pas autre chose qu'une station de métro pour les jeunes générations.

Une vieille dame s'inquiétait à la caisse qu'il ne s'agit pas tout de même d'un spectacle pour enfants. Tu as été enfant, de toute façon, argumente son mari (à moins qu'il ne se moque).

Je la retrouve navigant d'un fauteuil à l'autre, parlant très fort au téléphone ... branché sur haut-parleur, se levant bruyamment, quittant sa place pour une autre, semant des magazines au passage et mettant de la pagaille dans le système des places numérotées. Les personnages sont parfois dans la salle !

Bérengère Dautun entre en scène. C'est l'heure des bilans, annonce-t-elle. Je serai moi et tous les personnages à la fois.

A peine nous a-t-elle raconté le joyeux Bal des Ambassades sur un air de valse que Sofoletta nous prévient qu'elle n'entend pas idéaliser sa légende : Les fractures émotionnelles se soldent comptant. J'en sais quelque chose. C'est pas une plaisanterie la vie.

En fait, entre un père, parfait honnête homme, mais nous dirons peu efficace, et une mère qui la fit souffrir de mille façons, soit disant "pour son bien", la comtesse va livrer les blessures d'enfance et raconter le drame de sa vie d'adulte, la perte d'un enfant.

J'ignorais quasiment tout de cela, sachant juste qu'elle était d'origine russe. Je connais par coeur des pans entiers des Malheurs de Sophie en n'ayant jamais fait le rapprochement entre son prénom et celui de cette petite fille pleine de vie et désobéissante "par mégarde".

Je voyais dans cette littérature (qui fut la première à être diffusée dans les gares par le réseau Hachette, Eugène de Ségur, son mari étant président de la Compagnie des Chemins de fer de l’Est, mais c'est une autre histoire ...) des leçons de morale et d'éducation, distrayantes au demeurant, fort bien écrites, que j'aimais lire et relire en me situant à mi-chemin entre la turbulente Sophie et ses sages cousines Camille et Madeleine.
Pascal Vitiello, le metteur en scène, souligne combien Bérengère Dautun fait corps avec Sophie de Ségur. Il n'en faut pas plus qu'un sofa, une malle, un châle, un samovar et surtout des livres pour restituer le caractère de cette femme de lettres d'exception au destin incroyable.

Je ne peux pas déterminer la part du vrai et du véritable dans ce portrait vraisemblable qui a été écrit par Joëlle Fossier. Ce qui ne fait aucun doute c'est la qualité de l'incarnation de la comédienne, ex sociétaire de la Comédie française, que j'avais admirée dans une autre femme extraordinaire, Alexandrine Zola dans J'accuse au Petit Hébertot en 2011.

Si elle a connu l'enfance qu'elle raconte sur la scène de la Comédie Bastille je comprends que l'écriture l'ait aidée à vivre. Son existence a été marquée par des horreurs. Avoir connu la faim jusqu'à ne pas résister à voler le pain des chevaux. Avoir été abandonnée en forêt par une mère sadique qui n'hésita pas à jeter sa poupée (un point commun avec Louise de Vilmorin qui même adulte en pleurait encore), avoir perdu un enfant, avoir pour mari un homme qui estimait que donner du jugement à une femme équivalait à lui mettre un couteau entre les mains ... tout cela vous anéantit ou vous rend indestructible.

On comprend qu'après avoir traversé des années à restaurer l'image de soi elle soit parvenue à survivre et à trouver dans l'écriture une forme de résurrection cathartique.

Etait-il nécessaire pour autant de lui mettre dans la bouche des paroles empruntées à Saint Exupéry même s'il est exact qu'on ne voit bien qu'avec le coeur ?

Comtesse de Ségur, née Rostopchine
De Joëlle Fossier
Mise en scène Pascal Vitiello
Avec Bérengère Dautun
à la Comédie Bastille, 5 rue Nicolas Appert 75011 Paris, 01 48 07 52 07
Reprise au Studio Hébertot à partir du mar. 25 avr. 2017
Du mardi au samedi à 19 heures
Les dimanches à 17 heures
Jusqu'au 2 juillet 2017

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