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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 20 octobre 2023

Mark Rothko à La Fondation Vuitton

C’est la première rétrospective en France consacrée à Markus Rothkovitch, dit Mark Rothko (1903 en Lettonie-1970 à New-York) depuis celle du musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1999 et c’est encore) à la volonté de Bernard Arnault que l’on doit le bonheur de la voir à la Fondation Vuitton depuis avant-hier et jusqu’au  2 avril 2024.

Son équipe est parvenue encore une fois à réussir une prouesse, celle de réunir quelque 115 œuvres provenant des plus grandes collections institutionnelles et privées internationales, notamment de la National Gallery of Art de Washington, de la Tate Gallery de Londres et de la famille de l’artiste.

Plus je progresserai dans l'exposition plus je comprendrai que la similarité n'est qu'apparente. Elles sont toutes radicalement différentes. L'accrochage répond au voeu de l'artiste de présenter ses toiles avec le moins de lumière possible. Il voulait que le spectateur se sente en immersion parmi elles. Ce qui est troublant c'est que dans les salles les plus sombres la lumière semble émaner des oeuvres si on se donne la peine d'y demeurer quelques minutes sans bouger, donnant raison à Rothko qui disait : Mon art n’est pas abstrait, il vit et respire (…) Dirait-on d'un sentiment qu'il est abstrait, ou réel ?  (…) La couleur n’est pas ce qui m’intéresse. Ce que je recherche c’est la lumière.

Il privilégiait les grands formats, en les choisissant malgré tout à taille humaine, pour créer un état d'intimité. Il voulait aussi qu'on les regarde en se tenant à 46 cm, ce qui n'est pas possible ici pour des raisons de sécurité. Pourtant le visiteur comprend d'instinct combien il est essentiel d'être proche quitte à faire sonner le dispositif d'alarme.

Etant enseignant (il était professeur de dessin) il devait avoir le sens de la pédagogie et il parle très bien de ses oeuvres. De nombreuses citations sont reproduites au long du parcours. Par exemple :
Je suis devenu peintre parce que je voulais élever la peinture au même degré d’intensité que la musique et la poésie.
Mes tableaux peuvent avoir deux caractéristiques. Soit leur surface se dilate et s’ouvre dans toutes les directions, soit elle se contracte et se referme dans toutes les directions.
À ceux qui pensent que mes peintures sont sereines, j’aimerais dire [...] que j’ai emprisonné la violence la plus absolue dans chaque centimètre carré de leur surface.
Même sans bien connaître l’art contemporain on a surtout de cet artiste prolifique (il ara réalisé 834 oeuvres) la vision d’un tableau où se déploient d’immenses aplats de couleur éclatante. Mais, à ses débuts, le peintre était figuratif. Ce sont ses scènes urbaines, de métro et portraits que nous sommes donc invités à découvrir en tout premier lieu, au sous-sol. 
A gauche Mark Rothko devant le N°7, 1960, photographié par Regina Bogat
A droite, autoportrait de 1936, huile sur toile, 81,9 x 65,4 cm
Bien que ressemblante, cet autoportrait (qui est le seul qu'il ait réalisé) nous en dit moins sur l'homme que la photographie qui semble avoir été saisie sur le vif. Les lèvres sont crispées sur des taches rouges, les mains s'apprêtent à se nouer, le regard fuit derrière des verres sombres, le décor est absent …
Street Scene, 1936-1937, huile sur toile
Les personnages sont le plus souvent anonymes. On ne saura pas qui est le couple en mouvement ci-dessous et on sent parfois l'influence d'Henri Matisse et de peintres cubistes car les corps sont anguleux. La gamme chromatique est ocre, dégageant une certaine tristesse. Le résultat est émouvant, propre à stimuler l'imagination comme le ferait une bande dessinée, en particulier les scènes dans le métro mais il fut croire que l'artiste en était mécontent puisqu'il abandonna la représentation de la figure humaine en se justifiant par ces mots : celle-ci ne convenait pas à mes besoins. Quiconque l'employait, la mutilait.
Un ensemble d'oeuvres réunies sous le nom de "Subways Paintings" ont le métro new-yorkais pour décor dont les particularités architecturale sont mises en valeur pour structurer les compositions en gommant la profondeur. On remarquera que les êtres deviennent eux-mêmes des éléments de décor avant de se fondre dedans. On notera également une proximité avec le mode de représentation de Giacometti (dont on ne sera pas surpris de découvrir une sculpture plus loin dans le parcours) notamment sur Underground Fantasy.
Entrance to Subway, 1938, huile sur toile
Underground Fantasy, 1940, huile sur toile,  87,3 × 118,2 cm

Dans le contexte tragique du début des années 40 Rothko puise dans les mythologies antiques et dans certaines formes totémiques des éléments qui répondraient à la barbarie.
Rites of Lilith, 1945, huile sur toile, 28.9 x 39.2 cm
A droite, The Omen of the Eagle, 1942, huile et graphite sur toile, 65,4 x 45,1 cm. Intitulé Le présage de l'aigle ce tableau fait référence à la Guerre de Troie mais aussi a postériori à la Seconde Guerre Mondiale. Il s'organise comme plusieurs autres autour de trois registres superposés : en haut des têtes répétées en frise, au milieu des ailes qui font écho au titre, lointaine évocation de la Renaissance italienne, en bas des formes organiques moins identifiables. Pour lui le thème dérive de la trilogie d'Agamemnon d'Eschyle. Il a voulu traiter l'esprit du mythe, générique de tous les mythes à toutes les époques.

Cette organisation en trois bandes, horizontales, et parfois verticales, se retrouvera tout au long de son oeuvre.
Hierachical Birds, 1944, huile sur toile 81 x 101 cm
On remarque que la signature est peu marquée, quoique en lettres capitales. Elle se diffuse presque dans la toile, effaçant quasiment le prénom et bientôt n'apparaitra même plus sur les oeuvres. Pour le moment certaines évoquent Vasarely.
Slow swirl at the Edge of the Sea, 1944, huile sur toile, 191,1 x 215,9 cm
La seconde galerie fait place aux multiformes et au début des oeuvres dites "classiques" à partir de fin 1946, d'abord denses et organiques puis composées de couches plus fines alors que les formats verticaux s'agrandissent. Dès 1949 apparait la composition caractéristique aux rectangles superposés, dans une palette lumineuse et translucide. Rothko abandonne alors les cadres (qui jusque là étaient cependant discrets, blancs ou noirs) ainsi que les titres descriptifs au profit d'une numérotation. Il me semble que c'est alors qu'il arrête aussi d'apposer une signature visible.
L'évolution est nette au fils des premières toiles numérotées. Jusqu'à parvenir au séries de trois bandes, de largeurs différentes sur un fond d'une autre couleur. On trouve toutes les teintes, mais beaucoup d'ocre, et des oppositions nettes entre blanc ou argent, et rouge ou rose, séparées par un noir.
N° 7, 1951, huile sur toile, 240,7 x 138,7 cm
Voici la N°5 où l'on prend plaisir à se perdre, tranquillement assis sur le banc qui se trouve opportunément en face. On comprend que cet artiste se soit réclamé être peintre de l'intime. Amateur d'opéra, surtout de Mozart dont il écoutait souvent La flute enchantée il voulait transmettre avec la peinture une émotion comparable à celle qu’on peut éprouver en écoutant de la musique.
Untitled (Red, Black, White on Yellow), 1955, huile sur toile

jeudi 19 octobre 2023

Le jour où je suis devenue chanteuse black de Caroline Devismes et Thomas Le Douarec

Si j’avais été cet été au festival d’Avignon il est certain que je serais allée aux Lucioles découvrir Le jour où je suis devenue chanteuse black. Mais l’aurais-je suffisamment apprécié ?

Je suis sûre que Caroline Devismes y était épatante mais le rythme avignonnais est tel que parfois (il faut l’avouer) on enchaine les spectacles au quotidien un peu comme on le fait de vins au cours d’une séance de dégustation. On a juste le temps de goûter avant de passer au suivant.

Le jour où je suis devenue chanteuse black est programmé au Café de la gare à 21 h 15 (mais juste les mardi et mercredi) ce qui laisse le temps de le savourer pleinement après le dîner ou avant le souper, Cette salle mythique est le lieu idéal pour accueillir cet ovni à la frange de la performance d’un seule-en-scène et qui se révèle être une comédie musicale … riche de moments où le rire explose.

Caroline est une vraie bombe qui nous en met plein la vue pendant une heure vingt. Les auteurs définissent comme le spectacle comme Comédie musicale Soul et autobiographique mais on peut dire que c’est du théâtre musical.
Thomas Le Douarec avait prévenu le public : tout est vrai. Il n’y a rien d’inventé. J’avoue que j’ai cru à un mensonge pour la bonne cause. Comment Caroline, la belle actrice blonde aux yeux bleus, native du Pas-de-Calais, que j’avais déjà vue jouer, notamment dans Le misanthrope à Versailles pendant le mois Molière puis dans Ce qui reste d’un amour un mois plus tard pouvait bien être une authentique chanteuse black ? J’avais oublié deux choses. La première qu’il suffit d’une goutte … et la seconde, amnésie encore plus grave, je l’avais déjà vue dans ce spectacle, sous le même titre, il y a presque dix ans, la preuve ici.

Il faut reconnaître à ma décharge qu’hormis l’affiche qui n’a pas pris une ride, le spectacle a rudement évolué. Il était bien. Il est encore mieux.

Caroline raconte à merveille le secret de ses origines afro‐américaines et la promesse qu’elle se fait à l’âge de huit ans de devenir la nouvelle "Diana Ross ", alors que son acolyte sur scène se prend pour Stevie Wonder.
Pari gagné à la fin de cette soirée haute en couleurs, riche en paillettes et en plumes, dans lequel elle chante et danse comme une diva en faisant revivre les grands standards de la musique Motown.
Vous irez pour sa voix, son humour, son sens de la scène. Vous jubilerez à ses révélations émouvantes et drôles à la fois. Quel bel hommage elle rend à ce grand-père noir, Claude Odell Dabbs (28 déc. 1920 - 1er juin 2012) qu’elle aura fini par rencontrer en famille à Dallas !
Le jour où je suis devenue chanteuse black de Caroline Devismes et Thomas Le Douarec
Mise en scène de Thomas le Douarec
Avec Caroline Devismes, Mehdi Bourayou, Alex Anglio
Arrangements musicaux Caroline Devismes, Mehdi Bourayou et Alex Anglio

mercredi 18 octobre 2023

La gastronomie de l’Etat d’Hidalgo avec le festival ¡Qué Gusto!

J'avais déjà eu un avant-goût de la gastronomie d’Hidalgo et de quelques-unes des surprises qu’elle apporte le soir du lancement de la 9ème édition du festival ¡Qué Gusto! le 12 octobre dernier, mais je vais pouvoir approfondir au cours d’une conférence dédiée à cet État à l’Institut culturel du Mexique.

En Hidalgo un proverbe prévient que tout ce qui court, traine ou vole part à la casserole, ce qui explique que cet Etat possède la cuisine la plus identitaire de tout le Mexique.

Lorsqu’on échange avec les cuisinières traditionnelles de la région, elles racontent que cette philosophie de consommer tout ce que la nature offre remonte à l'époque préhispanique, une période où l'esthétique des plats importait peu. Cependant cet aspect est totalement satisfait aujourd'hui par la disposition artistique de quelques fleurs.

Qu'ils soient grands, petits ou minuscules, les animaux trouvent leur place dans les plats de la région. De même, une grande variété de fleurs et de champignons sauvages sont utilisés en cuisine. Tous ces ingrédients constituent l'essence même de la gastronomie d'Hidalgo, et ce fut précisément le sujet que Ximena Velasco, la fondatrice directrice du festival a traité lors de la conférence en compagnie de Liz Quintanar, Ministre du Tourisme de l’Etat d’Hidalgo (ci contre) et surtout (si je puis dire) de Doña Luisa Anaya, invitée spéciale, cuisinière traditionnelle d’Hidalgo.

Je rappelle qu'elle a remporté la première place du concours national de cuisine "Le goût de la patrie" (Así sabe la patria), auquel participaient 300 autres cuisinières, avec son "lapin au four garni de fleurs sauvages, enveloppé dans des feuilles d'agave, sauce de figues de Barbarie rouges" en 2022. On a du mal à se l'imaginer mais la manifestation a présenté cette année 1400 plats différents. Le Festival de cuisine pré-hispanique se déroule la première semaine d'avril à Santiago de Anaya (à 133 km au nord de Mexico) et il est unique au Mexique.

Cette femme remarquable est une cuisinière traditionnelle qui a l'envergure d'une chef et c'est un honneur de la rencontrer.

Il est admirable qu'elle parvienne encore à vivre dans les traditions de sa région et de pouvoir ainsi en être la garante. Elle a appris à cuisiner dès l'âge de 8 ans, obligée par les circonstances de faire la cuisine pour ses 12 frères et soeurs. Malgré un sol de terre, sans table ni chaise et très peu d'ustensiles, concentré essentiellement sur le métate (une large pierre incurvée sur laquelle écraser les aliments au rouleau), elle cuisine toujours ce que sa mère trouvait dans la nature, vers, insectes, oeufs de fourmi, champignons, herbes, fleurs, qu'elle conserve déshydratées pour en disposer toute l'année. Du coup elle ne rencontra aucun souci d'approvisionnement pendant la pandémie puisqu'elle s'est affranchie du commerce depuis toujours.
Elle a eu la gentillesse de s'exprimer dans sa langue maternelle, l'ottomi, qui est la langue de l'amour. La conserver vivante est essentiel en ce moment où le gouvernement mexicain commence à donner leur place aux populations indiennes. Ceux qui ne connaissent pas le Mexique pourront à tors estimer que par exemple le port de vêtements traditionnels est un geste touristique. pourtant lorsqu'on y séjourne on constate que c'est encore tout à fait normal de le faire. Les broderies sont partout, sur les blouses, les robes, les serviettes et les nappes. Elles sont belles, très colorées et faciles à entretenir. Elles participent au régla des yeux.
Les insectes sont des aliments dont la consommation est très banale au Mexique depuis des milliers d'années, et surtout dans le centre du pays. On en trouve vendus sur tous les marchés (ci-dessus dans le quartier chic de Polanco, à Mexico) mais aussi dans la rue, proposés dans de grands seaux par des vendeurs ambulants.
Le plat qui nous a été proposé de partager après la conférence était une tostada de maïs bleu avec une sauce piquante et des insectes. Ceux-là vivent sous l'agave, ont été grillés pour les garder dans des bocaux réfrigérés. Ils étaient ultra croustillants, vraiment délicieux mais tous les participants n'ont pas été capables de les croquer. On sait pourtant que ce sera l'alimentation du futur … car ils sont une source de protéines toujours disponible.

mardi 17 octobre 2023

Va aimer de et avec Eva Rami

(article mis à jour le 6 mai 2024)  
Quel bonheur de retrouver Elsa Ravi, alias Eva Rami dans son troisième solo ! Cette comédienne qui joue dans les pièces écrites par d’autres auteurs excelle à nous offrir ses créations.

Des raisons familiales m’avaient tenue éloignée cet été aller du festival d’Avignon où je n’aurais pas manqué cette nouvelle création. Depuis que j’ai découvert Eva (alors qu’elle jouait un "petit" rôle dans Mon coeur fume encore) je ne loupe rien d’elle. Et je serais directrice de casting, je l’aurais déjà mille fois distribuée. Pas seulement parce qu’elle a une belle personnalité, mais aussi parce qu’elle peut tout jouer, jeune, vieille, gentille, méchante, jolie, vilaine tout, absolument tout. Elle est le parfait couteau suisse dont un metteur en scène ou un réalisateur peut rêver de trouver.

En attendant, elle se distribue elle-même et elle a bien raison. Avec Va aimer elle aborde le sujet, ô combien actuel, des violences faites aux femmes, y compris l’inceste, mais elle le fait avec originalité, dans une mise en scène admirablement construite et sous des éclairages qui ont du sens.

Ce troisième spectacle est encore plus abouti que les précédents, combinant encore davantage théâtre, danse, chant. L'artiste a gagné en maturité, allant plus loin que le seule-en-scène en suivant une dramaturgie admirablement construite qui fait mouche tant auprès des jeunes (très nombreux ce soir) que du public plus âgé.

Bravo pour l'habile traitement d'une résurrection (je n'ai pas envie de spolier le déroulement original du spectacle) sans négliger une certaine dose d'humour car il en faut quand on subit une charge mentale proche de l'Ohio … Aucun doute : Faut pas garder ça pour toi. Et Eva Rami a bien le sens du partage.

Merci de nous rassurer en nous démontrant que si on est les seuls à vivre notre vie de la façon dont on la vit ce n'est pas une malédiction.

Et merci plus encore de nous envoyer nous faire tous aimer !
Va aimer de et avec Eva Rami
Au théâtre Lepic - 1 avenue Junot - 75018 Paris
Le mardi à 20 heures jusqu'au mardi 5 décembre 2023
Du mardi au vendredi du 12 décembre au 5 janvier 2024

Eva Rami a reçu le Molière du Seul/e en scène 2024 le 6 mai 2024

lundi 16 octobre 2023

Découverte des Chibi-chans de l’artiste japonaise Elena au Clos Y

Je suis partie à la découverte des Chibi-chans de l’artiste japonaise Elena au Clos Y et j’ai été conquise.

Alors, que vous connaissiez le Japon et ses chibis, ou pas, je vous suggère fortement d’aller voir sans tarder les tableaux d’Elena, une jeune artiste adorable et talentueuse (elle personnifie les deux) exposés dans un restaurant japonais gastronomique (et la cuisine fusion de son chef Yoshitaka Ikeda vaut le détour, il n’y a pas de débat là-dessus) tout près de la Gare Montparnasse, au Clos Y, 27 avenue du Maine, 75015 Paris jusqu’au 22 octobre 2023, tous les jours de 14 h à 19 h.

L’accrochage sert admirablement les oeuvres qui, au fil de la visite, révèlent humour enchanteur, joie de vivre, hommage au patrimoine culturel mondial (Hokusai, Vinci, Munch, Vermeer…) pour délivrer un message de tolérance et d’empathie tout en célébrant la diversité par l’expression des valeurs de l’âme japonaise.

Elena est née à Madrid en 1998 mais elle a grandi ensuite au Japon, a vécu au Canada et est installée aujourd'hui à Tokyo. Elle est depuis l'enfance passionnée par tout ce qui touche à l'art, que ce soit la danse, la musique et bien sûr le dessin dont elle a décidé de reprendre l'apprentissage pendant la pandémie qui la tenait éloignée des musées et des concerts, et des défilés de mode où elle fut mannequin.
C'est alors qu'elle a entrepris de développer le concept de création d'oeuvres qui procurent du bonheur et enrichissent l'esprit. Elle a réalisé son oeuvre phare Nami Nori Ochibi (Chibi sur une vague) en hommage à la célèbre Grande vague de Kanagawa d'Hosukai. Il faut la scruter de près pour remarquer que chaque éclat d'eau représente un chibi-chan dont l'expression est unique, portant le message que chacun de nous est différent mais également beau.

dimanche 15 octobre 2023

Oser un haddock avec un Pinot Gris Vendanges Tardives

J’avais gouté deux produits d’exception au cours de la soirée d’annonce des Prix Pudlo et il me semblait qu’on pouvait les accorder, ce que j’ai eu l’opportunité de faire quelques jours plus tard.

La mention Vendanges Tardives désigne des vins exceptionnels produits selon les critères les plus sévères de toutes l'AOC française. Les raisins sont récoltés en sur-maturité plusieurs semaines après le début officiel des vendanges. On a souvent en tête cette caractéristique pour le Gewurtztraminer. Certains sont sublimes, bien évidemment.

L’intérêt du Pinot Gris est peut-être d’être un peu moins sucré tout en étant très aromatique, ce qui lui permet de s’accorder avec davantage de plats, y compris un poisson fumé quand on en trouve d’aussi délicats que ceux qui sont fumés par JC David.

Celui que les Vins d’Alsace avaient amené est un Pinot Gris 2018 du Domaine du Moulin de Dusenbach - lieudit Altenbourg. Sa robe dorée est belle. Le nez est intense, dominé pat les fruits jaunes, en particulier l’abricot et la bouche est équilibrée, puissante, avec du gras et une belle longueur.

Il aurait également sa place sur des plats asiatiques. Voilà pourquoi je n’ai pas hésité à utiliser du shizo pourpre le lendemain. Bien entendu il ne démériterait pas avec un foie gras, ou des fromages comme le Comté, l’Abondance ou le Beaufort.

Il fut parfait avec le haddock fumé des Etablissements David qui travaillent encore à Boulogne-sur-Mer à l'ancienne dans de véritables fours à bois. Non seulement leurs poissons sont bons mais ils ont un rôle à jouer dans notre santé. Les graisses contenues dans le poisson (en particulier certains acides gras polyinsaturés : les omega 3) pourraient avoir un effet protecteur sur des maladies cardio-vasculaires, voire certains cancers. L’organisation Mondiale de la santé (OMS) et le Programme National Nutrition Santé (PNNS) recommandent donc de manger du poisson au moins deux fois par semaine.
Je l’ai préparé tiède avec des tagliatelles fraîches et une poêlée de champignons à la crème. Mais aussi une autre fois avec une purée de châtaignes relevée d’ail. J’ai dressé cet appareil sur une tranche de betterave confite, ai décoré avec une feuille de shizo (qui apporte une saveur étonnante de cannelle) et ai saupoudré de piment Ancho Ikori.
Cette association est particulièrement réussi et ce haddock fumé est vraiment un coup de coeur absolu pour sa finesse et sa douceur. On remarquera la jolie couleur orangée, traditionnelle, qui est due à l’usage de graines de rocou, un colorant naturel que l’on emploie aussi pour teinter certains fromages. Mais si on le souhaite on peut aussi acquérir du haddock blanc qui possède les  mêmes caractéristiques gustatives.

samedi 14 octobre 2023

Les délices givrés de REŸS

Hier c’était l’été, demain c’est Noël. Enfin, presque parce que -on le constate pour de vrai- il n’y a plus de saison. Et s’il y a un produit qu’on peut proposer à longueur d’année ce sont les glaces, pourvu qu’on les aime.

Jean-Pierre Braun, le créateur de REŸS a déjà pensé au design et à l’harmonie des bûches qui orneront nos tables de fêtes. Il a présenté en avant-première le moulage d’une association de vanille intense avec une meringue maison et un pralin à l’ancienne, qui sont déposés sur une fine nougatine qu’il ne faudra pas oublier de casser pour la partager.

Sans être une revisite, c’est une évocation du Mystère qui fut le grand succès commercial de Gervais à partir des années 50. Mais ce n’est pas cette entreprise qui en fit l’invention.

Elle est citée dans Le Glacier classique et artistique en France et en Italie, publié par Lacam et Charabot en 1893 (et consultable en ligne à partir du site de la BNF) sous le nom de Glace Viviane, qu’on avait coutume de servir aux déjeuners de cérémonies religieuses comme les baptêmes ou les communions (avant qu’on ne choisisse plutôt des profiteroles assemblées en pièces montées). La recette est simple : une meringue enrobée dans une glace à la vanille, elle-même recouverte de praliné.

Un apprenti pâtissier lorrain eut souvent l’occasion de s’en régaler. Alors, lorsqu’il ouvre sa boutique à Paris rue Marcadet en 1924 il a l’idée très originale pour l’époque de la décliner en portions individuelles qu’il livrera dans les restaurants qui, jusque là, achetaient leurs glaces en vrac. Pierre-Joseph Fischer donne à sa création le nom de Mystère. Plus tard Gervais le copiera, et prendra le même nom (que le glacier avait omis de déposer mais dont il récupérera les bénéfices après une chaude bataille juridique).

Quant à la version de REŸS, elle existera en au moins deux parfums à partir de décembre. L’homme n’est pas avare de nouveautés. Comme je l’avais annoncé dans le premier article que je lui ai consacré il a lancé un partenariat avec son voisin Le Chou Français (3 rue de la Verrerie - 75004) pour proposer des profiteroles gourmandes. La garniture des choux craquelin pourra être choisie parmi 4 glaces et 4 sorbets avec 3 coulis différents.

Me souvenant de mes cours de mathématiques, je peux calculer le nombre de combinaisons qui s’élève à 58 rien que pour le choix de 3 profiteroles parmi les 8 parfums, en ayant éliminer les doublons. Il faut multiplier ce résultat par 3 (autant que de coulis) ce qui fait au total 174 assiettes différentes pour qui voudrait tester toutes les hypothèses.

vendredi 13 octobre 2023

Rostros Insumisos, des Bijoux contemporains mexicains présentés à l'Institut culturel du Mexique

L'exposition Rostros Insumisos de bijoux contemporains mexicains est né d’une rencontre entre les artistes et curateurs Sylvia Burgoa, Oscar Figueroa et Flora María Sánchez avec la culture Comca’ac.

Elle rassemble 25 artistes mexicains qui ont exploré l’héritage culturel de ce peuple résilient et rebelle de l’État de Sonora, qui utilise notamment les chants et ornements corporels comme un reflet de leur identité sociale et une manifestation de leur force.

Le titre de l'exposition, que l'on peut traduire visages rebelles est signifiant.

Il faut tous les citer : María Paula Amezcua · Mariana Barranco · Carlos Benítez · Edith Brabata · Sylvia Burgoa · Samuel Burstein · Felipe Cárdenas · Regina Castillo · Fernando Delaye · Julia Ferreira · Oscar Figueroa · Paula Guzmán · Leticia Llera · Edgar López · Karen Marrún · William Mentado · Elena Moncada · Lilo Palma · Claudia Roa · Flora María Sánchez · Francisco Sánchez · Gabriela Sánchez · Diana Solís.

Les matériaux peuvent être du crin de cheval (première photo) ou des cheveux (ci-dessous) … ou être en  argent 925 et cuir teint comme ce collier de Karen Marrun, …
… du laiton, de l'argent, du caoutchouc, du jaspe, de la nacre…
… ou encore comme pour ces deux broches des alliages métalliques avec une finition mate plaquée or 24 carats et une fiition sur une plaque argentée ou dorée et cuir tissé à la main.
Ce collier d'Oscar Figueroa est en argent sterling 950, laiton et cuivre
Ce même artiste nous propose des bracelets de survie et un anneau de subsistance dans les mêmes métaux.

Grâce à cet échange mutuel, les artistes ont ainsi pu créer et intégrer à leurs bijoux contemporains des éléments de narration, de réflexion sociale, d’anthropologie et de célébration de la modernité, donnant lieu à un voyage visuel et culturel unique en son genre comme en témoignent les photographies.

En écho au choix des oeuvres Manana Maison d'édition présente dans la vitrine principale une sélection d’objets qui mettent en valeur la remarquable richesse artistique et artisanale du Mexique, dans un esprit de préservation et de transmission d'un savoir-faire unique, tout en favorisant le respect envers des traditions ancestrales.

Chaque objet est une pièce unique, témoignant du talent et de l'engagement des artisans mexicains qui perpétuent des techniques, transmises de génération en génération.

Rostros Insumisos, exposition de bijoux contemporains mexicains
Entrée libre à l'Institut culturel du Mexique
119 rue Vieille du Temple - 75003 Paris - 01 44 61 84 44
Du 6 au 26 octobre 2023
Du lundi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h
Le samedi de 15h à 19h. Fermé les dimanches et jours fériés

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