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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 5 mai 2012

L'affaire Dussaert de et par Jacques Mougenot au Théâtre du Ranelagh


(mise à jour le 8 septembre 2013)


C'est le syndrome du garagiste ... Vous cherchez un garagiste, ou un boulanger, ou une cabine téléphonique ... vous tournez en rond de longues minutes qui vous paraissent des heures. Et puis quand vous en avez trouvé un, voilà qu'ensuite vous en voyez à chaque coin de rue.

Depuis ma découverte du Silo de Marines, je suis chaque jour "confrontée" à l'art contemporain. Après Peggy Guggenheim c'est aujourd'hui L'affaire Dussaert, et je sais que bientôt j'irai voir Pollock. Sans parler des expositions comme Ever living ornement dont je rendrai prochainement compte. 

J'ai un avis mitigé sur ce spectacle, cela me serait difficile de le cacher. Le texte est très intéressant, le parti pris de mise en scène, une pseudo conférence, l'est également. L'auteur et comédien est parfait. Alors ?
A cour, un grand écran. Au jardin, une petite table recouverte de velours avec une carafe et un verre d'eau. On nous promet de faire toute la lumière sur une "affaire" (montée de toutes pièces) qui ébranla le monde de l'art contemporain. Voilà ce que nous promet le "pitch" :
Qui se souvient de l’Affaire Dussaert qui jeta un pavé dans la mare déjà trouble du monde de l’art contemporain en 1991, alors que les médias étaient accaparés par la Guerre du Golfe ? Sous la forme d’une conférence-théâtre entre satire et comédie, Jacques Mougenot nous en explique les arcanes et nous instruit en nous amusant car l’histoire de Philippe Dussaert (1947-1989), plasticien à l’origine du mouvement vacuiste dans les années 80, et l’affaire que suscita la vente publique de sa dernière œuvre, sont l’occasion pour l’auteur-acteur de répondre avec humour, pertinence et impertinence, à toutes les questions que se pose aujourd’hui le profane en face de l’œuvre d’art contemporain.
Prétexte à brocarder l'avant-garde, le minimalisme à outrance, devenant l'inaperçu, autant dire "rien". Un canular de plus ou de moins ... avec intelligence, humour, un emploi judicieux du champ lexical culturel. De belles références à Marcel Duchamp, Van Gogh, Monet, Alexandre Dumas, Delacroix ... et Jean Cocteau, l'inévitable invité "people" du siècle dernier. Ne disait-il pas qu'il y a des mensonges qui sont des vérités ?

Alors pourquoi un avis mitigé pour une pièce qui a tout de même reçu le Prix Philippe Avron au festival d'Avignon Off 2011 et le Prix du public au festival de Dax 2007 ? Etant donné qu'on a compris la mystification il n'y a aucune surprise. Or le spectateur du XXI° siècle est tellement habitué aux retournements de points de vue qu'il finit ici par en attendre un tant et si bien qu'à la fin ... la non fin devient presque surprenante.

Jacques Mougenot nous en prévient : il y a des choses drôles qui passent inaperçues.

Je me suis demandée si, sur scène, le comédien ne fourmillait pas d'impatience. Je suis sure qu'il aurait eu la répartie qui convenait si quelqu'un s'était levé le traitant d'imposteur, ou exigeant des explications complémentaires ... J'ai failli un instant me lancer.

Du 7 au 28 juillet 2012, l'affaire sera de nouveau à l'affiche du Off du Festival d'Avignon, peut-être aux 3 Soleils, 4 rue Buffon ... Mais j'ai un doute car le site du Théâtre ne prévoit pas cette affaire à 13 h 55. Un coup monté ?

Il me semble en tout cas que là-bas, en Avignon, la proximité géographique du public exigerait quelques aménagements. Mais je peux me tromper. L'art contemporain est tellement sujet à caution !

Ce sur quoi je suis toujours admirative à chacune de mes sorties au Ranelagh c'est sur la beauté des plateaux des tables de bistrot du théâtre. Je m'y connais un peu en mosaïque et je trouve celles-ci très créatives. Les initiales TR sont artistiquement intégrées. Elles méritent votre attention.

L'affaire Dussaert, et par Jacques Mougenot au Théâtre du Ranelagh
A 21 heures du mercredi au samedi - Dimanche à 17h - jusqu'au 2 juin 2012
Relâches exceptionnelles les 5, 9 et 24 mai
Théâtre Le Ranelagh - 5 rue des vignes - 75016 Paris - 01 42 88 64 44

Le spectacle est repris dans la petite salle du Théâtre des Mathurins à 19 heures à partir du 12 septembre  2013 jusqu'au 21 décembre du mardi au samedi.
Et à 19 heures Volpone, de Toni Cecchinato et Jean Colette sur la même période au Ranelagh jusqu'au 2 juin 2012.

vendredi 4 mai 2012

Cake individuel à la poire


Le cake et moi, c'est toute une histoire, qui m'a valu de participer à une émission de télévision, mais je ne vais pas revenir sur le sujet. Je voudrais juste donner une recette rapide et inratable de ce fameux gâteau que je me désespérais de réussir un jour.

Il remplace un des fameux pains d'épices de Mulot&Petitjean quand on en a écoulé les stocks.

Il vous faudra mélanger, dans l'ordre, 150 grammes de farine, 1/2 sachet de levure, 120 grammes de cassonade, 3 oeufs, un zeste de citron, puis 80 grammes de beurre fondu.

Ensuite, 5 centilitres de jus d'orange dans lequel vous aurez fait cuire 4 cm de gingembre (ou de galanga, j'ai prévu de consacrer un billet spécial à cet épice dans quelques jours) avec une cuillerée à soupe de sucre.

On pose un morceau de poire dans chacun des moules en silicone. On verse la préparation. On cuit 25 minutes à 150° et y'a plus qu'à démouler.
On peut bien entendu servir avec une compotée de poire relevée de poivre de cassis comme je le préconisais récemment. Et surtout on se REGALE.

jeudi 3 mai 2012

Un concert de Boogie Woogie à Beuvron-sur-Auge digne du programme de la Roquebrou


Cela fait seize ans que  Philippe David met à l'affiche les plus grands noms du Boogie Woogie qui à Beuvron-sur-Auge. Je ne connais pas (pas encore) ce genre musical dont pourtant je m'étais promis de rendre compte un jour. Je sais combien le public peut être fidèle aux artistes et je ne suis pas étonnée d'avoir vu une salle aussi enthousiaste samedi dernier aux Haras de Sens.

Avec encore des artistes internationaux comme la chanteuse et danseuse américaine Nicolle Rochelle, qui incarna Josephine Baker dans la comédie musicale de Jérôme Savary au Casino de Paris, et qui sera à l'affiche du 14ème Festival International de Boogie Woogie de La Roquebrou (15) du 9 au 12 août prochain. A moins de trente ans la jeune femme conjugue beaucoup de talents : la comédie, la danse, le chant. Avec en prime une simplicité exemplaire.

On dit que La Roquebrou est le plus grand festival au monde. Comment qualifier alors la soirée de Beuvron ?

D'accord, il n'y avait pas de piano à queue l'autre soir, Deauville ayant réquisitionné une quinzaine d'instruments. Mais, comme le dit Philippe David "le plateau était là" équipé de deux pianos droits qui devaient livrer un son identique, avec juste moins de confort pour les musiciens. Il est vrai qu'aucun ne s'est plaint, ni au cours du concert (Sylvan Szingg a même fait remarquer avec humour qu'il avait l'impression d'être projeté dans les années 30 quand les musiciens n'avaient pas mieux), ni après, backstage. Il faut y être pour le croire. Les relations sont désormais amicales entre la famille David et eux. Il arrive même que certains viennent "pour le plaisir", en vrais artistes qu'ils sont.
Pour ceux qui comme moi ne connaissaient pas le Boogie, je dirais en résumé qu'il s'agit d'une forme de blues rapide et plus rythmé que des pianistes noirs américains ont joué dès le début du XX°siècle. D'abord installés dans des campements ouvriers des états du sud, ils ont migré vers les villes du Nord. C'est leur accompagnement en ostinato longuement répété par la main gauche alors qu'ils improvisent de la main droite qui a donné le nom au genre musical.

Leur musique évoque le bruit des essieux (boogies) des trains roulant d'un rail à l'autre. Le rythme est naturellement entrainant, en une sorte de blues joyeux. Ajoutez à cela le caractère facétieux des musiciens qui montrent le plaisir qu'ils ont de jouer ensemble.

Samedi soir chacun des pianistes invités exécutait deux morceaux seul en scène puis le troisième avec l'artiste suivant occupant alors le second piano. Le concert se déroulait en quelque sorte en "tuilage" dans une harmonie heureuse. Si bien que quel que soit l'endroit où vous étiez assis il y avait un morceau où le pianiste jouait de dos et un autre face à vous.

Sylvan Szingg est arrivé le premier, accompagné de Nuno Alexandre à la contrebasse et de Valèrio Félicé à la batterie. Il s'est amusé avec un standard "classique". Ce fut Casse-Noisette de Tchaikovsky. 
Martin Schmitt et Anke Angel l'ont rejoint presque immédiatement. Ils ont alterné les rythmes endiablés avec des morceaux plus simples et plus lents.

Un blues, un "vrai" fut proposer pour le "rest", c'est-à-dire le repos avec Cow-cow boogie, chanté pour la première fois par Ella Fitzgerald. Martin Schmitt nous offrit une superbe résonance avec l'air bien connu de Tico Tico no Fuba.


Jelly Germain Ngono et son fils Osiris ont multiplié les numéros de claquettes, bientôt rejoints par Nicolle Rochelle et Camille Schmoeker, qui fut une des surprises de la soirée.

Une autre fut la participation de Robert Shumy et de son orchestre. Le guitariste autrichien avait effectué la veille un concert intime aux Trois damoiselles et avait décidé de rester en raison de la qualité de l'ambiance. Son harmoniqueur l'a accompagné avec une virtuosité et une connivence extrêmes. Lui-même n'a pas manqué d'humour en nous montrant ses boots argentées, en peau de serpent, qu'il m'a dit avoir déniché en Slovénie.
 La complicité entre les artistes était remarquable depuis les coulisses.
Il y eut aussi Antoine Daufresne, jeune pianiste de 14 ans qui inaugura la seconde partie du concert. Le garçon a déjà un excellent toucher et il fut très heureux de bénéficier des conseils de Julien Brunetaud jusque très tard dans la nuit. Ces deux-là ne semblent jamais ressentir la moindre fatigue. Et pourtant le boogie est un genre qui réclame de l'énergie.
Aucun doute qu'avec Antoine et Osiris la relève est déjà assurée.
L'Europe était largement représentée avec des musiciens venus d'Allemagne, de Hollande et de Suisse, mais aussi de France, avec Julien Brunetaud, sacré meilleur joueur de blues européen, pour la première fois ici à Beuvron. Egalement les Etats-Unis avec Nicolle Rochelle et Camille Schmoeker.
Le public ne s'y est pas trompé tant il y avait affluence autour des artistes pour demander des dédicaces à l'entr'acte. Même entre eux ils ont griffé des autographes.
Un énorme "boeuf" clôtura la soirée avec l'annonce du prochain rendez-vous à Beuvron, le 13 octobre. D'ici là La Roquebrou bien sûr, désigné comme étant l'AOC du boogie par Philippe Roelens, le créateur du festival de Marcq-en-Baroeul qui vous donne lui, rendez-vous la nuit du 17 novembre, au Théâtre Charcot.
Une autre bonne idée serait d'associer musique et gastronomie en prévoyant de venir en Normandie le premier week-end de mai 2013 pour dans la journée vous rendre au festival des AOC de Cambremer, tout proche, et le soir au concert de boogie-woogie à Beuvron.
Le site des Trois damoiselles et de ses chambres d'hôtes
Celui du Manoir de Sens tel 02 31 79 23 05
Et Marcq-en-Baroeul
Enfin pour suivre les chroniques publiées autour du festival des AOC sur A bride abattue taper "festival des AOC A bride abattue" sur Google

mercredi 2 mai 2012

La petite fêlée aux allumettes de Nadine Monfils

La petite fêlée, c'est le titre du livre par lequel je suis entrée dans l'univers de Nadine Monfils. Je la connaissais depuis plus d'un an, de nom, et puis de rire et de visage, mais à force de faire passer les urgences en priorité on remet à plus tard quelques bons moments.

Et puis l'ouvrage est arrivé dans ma boite aux  lettres sans que je l'ai sollicité. Un hasard ? Impossible à croire pour Nadine qui connait l'avenir presque comme sa poche. Toujours est-il que ce bouquin s'est pointé au bon moment. J'avais le moral plus bas que les chaussettes et Mémé Cornemuse m'a secouée comme un poirier.


Je me suis dit qu'une femme comme elle, il fallait passer au moins une heure en sa compagnie au moins une fois dans sa vie. Çà a l'air facile si on en croit le ton du billet du 26 avril vous donnant rendez-vous à la Midinette mais çà n'a pas été de la tarte. D'abord, je n'avais pas tous ces indices, que j'ai rassemblés à posteriori, et que j'ai glissés dans le billet.

Ensuite et surtout la dame a deux amours, Bruxelles et Paris. Elle vit à mi-temps avec l'un et avec l'autre pour n'en fâcher aucun. Il faut viser juste sur le calendrier ... ou camper sur la Butte. Elle pourrait bien y planter un mobil home, une fois rénové celui que Mémé a pulvérisé, rapport à la bouteille de laque qu'elle a posée malencontreusement trop près du poêle.
Je me faisais du souci. Soit Nadine était dans la vie comme dans ses romans, ou dans ses films, ou dans ses pièces de théâtre, et j'avais intérêt à être en forme pour la suivre. Soit tout était inventé. J'ai vite été fixée. Son univers est kitsch mais facile d'accès.

Plus charmante qu'elle, difficile. Elle est douce, calme, attentive. Midinette peut-être mais très élégante, avec ses petites pinces roses qui retiennent sagement ses cheveux, ses bracelets d'argent, son aigue-marine taille émeraude, sa robe chasuble noire sur un tee-shirt flashy ...

Faut pas s'y tromper, la coquette est un garçon manqué avec un perfecto dans le coeur qui se reconnait une attirance pour les "tombés du camion".

C'est la même qui a été prof de morale pendant 18 ans (mais en Belgique cet enseignement est très proche de l'Education civique) et qui a publié cinq livres érotiques. Les contes pour petites filles perverses ont été illustrés par Léonor Fini. Ce fut un succès dès leur parution en 1981. Ils ont été réédité à la Musardine en 1995. Nadine a créé le personnage de Léon, un commissaire qui passe pour un fantasque dans l'univers du roman policier. La série entière sera désormais disponible en juin chez Belfond. Léon partage avec Mémé Cornemuse, une nouvelle venue chez Nadine depuis les Vacances d'un serial killer, lequel livre va lui sortir en Pocket en juin, une passion pour le tricot (comme elle et comme Annie Cordy, une de ses amies et actrices fétiches).

Toujours la même Nadine, rebelle et asociale, qui passe pourtant des journées en prison à Rouen, Valence ou Cognac, pour animer des ateliers d'écriture. Les matonnes peuvent bien oublier de revenir la libérer, la contraignant systématiquement à louper le train du retour, ce n'est pas une telle manoeuvre qui va l'arrêter. Les prisons sont des lieux où on n'aide pas les gens. on les casse. Alors Nadine fait ce qu'elle peut pour contrer le système, en pure rebelle.

Elle est naturelle. S'adresse à vous comme si vous étiez en porcelaine. Avec une voix qui chante. Il faut tendre l'oreille pour saisir des intonations dont on se demande d'où elles viennent, parce qu'elles sont inhabituelles.

Elle parle tranquillement alors qu'elle bout de mille projets. Le dernier en date est la réalisation de Nickel blues, un polar dont la réédition vient de sortir en livre de poche aux éditions Mijade. Elle rassure son agent au téléphone sans émotion apparente, à propos de la distribution du film, répondant que oui, elle a eu Andréa Féréol tout à l'heure, Rufus aussi est OK, Annie Cordy aussi, et Arno pour la musique et ... puis reprend le cours de notre échange comme s'il ne s'était rien passé. Ah oui ...nous parlions de son précédent film,  Madame Edouard, disponible à 1, 99€ sur CDiscount, avec des acteurs qu'elle adore comme Didier Bourdon, Dominique Lavanant ou Michel Blanc ... qui s'est mis au tricot pour ses beaux yeux, et avec un certain plaisir.

Nadine Monfils est née dans le fantastique et a longtemps cru que le monde était comme çà. Le surnaturel lui est naturel, ne sachant pas exactement si elle a un don pour prévoir ce qui va arriver ou si ce n'est que le résultat d'une extrême attention à ce qui l'entoure. Elle a commencé à écrire à l'âge de 8 ans, à publier à 20 et c'est le regard des autres qui lui a fait prendre conscience de ses particularités.

Elle est très productive, capable de boucler un livre en deux-trois mois, même si les choses ne sont pas exactement aussi simples. Parce qu'on ne sait jamais quand on commence et quand on finit. Elle invoque le mot de Picasso : Combien de temps pour faire une toile ? Une vie !
Ecrire, c'est comme entrer dans un jardin secret empli d'herbes folles, sans contraintes ni tabous. C'est une passion, donc c'est impulsif. Je peux rester une journée sans écrire, à vaquer aux tâches ménagères, céder à une forme de fainéantise. Mais je peux aussi bien sortir 20 pages (ce qui est énorme). Je me réveille souvent au milieu de la nuit avec la suite de l'histoire.
Elle peut vous poser des questions qui resteront sans réponse, comme celle-ci : pourquoi en France vous tricotez avec des aiguilles courtes alors qu'en Belgique on n'utilise que les grandes, ce qui est tout de même plus pratique pour les coincer sous les bras. Ce que je sais, c'est que chez moi on ne "coince" pas.

La petite fêlée aux allumettes est un Monfils pur jus. L'auteur préfère décidément Barbe bleue au Prince charmant. elle adore l'adrénaline et en saupoudre toutes les pages, mais elle le fait avec tant d'humour que l'horreur s'en trouve en quelque sorte digeste.

L'histoire démarre une nuit, dans les rues de Pandore, sorte de Bruxelles imaginaire qui lui a été inspirée par René Magritte où Nadine peut faire évoluer ses personnages en pleine liberté, à la limite du plausible. Nake tombe sur un sale type qui la séquestre. Elle s'échappe et se réfugie chez sa grand-mère, qui l'a élevée à la mort de sa mère en la nourrissant de contes de fées pour la protéger des horreurs du monde. Mais la jeune fille la retrouve morte une boîte d'allumettes serrée dans le creux de sa main.

Désemparée et seule, Nake se met en quête de retrouver son père, disparu à sa naissance. Entretemps elle découvrira de terrifiants secrets de famille et des cadavres dont elle voit la fin atroce à chaque fois qu'elle craque une des allumettes de la boite de sa grand-mère. L'inspecteur Cooper et son coéquipier Michou, flic le jour, travelo la nuit, vont mener l'enquête avec l'aide inattendue de mémé Cornemuse, sorte de miroir de Nake, en pire, qui lit dans les lignes de son tricot et voue un culte à Jean-Claude Van Damne...
Y'a que son molosse de Léon dont il faut se méfier. Très photogénique (il fait la couverture de Tequila frappée et il ne vous aura pas échappé que le commissaire lui a emprunté son nom), mais très énergique. Un énorme dogue ne l'impressionne pas et c'est le colosse qui recule. Que vous soyez people ou passant il grincera des dents avec la même ardeur. Jaloux comme une teigne.

Nadine m'a aussi parlé de Montmartre avec amour. parce qu'on peut y nouer de vraies relations de voisinage, avec des habitants qui deviennent vite des copains. Ce quartier n'est pas Paris, mais un village à part et une commune libre. Son maire porte un chapeau boule (un melon si vous préférez) et cette caractéristique est un compliment dans la bouche de la réalisatrice qui a donné ce nom à sa maison de production.

Quand ses habitants se rendent dans un autre arrondissement ils préviennent qu'ils "vont en ville". Nadine donne volontiers ses bonnes adresses (voir le billet du 26 avril cité plus haut). Ce n'est pas un hasard si elle a donné le nom de Michou à un des personnages de son dernier livre. Elle le dédie, entre autres, à cet homme qui habite le quartier.

Elle ne croit pas au hasard qu'elle provoque sans répit. Elle a trouvé son producteur en faisant une erreur de numéro de téléphone. Rebelote avec l'éditeur. Elle cherchait quelqu'un d'autre quand elle s'est tombée sur la standardiste de Belfond qui lui a dit : attendez, je vous passe quelqu'un. Quelques minutes plus tard sa correspondante était convaincue : envoyez moi votre texte. Six mois plus tard elle était publiée. Savait-elle ce matin là qu'elle allait parler avec sa future directrice littéraire ?

Le temps a glissé plus vite que les mailles sur une (longue) aiguille. J'ai failli être en retard au spectacle avec lequel j'enchainais, un peu plus haut, au ciné 13 où je suis arrivée haletante en suivant le raccourci indiqué par Nadine. Je suis un peu stupide. Je l'ai quittée sans avoir songé à lui demander une dédicace. Un truc pour revenir. Et puis j'ai plein d'adresses à tester.

Avec une de plus en prime, avec laquelle je suis surprise de me trouvée nez à nez au 26 rue Tholozé, à l'enseigne engageante, Tentazioni, qui est recommandé cette fois par Michèle Barrière, dont j'ai chroniqué le Sang de l'hermine le 14 avril dernier. Preuve qu'il faut croire au hasard.

La petite fêlée aux allumettes de Nadine Monfils, éditions Belfond, février 2012

mardi 1 mai 2012

Cocktail d'Auge

Samedi dernier je commençais à rendre compte du Festival des AOC qui a eu lieu le week-end du 28 avril à Cambremer. J'avais la veille dîné au Pavé d'Auge, sous la halle magnifiquement restaurée de Beuvron-en-Auge. On nous avait servi en apéritif un Calvados tonic, ce qui augurait des changements de pratique de consommation qui allaient faire débat au cours de la table-ronde du samedi matin.

Comme le soulignait Ambroise Dupont, sénateur du Calvados, il serait regrettable que l'attribution d'un AOC ait pour effet de figer les consommations. Fabienne Chauvière, journaliste à France Inter avait lancé la discussion en nous questionnant : le cidre devrait-il être "cantonné" à la galette des rois et aux crêpes ?

Noëlle Paolo, responsable des études consommateurs et stratégie de la Collective des Produits Laitiers, soulignait la progression de la modernité et de la déstructuration des repas tout en faisant remarquer que la cuisine investissait le domaine du loisir et que la dimension plaisir contrebalançait les injonctions en terme de santé.

Cécile Cau, bloggeuse de So Food, so Good, notait la percée spectaculaire des ingrédients asiatiques.

Didier Bédu, président de l'Interprofession des Appellations Cidricoles, a surpris l'assistance en nous apprenant que le bar de l'Hotel Intercontinental de New-York proposait une centaine d'étiquettes de calvados. Faisant un jeu de mots avec le surnom de la capitale, Big Apple (qui proviendrait de la gorge nouée de trac des musiciens y arrivant pour jouer du jazz ... ils avaient une pomme dans le gosier) le barman de cet établissement a imaginé l'applemojito dont on devine qu'il est une combinaison de calvados, de feuilles de menthe et de tonic. Ce cocktail remporte un vif succès auprès des américains.
Ils m'ont tous donné envie de sortir des sentiers battus. Ma première tentative était complexe : calvados et cidre Pays d'Auge AOC, une pincée d'Alma mater (une combinaison d'épices de Saravane), quelques gouttes d'essence de verveine et des glaçons. On shake, puis on filtre et on sert avec une rondelle de pomme et quelques minuscules feuilles de menthe à défaut d'avoir trouvé une feuille de verveine fraiche.
J'ai conçu depuis une version "asiatico-augeronne" de la célèbre boisson cubaine, très en vogue depuis les années 20 et qui me semble nettement plus réussie. Comme alcool je garde le Calvados. Comme tonic une limonade, mais quelle limonade ...
J'ai choisi Elixia qui est la plus ancienne limonaderie de France. Toujours fabriquée à Champagnole dans le Jura, selon la même recette qu'au XIX° siècle et avec le même matériel depuis 1856, sans colorants, ni arômes artificiels ou conservateurs. La présence de sucre de canne, une forte concentration de gaz et des arômes naturels de citron lui donnent un goût incomparable.

Comme herbe aromatique, je remplace la menthe par du basilic thai (attention, je ne garantis pas du tout le résultat avec un autre basilic) qui évoque de légères saveurs d'estragon, d'anis, de menthol et de girofle. Je décore avec une rondelle de pomme au lieu de l'habituel citron vert.

Ainsi accommodé le calvados demeure un produit d'émotion et de terroir, mais il gagne en modernité. A déguster avec modération comme de bien entendu. J'ai adoré avec un coeur de Neufchatel, AOC lui aussi, totalement adéquat en début de repas pour célébrer le 1er mai. La SNCF avait commencé avec quelques jours d'avance en distribuant les brins de fleur aux passagers en partance pour la Normandie en gare Saint-Lazare.
Je vous laisse ... je vais de ce pas planter ce basilic là sur mon balcon car je viens d'apprendre qu'il peut parfaitement s'acclimater dans nos régions ... et je sens que je vais en faire un usage intensif.

Cidre Pays d'Auge La Galotière - 61120 Vimoutiers
Calvados Morin - 10 ans d'âge - 27540 Ivry-la-Bataille

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