Dans un précédent article je décrivais l'ermitage dans son ensemble et son histoire. Je vous y invitais à regarder un petit film tout en soulignant que 2026 marque le 800 ème anniversaire de la mort de saint François d'Assise, ce qui explique que l'Église célèbre une Année jubilaire exceptionnelle.
Avant tout je rappelle l'essentiel. Nous sommes devant une chapelle romane élevée au 12ème siècle (1146-1170) sur le lieu où saint Bernard avait prêché la seconde croisade.
Le prieuré construit à l'origine pour les bénédictins devint franciscain au XIII° siècle. Le couvent fut incendié pendant la guerre de Cent Ans et de nouveau réduit en cendres en 1569 pendant les Guerres de Religion. A la Révolution il fut vendu comme bien national et la chapelle fut transformée en grange jusqu'en 1949.
Son histoire est indissociable de la Basilique de Vézelay, qui a fait l'objet d'une publication spécifique. En 1920, Sainte Marie-Madeleine a été érigée par le Vatican au rang de basilique et les pèlerinages ont pu y reprendre officiellement. À partir de 1945, des moines réinvestissent la basilique avec la venue d'une petite équipe de bénédictins de l'abbaye de la Pierre-Qui-Vire, distante d'environ 30 km. Du 18 au 22 juillet 1946, la croisade pour la paix réunit à Vézelay 30 000 pèlerins.
Trois ans après, les franciscains font le choix de revenir à La Cordelle et en 1953 l'archevêque de Sens leur demande la prise en charge de la basilique et des communes alentours. Les franciscains succèderont aux bénédictins jusqu'en 1993. Ensuite les Fraternités monastiques de Jérusalem, nées en 1975 dans le mouvement de renouveau qui a suivi le concile Vatican II, assureront l'animation liturgique de la basilique et proposeront des visites de l'édifice pour en faire découvrir toutes les richesses spirituelles et architecturales.
La nef carrée est voûtée en berceau avec un petit chœur, côté est (au fond sur la photo), également carré mais voûté en ogive par des arcatures sur colonnettes. Le décor est roman à arcatures sur colonnettes, allégeant les murs latéraux et entourant le triplet de baies en plein cintre de la façade nord dont le mur porte encore la trace d'un ancien portail devant lequel se trouve une Vierge de majesté à l'Enfant.
Un seul chapiteau est décoré d'animaux symboliques, figurant l'Ancien Testament sous la figure d'un hibou aveuglé par la lumière du Christ, révélée par le Nouveau Testament. Sa tête est picorée par des aigles qui se nourrissent ainsi de l'Ancien Testament (dans la même thématique que l'un des chapiteaux de bas-côté nord de la Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay, côté Nord).
Les autres chapiteaux -qui sont ceux qu'on voit sur la photo- sont ornés de motifs végétaux ou de médaillons de fleurs. Au-dessus du mur ouest (en face), les colonnes ont disparu à la Révolution et ne subsistent que les arcatures à chapiteaux.
Deux blasons sont encore visibles. Le premier est sculpté dans la pierre, à droite de la porte d’entrée de l’ancienne église des Cordeliers - actuel jardin, dont il ne reste plus que les fondations - qui fut détruite à la Révolution. Le second vient d'être mis au jour lors des travaux de restauration de la chapelle et apparait derrière l'échafaudage.
Ils témoignent de la protection accordée aux franciscains par la puissante famille de Chastellux, dont le château se trouve à quelques kilomètres (voir article spécifique) et qui est encore aujourd’hui propriétaire de La Cordelle, les frères bénéficiant d’un bail de très longue durée. Le baron de Chastellux, seigneur des lieux qui mourut en 1617, est inhumé dans l’église, ainsi que son père…
En 2015 la Province des Franciscains a émis le souhait d'un ermitage et une maison de prières qui soit ouverte aux laïques. Un appel a été lancé à des architectes pour réfléchir prioritairement sur l'isolation.
Comprenant que l'espace manquait pour permettre toutes les actions, d'accueil comme de retraite, ils ont suggéré de repenser l'espace en 4 zones :
- un premier espace qui soit ouvert à tous, jour et nuit (l'actuelle chapelle)
- un nouveau bâtiment (photo ci-dessus) qui soit un lieu d'accueil, composé d'une salle d'une trentaine de mètres carrés, qui deviendra un lieu de conversation composé d’un parloir, d’une cuisine-salle à manger et à l'étage inférieur d’un atelier, d’une lingerie et d’un espace où entreposer le bois de chauffage.
- une mare de biodiversité en contrebas avec un jardin potager -géré par frère Eric- qui a démarré pendant le confinement. Et peut-être plus tard un poulailler.
