Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 12 décembre 2013

India Box ... le premier fast-food indien

Je croyais que cela existait déjà ... mais non ... C'est Arthur Saâda qui en a eu l'idée et le restaurant a ouvert il y a un tout petit peu plus de deux mois, non loin des Grands Boulevards que j'ai arpentés cet été, et qui m'ont donné l'occasion d'une série de billets.

Très exactement au 15 rue Manuel, 75009 Paris, presqu'au croisement de la rue des Martyrs. et j'en profite pour vous recommander de faire le plein de pain chez Rodolphe Landemaine tant le sien est divin ... tant pis pour les nans pourtant réussis dont Arthur va bientôt devenir le spécialiste.

Il a choisi le nom de India Box, en pariant sur le fait de servir les portions dans des boites et c'est à Sanjee, du blog Bollywood Kitchen, qu'il a fait appel pour créer les recettes qui sont réalisées par des cuisiniers tamoul un peu plus haut dans la rue.

La composition de chaque "box" est préparée directement devant le client qui choisit le riz qu'il préfère. Il y en a un parfumé et surtout coloré au curcuma qui est donc jaune clair ou foncé, selon le dosage. On ajoute ensuite poulet, sauce, épices, piment le cas échéant. Le prix est accessible et les plats sont simples et savoureux, dans l'esprit de la cuisine indienne, mais avec un peu d'adaptation aux palais locaux.

Sanjee a proposé 5 plats très différents dont 3 à base de poulet et 2 végétariens :

- Poulet tikka massala, le plat le plus relevé, pour les amateurs de sensations fortes
- Poulet korma crémeux à base de noix de cajou, pour les plus gourmands
- Poulet au lait de coco et coriandre fraîche, pour ceux qui préferent les plats tout en douceur
- Dahl et petites carottes, pour satisfaire les végétariens
- Curry végétarien, aux légumes de saison frais et fondants
C'était elle qui était là le soir de ma venue et qui servait avec sa bonne humeur habituelle.
  
L'espace est intime mais sympathique. On peut consommer sur place, dans une atmosphère contemporaine, d'inspiration indienne.
Mais on peut surtout emporter chez soi ... ou sur son lieu de travail, dans l'esprit des LunchBox dont un film s'est récemment fait l'écho et que je vous recommande tant c'est un petit bijou de dépaysement et de sensibilité.
C'est en découvrant la cuisine tamoul au Sri Lanka et dans la partie Sud de l'Inde que le jeune homme a eu envie de la partager avec les parisiens les plats les plus connus. Le piment est raisonnablement ajouté. Les amateurs seront orientés sur la recette Bombay qui est la plus relevée.

Coté boissons et desserts Arthur propose du classique pour rassurer la clientèle : des cookies, du coca. Il s'adapte aux goûts français mais bientôt le thé sera aussi à la carte.
Il ne le met pas en avant mais je vous le dis ... on peut aussi téléphoner 15 minutes avant de passer prendre sa box qui vous attendra toute chaude et fin prête.

Sur le site d'India Box on peut apprendre qu'il propose aussi un service traiteur pour préparer un buffet chaud "maison" de qualité, un corner épicerie ainsi que des cours de cuisine indienne. 

Et il m'a dit avoir aussi un projet de food truck. Je regrette simplement qu'il ne livre pas (pas encore ?) dans les tiffins traditionnels sous forme d'abonnement pour bénéficier de ces contenants en inox.

India Box, 15 rue Manuel, 75009 Paris
Ouvert 7 jours sur 7 : 12h-15h et 19h-23h

Vous pouvez aussi passer commande au 01 73 70 76 71. La livraison sera gratuite et elle est effectuée par scooter électrique.

mercredi 11 décembre 2013

Robert Doisneau à Campredon centre d'Art de l'Isle-sur-la-Sorgue jusqu'au 8 février 2014


(mise à jour 31 décembre 2013)

Pour le grand public Robert Doisnau est le photographe du Baiser de l'hotel de ville ou d'écoliers malicieux. Pour les connaisseurs il est celui que Vogue ou Fortune payait un pont d'or pour sublimer les modèles de Dior, tirer le portrait de Picasso ou de richissimes américains.

D'un coté le pur bonheur, saisi dans son instantanéité. De l'autre le paradis factice, et le rêve imposé.

Il exerçait deux métiers. L'homme public était photographe de mode, acceptant des travaux alimentaires pour faire vivre sa famille. L'homme privé pratiquait, presque en amateur, une sorte d'anthropologie des éreintés.

Il a toute sa vie été tiraillé entre le désir, non pas de s'élever socialement mais de vivre dans des lieux d'exception. Et c'est en l'écoutant parler de son métier que j'ai compris le message que son oeuvre nous transmet.

Il aurait voulu vivre la vie de château. Pas pour se la couler douce. On le constate dans les clichés qu'il a faits à Palm Springs en 1060. Le luxe y est au mieux kitchissime, au pire ridicule. Même le milliardaire le plus digne, celui du Miroir de la salle de bains, suinte le désœuvrement, la vacuité ...
La vie de château ç'aurait été pour apprendre l'astronomie, la philosophie, la musique. Le destin n'a pas voulu cela pour le jeune Robert qui a passé ses jeunes années dans les ruisseaux de Gentilly et les rues populaires qui étaient les terrains de jeux des bandes d'enfants. Il n'y était donc jamais seul. Et tous les enfants qu'il a immortalisés plus tard sur les pavés mouillés ou devant les façades lézardées font figure d'autoportraits.

Quand il parlait de sa jeunesse, Robert Doisneau estimait qu'il n'avait pas eu l'enfance qu'il méritait. Du coup il avait envie que les choses changent pour tous ceux qu'il désignait sous l'expression des éreintés de la vie.

Alors, inlassablement, dès qu'il parvenait à se libérer de ses obligations alimentaires, il partait à la recherche des sans logis, des anciens taulards, des tatoués, des souteneurs, des prostituées... qu'ils appelaient les infirmières de l'amour. C'était le plus souvent le soir. Il pouvait attendre des heures s'il le fallait que se présente le bon moment pour immortaliser l’aura des petites gens. C'était tout ce qu'il pensait pouvoir faire et c'était déjà quelque chose.

Jamais Robert Doisneau n'a volé une âme. Il revenait le lendemain dans le bar où il avait fait des photos la veille pour déposer un tirage à l'attention des héros anonymes, comme on dit aujourd'hui. La légende des clichés indiquait toujours leur prénom ou leur nom.
Leçon de subjectivité photographique
Robert Doisneau a beaucoup photographié la banlieue grise. Il y voyait une juxtaposition de décors de rajouts, de creux et de déboulis qu'il avait en horreur. Mais il ne cessait de les arpenter. Et quand il pensait en avoir fini il suffisait que Blaise Cendrars lui réclame des clichés de la cote de Villejuif ou des baraques de gitans pour qu'il se remette en route.

Il préférait travailler en solitaire, un peu en cachette, et sans demander d'autorisation pour officier dans les lieux publics. C'est en n'ayant pas de témoin qu'il pouvait réaliser les meilleurs clichés. Il délimitait un cadre, qu'il nommait "mon petit théâtre" et il attendait que les gens viennent se mettre dedans, un peu comme l'araignée guette ses proies. Jacques Prévert avait sa propre formule : Robert installait son miroir à alouettes, sa piégerie de braconnier.

Il pouvait ainsi patienter deux heures jusqu'à ce que la fatigue le pousse à songer à abandonner la planque ... En général il patientait encore quelques secondes et la malice voulait qu'alors il se passe quelque chose, faisant coïncider le cadre et la scène.
Il se défend d'avoir mis en scène ses prises de vue même s'il lui arrivait de demander aux protagonistes de reprendre leur position pour immortaliser une nouvelle fois l'instant furtif construit, selon sa propre expression. Il justifie sa position par le fait qu'il était là "avant" le bon moment, par une sorte d'anticipation. Ce fut le cas bien entendu pour le fameux Baiser de l'hôtel de ville, réalisé pour une commande de Life, en 1950 et qui deviendra sa photo la plus célèbre. C'est un tirage moderne que vous découvrirez sous vitrine dans la dernière salle de l'exposition, sous une vitrine à coté d’épreuves vintages.
A coté des clichés célèbres on en découvre de moins connus comme le Cheval tombé (1942) par un hiver d'une dureté incroyable ou Liqueurs - Gentilly (1943) ou encore le Manège de Monsieur Barré (Paris - 1954) sous une pluie battante.
Il a photographié la guerre et la Libération.  A ce moment là sa pellicule ne lui permettrait de ne réaliser que 20 clichés. Pour chacun il s'interrogeait : cela vaut-il le coup ? N'oublions pas qu'alors on travaillait sur argentique et qu'on ne pouvait pas effacer une prise. Plus tard il sera heureux de n'avoir pas osé refuser aux militaires les photos qu'il a prises et qui ont pris une valeur de témoignage en raison de la rareté de tels clichés qui témoignent de leur jeunesse, de leur armement, de leurs trombines ... 

S'il affirme avoir travaillé seul, il eut toutefois des poissons pilote pour le guider dans ses pérégrinations et il fit des livres avec chacun d'eux. Robert Giraud, son compagnon explorateur des zincs, Blaise Cendrars, qu'il rencontra à Aix-en-Provence et qu'il surnommait le menhir, Jacques Prévert qui lui fit découvrir le Canal Saint-Martin, un quartier qu'il trouva exotique comparativement à la banlieue sud. Il fut fasciné par les engrenages des "roues de la fortune" du Pont de Crimée.

Les formules de Jacques Prévert le ravissaient. Il adora courir avec lui dans les rues avec un manteau de fou rire. Il l'approuvait quand il lui faisait remarquer que les quartiers les plus pauvres ont les plus jolis noms. Il l'admirait pour son irrespect nécessaire.
C’est à l’Atelier Doisneau – l’ancienne maison familiale de Montrouge – que sont organisées et gérées les archives par les deux filles de Robert Doisneau, Annette et Francine. La commissaire de l'exposition Agnès Sire y a choisi les clichés de l'exposition parmi un fonds de 450 000. Elle salue la grande ouverture d’esprit et l'enthousiasme avec lequel ce projet a été accueilli, peut-être parce que son approche de l’œuvre n'était pas classique.

Le choix des clichés témoigne du goût du photographe pour les plans d'ensemble et en plongée, ce qui provoque un effet mélancolique, voire dramatique. Ci-dessous Le lancer de tracts (1944).
A quelques exceptions les tirages qui sont accrochés à Campredon sont des tirages d'époque. Il travaillait au format 6 x 6 dans la plupart des cas. Les images étaient recadrées ensuite pour s’adapter aux pages des publications. Une image peut se présenter sous de multiples versions, bien que tirées par l’auteur, et rarement bien sûr dans son format carré initial. La conception du fameux "rectangle" a fait couler beaucoup d’encre.

Amené à faire le bilan de son oeuvre Robert Doisneau estimait qu'il n'avait qu'égratigné certains sujets. Il a regretté de n'avoir pas témoigné sur les conditions de vie des mineurs, des pêcheurs, d'avoir effleuré celles des ouvriers. Il travaillera pour Renault 5 ans à partir de 1934, à une époque où il n'y avait ni garages à vélo, ni douches (les visages sont très noircis de poussière) et où le cadre de travail était encore médiéval.

Il devait photographier les chaînes de montage et ce travail ne le réjouissait pas. Curieusement il appréciait de s'évader avec quelques dactylos en les faisant jouer les actrices dans les lieux à la mode du Bois de Boulogne pour en ramener des clichés publicitaires.

Finalement Robert Doisneau a toujours été tiraillé entre deux mondes.

Palm Springs photographiés comme une banlieue
Depuis l’après guerre Robert Doisneau a travaillé régulièrement avec la presse américaine, le New York Times, Life ou Fortune. Ses images sont également entrées au Musée. En 1948 il a participé à une exposition sur la photographie française à New York avec Edouard Boubat, André Papillon, Willy Ronis. En 1951 c’est au prestigieux MoMA de New York qu’il est exposé en compagnie de Brassai, Willy Ronis, Henri Cartier-Bresson et Izis.

Ce n'est pourtant que le 19 novembre 1960, qu'il va traverser l’Atlantique pour réaliser un reportage pour le magazine Fortune. Thème du reportage : la construction de golfs à Palm Springs, refuge des riches retraités américains dans le désert du Colorado.
Au delà de l’empiètement des greens sur un territoire aride, il dresse un portrait amusé d’une planète artificielle repeinte aux couleurs les plus suaves. Il utilise tout à tour un Rolleiflex, un Leica et un Hasselblad et, pour la première fois se sert de la pellicule couleurs à des fins résolument esthétiques.

Il est probable que s'il avait continué à employer du noir et blanc le coté artificiel de ce paradis n'aurait pas eu la même intensité.

Trente tirages de cette série réalisés sous diasec ou contrecollés sur dibon à la manière de la photographie la plus contemporaine sont accrochés sur des murs repeints en rose vif pour l'occasion et pour faire contraste avec la centaine de photos des salles précédentes.
Ce Pêcheur au gros cigare n'est pas nécessairement une icône du bonheur. Il suffit de regarder la ligne d'horizon qui, comme sur la photo précédente, témoigne de la faible profondeur de champ du "paradis".
Cette Voiture blanche et pinceau ne manque pas d'humour. on reconnait le regard Doisneau en s'interrogeant sur le nombre de minutes d'attente pour capter cet instant. Vue de loin elle intrigue, évoquant presque un oiseau ... C'est l'affiche de l'exposition.
Les cygnes gonflables sous le regard du surveillant de baignade sont drôles mais ils dégagent une forme de pathétisme.

Doisneau sombre et invisible
La sélection de 100 épreuves originales noir et blanc, intitulée "Du métier à l’œuvre", a été créée en 2010, pour la Fondation Henri Cartier Bresson sous le commissariat d’Agnès Sire. Choisies parmi les trésors de l’Atelier Robert Doisneau, ces images ont été réalisées entre 1930 et 1966, à Paris et dans sa banlieue.

Cette œuvre est sombre, à commencer par ses premières images, comme Les pavés (ci-dessus à gauche) réalisés en 1929 et La chambre de Gentilly, prise en 1930, (qui ici est un tirage 2011), où l’apprenti photographe dénonçait déjà l’univers petit-bourgeois qu’il exécrait. D'une grande timidité il préférait alors photographier les objets de la rue, les lanternes et les chantiers. Un peu plus tard il osa s'approcher des enfants. Son intérêt pour les adultes vint encore plus tard.
On retrouve les clichés légendaires pris aux Halles de Paris, au Pavillon de la viande en 1955, ou ceux du Bal du 14 juillet à la Bastille, ainsi qu’un choix de portraits célèbres d’enfants et de personnages pittoresques que le photographe a rencontrés au gré de ses déambulations : "Le petit tzigane de Montreuil", "L’enfant papillon", "Coco", "Richardot", et "Mademoiselle Anita" ... (ci-dessous)
Il aimait beaucoup cette photo prise à La Boule rouge en 1951. Anita y était une jeune femme presque insignifiante jusqu'à ce qu'il ose lui demander d'enlever son boléro, laissant apparaitre une chrysalide. C'est un des rares clichés où on aperçoit la silhouette du photographe dans le miroir. Car jamais il n'acceptait de se montrer.

C'est celle-ci qui fit la une de Libération le 1er avril 1994 pour annoncer son décès avec comme titre : Anita est seule désormais.

En complément de l'exposition il faut voir le film de Patrick Jeudy, "Robert Doisneau, tout simplement", édité en 2012 aux éditions Montparnasse. On y entend la voix de Doisneau commenter ses principaux clichés, environ 700, dont certains se trouvent en ce moment à Campredon. Je n'en ai vu que la première moitié lors de mon passage au Centre (il ferme à l'heure du déjeuner) mais j'ai eu la chance de le trouver en médiathèque ensuite et de terminer le visionnage. C'est passionnant et je vous le recommande. C'est un cadeau intelligent.

... humaniste et ... facétieux aussi
L'homme discret qui se montrait si peu avait mis ses compétences de graveur au service de la Résistance en faisant de nombreux faux papiers. Il était aussi capable de beaucoup d'humour comme en témoigne le montage ci-dessous (1962), posé sous vitrine à coté du Baiser.
Il adorait les trucages et excellait dans les photographies publicitaires.

Campredon est un centre d'art tourné vers l'art contemporain. On a pu y voir les peintures d'Hervé Di Rosa, les oeuvres d'Anne et Patrick Poirier. Parmi les 3 expositions annuelles il y a systématiquement un accrochage de photographies. Sarah Moon, Denis Brihat, Henriette Grindat ont ainsi précédé Robert Doisneau avec cette exposition qui fut inaugurée à la Fondation Cartier.
Le centre est installé dans L’hôtel Donadéï de Campredon, une demeure du XVIIIe siècle en partie protégée au titre des Monuments Historiques depuis 1979. Elle a été édifiée en 1746, le long de l’actuel quai Frédéric Mistral, pour Charles-Joseph de Campredon, issu d’une vieille famille de propriétaires terriens dont les origines remontent au XIVe siècle.

Les plans en furent commandés à Esprit Joseph Brun, appelé aussi Brun Cadet, devenu en 1736 le gendre de Jean-Baptiste Franque. Architecte l’islois de très grande qualité, on lui doit de nombreuses réalisations à L’Isle-sur-la-Sorgue, mais aussi à Aix-en-Provence et à Marseille dont le château Borely.

Robert Doisneau, Du métier à l'œuvre // Palm Springs, 1960
Exposition du 26 Octobre 2013 au 8 Février 2014

Autour de l'exposition :
- Projection à l'auditorium du film de Patrick Jeudy, "Robert Doisneau, tout simplement" (67')
- Ateliers photo, animés par Christine Cornillet, les samedis 16, 23, 30 novembre et 7 décembre à 10h00
- Visites pour les scolaires le jeudi à partir du 14 novembre à 9h, 10h, 14h et 15h
- Visite enseignants le mercredi 6 novembre à 14h
- Visite guidée les samedis 9 novembre et 7 décembre 2013 ; 11, 18, 25 janvier 2014 à 15h00

Campredon Centre d'art, 20, rue du Docteur Tallet
BP 50038 – 84801 L'Isle-sur-la-Sorgue cedex 01
Tél. 04 90 38 17 41
L'Isle-sur-la-Sorgue est aussi connue pour ses antiquaires et brocantes, cent cinquante à ce qu'on m'a dit. De quoi meubler et décorer tous les types d'intérieurs.

lundi 9 décembre 2013

Le sapin de Noël dans la rue Traversante de l'Onde à Vélizy (78)

L'Onde respecte la tradition du sapin de Noël mais en la revisitant artistiquement chaque année. Françoise Doléac avait fait un travail remarquable il y a deux ans.

La version 2013 du sapin de Noël de l’Onde a été conçue par Olivier Vadrot, un designer et scénographe qui a détourné l’arbre le plus emblématique de notre enfance.

Il en a fait un lieu pour s’amuser, ... puisqu'on peut s'installer à l'intérieur  pour se laisser compter des histoires et pour rêver Noël.

L'installation a pris place dans la rue traversante et sera accessible jusqu'à la fin du mois.

L'arbre d’Olivier Vadrot est une structure textile tendu pénétrable, mis en tension par un grand banc circulaire où l'on peut s'asseoir presque confortablement. Le sapin-cabane sera investi par les enfants (et quelques adultes) par petits groupes à l’heure du conte.
Un partenariat avec la Maison du conte de Chevilly-Larue et la Médiathèque de Velizy-Villacoublay a fait de la troisième édition du festival Fête des Mômes une sorte d'avant fête de Noël qui était adressée en journée aux tout petits à partir de 18 mois, et le soir, aux familles dès 6 ans.

Cette courte manifestation s'est déroulée sur les trois premiers jours et si vous l'avez manquée programmez la tout de suite pour décembre 2014. Vous ne direz pas cette fois que je ne l'aurai pas annoncée suffisamment tôt.

La Maison du conte de Chevilly-Larue assure la direction artistique en proposant un choix de spectacles contés et la Médiathèque de Vélizy-Villacoublay accueille les enfants dans un espace cosi offrant un grand choix de livres, d’ateliers ludiques et co-anime le Bar à son au café de l’Onde.

Le sapin de Noël reste pour vous "consoler" pendant les vacances...

Le mien sera plus classique ... voire même ultra classique puisque pour la première fois ce sera un "vrai" sapin.
Et puis la pièce centrale de l'exposition l'Archipel des Images (Entrée libre), nommée l'Ile aux images, est toujours visible jusqu'au 14 décembre,. Elle offre une nouvelle lecture et une redistribution des images du fonds Jules Maciet, conservé à la Bibliothèque des Arts décoratifs de Paris, dans un esprit qui évoque les expositions entomologistes des musées d'histoire naturelle.
Micro Onde, Centre d'art de l'Onde, 8 bis avenue Louis Breguet 78140 Vélizy-Villacoublay 
Du mardi au vendredi de 13h à 19h, le samedi de 10h à 16h
et 1h avant chaque représentation
fermeture dimanche et lundi

dimanche 8 décembre 2013

Tapenade et croquant, alliance gagnante

Il y a quelques jours j'imaginais une entrée festive pour les fêtes de fin d'année en travaillant le saumon fumé de manière un peu inhabituelle.

Je suis allée un peu plus loin en associant salé et sucré de façon peu conventionnelle pour des petites bouchées que j'avais présentée avec ce plat.

J'adore la tapenade que l'on peut préparer de diverses manières comme je vous le disais à mon retour du dernier Salon du blog culinaire de Soissons.

Je vous rappelle la recette de base : 150 grammes d'olives (pesées dénoyautées), 1 cuillère à soupe de câpres rincés, 1 pincée de poivre, des herbes de Provence et une bonne huile d'olive comme celle de Nyons.

On peut ajouter du citron vert, des amandes ... dans la tapenade verte. Et dans la noire des pruneaux, des noix, ou même des tomates séchées.

Pour la servir on a le choix entre divers pains ou biscottes. Mais ce que je préfère ce sont les petits croquants aux amandes du Père Craquant.

Cette biscuiterie fait partie des Fabricants de Biscuits & Gâteaux de France, qui regroupent une soixantaine de PME régionales et entreprises nationales leaders ... On trouve d'ailleurs sur leur site des idées de recettes, soit à partir des biscuits, soit pour les faire soi-même. Installé depuis 1924 à Saillans, dans la Drôme provençale, le Père Craquant fabrique des  petits fours secs avec des amandes.

L'accord avec une tapenade, nature ou enrichie d'ingrédients complémentaires est une surprise gourmande ... et ultra rapide à préparer.

Les biscuits constituent d'intéressantes alternatives pour changer les préparations habituelles. Ils sont souvent mis à contribution pour des crumbles de dernière minute ou constituer le fond d'un cheesecake. Mais on peut aussi penser à eux pour des amuse bouche plus simples.

samedi 7 décembre 2013

The Lunchbox, de l'Indien Ritesh Batra, enfin en sortie nationale

Le film de de Ritesh Batra, The Lunchbox, est un régal. Le jeu de mots est trop tentant.

Il avait été présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la Semaine de la critique.
Chaque matin, Ila cuisine, elle se met en quatre, en dix, pour préparer des plats variés et savoureux. Et chaque midi, elle confie le repas à un livreur chargé de les distribuer par dizaines à diverses entreprises. Chaque soir, elle attend de son mari des compliments qui ne viennent jamais. Forcément : par une erreur a priori impossible à imaginer dans ce système hyper-organisé, le mari reçoit une nourriture fade qui l'exaspère. Du choux bouilli ou farci en permanence, qui ne provoque pas le même effet que la cuisine d'Ila.

C'est un futur retraité, un peu ronchon, qui reçoit le panier repas et l'apprécie fort. Conscient de la méprise, il laisse, un jour, un mot dans une des boites. Ila lui répond. Une relation épistolaire s'instaure...
Vous connaissez le bento, popularisé par les blogs de cuisine depuis 2 ans. Vous allez découvrir l'équivalent indien,  une lunchbox toute simple, en inox, avec un système de clipsage astucieux, qui est transportée verticalement dans un sac isotherme, un peu comme un thermos. On y trouve traditionnellement le riz, les Chapatis, le Dal, un légume et des pickles. 


A Bombay où les entreprises n'ont pas de cantine, chacun se fait livrer son déjeuner sur son bureau. C'est une femme de la famille qui l'a préparé ou un restaurant où on l'a commandé et cela fait 120 ans que tout est acheminé par coursier spécial, les Dabbas. Il faut les voir transporter leurs chapelets de boites par tous les temps.

Je ne vais pas vous raconter davantage l'histoire pour vous convaincre même si le scénario est subtilement ficelé, avec une fin qui n'est pas malheureuse sans être la happy end à laquelle on pourrait s'attendre.

Ce que j'ai aimé ? Découvrir Bombay, ses transports en commun surbondés qui relèguent très loin les ennuis que l'on connait dans le RER B. Réaliser combien nous avons tort, là encore, de nous plaindre de "nos" cantines alors que nous avons la chance qu'elles existent.

J'ai beaucoup apprécié ce voyage en ville inconnue. Dans un pays qui est loin cette fois des clichés bollywoodiens. Le réalisateur sait capter les instants à la manière d'un documentaire. Les dialogues sont à entendre en V.O. pour comprendre l'importance de l'anglais (et du français) dans les conversations.

Les rapports hommes-femmes, la relation hiérarchique, les différences générationnelles sont abordées sans que nous ayons l'impression d'entendre des leçons. C'est très intelligent, poétique, nostalgique. Et pourtant il y a de l'énergie et quelque chose qui promet le bonheur.

Bref. The LunchBox est à l'instar de la cuisine indienne : un mélange de saveurs opposées et il serait dommage de s'en priver.

Le film sort sur les écrans le 11 décembre. Notez le ! Et d'ici là je vous encourage à vous entrainer à la cuisine indienne en préparant des chapatis et des parathas comme je l'avais fait il y a quelques semaines. Les recettes sont au milieu de cet article.

jeudi 5 décembre 2013

Un burger de foie gras pour le dessert de Noël

Hier je vous donnais ma manière de cuisiner le saumon fumé dans le cadre d'un défi avec des produits imposés. J'ai aussi tenté de revisiter le foie gras.

Je vous disais que la découverte des sirops Meneau avait été décisive en me permettant d'avoir plusieurs déclics. Pour le saumon ce fut une vinaigrette rehaussée d'un sirop de thé vert.

Comme la tendance du moment est au trompe l'oeil j'ai eu envie de réaliser un mini burger qui aurait une allure de plat mais qui serait en réalité un dessert.

J'avais les nonettes Marque repère et la confiture de figues, elle aussi Marque Repère, comme produits imposés. Cette nonette est fabriquée par la maison Mulot & Petitjean qui est "la" spécialiste des pains d'épices. Autant dire que vous pouvez prendre le paquet les yeux fermés. Il n'y a pas meilleur, si ce n'est dans la boutique de la marque mais il faut pour cela aller à Dijon.
La nonette est un pain d'épices contenant un insert de confiture d'orange. Elle est presque un trompe l'oeil à elle seule. Ce sera le pain du burger.

J'ajoute de la roquette, une boite de mangue au sirop (mais j'aurais pu prendre de la fraiche), un oignon blanc, un oignon rouge et quelques litchis puisque ce sont des fruits de saison. Vous aurez aussi remarqué la bouteille de sirop Fruits du Verger de Meneau, un mélange parfait à mi-chemin entre pomme, poire et prune verte.
S'agissant du foie gras j'ai entendu, moi aussi, la polémique qui agite les rédactions en ce moment mais le foie gras Marque Repère est rassurant parce que c'est un foie gras de canard entier (le mot a une importance capitale) du Sud-Ouest (et non d'importation) et travaillé à l'ancienne.
Comme "patty" je prendrai une simple tranche de foie gras, un peu épaisse.
En guise de condiments deux compotées d'oignons caramélisés avec du sirop Fruits du verger Meneau. La première avec des oignons blancs, la seconde avec un gros oignon rouge.
Une tranche de mangue donnera l'illusion d'un carré de cheddar.

Quelques feuilles de roquette assureront la verdure indispensable.

On terminera avec un demi-litchi (parce qu'il est essentiel de le dénoyauter) transformé en mini pomme d'amour dans un caramel rehaussé de sirop de vanille Meneau et de quelques gouttes de colorant rouge.
De haut en bas on a :
- la moitié inférieur d'une nonette
- une cuillère à soupe de compotée d'oignons blancs (refroidie)
- une tranche de foie gras
- une tranche de mangue
- quelques feuilles de roquette
- la moitié supérieure de la nonette
- le litchi d'amour traversé d'une pique qui bloque l'ensemble
On propose à chacun de la compotée d'oignons rouges, soit nature, soit mélangée tant pour tant avec de la confiture de figues.
Pour retrouver la recette de salade thaï au saumon cliquer sur la photo.

mercredi 4 décembre 2013

Une salade thaïe pour le Réveillon

On m'avait proposé l'an dernier d'imaginer un repas de Noël à moins de 5 € par personne, avec des produits Marque repère, sans me fixer d'autres contraintes. J'avais l'entière liberté du choix des produits pourvu que l'addition n'excède pas 20 € pour une famille de 4 personnes.

Cette fois le défi est inversé. Les produits sont imposés et il faut créer deux recettes de Noël (entrée/plat ou plat/dessert), pour les sublimer. L'exercice était plus difficile. Comment sortir des sentiers battus avec du saumon, du foie gras et du champagne ? J'ai longtemps cherché une idée ... jusqu'à ce que je découvre les sirops Meneau qui m'ont permis d'avoir plusieurs déclics.
Commençons par le saumon aujourd'hui.

Je l'ai traité en entrée, mais façon thaïe, soit en rouleau de Noël, à l'instar du rouleau de printemps comme vous le voyez sur la photographie ci-dessus, soit en version salade, plus classique en terme de présentation.

Tout l'intérêt de la recette c'est le mélange des saveurs et des textures :

- du pamplemousse rosé, pelé à vif,
- de l'avocat (de préférence juste avant qu'il ne soit à maturité) émincé, et qui aura un croquant proche d'une papaye verte
- des pousses de soja qui apporteront une autre forme de croquant
- de la pomme verte, en touts petits dés
- de la roquette, pour son amertume
La sauce est particulière avec un mélange de vinaigre de cidre, d'huile d'olive, de jus de citron vert et de sirop de thé vert à la menthe nanah Meneau. Je recommande d'employer tous ces éléments à proportions égales mais il est important de gouter et d'adapter à son palais. A mon avis il est inutile de saler ou de poivrer. Par contre on peut ajouter du gingembre râpé à la microplane, de l'aneth et du basilic thaï.
Une fois tous les ingrédients assaisonnés on dépose le saumon fumé coupé en lanières sur le dessus du saladier (ou des ramequins individuels).

On propose en accompagnement, comme cela se pratique en Thaïlande, des cacahuètes hachées que l'on saupoudrera sur la salade au moment de déguster.
On peut réaliser une présentation plus surprenante avec une galette de riz, à l'instar du rouleau de printemps.

Dans ce cas on humidifiera la galette avant d'y déposer cette fois en premier une belle tranche de saumon qui restera entière. On ajoutera les autres ingrédients (assaisonnés au préalable) sans oublier les herbes aromatiques, aneth et basilic thaï.

On roule soigneusement et on sert avec la sauce dans une coupelle et un supplément de cacahuètes pilées. Et on peut ajouter quelques tartines croquantes de tapenade. Çà, c'est un petit secret de plus que je vous révèlerai bientôt.

Demain je vous dis comment je travaillerai le foie gras. Voici déjà la photo du plat et il suffit de cliquer dessus pour découvrir ma manière de le cuisiner. Bon appétit !

lundi 2 décembre 2013

Laurent Jeannin livre ses Pâtisseries au fil du jour chez Solar

Le format est inhabituel et le poids aussi. Le chef pâtissier de l'Hotel Bristol, Laurent Jeannin, nous livre ses recettes dans un très beau livre dont les textes ont été écrits par Emmanuelle Jary.

Etant très sensibilisée à la photographie culinaire depuis la remise des Lentilles d'or je vais tout de suite saluer le travail de Virginie Garnier dont je n'avais pas cité le nom dans mes chroniques de She's cake, la Cuisine du Cambodge, un Brunch à New-York, Cantine California ...

C'est elle aussi qui signe les clichés des 55 recettes traditionnelles japonaises du Tokyo de Loïc Hanno, sorti chez Hachette au mois d'octobre dernier.

Pour le chef du Bristol, chaque photo de dessert est exécutée en plongée sans pour autant écraser le sujet. La couverture en témoigne : le lecteur est placé au-dessus de l'assiette comme s'il était l'invité du repas. La cuillère est à portée de main ... au cas où.

Les couleurs éclatent. Cela fait envie, très envie. Et pourtant il n'y a aucun décor pour parasiter l'oeil. Même l'assiette (à une exception près) s'est évanouie au profit d'une évocation en motif de broderie.

Le chef se fait aussi discret, photographié en noir et blanc. A peine a-t-il noué le tablier, sur la page opposée au Sommaire qu'il nous embarque sur son chemin le temps d'une journée type. Et commencer par les gourmandises du petit-déjeuner est une excellente idée.

Celui qui a été élu meilleur pâtissier de l'année en 2011 ne craint pas de tomber de son piédestal. Il démarre les leçons en nous initiant au Granola, au croissant, à la brioche. Il poursuivra avec simplicité au moment du goûter avec des cookies (mais crousti-fondants), des sablés (mais diamants) ou des madeleines (mais glacées au citron vert p. 94). La nage de pêches qu'il propose (p. 150) est d'une simplicité désarmante. Comme cela fait du bien de constater qu'on peut être un grand chef et ne pas s'enferrer dans le compliqué.

Il y a parfois quand même des questions qui surgissent. Par exemple à propos du streusel qui est une sorte de croute comme celle qui recouvre un crumble et qu'on peut employer en petits morceaux pour agrémenter ou décorer un dessert. Laurent Jeannin le réalise au chocolat et à la cannelle. Il figure en deux endroits dans le livre (p. 165 et 182). Les quantités d'ingrédients diffèrent, mais dans les mêmes proportions, ce qui est jusque là logique. Par contre dans la première recette il est cuit, pas dans la seconde et on peut se demander s'il y a eu un oubli.

Ce n'est que dans les dernières pages que surgiront les desserts d'exception qui ont construit sa réputation d'esthète.

Même le Nyangbo (p. 158) sembleront à notre portée parce que pour chaque recette un peu complexe une série de photos retrace l'essentiel du pas à pas sous l'intitulé "les bons gestes". C'est rare à ce stade de sophistication de lire des recettes réalisables et c'est à saluer.

Je m'interroge sur la motivation de Laurent Jeannin. A nous révéler ainsi ses tours de main, ne court-il pas le risque que nous n'allions pas déguster ses spécialités au Bristol ? A moins qu'il ne nous donne justement l'envie de venir d'abord les gouter pour en mémoriser les saveurs avant de tenter de les reproduire.

Par contre on se demande pourquoi les photos sont miniatures, à la quasi limite de la visibilité. Pourquoi aussi les astuces (si judicieuses) sont dans une couleur de police gris clair ? L'ouvrage n'aurait rien perdu de son allure élégante avec une typographie d'une police nettement plus grosse. L'espace (vide) est un luxe qui aurait été un peu minoré, mais le confort de lecture y aurait énormément gagné.

Quand on connait le surnom du chef, oeil-de-lynx, on s'étonne qu'il faille une loupe pour le lire.

Quoiqu'il en soit je ferai cet effort tant la promesse de régal est élevée. Ses soufflés au chocolat (p. 64) seront mes desserts de Réveillon. Voilà c'est dit. C'est promis.

Pâtisseries au fil du jour de Laurent Jeannin chez Solar, novembre 2013

dimanche 1 décembre 2013

Casse-tête chinois de Cédric Klapisch

J'ai peine à croire que les Poupées russes ont 10 ans. Je m'en souviens comme si c'était hier ... Mais j'eus beau chercher dans les archives du blog je n'ai pas trouvé trace d'une chronique. Et pour cause, le blog n'existait alors pas encore.

Xavier a maintenant 40 ans (il ne les fait pas ...). On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L’Auberge Espagnole (2002) et dix ans après Les Poupées russes  (2005).
La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…
Je suis allée voir le film avec un a priori positif et j'en suis ressortie satisfaite. Ce n'est sans doute pas le film du siècle (ni même celui de l'année) mais il est bien construit, avec un dosage mesuré entre les clins d'oeil aux films précédents et les situations qui s'inscrivent dans les problématiques sociétales actuelles.

Avoir vu L'Auberge espagnole ou Les Poupées russes n'est absolument pas un préalable indispensable. Pas davantage qu'il faille n'avoir manqué aucun film de Claude Lelouch pour apprécier le dernier. La référence n'est pas anodine. Il y a du Lelouch chez Klapisch : la récurrence des personnages, la fidélité aux acteurs, l'importance de la famille et des enfants, les ralentis ...

Après Paris, Barcelone, Londres et Saint-Petersbourg, Romain Duris et ses compagnons quittent cette fois-ci l'Europe pour visiter New York. Hormis quelques plans magnifiques sur la skyline, on ne verra pas la grande pomme que l'on connait, mais son quartier chinois et des rues plutôt banales ... de notre point de vue parce que le réalisateur a filmé la ville dans laquelle il avait étudié il y a 25 ans sans tomber dans les poncifs habituels.

J'ai lu de méchantes choses qualifiant Casse-tête chinois de "suite improbable pour des héros fétiches". Certes, les personnages ont très peu gagné en maturité. Dans la vraie vie aussi on constate qu'avoir des enfants ne rend pas adulte (que l'on soit hétérosexuel ou homosexuel d'ailleurs) et Klapisch parle aussi de çà, de la difficulté à organiser sa vie,­ malgré les divorces et les recompositions familiales, tout en parvenant à se réaliser ...

Il est question de paternité, d'éducation, et de difficulté à exister. Rien d'excitant, il nous en prévient très vite : "Le bonheur, c'est chiant pour la fiction". Klapish parvient malgré tout à dérouler un fil qui retient notre attention jusqu'à la fin.

Mine de rien ce sont les enfants qui comprendront le mieux la situation.

Il commence par un gros plan sur les yeux de Xavier (Romain Duris), un écran blanc que l'on met quelques secondes à relier à celui de l'ordinateur avec un tiret d'insertion gigantesque. Des images du père courant (il courra beaucoup) avec ses deux enfants sur South Street s'intercalent en ralenti. La construction s'articule un peu à l'instar d'un générique de film d'action.

Arrive la question existentielle essentielle de Klapisch sur la vie, sa vie (celle de Xavier) qui au lieu d'aller d'un point A à un point B ... avoue avoir le problème du point B, en toute logique, sinon il n'y aurait pas de film(s).

On a donc droit à l'incursion de philosophes pour alimenter le débat. Le surgissement de Schopenhauer n'est pas surprenant. Déjà en 2011, à la sortie de Ma part du gâteau, (film que j'ai brièvement chroniqué) Cédric Klapisch citais cette phrase à propos du vieillissement, et que l'on retrouve intacte dans son dernier film: "La vie est comme une broderie. On passe la première partie du côté extérieur de la broderie et c'est très joli. On passe la seconde moitié de l'autre côté. C'est moins joli, mais on voit comment sont placés les fils."

Il rappelle plus tard le point de vue de Hegel sur le néant : "Tout néant est néant de ce dont il résulte". Il nous promet aussi Cyrulnik mais je ne l'ai pas entendu ...

Il est amusant de revoir les personnages principaux à différents âges. Cécile de France est celle qui a le plus changé. Autre lien cette fois musical, on entend à intervalles réguliers quelques mesures des Poupées russes que Loïk Dury  a composé pour Kraked Unit. Le film n'est pas pour autant autocentré sur les précédents. La référence au morceau de Duke Ellington, Take the A train en est une illustration. Comme la répétition de la scène de sport en plein air des chinoises. Le réalisateur, comme son personnage écrivain, se doit "d'aller à la rencontre des fantômes du futur, et pas du passé".

N'empêche que Xavier se décidera (enfin) à poser ses valises une fois qu'il aura trouvé la preuve que ses propres parents se sont vraiment  aimés. Quant à sa nouvelle (ancienne) compagne c'est le constat d'avoir eu sa "dose de paf dans la gueule" qui la convainc que tous deux pourraient redevenir heureux. Nous sommes en plein débat : l'amour a-t-il besoin d'inconnu ou de sécurité ?

On notera la présence de Klapisch lui-même dans un petit rôle (de photographe) et de Benoît Jacquot dans celui du père de Xavier.

Franchement hyper drôle, la négociation d'Audrey Tautou en chinois sans qu'il soit besoin d'avoir un sous-titrage pour le comprendre. La comédienne a poussé le professionnalisme jusqu'à prendre des cours de chinois, deux heures par jour pendant six semaines.

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