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vendredi 17 avril 2026

Annonce de la Sélection Hors Concours 2026


(mis à jour le 27 juin 2026)
Je suis le Prix Hors concours depuis sa naissance, il y a plus de dix ans désormais. C'est au Festival du livre, qui se tient au Grand Palais, 7 Avenue Winston Churchill, 75008 Paris que Gaëlle Bohé avait choisi d'annoncer les titres de la sélection 2025.

Ce festival, qui se déroulera sur trois jours jusqu'au 19 avril 2026, a pour thème le voyage et pour invitée d'honneur la bande dessinée, en annonçant rencontres, lectures, dédicaces et expériences inédites pour célébrer la lecture et la BD sous la verrière et dans le Salon Seine. 

Le festival annonçait plus de 1 200 auteurs, 450 maisons d’édition et 14 pays en promettant la diversité des cultures et des récits à travers une programmation riche et accessible à tous mais force est de constater que des acteurs majeurs du livre sont absents. N'oublions d'ailleurs pas l'appel au boycott qui avait été lancé par le syndicat de la librairie française, qui fédère près de 850 librairies, en raison du partenariat avec Amazon et mettant en cause la cohérence du Syndicat national de l'édition. L'e-commerçant s'est, depuis, retiré de la manifestation.

Le Grand Palais est magnifique mais horriblement bruyant, déconseillé aux agoraphobes, et la signalétique y est très compliquée malgré un nombre considérable de bénévoles (ne sachant pas tous lire le plan).

J'ai été surprise par l'abondance des lectrices de romance, considérablement majoritaires, faisant d’énormes queues pour des dédicaces. Par la faible représentation des enfants, mais il est vrai que nous en sommes pas au Salon de Montreuil.

Une exposition était dédiée à la romance (ceci expliquant donc cela) et une autre au 9ème art où je en fus pas surprise de retrouver, presque en chair et en os, du moins en habits, la Bécassine du film réalisé en 2018 par Bruno Podalydès.

Beaucoup de rencontres affichaient "complet" mais, vus d'en haut, les espaces n'étaient pas non plus gigantesques.

Les stands des éditeurs un peu conséquents m'ont semblé bouclés comme des forteresses et les équipes occupées à discuter entre elles n’étaient pas accessibles.

Heureusement que les "petites" maison, entendez par là l'édition indépendante, sont présentes avec parmi elles 16 qui s'avèreront avoir été sélectionnés pour le Prix Hors Concours, soit près de la moitié des 40 candidats, ce qu'il faut rapprocher de l'aide de la Région Ile-de-France qui en rassemblent beaucoup sur ses 4 grands kiosques représentant une surface totale de 112 m².

Hors Concours est une académie vivante, vibrante, qui oeuvre pour le collectif. Le Prix reste dédiée au soutien et à la promotion de l’édition indépendante d’autant plus nécessaire après le limogeage d'Olivier Nora chez Grasset. On constate que l’actualité rappelle à quel point il est important de conserver la diversité littéraire.
La salle de la Reine fut le lieu idéal pour Anne-Laure Linay, éditrice, conseil et suivi éditorial (depuis 2023, ci-dessus à l'extrême droite) pour annoncer les couleurs de la bibliothèque 2026, dans des tonalités de rose et de rouge tout à fait raccord -mais c'est un pur hasard- avec l'affiche du festival. Elle sera disponible fin juin et espérons qu'elle donne envie de vibrer et surtout de garder l’esprit libre. A noter qu’elle existera désormais en langue anglaise, et on peut imaginer que cela donnera envie à d’autre pays d’acheter les droits des ouvrages y figurant.
Il fut rappelé que les grands gagnants avaient été annoncés le 25 novembre dernier à la Maison de la Poésie : 
Karim Kattan (à gauche) pour L’Éden à l’aube, publié aux éditions Elyzad
La mention du public revenait à Justine Arnal (à droite) pour Rêve d’une pomme acide, publié par Quidam éditeur.
Il restait à annoncer le coup de coeur des clubs de lecture dont Clara Piccinno (ci-dessus en veste noire) est administratrice et coordonnatrice. Ce fut Sans nouvelles depuis Drancy de David Hury, aux éditions Riveneuve.
Il était en lice avec 4 autres finalistes :
- Trois noyaux d'abricot de Patrice Guiaro, Au vent des iles
- Le coeur quand il explose de Claire Griois, chez Quartier libre
- Les sacrifiés de Myab de Luce Belmontec, chez Caméléon
- Ne reste que la nuit de Rose Maillai, éditions du Gros Caillou

Si on considère les 5 livres retenus pour le Prix et qu'on les ajoute à ces 5 là ce sont donc 10 livres qui sont distingués, soit une proportion de 1 sur 4.

Nous attendions tous l'annonce de la sélection. Les organisatrices ont souligné que l'objet-livre est de plus en plus beau au fil des années, traduisant un travail d'édition soigné. Il y eut 60 candidatures présentées par les éditeurs. 40 ont été retenus.

Elles ont convenu que cette année les coups de coeur ont été nombreux, facilitant en quelque sorte leur travail puisqu'il était inutile de soutenir l'un ou l'autre, leur inscription allant de soi. A ceci près que lorsque leur nombre dépasse la quarantaine il faut bien trancher. L’arbitrage s’effectue alors selon des critères tels que la répartition Paris/région, entre sujets, les âges des auteurs… autant d'éléments qui tout en étant objectifs peuvent sembler injustes pour les refusés.

vendredi 22 juillet 2016

Hors-Concours, un nouveau prix littéraire

Gaëlle Bohé connait bien l'univers de l'édition et du livre. Je devrais dire "des" livres puisqu'elle est autant compétente en littérature générale qu'en édition culinaire.

Elle est partie d'un constat très simple et assez désarmant : les "petits" éditeurs, entendez par là ceux qui sont indépendants, sont tenus éloignés des prix littéraires. Alors elle a eu l'idée de créer un Prix qui soit réservé à ces éditeurs dont elle loue la sensibilité et l'engagement et dont le nom est venu naturellement, ... Hors Concours dont elle a fondé l'académie.

Cette iniative soutenue par le MOTif, reprend le modèle des grands prix littéraires tout en proposant une structuration originale. Construit en trois temps, il permet à l’interprofession de découvrir l’actualité de l’édition indépendante. La volonté est nettement affirmée de promouvoir les meilleurs titres sur les réseaux sociaux, en librairies et en bibliothèques.

Il a enfin pour finalité de faire découvrir au grand public une sélection qualitative des auteurs publiés dans l’année dans l’édition indépendante.

Ce sont donc les maisons d'édition qui ont, dans un premier temps, retenu un auteur et un seul, et choisi un extrait d'un titre, et d'un seul, uniquement dans la fiction ou le récit en littérature adulte, francophone, publié au cours des 12 derniers mois et pouvant assurer (en cas de succès) un e édition nationale.

La contrainte était de ne pas dépasser le nombre de 50 et elle a pu être maintenue, ce qui n'était pas gagné d'avance quand on sait qu'il existe plus d'un millier d'éditeurs indépendants.

Parallèlement au recueil de textes, des professionnels du livre ont été sollicités pour faire partie du jury et c'est un grand plaisir pour moi de faire partie de cette première aventure qui me rappelle, dans un contexte différent ma participation au Grand Prix des Lectrices de ELLE. Le principe de ce Hors Concours me séduit particulièrement maintenant que j'ai (un peu) l'habitude de la chronique littéraire.

Le jury est constitué de 300 personnes (libraires, bibliothécaires, journalistes ...) ce qui va permettre de faire une pré-selection qui a du sens.

Les extraits des titres des auteurs en compétition, issus des catalogues des textes d’autant d’éditeurs indépendants ont été compilés dans un catalogue collectif qui m'a été remis et que j'ai commencé sans tarder à éplucher. Chacun des membres doit donner d'ici le 18 septembre sa sélection de 8 titres. L'originalité de la démarche est qu'il n'est pas obligatoire à ce stade de justifier son choix mais je m'y prépare malgré tout.

Juger sur des extraits n'est pas aussi aisé qu'on peut le penser et j'avoue ne pas avoir encore trouvé une méthode qui "fonctionne". Après plusieurs tâtonnements, le plus simple me semble désormais de lire le texte sans rien savoir auparavant de l'auteur et de son intention. Aux mots de se défendre tout seuls !

Le catalogue est extrêmement bien conçu, avec des pages additionnelles pour la prise de notes. Et aussi un petit carnet qui se déplie en poster et qui est une aide pour sélectionner les 8 favoris. Gaëlle Bohé suggère 4 critères d'appréciation : le style, l'intérêt de l'histoire, la construction des personnages et le degré d'émotion que l'on éprouve à la lecture.

Les 8 finalistes seront annoncés publiquement le 3 octobre et le jury final disposera des livres dans leur intégralité pour attribuer le 10 novembre le premier prix au lauréat qui recevra un chèque, sera le parrain de l'édition Hors Concours 2017 et sera invité au Livre Paris.

On ne pourra bientôt plus dire que cette édition n'a pas de prix ...
Académie Hors Concours, 210 rue Saint-Maur, 75010 Paris - 06 61 84 97 27
contact@hors-concours.fr

mardi 26 novembre 2024

9 ème cérémonie du Prix Hors Concours 2024

Ce fut, à l'instar de l'an dernier, une belle soirée que cette 9ème cérémonie de remise des Prix Hors Concours 2024, ce mardi 26 novembre à 19h30 à la Maison de la Poésie (Paris), en présence des auteurs, des éditeurs, de la presse et du comité de lecture.

Je vais relater l’essentiel de l’évènement mais vous pourrez, à la fin, accéder à l’enregistrement qui a été fait de la soirée.

Avant de donner les noms des lauréats je tiens à souligner que les gagnants sont (encore une fois) des premiers romans, preuve s’il en fallait que les éditeurs ont eu raison d’avoir l’audace (et le courage) de miser sur des primo-écrivains. Bien entendu Hors concours n’a pas pour mission de les mettre particulièrement en avant puisqu’il est orienté vers la promotion des maisons d’édition indépendantes mais il est intéressant de constater combien celles-ci accordent de l’attention à des auteurs inconnus alors que peut-être les grandes maisons le font en premier lieu dans leur propre intérêt.

En amont de cette soirée, et afin de voter en notre âme et conscience, nous avions lu les extraits de 40 romans dont on nous prévenait s'il s'agissait du début de l'ouvrage ou non. Serait-on convaincu par la narration les dialogues, par les personnages, par l'ancrage du lieu et de l'époque, par la construction du récit, par l'intrigue, par la profondeur du texte, par le style et la langue, ou par l'imagination de l'auteur ? A travers mes votes, j'ai voulu être fidèle à l’esprit de la morale de Hors concours : récompenser une maison d’édition qui n’a pas de prix. Ensuite mon second critère a été l’originalité du propos ET du style tout en retenant des auteurs dont j’avais le plus envie de lire la suite de l’extrait. 

Le fait qu'il s'agisse d'un premier roman compte pour moi et j'essaie de respecter une parité hommes-/femmes même si ce n'est pas un critère déterminant. Je souligne chaque année combien il est difficile de ne retenir que 5 extraits et je ne saurais interpréter pourquoi et comment, cette année encore, le grand gagnant figure dans ma sélection (et un autre livre parmi les 5 soumis au jury final était dans ma première liste). Je suis désolée pour ceux qui n’ont pas été mis en valeur au cours de la soirée mais je me réjouis du choix qui résulte de l’ensemble des votes.

Je me suis demandé si ces auteurs étaient dans la salle. Le port d’un badge faciliterait les rencontres. J’aurais aimé pouvoir discuter avec eux. Notamment Nadège Erika dont le roman Mon petit (encore un premier roman) m’avait enthousiasmée il y a un an, un an déjà, ce qui d’ailleurs pose la question des conséquences de l’attribution de distinctions si longtemps après la parution, au regard de la vitesse avec laquelle les ouvrages disparaissent des rayons des librairies et partent au pilon, et cela alors que, contrairement à des produits alimentaires, la littérature n’a pas de DLC.

C’est une vraie interrogation qui me concerne à chaque fois que j’accepte de participer à un prix même si on peut se dire qu’il n’est jamais trop tard pour découvrir un livre à côté duquel on est passé sans y prendre garde. La situation est un peu différente pour Hors concours, qui, je me répète mais c'est un point important, met en avant le travail l’éditeur. Cependant ce sont les auteurs qui sont interviewés le soir de la cérémonie. Du moins les 5 finalistes.

Gaëlle Bohé, la fondatrice du Prix, avait raison de mettre en avant le potentiel de sensualité de la lecture à travers les performances chorégraphiques des danseurs de la compagnie Avril en Septembre, Inès Valarcher, Lorenz Jack Chaillat et Léa Bridarolli dont la prestation a été orchestrée par Armelle Hédin, directrice artistique. Leur travail mérite que j'ai choisi une photo d'une séquence pour illustrer cet article. Il a été chaleureusement applaudi par le public ainsi que les lectures d'extraits par le comédien David Sidibé (ci-dessous au centre) dont on avait déjà remarqué le talent l'an dernier.
L'extrait lu pendant l'exécution du tableau chorégraphique était celui qui figure dans la bibliothèque Hors Concours que théoriquement nous connaissions tous. Après chaque performance l'auteur était interviewé par un membre du jury. C'est David Medioni, rédacteur en chef d'Ernest ! qui a commencé avec David Naïm et son livre L’ombre pâle, paru aux éditions de l’Antilope dont il a souligné le caractère de quête identitaire et de recherche sur la mémoire d'une famille, écrit avec un certain humour, en inventant des histoires pour accepter ce qui n'est pas compris. En quelque sorte la littérature peut rapiécer des vies.

Donnant par exemple l'occasion à Benoit Fourchard, auteur de Martha, publié par Feed Back, de dire à Stéphanie Dupays, critique littéraire pour Le Monde des Livres, combien son récit était -ou pas tant que çà- autobiographique.
A propos de La Reverdie de Louise Browaeys, publié à La Mer salée, l'autrice a répondu aux questions d'Emmanuel Poncet, de La Tribune Dimanche avec intelligence et humour, en expliquant comment elle choisit une contrainte en commençant l'écriture, qui cette fois-ci fut la couleur verte. Elle a conçu un ouvrage d'une forme hybride entre le roman, le récit et le journal intime, comparant le travail de l'écriture à celui de permacultrice, insistant pour nous dire que l'écriture, la lecture, comme le jardinage, sont des actes de résistance à une époque où tout est compté pour gagner de l'argent à chaque instant.

Enfant, elle se souvient de son père au jardin et sa mère dans la bibliothèque, … l'inverse de Colette, toutes proportions gardées. Lire et jardiner seraient pour elle les deux activités qui permettraient le mieux de se sentir pleinement dans le monde.

Cristina Soler, créatrice de horizonetinfini sur Instagram, jury invitée pour cette édition, a interrogé l'éditeur de Florence Cochet, retenue pour raisons professionnelles. Son livre, Inhumaines, appartient à un genre que les anglos-saxons plébiscitent mais que les français ont du mal à apprécier, les nouvelles. Pourtant, Alexandre Grandjean a fait part de l'intérêt de Hélice hélas pour cette catégorie surtout quand, comme Florence Cochet, on construit une série qui flirte avec plusieurs genres (la science-fiction, la fantasy, le gothique …) pourvu que l'ensemble ait une forte cohérence autour d'un thème (ici la violence) et permette une lecture en continuité.
David Medioni est de nouveau intervenu pour discuter avec Bénédicte Dupré La Tour à propos de Terres promises aux Editions du Panseur qui écrivit son roman en se fixant la contrainte de ne pas utiliser le lexique du western. Son procédé a manifestement séduit une très large audience puisqu'elle figurait dans la pré-sélection du Prix du Premier roman de Chambéry et dans les sélections du Prix du Marque-Page 2025, du Prix Saint-Georges du premier roman 2025, du Prix du Premier roman L'Esprit large, du Prix Verdelettres 2025, du Prix Les Visionnaires 2025 et du Prix du Roman Fnac 2024. Elle était finaliste des Prix L'Usage du Monde 2025 et Coiffard 2025.

Du coup on ne peut pas vraiment dire que la mention du public pour ce roman soit tout à fait en phase avec la base-line d'Hors concours qui vise à distinguer l'édition qui n'a pas de prix, ce qui dans mon esprit en remet absolument pas en cause la qualité de l'ouvrage ni celle de l'éditeur. Et comme cette autrice a raison d'avoir rappelé que lire c'est agir.
Comme annoncé, j'ai gardé le suspense jusqu'au bout pour parler de L’ombre pâle, paru aux éditions de l’Antilope. C'est en compagnie de ses deux éditeurs que David Naïm est revenu sur la scène pour recevoir le Prix Hors concours, écrit en rappelant qu'il le doit à son père qui lui a fait cet immense cadeau de lui léguer un manteau mité de ses silences. 
En quelques mots on peut dire que les éditions de l’Antilope ont été créées par Anne-Sophie Dreyfus et Gilles Rozier en janvier 2016 afin de publier des textes littéraires rendant compte de la richesse et des paradoxes de l’existence juive sur les cinq continents. Si les littératures yiddish et hébraïque occupent une place de choix dans leur catalogue, ces éditeurs publient aussi des traductions d’autres langues et la littérature française y est de plus en plus présente. Ils ont eu la double délicatesse de rappeler que leur existence est subordonnée à celle -préalable- des auteurs, et de souligner combien il est agréable pour un éditeur indépendant de se sentir légitime dans l'attribution d'un prix littéraire.

Vous pourrez vivre ou revivre la cérémonie en visionnant l'enregistrement ci-dessous et rendez-vous est prix pour le dixième anniversaire, l'an prochain !
 

Rappel des 5 finalistes :
Benoît Fourchard pour Martha, aux éditions Feed Back
Florence Cochet pour Inhumaines, aux éditions Hélice Hélas
Louise Browaeys pour La Reverdie, aux éditions La Mer Salée
Terres Promises de Bénédicte Dupré La Tour
David Naïm pour L'ombre pâle, aux éditions de l'Antilope qui reçoit le Prix Hors concours
Bénédicte Dupré La Tour, pour Terres Promises, paru aux éditions du Panseur, qui remporte la mention du public

jeudi 27 novembre 2025

Hors Concours a 10 ans et voici son palmarès

Pour son dixième anniversaire, Hors concours s'affichait dans des couleurs festives : un doré irisé et un bleu scintillant pour célébrer sa durabilité comme la joie d'avoir favorisé la découverte de (nouveaux) talents littéraires.

Je ne vais pas vous faire attendre pour donner les noms des deux gagnants : Karim Kattan a reçu la distinction de Lauréat du prix Hors Concours pour son roman L’Éden à l’aube, paru chez Elyzad éditions, salué (déjà) comme l’un des romans les plus remarqué de cette rentrée littéraire.

C'est une histoire d’amour foudroyante entre deux hommes, portée par un narrateur venu d’ailleurs (le ciel). Écrit en 2021, avant les évènements du 7 octobre 2023, le roman dépeint une Palestine autre que celle d’aujourd’hui. Nées à Tunis en 2005, les éditions Elyzad publient des fictions, écritures nomades habitées par l’ailleurs. Elles se veulent un espace de découvertes et d’enrichissement pour un lectorat curieux de textes d’auteurs africains et méditerranéens. Des livres qui donnent à penser le monde autrement.

Justine Arnal a été récompensée de la Mention du public pour Rêve d’une pomme acide, paru chez Quidam Éditeur (mais qui n'est pas son premier roman comme indiqué par erreur sur le site de Hors concours), remarqué comme chef d'oeuvre par plusieurs critiques dès le mois de septembre. Son récit est cru, sans filtre, s’articulant autour d’une disparition qui est citée sans être racontée. Les dynamiques genrées qui régissent le quotidien de la famille où les femmes pleurent, et les hommes comptent, sont vues à travers les yeux d’une enfant, en croisant l'intime et le politique.

Les éditions Quidam ont été créées en 2022 sous le signe du curieux personnage d'Arzach, dessin offert par Mœbius pour devenir le logo de la maison. Elles se consacrent à la littérature contemporaine française et étrangère.

Je me souviens encore de la première cérémonie, dans les locaux de la Société des Gens de Lettres. Depuis trois ans la Maison de la Poésie qui accueille la soirée (le 25 novembre dernier). Le nombre de participants au Comité de lecture est passé de 300 à 400 alors que celui des finalistes s'est réduit de 8 à 5. Et le jury final a beaucoup bougé, composé cette année de 5 femmes (ci-dessous avec Gaëlle Bohé, la fondatrice d'Hors concours). J'ai beau être féministe, je trouve regrettable que la parité n'ait pas été rendue possible.
Le type de cérémonie aussi a évolué, s'orientant de plus en plus dans une voie qui s'apparente au spectacle, accordant une place importante à la chorégraphie. 

Ce qui demeure c'est la volonté de valoriser la création indépendante et francophone. Une proportion importante de premiers romans figure toujours dans la bibliothèque mais il me semble que les lauréats sont sensiblement moins "inconnus" qu'aux débuts. Pour preuve, les deux vainqueurs publiaient leur second roman, et avaient donc déjà été remarqués par les critiques, ce qui leur donnait forcément une longueur d’avance. Rêve d'une pomme acide figurait dans la sélection d'au moins 5 prix littéraires.

Bien que son éditeur, Quidamsans doute un des plus grands des petits éditeurs (c’est une excellente maison, personne ne dira le contraire) soit désolé de n'avoir jamais remporté le Grand Prix c'est tout de même la troisième fois qu'il remporte le prix du public … qui pourrait bien encore l'année prochaine sélectionner son nouveau poulain (car son patron, je le répète, excelle dans la découverte de nouveaux auteurs).

Il est donc probable que les organisateurs vont devoir changer sensiblement le mode d'élection, en particulier pour corriger deux travers :
  • Eviter que le Grand Prix revienne à un livre qui est déjà multi-primé (ce qui fait perdre à Hors Concours sa première spécificité d'être le prix de ceux qui n'ont pas de prix).
  • Modifier le processus d'attribution de ce Grand Prix qui aujourd'hui ne peut concerner qu'un des 5 ouvrages préférés par les lectrices et lecteurs, qui par ailleurs élisent le prix dit "du public". Ce procédé réduit considérablement le rôle du jury.
On pourrait aussi s'interroger sur la constitution de ce jury, composé de critiques littéraires, donc de personnes qui ne peuvent pas prétendre à une totale indépendance, et qui, cette année a revendiqué un choix politique.

Le(s) prix Hors concours seraient-ils en train de perdre leur capacité d’originalité … ce qui est peut-être un mouvement inévitable au bout de dix ans … ? L'équilibre est un exercice difficile, comme le démontre la danseuse qui a accompagné chaque lecture.

La cérémonie s'articule sur une alternance de lectures dansées et d'interviews. Le lecteur, le même pour les 5 nominés, est un comédien de talent, Emmanuel NobletMolière 2017 du seul(e) en scène pour Réparer les vivants, d'après Maylis de Kerangal, mise en scène par lui-même.

Nous avons donc écouté un extrait de :
Trois noyaux d’abricot de Patrice Guirao éditions Au vent des îles
- Rêve d’une pomme acide de Justine Arnal chez Quidam
Mes pieds nus frappent le sol de Laure Martin éditions Double Ponctuation
- Le jardin de Georges de Guenaelle Daujon éditions Intervalles
- L’eden à l’aube de Karim Kattan chez Elyza éditions  

Esthétiquement le résultat est sensible et beau, à chaque fois mais je comprends mal que ce soient précisément les pages qui figurent dans la bibliothèque qui soient reprises … alors que personne dans la salle n'est censé les ignorer. Il n'y a aucun suspens dans cette écoute.
Ce sont les entretiens entre les auteurs et les membres du jury qui apportent un éclairage nouveau, sans pouvoir influer sur les votes, qui ont déjà eu lieu. Evidemment aucun ne laisse filtrer sa ou ses préférences et bien malin celui qui devinera le résultat final.
- Claire Darfeuille, éditrice a été interrogée par Marianne Payot, critique littéraire pour le magazine LIRE
- Justine Arnal par Anne-Marie Revol, chroniqueuse littéraire pour FranceInfo (en photo ci-dessus) qui a connu à une filiation avec le nouveau roman, en particulier avec Marguerite Duras. Il est ressorti de ce roman manifestement autobiographique que la Lorraine et l'Alsace étaient deux territoires très marqués par leurs différences, ce que savent très bien ceux qui y ont vécu. Le roman est ponctué de citations en alsacien, à commencer par le titre qui est la traduction d’une expression alsacienne que l’ont dit aux enfants le soir, pour leur souhaiter bonne nuit, Gued Nacht min Maïdele, un draïm vum e süüre Äpfel !
- Laure Martin par Cristina Soler, blogeuse littéraire. J'en ai retenu que retenu que la littérature permet de sussurer à nos oreilles tout en gardant une distance de sécurité, qu'en matière d'inceste ce n’est pas (ou plus) la parole qu’il faut libérer mais l’écoute, ce qui lui donne envie de mettre aujourd'hui ce texte en scène. Que l'autrice a besoin de parler une langue accessible qui touche le corps du lecteur presque comme un tam-tam, et que selon elle il faut de la radicalité mais aussi de la distance.
- Guenaelle Daujon par Clémentine Goldszal, journaliste littéraire à ELLE et M. le magazine du Monde. Ce roman est une exofiction botanique racontant la création d'un jardinconçu comme une preuve d'amour.
- Karim Kattan par Inès de la Motte Saint Pierre, Rédactrice en chef de La Grande Librairie

A ce propos s'il est plus que probable que chaque jury a fait l'effort de lire les 5 finalistes rien ne prouve que le vote du public a été effectué avec la même rigueur. On peut choisir de favoriser l'un ou l'autre pour des raisons plus personnelles que littéraires. Pour avoir été membre de plusieurs jurys, notamment le Grand Prix des Lectrices de ELLE, je sais combien cet aspect est particulièrement crucial, et difficilement contrôlable, en particulier quand les votants sont libres d'acheter ou non ces livres là.

Est-ce une des raisons pour lesquelles il m'a semblé que la salle réagissait beaucoup pendant les interviews (ce qui par ailleurs était sympathique) comme si beaucoup découvraient le propos de l'ouvrage ?

Je lis la totalité des extraits avant d’établir trois catégories, les OUI, les NON et les ? En fonction de ce que je ressens et surtout de mon désir de lire la suite, car ce me semble être la meilleure façon de faire un choix puisqu’à ce stade il sera subjectif. Il faudrait lire les 40 livres dans leur intégralité pour prétendre établir un palmarès plus "juste".

Arrive la seconde étape consistant à relire les extraits que j'ai sélectionnés. En général je parviens à resserrer à 8 et la difficulté est de n’en conserver que 5. Depuis le changement de règle je me pose la même question de la pertinence de ce nombre, mais je suis peut-être la seule.

Cette année, et sans l'avoir cherché, je me suis aperçue avoir retenu 4 premiers romans sur les 5 et autant d’auteurs que d’autrices.

Je peux le dire aujourd'hui, j’ai placé en numéro un Mes pieds nus frappent le sol, un premier roman qui résonne comme un cri et dont l’écriture (du moins dans l’extrait proposé) est faite à hauteur d’enfant, ce qui est assez rare dans ce thème de l’inceste, pourtant de plus en plus traité, en littérature comme au cinéma. Malgré un sujet lourd j’ai apprécié la dérision et la distance que Laure Martin (ci-contre) est parvenue à partager avec le lecteur qui a envie de la suivre jusqu’au bout en pariant sur sa capacité de résilience.

Evidemment, la découvrir parmi les 5 finalistes m'avait réjouie de même que la présence de Trois noyaux d’abricot de Patrice Guirao … qui se trouvait dans ma liste de 8, mais plus dans celle de 5.

Je ne vous dirai pas à qui j'ai donné ma voix pour le Prix du public mais pensez-vous qu'il soit envisageable que les votants se dédisent de leur choix initial ? Cela plaiderait pour que les 5 finalistes soient également distingués, ce qui pose par contre par voie de conséquence le rôle du jury final.

Une autre piste pourrait être de valoriser davantage le Prix des lecteurs si l'idée demeure de se démarquer des autres prix qui fonctionnent sur des avis de spécialistes littéraires. En tout cas il importerait de réfléchir à ce qui pourrait permettre d'éviter une perte d'originalité et de spécificité.

Vous aurez sans doute d'autres idées et/ou suggestions à formuler après avoir vu ou revu la cérémonie qui peut être visionnée ici (attention elle ne commence qu'après 3 minutes 35 d'attente). Et surtout guettez l'ouverture des inscriptions de l'édition 2026 pour peu que vous soyez amoureux de la lecture en suivant les publications de l'Académie Hors concours.

mardi 14 septembre 2021

Hors concours sélection 2021

(mise à jour le 12, le 30 octobre et le 30 nov. 2021)
Pour cette sixième année du Prix Hors Concours dont vous avez encore le temps de découvrir la sélection ici, j’avais six préférences, une fois lus tous les extraits.

La règle est sévère depuis que le nombre de titres à retenir, et uniquement à partir d’un extrait communiqué par l’éditeur, a été restreint de 7 à 5.

6 … c’était un de trop et j’ai durement tranché.

Pourtant c’était bien parti grâce à un changement de méthode. En me basant sur d’autres critères. J’ai d’abord cherché à sélectionner les ouvrages à partir de leurs couvertures. J’en avais 5. C’était parfait. Trop … j’ai eu un doute sur le sérieux de ma démarche.

J’ai pensé que le titre était tout de même déterminant. J’en avais de nouveau 5. Manque de pot cela faisait 10 car ces 5 là s’ajoutaient aux précédents puisque aucun n’appartenait à la première sélection.

Je me suis attachée au nom de l’éditeur parce que j’aime beaucoup ce que font certains. Je suis montée à 8. Deux d’entre eux avaient publié un livre dont j’avais précédemment retenu le visuel ou le titre. Ça ne convenait pas beaucoup mieux.

J’ai repéré les premiers romans puisqu’ils m’intéressent beaucoup depuis que j’ai rejoint l’épopée des « 68 premières fois ». Je pense qu’il faut leur accorder une attention particulière. Ils sont au nombre de 11, un peu plus d’un quart de cette sélection 2021. J’applaudis mais cela ne ne m’avance guère même s’il y a deux titres qui m’avaient cligné de l’œil.

Impossible de m’appuyer sur les noms des auteurs. Outre que les primo romanciers sont de parfaits inconnus, les autres ne me sont pas davantage familiers.

Alors ? Et bien je suis revenue à la méthode classique. J’ai lu tous les extraits, évidemment, et consciencieusement, même si j’avoue avoir un peu zigzagué pour explorer les sous-catégories que j’avais établies.

J’ai ainsi réussi à retenir 6 puis 5 extraits. Et, preuve que ma méthode n’était pas si ridicule que ça, il y a parmi ces 5 là un dont le titre m’avait tapé dans l’œil et deux qui sont publiés par des maisons d’édition que j’avais retenues. Mais, franchement, au visuel, je ne sais pas si ma main aurait eu envie d’en ouvrir un, … si quand même un.

Je ne peux pas communiquer les titres maintenant, il serait impensable de vous influencer, mais je le dirai … Laissez-moi le temps de les lire dans leur intégralité.

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Les 5 titres qui ont reçu le plus de voix (et je vais avouer qu'ils ne figurent pas parmi les 5 que j'avais retenus - mais l’un d’entre eux était mon sixième). C'est d'ailleurs la première fois que mes avis diffèrent à ce point de l'ensemble des votes) sont :

Demain la brume de Timothée Demeillers, aux éditions Asphalte
Mars violet de Oana Lohan, aux éditions Le Chemin de fer
L'arrachée belle de Lou Darsan, aux éditions La Contre Allée
Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba, aux éditions Le Mot et le reste
Ultramarins de Mariette Navarro, aux éditions Quidam

Le vote s'est clôturé le 24 novembre, Le jury des journalistes, membres de l'Académie Hors Concours, a délibéré la veille et a choisi l’auteur lauréat, tandis que les lecteurs et lectrices ont été invités à distinguer leur favori. Le Palmarès a été dévoilé le 29 novembre à la Maison de la Poésie à Paris

Le prix Hors Concours, décerné par un jury de 5 journalistes - Stéphanie Khayat, David Médioni, Ilana Moryoussef, Isabelle Motrot et Inès de la Motte Saint-Pierre - a récompensé le troisième roman de Timothée Demeillers, né en 1984, vivant aujourd’hui à Nantes. Il se déroule à Nevers en 1990. Katia, lycéenne rebelle, étouffe dans sa vie et rêve d'indépendance. Elle s'éprend de Pierre-Yves, libre et anticonformiste comme elle aimerait l'être. Mais la soif d'absolu du jeune homme dépasse la sienne. Pendant ce temps, à Zagreb, la chanson Fuck you Yu devient un hymne à l'éclatement de la Yougoslavie, tandis qu'à Vukovar, nul ne doit savoir qui est serbe et qui est croate.

De leur côté, plus de 400 lecteurs et lectrices ont participé cette année à la sélection, d’abord en lisant les 40 extraits du catalogue Hors Concours puis, au terme d’un premier vote, les 5 livres finalistes, afin d'attribuer le Prix des lecteurs et lectrices à Mariette Navarro pour Ultramarins qui est le premier roman de cette dramaturge.

mercredi 9 novembre 2016

Anna Dubosc est la première lauréate du prix Hors Concours pour Koumiko

Ce soir avait lieu l'annonce du premier lauréat du prix de l'édition qui n'a pas de prix, le Prix Hors Concours dans un lieu symbolique, l'Hôtel d'Avejan, 53 rue de Verneuil Paris 7ème, qui est le Centre National du Livre.

On voit sur la photo, de gauche à droite 6 des 8 finalistes :
Bruno Doucey, pour Le carnet retrouvé de Monsieur Max, éditions Bruno Doucey,
Laurence Biberfeld, pour Ce que vit le rouge-gorge, éditions Au-delà du raisonnable,
Anna Dubosc, pour Koumiko, éditions. Rue des promenades,
Benoît-Marie Lecoin, pour Ringo, éditions le Murmure,
Gilles Marchand, pour Une bouche sans personne, éditions Aux Forges de Vulcain,
Fabien Maréchal, pour Dernier avis avant démolition, éditions Antidata

Carl-Keven Korb, pour Une nuit pleine de dangers et de merveilles, éditions du Chemin de fer, réside au Canada et était absent. Brahim Metiba, pour Ma mère et moi, éditions le Mauconduit, se trouvait dans la salle. J'avais reçu son livre après la proclamation de la pré-sélection et je l'ai chroniqué depuis. Ce court texte émouvant et autobiographique revient sur l'impossibilité pour une mère et son fils à communiquer malgré leurs efforts.
Gaëlle Bohé, fondatrice et présidente du Prix a insisté à juste titre sur cette expérience collective qui met en lumière la richesse de l'édition indépendante, d'une littérature que l'on pressent engagée.
Si chaque art, et notamment la musique avec Rock Inde, le cinéma avec Sundance, le théâtre avec le festival d'Avignon off, il était temps que le monde des livres se dote d'une action de cet ordre. Il n'est pas question d'engager un combat contre les grandes maisons mais d'inviter le lecteur à goûter une cinquantaine d'extraits de 8 000 signes du catalogue collectif qui devient la première bible Hors Concours. Et bien sur de donner l'envie d'aller plus loin que l'extrait ...
Plusieurs de mes favoris figuraient parmi les huit finalistes. Et c'est avec plaisir que nous avons d'abord écouté (et reconnu la plupart du temps) un extrait de chacun lu par 4 des 5 membres du second jury :
Lauren Malka, conseillère littéraire pour l’émission littéraire de TF1, "Au fil de la nuit" ; Pierre Vavasseur, grand reporter pour le quotidien national Le Parisien-Aujourd’hui en France ; Catherine Fruchon-Toussaint, journaliste pour l’émission Littératures sans frontières sur RFI et Marie-Delphine Roux-Jean, rédactrice en chef du site littéraire, Babelio.

Chacun a ensuite bénéficié d'une présentation avec son éditeur et a pu s'exprimer sur son ouvrage. S'il est dit que Ringo se situerait quelque part entre Jacques Kerouac et Orange Mécanique Benoît-Marie Lecoin reconnait que les Etats-Unis l'ont toujours fait rêver et qu'il a conduit ce premier roman comme on peut avoir envie de conduire sa première voiture, en roulant le plus vite possible et sans jamais poser le pied sur le frein.
Laurence Biberfeld n'en est pas à son premier roman. Son style s'adapte au sujet. Ce que vit le rouge-gorge est un polar qui retrace l'enquête qu'une mère mène à sa sortie de prison pour retrouver sa fille disparue. L'auteure a voulu composer un roman sur la relation avec le monde animal considéré comme objet de rentabilité. Elle a travaillé sur l'élevage industriel comme lieu de huis-clos et fait parler les animaux, un peu à la manière de Colette, en leur qualité de témoins de scène qu'ils ne comprennent pas. Qu'on ne s'y trompe pas, les humains sont tout autant maltraités.
Marie Marchal, qui est la coordonnatrice éditoriale du Prix (et qui créé avec Philippe Magnani une coopérative d’éditeurs indépendants : ÉDITindé) a souligné le parallèle qu'on peut faire entre Une nuit pleine de dangers et de merveilles et l'univers du conte. Un univers qui n'a rien à envier à la cruauté terrible et merveilleuse des contes originaux de Grimm et Perrault.
Décidément les présentations ne peuvent s'empêcher de faire d'élogieuses références littéraires. Pour Gilles Marchand ce sont Boris Vian et Jorge Luis Borges. Une bouche sans personne est lui aussi un premier roman dont le personnage principal est un comptable, défiguré, qui se protège derrière son écharpe. Un soir, au bar, il est obligé de se dévoiler, de raconter son histoire à ses amis et habitués.

Bruno Doucey nous a rappelé que notre monde était marqué par une urgence de poésie. Lui-même poète, et éditeur de poètes, il a publié Le carnet retrouvé de monsieur Max dans sa propre maison d’édition. Le livre est une fiction tirée du réel, retraçant les derniers jours de l’auteur surréaliste Max Jacob, de son arrestation à ses dernières heures dans le camp de Drancy.
Dernier avis avant démolition, est le titre d'une des nouvelles du recueil de Fabien Maréchal qui a un point de vue tranché sur ce genre littéraire. Il refuse de le voir considéré à part, comme si c'était la petite soeur d'un autre plus abouti, le roman. Il ne mesure pas la longueur de ses textes. Si cinq pages suffisent pour conduire jusqu'à un moment de surprise où tout bascule pourquoi aller plus loin ?
Auteure de plusieurs romans et récits, Anna Dubosc est la fille de la poétesse Koumiko Muraoka, qui inspira à Chris Marker le film Le mystère Koumiko (1964). Elle raconte dans ce livre touchant et incisif la relation avec sa mère atteinte de sénilité avec une écriture incisive qui claque et donne envie de profiter des petits bonheurs du quotidien dira-t-on en la présentant. Elle invente une nouvelle langue avec une façon d'oser qui est magnifique. Son éditrice Charlotte Bayart-Noé a raison d'être fière de la place qu'Anna Dubosc lui a accordé dans son monde. Parce qu'éditer, c'est faire un chemin avec un auteur.

Très émue et intimidée à l'annonce du Prix, dont les délibérations ont tout de même duré quatre heures (tant la qualité éditoriale était au rendez-vous) Anna Dubosc a confié qu'elle a écrit dans un sentiment d'urgence et d'effroi en employant une image très juste pour qualifier son travail d'écriture qu'elle résume par l'expression tomber en soi. Elle sera invitée avec l'Académie Hors Concours au salon Livre de Paris qui aura lieu en mars 2017 et sera bien entendu la marraine du prix Hors Concours 2017. Editeurs, vous avez jusqu'au 31 mars 2017 pour candidater.

Bientôt seront publiées sur le blog des chroniques des livres retenus en première sélection.
Voici ainsi Dernier avis avant démolition et Koumiko.

samedi 20 août 2022

Le Prix Hors Concours 2022 est lancé

Depuis 2016, l'Académie Hors Concours met en avant autrices et auteurs de littérature francophone et contemporaine, publiés par des maisons indépendantes.

Chaque année, plus de 500 personnes (300 professionnels du livre et 200 du grand public en France et dans le monde) découvrent la sélection réunie dans la Bibliothèque Hors Concours.

J'applaudis sur le fait qu'il y ait 10 premiers romans parmi les 40, soit 25%. Donc de belles découvertes en perspective.

Les éditeur·ices ont choisi un court extrait pour chacune des 40 oeuvres qu'ils présentent. Ils nous invitent à les découvrir, à prendre des notes dans les marges ou à compter sur notre mémoire, mais nous devons garder en tête utile faudra garder uniquement les 5 extraits qui nous auront le plus marqué·e, touché·e, surpris·e.

Cet été encore, j'ai donc feuilleté et re-feuilleté la sélection pour réussir à n'en retenir que 5. Je dois envoyer mon bulletin de vote avant le 30 septembre. Il est encore temps vous aussi de vous inscrire sur le site de l'Académie.

Mon choix n'est pas encore définitif. Il m'en reste 8, preuve que les ouvrages retenus méritent grandement d'être promus.

Mon premier critère demeure l'envie de poursuivre la lecture au-delà de l'extrait qui nous est proposé. mais je sais que je devrai justifier mon choix avec des arguments.

Je compte bientôt en chroniquer quelques-uns en particulier comme je l'ai fait les éditions précédentes.

dimanche 16 novembre 2025

Rêve d'une pomme acide de Justine Arnal

J'ai eu l'occasion de lire Rêve d’une pomme acide parce que le titre était dans la sélection Hors concours. L'éditeur, Quidam, le présentait de façon intrigante :
Une famille. Plusieurs générations de larmes et de calculs. Des femmes pleurent et s’en remettent aux médicaments. Des hommes comptent, aimantés par les chiffres.
Depuis longtemps, une enfant se souvient qu’elle a regardé.
L’enfance sait toujours, et elle ne comprend rien. Il y a toujours quelqu’un pour lui bander les yeux, prétexter un jeu débile, grimer une réponse, et la déboussoler en la faisant tourner sur elle-même jusqu’à ce qu’elle ne se souvienne plus sur quel pied elle dansait. Les adultes passent leur temps à faire oublier à l’enfance ce qu’elle désirait savoir. Ils n’aiment pas les questions qui lui brûlent les lèvres. Pourquoi est-ce que grandir consiste si souvent à apprendre à feindre et ignorer ?
Etant passionnée par ce qu'on appelle les "violences quotidiennes" j'espérais un récit vertigineux, intime et polyphonique, où les voix de femmes blessées se seraient entrelacée et qui m'aurait embarquée. J'étais enthousiaste après la lecture de l'extrait figurant dans la bibliothèque d'Hors concours et sans doute exigeante étant donné la présence du roman dans tant de sélections littéraires. Hélas je me suis perdue dans les confidences.

Pourtant j'avais apprécié la présence des expressions alsaciennes et l'organisation du livre entre deux territoires marqués par leurs spécificités qui font leurs différences.

Justine Arnal est née en 1990 à Metz. Autrice, psychologue clinicienne et psychanalyste, elle vit et travaille à Paris. Elle a publié deux livres aux éditions du Chemin de fer : Les Corps ravis et Finir l’autre avant de se tourner vers Quidam. Elle s’intéresse particulièrement aux croisements et frictions entre littérature et psychanalyse.

Rêve d'une pomme acide de Justine Arnal, Quidam éditeur, août 2025
Sélections 2025 : Prix Erckmann-Chatrian. Grand prix de littérature de la ville de Saint-Etienne. Prix Hors Concours. Prix Gut. Prix de la Fleur qui pousse. 2026 : présélection Prix des lycéens de Sceaux.

samedi 2 mai 2026

London 53 de Sophie Prat

J'ai rencontré Mathilde Bonte-Joseph, éditrice et fondatrice des éditions Quartier Libre, à l'occasion du Festival du Livre de Paris, juste après l'annonce des finalistes du Prix Hors concours 2026.

J'avais remarqué que London 53 figurait dans la liste et j'avais souhaité en savoir un peu plus sur ce livre qui se trouve être un premier roman, écrit par Sophie Prat.
L'histoire se passe à Audruicq, près de Calais dans les années 2010. Josiane, esthéticienne, y mène une vie aussi lisse que la peau qu’elle promet à ses clientes. Sa meilleure amie réussit à la convaincre de faire avec elle un grand voyage à l'étranger. Le jour où elle demande son passeport biométrique, elle fait une découverte qui la bouleverse… Administrativement tout se complique, mais c’est surtout Josiane qui vacille. Peu à peu, le quotidien se craquelle, les souvenirs refont surface, révélant la femme qu’elle n’a jamais cessé d’être.
Quartier libre est une maison d'édition indépendante de littérature générale, très jeune puisque créée en janvier 2025, par une femme de solide expérience comme éditrice en littérature jeunesse, et qui a vocation à publier de la littérature francophone contemporaine et à révéler de nouvelles plumes en accord avec la promesse de soutenir des "voix nouvelles qui ravivent le réel". La ligne éditoriale est donc construite autour de textes littéraires qui allient l'intime et l'universel.  La maison publie relativement peu de textes afin d'accompagner auteurs et autrices, souvent primo-romanciers, en amont de leur publication, et de défendre leurs livres au mieux.

Le tout premier roman publié par Quartier Libre fut un premier roman, écrit par une jeune scénariste de cinéma, Claire Griois, Le cœur quand il explose, un long monologue adressé à un amour disparu à la suite de violences policières. Il fut présent à la Première sélection du Prix Aznavour 2025, au Festival du premier roman et des littératures contemporaines 2026, et dans la Sélection du Prix Hors Concours 2025 où il se classa parmi les 5 finalistes des coups de coeur des clubs de lecture.

La présence de London 53 dans le catalogue de cette maison d'édition ne me surprend aucunement. J'éprouve énormément d’enthousiasme pour ce texte dont la qualité littéraire est immense. A tel point qu'il est difficile d'imaginer que c'est un premier roman. Commencer à plonger dans la lecture des auteurs sélectionnés pour Hors Concours avec ce livre place la barre très très très haut.
Il m’arrive de raconter (un peu) un roman dans le but de vous convaincre de l’ouvrir. Cette fois je me freine parce que je ne voudrais pas émousser votre envie de découvrir l'histoire extra-ordinaire qui nous est racontée et dont le titre porte celui d'un vernis à ongles que je croyais ne pas connaitre alors que j’avais simplement oublié que j’en avais un exemplaire.

Est-ce parce que l’action se déroule dans le Nord, parce que le personnage principal est une femme, et qu’elle aussi en quelque sorte tient boutique mais je me suis sentie immergée dans un univers proche de celui de la mercière de Grégoire Delacourt ?

En terme de contexte il y a en effet quelque chose de La liste de mes envies, ou de Vénus beauté … En terme de style on est proche de Marie-Hélène Lafon, de Florence Seyvos, de Joyce Maynard … d'auteurs/trices qui subliment le quotidien.

Toujours est-il que j’ai adoré ce livre qui est admirablement écrit, composé comme une oeuvre d’art. Sophie Prat a le talent d’une naturaliste.

London 53 ne dénonce pas un monde de violences, ne secoue pas les consciences, ne bouleverse pas nos préjugés, ne remet pas en cause notre mode de vie. Ce roman fait bien plus. Il nous invite à changer de peau.

Née en 1975 et vivant à Paris, Sophie Prat a fait des études d'histoire médiévale avant de s'engager pour la défense de la culture électronique et de participer à l'organisation de la première Techno Parade en 1998. Grande voyageuse, conceptrice-rédactrice free-lance depuis 10 ans, elle se forme aujourd'hui à la biographie hospitalière.

London 53 de Sophie Prat, Editions Quartier libre, en librairie depuis le 11 mars 2026

lundi 9 avril 2018

Anonyme de Luc Fivet, au Ver à Soie


(mise à jour 25 avril 2018)

Je me souvenais de son nom et de celui de son éditeur, le Ver à Soie, peu banal. Il figurait dans la première sélection du Prix Hors concours et ça a du bon d'être conservatrice, j'ai retrouvé très vite mes notes de lecture. Sur l'extrait de Marche ou rêve, j'avais tracé deux étoiles et mentionné "fondamental". Luc Fivet ne fut hélas pas retenu.

Il est de nouveau dans la prochaine sélection Hors concours, toujours présenté par le même éditeur. Je n'ai pas attendu le recueil des extraits pour livre son ouvrage en entier. Je n'ai pas été déçue. Son écriture s'enracine chez Kafka et Beckett dans la tradition du roman noir qui, je dois le reconnaitre, commence drôlement et s'assombrit au fil des pages, allant jusqu'à me flanquer concrètement la trouille.

Un soir, vous rentrez du travail. Un inconnu attend à la porte de votre domicile. Un brave type comme il en existe des millions. Un anonyme. Sauf que celui-là demande un euro pour vous laisser rentrer chez vous. Un petit euro. Surtout, n’acceptez pas. Car cet inconnu va ruiner votre vie.

Luc Fivet nous interroge sur le don et sur l'anodin. C'est le premier euro qui compte dans cette histoire d'engrenage paralogique qui est est une parabole, évidemment.

Bonté, faiblesse, bêtise, même pas de chantage, l'homme se croit donc libre et autonome, il se trompe, il est déjà sous emprise. C'est assez flippant. On se croit malin. Moi à sa place ... sauf que à bien y réfléchir ... chacun de nous est racketté haut la main par les institutions et nos nombreux amis ... ne serait-ce que les opérateurs de téléphonie qui taxent chacune de nos conversations. On a tous un loup dans notre bergerie qui se repaît de notre faiblesse.

Anonyme est un conte philosophique en forme de thriller qui interroge sur la cohabitation dans un monde où chacun joue sa survie. Et qui donne furieusement envie de revoir Manhattan, pas la ville, mais le film de Woody Allen.

Je ne vous dirai pas s’il y a un peu d’espoir à la fin mais je vous livrerai une opinion qui n'engage que moi : il n’est pas certain que le prédateur soit heureux et qu’il fasse de vieux jours.

Âgé d’une cinquantaine d’années, Luc Fivet a d’abord mené une carrière d’auteur-compositeur-interprète et d’auteur dramatique avant de se consacrer pleinement à la littérature. Ses thrillers, où se mêlent suspense et musique, art et Histoire, rencontrent un succès toujours croissant. Il organise également des conférences sur la littérature et propose son expertise comme coach littéraire. Il anime un blog qui offre une série d’analyses de grands polars, thrillers et romans noirs.

Anonyme de Luc Fivet, au Ver à Soie, en librairie depuis le 15 mars 2018
En lice dans la seconde sélection Hors Concours parmi les cinq finalistes.

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