Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 15 août 2015

Aubergines confites au miel et au vinaigre de coquelicot

Ces aubergines quasi confites seront délicieuses à l'apéritif, en entrée, ou en accompagnement d'un poisson en remplacement d'une sauce vierge.

C'est ma fille qui m'a donné l'idée de les préparer ainsi. Elle est arrivée chez moi avec une recette plutôt compliquée demandant trois sortes d'huile différentes.

J'ai simplifié tout en utilisant un vinaigre très spécial et très parfumé, un vinaigre de vin blanc à l'extrait de coquelicots de Nemours, qui est une des spécialités du grand vinaigrier Martin Pouret, installé depuis 1797 au 236 faubourg Bannier à Orléans, et dont j'ai eu la chance de visiter les installations il y a trois ans.

Son arôme s'accorde parfaitement avec l'âcreté de l'aubergine.

Pour reproduire cette recette il vous faudra :
  • une grosse aubergine violette, une feuille de laurier, une échalote, des pluches de persil, sel et poivre à votre convenance,
  • pour la vinaigrette, une cuillère à café de miel, une cuillerées à soupe de vinaigre de coquelicot et le double d'une huile neutre, poivre, persil (congelé)
On épluche l'échalote que j'ai gardée entière. On lave l'aubergine que l'on coupera en dés avec la peau. On la fait cuire à la vapeur aubergine 7 minutes avec l'échalote et une feuille de laurier. C'est tout de même plus simple que d'allumer le four et d'envelopper le légume dans une feuille de papier alu (qui n'est pas du tout écologique, soit dit en passant).

Ensuite on fait dorer les dés (sans laurier et échalote) à la poêle. J'ajoute de l'eau si nécessaire pour faciliter la cuisson et éviter que le légume ne brûle.
Pendant ce temps, on prépare la vinaigrette : une cuillère à café de miel, une cuillère à soupe de vinaigre de coquelicot et le double d'une huile neutre, poivre. On peut ajouter du persil surtout s'il est congelé (il a moins de goût, mais c'est bien pratique tout de même).
J'ai toujours tendance à minorer le sel mais vous ferez comme bon vous semble. En tout cas si j'en mets je privilégie un sel dans lequel j'ai intégré du citron vert finement râpé. Une fois les aubergines bien froides on ajoute la vinaigrette et on laisse confire une nuit au frais.

A servir à température ambiante plutôt que froide, avec du pain de campagne grillé, en saupoudrant de persil frais au moment de servir (ou pourquoi pas de coriandre) et après avoir vérifié l'assaisonnement.
Comme l'aubergine pourrait être un légume un peu fade l'emploi du laurier, puis du persil lui donne plus de peps. Le succès tient surtout à cette vinaigrette aux accords vraiment surprenants.

J'ai adoré cette dégustation avec un étonnant Sauvignon aux puissants arômes d'acacia et au parfum de noisettes torréfiées. Sans compter sa robe jaune doré, brillante et limpide.

On pourrait, avec la même méthode, aller un peu plus loin en écrasant la chair de l'aubergine pour la tartiner, comme un caviar.

jeudi 13 août 2015

Ce qu'il reste du mur de Berlin

Impossible de consacrer une série de billets à Berlin sans aborder le sujet. Son tracé figure encore sur toutes les cartes. Cette année marque le 25 ème anniversaire de sa démolition et les commémorations se multiplient dans toute la ville.

On finirait même par le trouver omniprésent et en oublier qu'il y a bien d'autres choses à faire à Berlin que d'explorer son itinéraire. Il n'empêche que cette cicatrice fascine.

Parce que ce mur a été construit en temps de paix, alors que l'Allemagne commençait à sortir du chaos provoqué par la Seconde Guerre Mondiale. Certes la ville était sous armées d'occupation (française, américaine, britannique et soviétique) et chaque quartier pouvait avoir sa spécificité mais rien ne différenciait un berlinois d'une rue à une autre.

Les russes ont érigé dans la nuit du 12 au 13 août 1961 cette barrière, qui sera officiellement appelée par le gouvernement est-allemand "mur de protection antifasciste" mais qui sera ressentie comme le "mur de la honte" par les Allemands de l'Ouest.

Ce n'était pas une frontière rectiligne coupant la ville en deux mais une fortification de 3, 60 mètres de haut ou plus exactement un dispositif militaire comportant deux murs séparés par ce qu'on appela le no man's land (zone déserte) avec chemin de ronde, 302 miradors et dispositifs d'alarme, 14 000 gardes, 600 chiens et des barbelés dressés vers le ciel.

Tout le monde connait, ou croit connaitre ... J'ai donc choisi de vous emmener d'un côté et de l'autre en faisant halte en cinq endroits très différents pour tenter d'appréhender les stigmates encore visibles de ce qu'on désigne sous le nom de "partition".

mercredi 12 août 2015

On reteste 750g, la table

Il faut toujours revenir quelques jours après l'euphorie (partagée) de l'ouverture d'un restaurant. Cet article peut être lu indépendamment du premier mais celui qui relate la soirée de lancement de 750g la table, est tout de même un moment inoubliable à partager.

Chef Damien l'avait annoncé de cette manière : c'est le grand rodage jusque fin août, justifiant un menu à 19, 50 € au lieu de 24 pour septembre.

Je ne pensais pas que des modifications seraient intervenues si vite et pourtant c'est logique. Surtout quand on connait la réactivité de Damien.

L'esprit reste le même. Avec d'excellents produits livrés par palette chaque semaine et conditionnant en quelque sorte le menu, même si les recettes s'inspirent très largement de celles qui sont plébiscitées sur le site 750g.

Avec une convivialité en salle qui ne se dément pas. Et une équipe qui a très peu bougé depuis l'autre soir, et qui travaille toujours sous la double commande de Joffrey et de Sarah (que je ne photographie pas ce soir).

Ce qui est nouveau, c'est le choix possible entre deux entrées, entre deux plats et entre deux desserts.  servis en portions plus importantes que le soir de l'ouverture où nous avions cinq plats, c'est normal. L'inconvénient (il n'y a pas de formule parfaite), c'est que ça ralentit les commandes. Les clients hésitent, demandent des détails, se tordent le cou à chercher à lire les ardoises de loin.
Et quand les clients sont étrangers, c'est Damien qui se lance dans l'explication de textes.
Il est toujours très présent, très actif, en cuisine comme en salle, s'inquiétant de table en table du bon déroulement du repas. Avec un enthousiasme inoxydable. On se demande comment ce fait-il qu'il ne soit pas aux commandes d'un établissement depuis plus longtemps.

Aujourd'hui donc, car je ne sais pas de quoi demain sera fait ... nous avons :
Melon et pastèque en carpaccio, mousse de chorizo et huile au gingembre
ou bien Salade César, mais attention, la véritable, sans  poulet me précise Joffrey.
A suivre, une alternative qui est en droite ligne des plats des jours précédents (même si j'ai appris qu'un jour on a proposé un suprême de pintade, toujours aux pommes de terre rôties au romarin) :
 soit Dos de lieu, sauce vierge et ses légumes façon wok
soit entrecôte, pommes de terre romarin, sauce poivre
enfin tarte aux fraises façon chef Joffrey
ou bien abricots poêlés à la verveine, glace maison, et faux crumble
La carte des vins a bougé, comme on s'y attendait. Apparaissent aussi des vins au verre et la possibilité, moyennant un extra de 2€ de déguster le très bon fromage de vache fermier du Lot.

Cliquez sur "plus d'infos" pour en savoir davantage sur les derniers changements :

mardi 11 août 2015

Visite de l'Institut du Monde Arabe

L’architecture de l'Institut du Monde Arabe est une synthèse allégorique très réussie entre conceptions architecturales d’Orient et d’Occident que l'on doit à un collectif d’architectes (Gilbert Lezenes, Pierre Soria, Architecture Studio et Jean Nouvel à qui l'on doit le musée du Quai Branly).

Les bâtiments qui ont surgi il y a presque trente ans (en 1987) sont encore flambant neuf. Et pour peu qu'on les aborde avec l'esprit ouvert la surprise est de taille, surtout en période de chaleur caniculaire lorsqu'on recherche la fraicheur.

L’ouverture des diaphragmes des 240 moucharabiehs métalliques de la façade sud est réajustée toutes les heures pour s’adapter à la luminosité extérieure, dompter la lumière et la filtrer à l’intérieur du bâtiment.
Les éléments architecturaux sont issus de la tradition orientale et font l’objet d’une réinterprétation. Celui-ci m'évoque un panneau de zellige, comme cette marqueterie de céramique de pâte argileuse, glaçure opaque originaire du Maroc, XVIII° siècle que je découvre plus tard dans la dernière salle du musée. Carrés, cercles, hexagones, se déploient avec une exactitude toute mathématique. Elles renvoient à la fascination des Arabes pour la géométrie, à leur invention de l’algèbre, de la trigonométrie. 
Plusieurs ascenseurs vertigineux distribuent les étages autour d'un patio, impénétrable. On accède aux collections permanentes par le septième étage, métaphore d'un ryadh recélant un trésor, suspendu, comme les jardins de Babylone.
Quant à l'espace bibliothèque il fait penser à une ziggourat.

vendredi 7 août 2015

Ouverture du restaurant 750g la table

L'ouverture est confirmée. Ce sera pour ce soir. Et 120 personnes ont déjà réservé pour dîner au restaurant 750g la table.

Quel serait le mot juste ? Lancement ? Inauguration ? Damien Duquesne parle plus modestement de rodage jusque fin août, mais de "grand rodage" tout de même !

Avec un menu à 19, 50 € parce que ce n'est pas au client de payer les imperfections, justifie Damien. Et c'est la première fois que j'entends un chef parler ainsi.

Sur le coup de 16 heures les extérieurs me font franchement douter du pari. Le panneau affirmant crânement : c'est (presque) prêt me semble totalement relever de l'irréalité. Et pourtant oui, ce sera prêt.

La cuisine est en effervescence positive. Tout y est (presque, et cette fois le terme est approprié) en ordre. Les produits sont là, fraichement arrivés du Lot. 

L'enthousiasme de Damien est communicatif, sans surprise pour moi qui le connais depuis ... je ne compte pas les années. Il prend le temps de couper une tomate de plein champ, bio cela va se soi pour lui, qui a poussé dans de la vraie terre alors que 95% de ce qu'on trouve a grandi sur de la laine de roche ou des substrats végétaux. Goûte-moi ça, impose-t-il en guettant ma réaction.

C'est bon, très bon. J'apprends que des tomates comme celle là contiennent 10 fois plus de lycopène, qui est un puissant antioxydant, efficace pour protéger contre le cancer, ou l'infarctus.
Ce sera une des entrées proposées tout à l'heure, avec un granité de concombre qui amènera de la fraîcheur. ll y aura aussi un croûton avec du pesto et une portion de cabecou, lui aussi en provenance du Quercy. Mais de vache et pas de chèvre comme on en a l'habitude.
Des courgettes jaunes et vertes sont (presque) prêtes à fondre dans un wok. Elles accompagneront le poisson. D'autres courgettes ont été préparées ce matin pour la crème et ses croutons aux amandes, qui composera la première entrée. La recette est une des préférées des internautes. Car, outre la qualité des produits, le principe de base consiste à mettre sur la table ce que les clients ont envie de manger, et surtout pas à les surprendre avec des plats chichiteux ou sophistiqués qu'ils ne pourront jamais reproduire.

Une grande marmite embaume et il est temps d'en transvaser le contenu pour le refroidir, ... à condition de mettre la main sur le contenant idoine.
Un faitout semble convenir mais Damien le réfute au motif qu'il est en aluminium et qu'il vaut mieux éviter de conserver des légumes feuillus ou des aliments acides dans de l'aluminium. Décidément j'apprends des choses ce soir.
Damien semble avoir dix bras. Il est partout. En cuisine où rien ne lui échappe. Où il travaille aussi avec énergie, sans jamais se départir de son sourire, toujours prompt à répondre aux interrogations de son équipe et à trouver des solutions aux problèmes posés.
Si Joffrey et Sarah sont à ses côtés en cuisine ce n'est pas un hasard. Le restaurant est la concrétisation d'amitiés professionnelles. Devant comme derrière les fourneaux, et jusqu'à la salle où l'on retrouve notamment Quentin.
Damien est aussi sur le chantier, car il faut bien reconnaitre que la salle est encore "en devenir". Il sera également en extérieur, donnant la main au nettoyage de la terrasse tout en renseignant les passants intrigués.
Et le voilà de retour auprès de sa brigade pour décider une évolution du concept de base. Finalement ce soir les convives ne choisiront pas entre 3 entrées, 3 plats et 3 desserts comme cela a pu être annoncé en avant-première. Ils auront droit à tout. Autrement dit un menu dégustation de 2 entrées, 2 plats et 1 dessert.
L'ambiance est sereine. Rien de comparable avec l'excitation des Cauchemars en cuisine de Gordon Ramsay. Chacun goûte la sauce vierge qui dopera le cabillaud.
Une verveine aux larges feuilles infuse doucement dans la crème. Cela sent diablement bon.
S'il y a bien un endroit où il serait judicieux de donner un coup de main c'est ailleurs. Laissons les ouvriers terminer les finitions.
L'urgence est de rapatrier les tables dans la véranda qui est le seul endroit à n'être pas encombré. Ce n'est pas une mince affaire. Le mobilier est à l'image des légumes : c'est du costaud.
On suit le plan de l'architecte en alternant les couleurs des chaises, oranges ou vertes, qui sont les deux teintes du logo de 750g, et les matières, bois et métal. Pour faire joli et confortable on ajoute des coussins de couleurs vives sur les chaises en métal. Ce n'est pas fini. Restent encore les couverts à rouler dans des serviettes (orange ce soir, vertes un autre jour), les bougies et les verres à eau à disposer sur chaque table.
On pourra pousser un ouf de soulagement vers 18 heures quand la terrasse est (presque) prête. Et songer à immortaliser l'avant-l'après ...
Coté salle c'est encore inquiétant. Les allers et venues sont constantes. Voilà Christian Etchebest qui apporte son soutien et annonce une réservation pour demain 13 heures, 10 couverts, en pointant sur le plan la table de son choix.
Nous sommes à 45 minutes de l'ouverture. Il ne faut rien lâcher ... mais la fatigue se fait sentir, enfin surtout pour moi. Un peu de rangement côté bar me reposera de la mise en place des tables. Ce sera l'occasion aussi de vérifier si la bière coule à flots ... Encore faudrait-il que les fûts soient branchés.
N'en déplaise à Philippe Delerm, cette première gorgée de bière ne sera pas un plaisir minuscule et je ne pourrai plus jamais boire une Chouffe sans revivre cette soirée. Je la trouve fraiche à souhait, agréablement houblonnée et fruitée. C'est une bière blonde, non filtrée, et refermentée, ce qui explique son voile. Elle titre tout de même 8 degrés ... brassée au coeur des Ardennes belges où vivraient, selon le mythe, les lutins Chouffe.
Laurent met la musique. Je reconnais Chan Chan du Buena Vista Social Club. En fermant les yeux on se croirait subitement en vacances sur une plage cubaine. Avec la Brasserie d’Achouffe (et les bières Vedett), Damien a choisi délibérément de proposer à la pression trois bières inhabituelles même si celles-ci sont appréciées des connaisseurs.
L'espace bar s'organise. Nous rangeons les verres (très jolis) et les publications, en particulier le dernier numéro de 750g le Mag qui a soufflé sa 1ère bougie en mai dernier.
S'il y a un individu qui apprécie le nouveau emplacement c'est bien le poisson qui occupait précédemment un plan de travail de l'Atelier 750g, faubourg Poissonnière (cela ne s'invente pas).

Le nom du restaurant, 750g la table, s'inscrit dans la logique de développement du groupe 750 g. S'il est très connu sur Internet où il est probablement numéro 1 en terme de consultation de recettes (avec quelque chose comme 18 millions de visites mensuelles) c'est autre chose dans le quartier. Damien n'a donc pas hésité à y distribuer 3500 anciens numéros ces derniers jours. Car son ambition n'est pas tant de régaler les aficionados du site que de piloter un vrai restaurant populaire.

Le nom de 750g est désormais une marque. Peu de gens en connaissent l'origine. Jean-Baptiste Duquesne, le frère de Damien, avait créé à la fin des années 90 le site 75cl.com, dédié au vin. Au fur et à mesure qu'il a reçu des demandes de recettes pour accompagner les dégustations il a choisi d'initier un site parallèle, dédié à la cuisine. Ce sera 750 grammes, à peu près le poids du vin dans une bouteille de 75 cl.

Il s'est alors associé "naturellement" avec Damien, professeur à l’école hôtelière de Soissons. Les réseaux sociaux ont beaucoup soutenu le projet, à partir notamment de la création d'un Salon du blog culinaire, qui se déroule tous les ans à Soissons (8 ème édition en novembre prochain), doublé depuis 4 ans de rencontres parisiennes très animées (cf les articles). Le virtuel associé au réel en quelque sorte !

Les recettes qui sont mises en ligne proviennent de la communauté comme d'une équipe de professionnels et sont régulièrement mises ne ligne sur You tube. Régies par la simplicité, le respect des produits et le goût. Avec un autre secret pour expliquer le succès : du travail, du travail et encore du travail.

Et une imagination sans limites. Le restaurant n'a pas encore servi ses premiers hôtes et Damien me confie déjà d'autres projets autour du vin et du pain. D'ailleurs en voici, livré par le boulanger du quartier. Du vrai, du bon, cela se devine sur la photo.
En cuisine, le granité de concombre devant accompagner la tomate se présente plutôt bien.
Nous voilà à une demi heure de l'ouverture. Sarah et Joffrey peuvent "attaquer" la découpe des onglets et la cuisson des pommes de terre au romarin.
Coté salle, chacun a passé la quatrième. On a l'impression de voir un film en accéléré. On court. On se cogne. Un escabeau touche les fils électriques et les plombs sautent. Les dieux veillent. L'électricité est vite rétablie et on peut considérer que l'ouverture n'est plus un rêve. Pour moi qui sais combien Damien a dû patienter pour obtenir le permis de construire (bien plus d'une année) avant de commencer à entreprendre la rénovation je mesure pleinement la prouesse.
19 heures et des miettes ... Première coupe de champagne et photo souvenir avec les artisans bâtisseurs. L'architecte peut être fier du résultat.
Damien est confiant, comme à son habitude, mais toujours à l'écoute : on construit ensemble un test avant de formaliser le concept.
Je ne doute pas de sa sincérité mais une petite voix intérieure me souffle que le restaurant sera toujours en évolution, que cela fait précisément partie du concept. Etre surpris c'est aussi ce que le client attend.

Tout est (presque) prêt. Encore quelques minutes, le temps d'un dernier coup de balai révélant le sigle jusque sur le sol.
Le temps aussi pour les premiers clients ou invités de profiter de la partie ouverte de la terrasse, si appréciable en région parisienne parce qu'elle donne sur une impasse, tout en étant très repérable avec son store vert laitue depuis la rue de Vaugirard, à quelques mètres de la porte de Versailles et du Parc des Expositions.
C'est prêt. La salle est désormais autant accueillante que la terrasse.
Les premières assiettes vont bientôt sortir du passe-plat. La cuisine est semi-ouverte sur la salle. Les cuistots ont aussi un regard sur la terrasse. Tout est de plain-pied et facilite le service.
Oriane a tracé de sa belle écriture le menu sur des ardoises. Ce soir on ne choisira pas. On goûte tout. Rodage oblige, mais dans des portions un peu plus légères que dans le menu prévu pour les jours à venir. Ne vous fiez donc pas complètement aux photos.
Crème de courgettes glacée, écume chorizo
On comprend que cette recette soit une des best-of du site. Le piment d'Espelette est dosé juste ce qu'il faut. Comme c'est agréable de commencer par quelque chose de si frais alors qu'il a fait une chaleur torride toute la journée. Mais où sont les croutons aux amandes dont Damien m'avait parlé dans l'après-midi ? L'équipe n'a pas eu le temps de les faire. C'est juste pour dire quelque chose parce que l'assiette se suffisait à elle-même. Et puis (coup d'oeil à l'ardoise) les croutons ne sont pas mentionnés.

A suivre la salade de tomate plein champ, granité concombre
La tartine de pesto est cachée sous le légume, quelques lamelles d'oignon et le fameux cabecou complètent cette généreuse entrée. On savoure.
Cabillaud wok sauce vierge
Je tire à vue sur le premier qui aura le culot de faire un reproche à la cuisson. Juste parfaite, menée à 50°. Et si à première vue le coté gauche de l'assiette ressemble au coté droit la différence de goût est une symphonie.
Le pain est aussi bon qu'il en avait l'air cette après-midi. Il a le goût des miches d'autrefois, faites au levain, preuve qu'on peut encore faire de la qualité dans une boulangerie de quartier.
Onglet béarnaise pommes de terre romarin
La viande, fondante, est un délice. Les pommes de terre sont plus que bonnes. Je devrais préciser que la Béarnaise est une émulsion, très réussie par Sarah. On est face à une cuisine simple, mais qui a un petit plus que l'on n'est pas prêt de reproduire chez soi. Cela va sans doute un peu à l'encontre du concept du restaurant mais après tout, ce que j'aime quand je sors c'est précisément de me régaler avec autre chose que ce que je peux faire à la maison.

Nous avons hésité pour les vins. Un Morgon était bien tentant, mais peu convenable avec le poisson. Notre choix se porta sur un AOC Saint Chinian 2011 en provenance du Chateau de Prieuré des Mourgues, où l'on retrouve la chaleur du Grenache, l'arôme de violette de la Syrah, et (c'est ce que m'apprend Olivier qui assure le service en terrasse), et un peu de tanin et de parfums de sous-bois avec un cépage que je ne connaissais pas, le Mourvèdre.

On apprécie d'autant plus que l'on sait que la carte des vins n'est pas encore établie et que le stock n'est pas très conséquent. On ne doute pas cependant d'avoir d'autres belles surprises les prochaines fois. Quant à l'eau elle est servie en carafe. Le restaurant s'est doté d'une fontaine et ne propose pas d'eau "minérale" en bouteille.
Nectarines Melba glace vanille
J'en conviens, le cliché est un peu flou. J'avais gouté les fruits l'après-midi avant leur cuisson. C'était déjà une belle promesse. On se surprend à être encore gourmand en fin de repas. La crème révèle une surprise ...  je reconnais un goût de poivre. Damien me révélera le secret. Il a infusé le fameux voatsiperifery, le poivre à queue sauvage des forêts tropicales de Madagascar. J'aurais pu y penser ... sachant que le chef a vécu dans cette île.
Et comme on joue à fond le jeu du rodage je demande où sont passés les rochers à la noix de coco qui sont sortis du four dans l'après-midi. Ils sont restés ... mais nous sommes invités à nous servir.
Au final il n'y a pas l'ombre d'une (vraie) critique à faire. La satisfaction est à son comble. Le rapport qualité-prix n'est pas une vaine promesse. Il le sera encore au prix annoncé pour septembre à 24, 50 €, sans distinction d'horaire, le midi comme en soirée, 365 jours par an.

Le plébiscite est total. On s'attarde en terrasse, le temps de complimenter et de remercier toute l'équipe pour nous avoir tant bichonnés ce soir. On mesure leur niveau de fatigue. Et on sait que la nuit n'est pas finie parce qu'il va falloir laver, ranger, et recommencer demain. Mais pour le moment Damien a bien raison d'être heureux. Le pari est réussi haut la fourchette.
Vous ferez sans doute une expérience différente parce que la formule va évoluer, mais dans le sens d'une satisfaction toujours améliorée du client (même si on se demande comment on pourrait encore mieux faire). Il faut retenir qu'il n'y aura jamais de carte, au sens classique du terme. Peut-être un choix entre quelques plats, mais on n'hésitera pas entre des dizaines d'intitulés. Sans doute une proposition pour les végétariens. Et une déclinaison du menu adaptée aux enfants (avec un prix en conséquence).

Ce seront toujours des produits frais, directement arrivés d'une région où on les cultive dans l'amour du bon. Donc des légumes et des fruits de saison.

Le client devrait être sollicité pour achever la recette, faire quelque chose comme froisser, concasser, hacher un ingrédient qui donnera la touche finale au plat. En tout cas toujours pour donner son avis parce que la convivialité est de règle.

Les recettes seront données à la fin du repas (pour le moment le système n'est pas encore opérationnel) et vous pourrez les collationner sur un cahier qui vous sera remis pour l'occasion. Elles devraient être directement inspirées du best-of de 750g le site, mais rien n'empêchera jamais Damien, Joffrey et Sarah de jouer la nouveauté en s'adaptant aux livraisons. La réinterprétation est toujours de mise en cuisine.

Des lumières vertes, rouges et bleues sont prévues pour éclairer les soirées de septembre. Mais n'attendez pas jusque là. Allez-y en confiance et profitez du même coup des derniers jours d'Août pour visiter dans l'après-midi l'exposition Lascaux ou Lego au Parc des Expositions.

En théorie l'accès au restaurant se fait sur réservation pendant l'opération rodage, par mail à l'adresse contact@750glatable.com mais si vous arrivez en début de service vous ne serez pas rejeté,. Il reste aussi l'option coup de fil au 01 45 30 18 47.

Vous rencontrerez sûrement Damien. Il n'a pas l'intention d'être un chef "présent-absent" comme la plupart de ceux qui multiplient les activités. Il va continuer à enseigner au lycée hôtelier de Soissons et hormis les lundis et vendredis soirs il sera toujours ici en cuisine, en salle et à l'écoute des clients. Même des avis négatifs, parce que c'est comme ça qu'on progresse, dit-il avec simplicité.

Vous serez peut-être filmé et votre point de vue posté sur la page FB du restaurant.
Le restaurant 750g la table est ouvert tous les jours de 11h30 à 23h
397 rue de Vaugirard, 75015 Paris. Menu entrée, plat et dessert à 19,50 € jusqu'au 31 août 2015 pendant le grand rodage, puis à 24 € dès le mois de septembre.
Réservations à contact@750glatable.com ou par téléphone au 01 45 30 18 47.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)