J'allais donc en faire une critique approfondie, analysant le choix des musiques et l'interprétation théâtrale (je ne me permettrais pas de juger le musicien qui est internationalement reconnu par des personnes plus compétentes que moi).
En creusant un tout petit peu je me suis aperçue que ce spectacle a été joué, sous ce même intitulé, au Théâtre du Ranelagh du 18 septembre 2019 au 12 janvier … 2020, pour … le 250 ème anniversaire de la naissance de Beethoven (1770-1827). En conclusion, qu'on célèbre sa mort ou sa naissance c'est l'occasion de faire entendre ses sonates.
Il y a bien eu quelques ajustements. Pascal Amoyel porte désormais une chemise qui correspond à l'idée qu'on se fait de la tenue vestimentaire de l'époque. Ses cheveux ont blanchi, ce qui donne à son visage une certaine ressemblance avec le musicien. Probablement a-t-il encore plus de compétence dans son art de restituer cette musique. Il se félicite lui-même d'avoir acquis "sans doute" une certaine maitrise de la sonate dite Pathétique puisqu'il la jouait pour la 300 ème fois hier-soir. Pourtant, il dira plus tard que jouer sur le propre piano de Beethoven ne lui aura pas permis d'interpréter la musique du maitre à l'identique.
Toujours est-il que, sachant qu'il est rare de mentionner les noms des morceaux sur une scène, et ayant eu connaissance de la liste prévue (que je donne en annexe), j'avais un peu "révisé" de manière à pouvoir les reconnaitre au fil de la soirée. Ils n'ont pas été joué dans l'ordre et j'ai assez vite perdu le fil. Je le répète, je ne suis pas spécialiste.
On connait plus ou moins la Sonate au clair de lune et la Pathétique mais on est loin d’imaginer que Beethoven en aura composé une trentaine.
Looking for Beethoven est autant un exercice didactique qu'un concert, et d'une certaine manière un moment de théâtre bien que Pascal Amoyel reste la plupart du temps dans son propre personnage, un pianiste extrêmement virtuose et passionné par la transmission. Et que le décor est réduit à l'essentiel.
J'ai apprécié qu'il nous fasse la confidence que, pendant ses études, on lui ai dit, comme j'imagine à tous les élèves "Vous n'êtes pas là pour chercher, on a déjà trouvé pour vous", ce qui sous-entendrait qu'il n'y aurait qu'une façon de jouer un morceau. Evidemment il s'élève contre cette contrainte mais le public n'est pas forcément capable de juger. Et on veut bien le croire sur parole quand il affirme que s'atteler aux 32 sonates de Beethoven est "un Everest à gravir" quoique son extrême agilité semble démontrer le contraire (et c'est un compliment).
Il y a de jolies formules … Forcément, depuis presque dix ans, l'équipe de création a eu l'occasion d'en trouver. La musique se déroule comme "le roman d'une vie à travers 88 touches". Il nous apprend que la famille de Beethoven a des origines flamandes, d'où ce nom qui étymologiquement signifie "champ de betteraves", mais je ne saisis pas quelle conclusion en tirer.
Nous allons tout au long de la soirée voir vieillir progressivement "son" Beethoven, l'emploi du déterminant possessif laissant entendre que c'est sa propre version qu'il entend partager avec nous. Si bien qu'à la toute fin j'ai eu envie d'aller fouiller davantage la biographie du grand musicien parce que j'ai trouvé qu'il restait de multiples zones d'ombre. Je vous fait grâce de ma démarche car là n'est pas le sujet.
Je reconnais que ce qui nous est montré est fort émouvant. Cet enfant vit dans un intérieur modeste, sous les humeurs d'un père tyrannique qui lui reproche qu'à son âge (12 ans) Mozart, lui, avait déjà le monde à ses pieds. Il perdra sa mère à 16 ans et son père, alcoolique, sera mis en retraite forcée si bien que le jeune Ludwig devra subvenir aux besoins de ses frères.
Sans doute a-t-il développé une profonde colère et il est agréable de constater visuellement comment elle se traduit dans les compositions, provoquant une manière de jouer particulière en ce qui concerne les placements de main (que je pouvais suivre à la perfection depuis la salle). Beethoven fait craquer les carcans. Sous ses doigts, le menuet devient une danse farouche.
L'essentiel de la soirée portera sur la manière dont le handicap auditif de Beethoven pesa sur son art. La surdité commença tôt, dès l'âge de 26 ans. Elle l'isola et fit de lui un incompris tout autant qu'elle provoqua une originalité qui le distinguait des autres musiciens de son siècle.
Lorsque son handicap étaient encore "supportable" ses compositions privilégient les notes moyennes et graves (les basses) au détriment des notes très aiguës qu'il n'entendait plus du tout. Pour tenter de nous faire percevoir ce que le musicien entendait (quand il n'était pas totalement sourd) Pascal Amoyel intervient sur son piano qui ne laisse échapper que … des sortes de cris. Aucun doute que l'artiste endurait un enfer.
Il eut recours à des artifices pour tenter d'entendre les notes de son piano, la conduction osseuse par l'intermédiaire d'un bâton qu'il serrait entre les dents, des cornets acoustiques géants, ou encore une sorte de gros dôme en zinc au-dessus de l'instrument.
Lorsqu'il perdit totalement l'ouie et soucieux d'être compris, il put mentionner jusqu'à 19 indications sur seulement l'espace de trois mesures.
Pascal Amoyel reconnait s’être mépris lui-même à son sujet et entreprend en quelque sorte de réhabiliter son image. Il lira d’ailleurs une de ses lettres après les saluts, extrêmement émouvante : Je ne suis pas misanthrope mais j'ai dû m'isoler. Je dois vivre comme un exilé (…) Songez que vous vous êtes mépris sur moi. Adieu et aimez-vous. J'ai souvent dans ma vie pensé à vous rendre heureux.
Il est paradoxal de réaliser qu'un homme accablé créa la joie pour la donner au monde. Et combien il est logique qu'en retour ce soit l'Ode à la joie, qui est le thème principal du quatrième et dernier mouvement de la 9e Symphonie, qui soit devenu officiellement l'hymne européen sur décision du Conseil de l'Europe en 1972, puis de l'Union européenne en 1985, et donnant raison à celui qui disait écrire pour les siècles futurs.
Looking for Beethoven
Théâtre musical de et avec Pascal Amoyel
Mise en scène Christian Fromont
Lumières Philippe Séon
Depuis le dimanche 20 septembre 2026
Au Théâtre Montparnasse - 31 Rue de la Gaité - 75014 Paris
Samedi à 16h30 & dimanche à 11h
Programme musical :
. Bach : Variations Goldberg BWV988, Aria
. Mozart : Fantaisie en ré mineur (extrait)
. Haendel : Menuet en la mineur HWV 549, andantino
La Tempête (3e mouvement), op. 57
Appassionata, op. 81a
Les Adieux, op. 101, op. 106
Hammerklavier, op. 109, op. 110, op. 111
Théâtre musical de et avec Pascal Amoyel
Mise en scène Christian Fromont
Lumières Philippe Séon
Depuis le dimanche 20 septembre 2026
Au Théâtre Montparnasse - 31 Rue de la Gaité - 75014 Paris
Téléphone : 01 43 22 77 74
Mardi à 21hSamedi à 16h30 & dimanche à 11h
Programme musical :
. Bach : Variations Goldberg BWV988, Aria
. Mozart : Fantaisie en ré mineur (extrait)
. Haendel : Menuet en la mineur HWV 549, andantino
. Beethoven : Sonates (extraits), op. 2/1, op. 2/2, op. 2/3, op. 7, op. 10/1, op. 10/2, op.13
Pathétique (1er mouvement), op. 27/1, op. 27/2
Clair de lune, op. 31/2La Tempête (3e mouvement), op. 57
Appassionata, op. 81a
Les Adieux, op. 101, op. 106
Hammerklavier, op. 109, op. 110, op. 111
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