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lundi 18 octobre 2021

Visite du château de Cheverny

Après avoir arpenté les nombreux jardins, le parc et les environs, il est temps de rentrer dans ce château de Cheverny qui fut le premier domaine privé à être ouvert au public (en 1922) et qui est une des quatre destinations les plus fréquentées du Centre Val de Loire, avec Chambord, le Clos Lucé et le Zoo de Beauval.

Il ne fait plus aucun doute pour personne que l'on est presque en face de Moulinsart, où se déroulèrent tant d'aventures de Tintin puisque Hergé affirma publiquement avoir utilisé le guide de visite remis aux premiers visiteurs. Il était casanier et n’est jamais venu mais son imagination a créé une cohérence même s'il a procédé à quelques changements en transformant notamment les cuisines en crypte.

On découvre le château par la façade sud, ornée de bustes d’empereurs romains, certains étant partiellement antiques. Jules César est sans surprise positionné au centre. Le plan général de Cheverny, avec ses grands pavillons d’angle coiffés de dômes et son décor de pierre en lignes superposées (dit bossages) sont des nouveautés pour l’époque. Ils deviendront caractéristiques de l’architecture classique française dont il est le premier représentant ainsi qu'en témoigne son escalier droit (alors que les autres châteaux de l'époque utilisent encore la rampe). Et les parisiens pourront aussi noter une certaine ressemblance avec le Palais du Luxembourg où siège le Sénat.
Un partenariat avec la fondation Hergé permet au public d'apprécier toutes les subtilités de ses inspirations au cours d'une exposition permanente. La maquette végétale, qui varie selon la saison, est certes stylisée mais elle n'a pas sacrifié les ailes du bâtiment.
A Noël ce seront des boules qui seront juxtaposées. Ici on a utilisé deux variétés de mini-courges de 5 cm à 8 cm de diamètre, de forme sphérique, aplatie et côtelée. La Jack be little, qu'on appelle aussi pomarine, est de couleur orange vif. L'épiderme de la Baby Boo est blanc crème. Toutes les deux sont entièrement  comestibles. Leur chair assez farineuse rappelle le goût de la châtaigne.

A deux exceptions près, le domaine est resté dans la même famille depuis plus de 6 siècles, les Hurault de Vibraye, dont les descendants, le Marquis et la Marquise de Vibraye, habitent maintenant les appartements se trouvant dans l’aile droite. Jusqu'en 1985 ils ont résidé au second étage dans quelques-unes des 54 pièces, et on se rend compte, au cours de la visite, combien ces pièces étaient confortables et agréables. Sa largeur est raisonnable, assurant une lumière traversante dans les pièces d’origine. Plus tard un couloir a permis de faciliter la circulation.

C’est le même architecte qui travailla à Blois et à Chambord, Jacques Bougier (dit Boyer)  et qui utilisa une pierre tendre et locale, puisque provenant de la vallée du Cher. La pierre de Bourré offre l’avantage supplémentaire d’être plus solide que le tuffeau de la Vallée de la Loire et de s’éclaircir et durcir avec l’âge … pourvu que le toit soit en bon état nous précisa Renaud, régisseur depuis 14 ans, et qui fait visiter les lieux.

Il fait remarquer en entrant dans le château une réparation (factice) de la quatrième marche qui a mis l’escalier de marbre en conformité avec celui qu’Hergé a imaginé dans ses albums. L'armure qui figure dans les aventures du reporter se trouve maintenant sur le palier. C’est une armure de parade, donc plus légère que celles qu'on utilisait aux combats.

La visite commence toujours par la grande salle à manger où avaient lieu les dîners de réception. La table peut accueillir jusqu'à 34 personnes et elle peut être louée pour une occasion particulière (pour une somme très raisonnable d'ailleurs).

Un cuir est tendu sur les murs. La cheminée est elle aussi Renaissance. On remarque sur les buffets plusieurs bustes de personnalités prêtés par l'ambassadeur de Suède, réalisés par ce même artiste Gudmar Olovson auquel on doit les sculptures du Jardin de l'Amour.
La marquise de Vibraye y a dressé la table d’automne sur laquelle on reconnaît les dahlias du Jardin bouquetière. Dans quelques semaines la décoration de Noël sera à l’honneur remplacée ensuite par une composition hivernale.
Les plafonds et les murs ont été somptueusement peinst au XVII° par Jean Monnier, un artiste blésois formé en Italie, qui fut appelé à Cheverny après avoir embelli le Palais du Luxembourg. Cependant c’est ici qu’on trouve le plus de ses travaux.
On lui doit aussi les vignettes sur les panneaux de bois illustrant les aventures de Don Quichotte. On pourrait avoir envie de plaisanter à propos d'une tradition de bande dessinée. En tout cas le résultat plut énormément à la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d’Orléans, qui qualifia Cheverny de "palais enchanté".

Juste au-dessus se trouve la superbe salle d’armes. L'escalier offre un exemple typique de la décoration Louis XIII qui affectionnait particulièrement les guirlandes de fruits :
Sur le palier, on apprend que Cheverny n'a pas été construit ex nihilo. Il a été décidé de démolir la forteresse primitive édifiée en 1500, dont il ne reste que quelques vestiges, situés dans les actuels communs. Ce sont Henri Hurault et son épouse Marguerite Gaillard de la Morinière (d’où les initiales entrelacées H et M que l'on retrouve au cours de la visite) qui prirent la décision de se faire construire un nouveau château, entre 1624 et 1640 (donc cent ans après Chambord), dont leur fille achèvera la décoration intérieure.
Il fallut 50 000 briques pour élever la maquette du château médiéval et ce n'est pas la seule réalisation en Lego que l'on remarquera. Il existe un partenariat de longue date avec cette marque qui régulièrement installe des pièces supplémentaires, toujours en lien direct avec le château, son mobilier ou ses tableaux. Cela m'a fait penser à une exposition vue à Paris en 2015 et qui traduisait les possibilités énormes de ce petit matériau.
Ce sont une nouvelles fois des peintures de Monnier, appliquées au pochoir, qui ornent les boiseries et les volets. Elles n'ont eu besoin d'aucune restauration. Les armes sont du XVe et du XVIe siècles et certaines sont japonaises. Pendant la Révolution française, Cheverny appartenait à Jean Nicolas Dufort de Cheverny, introducteur des Ambassadeurs. Cheverny a pu ainsi éviter le pire grâce aux qualités de diplomate de son propriétaire qui a cependant brûlé les archives par sécurité.
La tapisserie qui se trouve sur la gauche a été tissée de fils de soie et de laine avant les Gobelins dans les "Ateliers de Paris" en 1640. Elle représente l’enlèvement d’Hélène par Paris. Des fils d'argent ont été utilisés pour les ombres qui devaient, à l'époque, briller intensément.
Dans son prolongement, se trouve la chambre à coucher du roi, elle aussi peinte par Monnier sur le thème de l'histoire de Persée et Andromède. Le lit est celui qui se trouvait dans le vieux château quand Henri IV s'y rendit. Les broderies persanes ont été faites à Ispahan à une période où les figures humaines et animales étaient permises au début du XVI° ce qui explique la présence du personnage central. Elles montrent, dans une asymétrie surprenante, des jardins orientaux avec des perroquets, des grenades. Le lit mesure 2,03 m sur 1,60 de large.
Sur le mur du fond, une tapisserie de 1540 provenant des ateliers de Paris qui ne s'appelaient pas encore les Gobelins raconte le voyage d’Ulysse. A côté, un prie-Dieu Henri III en excellent état.
La suite de la visite permet de découvrir des pièces de dimensions très raisonnables, suite à une redivision au XVIIIe, laissant supposer une vie agréable, à l’inverse de ce qu’on connaissait dans les grands espaces où l’hiver la température pouvait vite devenir insupportable.

On raconte qu'à Versailles en 1709 le vin a gelé dans les verres et l’encre au bout des plumes.Les calorifères ne sont apparus qu'au XIXe siècle et Cheverny a été doté dès 1937 d'un chauffage central.

Chauffer est un budget conséquent puisqu'il faut tout de même 42 000 litres de fioul par hiver mais c'est ce qui explique que les pièces de mobilier et les aménagements intérieurs aient été remarquablement conservés. Si bien que c'est un des plus meublés de Touraine, par des pièces d’origine alors qu'il a été construit tout de même en 1624.

Les meubles de diverses époques, Empire, Régence, Louis XIV … cohabitent en harmonie. Ci-dessous à gauche un berceau Empire acajou massif est encore dans la chambre des naissances.
Ces appartements du 1er étage témoignent de l’art de vivre à la française. Dans la chambre des enfants, un fauteuil en lego (au fond) et la réplique d’une lampe (non visible sur la photo) ainsi que deux chiens s'accordent avec des jouets anciens.
Dans une des pièces suivantes on admirera la robe dans laquelle Constance de Vibraye s’est mariée en 1994.
On traversera un boudoir et un fumoir, de dimensions plus modestes.
Mais c’est surtout la vraie salle à manger familiale où je me serais volontiers attablée. Son arrière-cuisine appelle à pâtisser, même si Renaud nous apprit que la véritable cuisine se trouvait juste au-dessus et que son mobilier était d’un modernisme en goût avec l’époque, en Formica bleu avec des boutons orange.
Tout mériterait un commentaire. Impossible. Je dirais juste que le tableau ci-dessous représente un marquis de Vibraye.
La Chapelle, minuscule, n’est pas accessible au public mais on en apprécie la décoration.
On poursuit par la seconde partie du rez-de-chaussée avec le Grand salon, remanié au XIXe siècle. La reproduction en lego de Jeanne d’Aragon créé une nouvelle surprise. Le maître a peint le visage, les mains, les parties carnées, et il laissa à ses élèves le soin d’achever le portrait et d’ajouter les drapés et les perspectives, permettant à l’œuvre d'être estampillée « des ateliers de Raphaël ». L’agrandissement permet de respecter les détails.
Dans le salon suivant, la Comtesse de Cheverny par Mignard au XVIIe.
On a ajouté un piano et quelques autres instruments de musique dans la bibliothèque.
On ne manquera pas d'aller voir l'Orangerie, au bout de cette allée …
… pour y prendre un rafraîchissement ou même y déjeuner (comme je l'ai indiqué dans les précédents articles sur Cheverny).
Je rappelle qu'on peut y séjourner et se donner le temps de visiter d'autres lieux de cette magnifique région. Voici quelques vues différentes des appartements qui sont réservables :
Et ne faites surtout pas l'impasse sur les six jardins et le parc …
Si on veut être complet il faudra s’arrêter à l’église, fouiner dans la boutique … Cheverny est ouvert tous les jours de l’année et n’a fermé ses portes que quelques heures, à 3 occasions : lors de la visite de la Reine Mère d’Angleterre (en 1963), le jour des obsèques du Marquis de Vibraye (en 1976) et le jour du mariage de l’actuel propriétaire, le 26 novembre 1994.

Château de Cheverny
Avenue du Château - 41700 Cheverny
Tél : 02 54 79 96 29

samedi 16 octobre 2021

L'énigmatique madame Dixon de Alexandra Andrews aux Escales

Quand je lis un premier roman c'est rarement un auteur étranger que je découvre et j'étais donc heureuse d'avoir entre les mains un livre écrit par une jeune américaine. Le sujet m'intéressait aussi puisque l'action se situait dans le milieu de l'édition, lequel n'a pas les mêmes codes outre-atlantique.

L'énigmatique madame Dixon est avant tout un thriller psychologique. Il peine à démarrer véritablement et j'ai fait preuve de bonne volonté en poursuivant une lecture qui m'a accrochée à partir de la page 87 quand la vie de l'héroïne prend un tournant radical. Alors qu'elle vient de perdre son job, on lui propose de devenir la nouvelle assistante de Maud Dixon, l’auteure du best-seller de l’année.

La jeune femme pense avoir désormais les moyens de réaliser son rêve qui est de devenir écrivaine, ou plutôt "romancière" comme elle se plaira à le souligner.

Ce point de départ est assez proche du Diable s'habille en Prada car Florence est prête à tout accepter pour gagner une recommandation, à l'instar de la jeune Andie qui s'imagine que si elle satisfait touts les caprices de sa boss elle pourra ambitionner un vrai poste de journaliste. La comparaison s'arrête là car L'énigmatique Madame Dixon n'est pas une satire aussi acide du monde de l'édition que le film l'est de la mode. Pourtant Alexandra Andrews est journaliste et elle-même éditrice. Peut-être s'est-elle retenue de critiquer trop sévèrement le milieu dans lequel elle travaille.

Elle lâchera malgré tout qu'il est bien possible que Florence finisse éditrice plutôt qu'écrivaine (p. 57) ce qui trahit un jugement de valeurs. Ce dont souffre la jeune femme c'est surtout de ne pas trouver sa place et de ne pas avoir d'identité distinctive. Elle est prête à changer de vie pour la simple raison que la sienne ne lui convient pas. Pour commencer elle s'évertuera à copier sa nouvelle patronne. Sauf que celle-ci vivant sous pseudo la question de l'identité s'en trouve relancée et une des interrogations récurrentes sera de comprendre quel intérêt il y a à vouloir se faire passer pour une autre.

En refermant ce livre dont la fin est littéralement captivante je ne conseillerais à personne de suivre au pied de la lettre tous les conseils d'Alexandra Andrews malgré leur relative innocence. Elle n'est qu'apparente. Comme celui de recourir au mépris pour renforcer sa confiance en soi (p. 263). Par contre je la suis quand elle affirme l'importance d'avoir toujours un plan B. Sur ce point Florence a des progrès à faire mais elle apprendra vite.

On suit ses aventures en éprouvant à son égard une forte compassion. N'est-elle pas victime de "bug du destin" à répétition comme elle s'en plaint elle-même (p. 83) ? N'a-t-on pas nous aussi l'envie de modifier notre destin ? Mais suffit-il de le vouloir pour avoir le pouvoir de modifier la réalité ? On découvrira que le changement n'est jamais un processus linéaire (p. 163).

La manière de ponctuer le texte d'expressions françaises trahit peut-être l'appartenance de l'auteure à un milieu intellectuel vivant dans la proche banlieue new-yorkaise. Cela doit pimenter son texte pour les lecteurs qui le découvrent dans sa version originale. Une chose est sûre, rien n'est anodin et la moindre réplique peut abriter un indice. Comme dans tout bon roman policier.

Je suis curieuse de savoir si Alexandra Andrews poursuivra dans cette même veine avec un second roman.

L'énigmatique madame Dixon de Alexandra Andrews, traduit de l'américain par Isabelle Maillet, aux Escales, en librairie depuis le 7 octobre 2021

vendredi 15 octobre 2021

Les jardins, les plans d'eau et le parc de Cheverny

Je terminerai le reportage par le château un prochain jour. Il fait tellement beau en cet automne que je préfère enchainer la visite de l'exposition Les secrets de Moulinsart avec une promenade au grand air. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a de quoi faire !

La preuve en est que le domaine emploie sept jardiniers à plein temps et des intérimaires en renfort pour la plantation des tulipes. Nous allons démarrer avec le jardin potager bouquetier qui se trouve sur la gauche en quittant l'exposition.

Il est situé en face de la Salle des Trophées dont les portes grandes ouvertes permettent d'apercevoir, en face d'une imposante cheminée, l'impressionnante reproduction de la façade du château est le départ d'une chasse à courre en vitrail réalisé par Jacques Loire, de l'atelier de Chartres.
Y sont exposés quelques trophées de l'Equipage de Cheverny. Une dizaine de tableaux représentent le déroulement d'une chasse à courre. La tradition se poursuit d'y chasser, désormais exclusivement le cerf, deux à trois fois par semaine en saison, dans le respect du plan de chasse départemental et des textes de loi encadrant cette activité.
La présence d'une meute de chiens est en quelque sorte naturelle. Installée dans des chenils datant de 1850, elle compte une centaine de chiens anglo-français tricolores, issus d’un croisement entre Fox Hound anglais et Poitevins français.
Lorsqu'il n'y avait pas de restrictions liées au Covid et en dehors des jours de chasse, les visiteurs pouvaient assister à 11 h 30 à ce qu'on appelle "la soupe des chiens", insolite et impressionnante, puisque les animaux attendent le signal du piqueur avant de se précipiter sur la nourriture, dans une bousculade qui n'est qu'apparente. Ce qui surprend tout autant c'est le calme de ces chiens qui ne sont nullement agressifs ou plaintifs.
Le jardin potager bouquetier est adjacent aux chenils. Il est né en 2004 de la volonté de Constance de Vibraye. L'eau y tient une place importante. On observe une fontaine au centre, et dès l'entrée, un dispositif d'aquaponie où l'eau circule en circuit fermé et est acheminée jusqu'à la surface de la terre par une pompe. Les déjections des poissons sont des nutriments pour les plantes qui filtrent l'eau et la renvoient propre. Les quelques poissons rouges que l'on voit nager suffisent pour nourrir toutes les plantes du bac, qui fait environ un mètre carré.
Plusieurs plantes aquatiques prennent place dans des bacs comme des papyrus ou des laitues d'eau (ci-dessus). et, en été, un système de brumisation transforme la pergola en un jardin rafraichissant où sont suspendues des orchidées multicolores. Il en subsiste encore une en pleine fleur en ce mois d'octobre.
Il y a aussi des fleurs très simples, comme ces convolvulacées que je retrouve avec plaisir depuis mon reportage au Conservatoire national de la Vallée-aux-Loups.

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