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lundi 17 février 2020

Un divan à Tunis, un film de Manele Labidi

Un divan à Tunis est annoncé comme la chronique d’un pays en pleine mutation et j'étais impatiente de découvrir le film ce soir car il a été tourné dans une ville que je connais bien, où je suis souvent allée... bien que ce soit "avant" les évènements tragiques qui ont secoué le pays, et que la perspective de rencontrer Manele Labidi après la projection était très excitante.

Comprenez bien, en tout cas, que mon expérience a forcément influencé mon regard. Il y a tant de choses justes dans les parti-pris de la réalisatrice que je me suis sentie en terrain familier quand d'autres personnes, qui n'ont peut-être que la vision touristique de la Tunisie ont cru voir des clichés exagérés.

Après avoir exercé en France, Selma, 35 ans, ouvre son cabinet de psychanalyse dans une banlieue populaire de la capitale tunisienne. Au lendemain de la Révolution, la demande s'avère importante dans ce pays "schizophrène". Mais entre ceux qui prennent Freud et sa barbe pour un frère musulman et ceux qui confondent séances tarifées avec "prestations tarifées", les débuts du cabinet sont mouvementés… Alors que Selma commence enfin à trouver ses marques, elle découvre qu'elle doit se procurer une autorisation indispensable pour continuer d'exercer…

Le film est comme on dit "clivant". Soit on adore, parce qu'on a toutes les raisons de se réjouir qu'un premier film ait autant de qualités, et soit si bien interprété. On applaudit alors joyeusement l'audace de la réalisatrice à s'affranchir des remous politiques et du poids de ce qu'il convient de "bien" penser en matière de psychanalyse.

Soit on fait grise mine, parce que précisément on manque (sans doute) d'humour et qu'on ne peut supporter que le mythe freudien (pardon !) soit un peu égratigné. On s'offusque du portrait en noir et blanc d'un homme portant une chéchia rouge vif posé à coté de la comédienne sur l'affiche.

Pour ma part j'ai souri de reconnaître Sigmund Freud que la jeune femme désigne à son entourage sous le terme de "mon patron".

J'ai aimé que pour une fois on nous parle du monde arabo-musulman autrement que sous l'angle religieux (même si on n'évite pas la croyance en Dieu) ou sous celui du terrorisme. Et quelle bonne idée de traiter sous l'angle de la comédie le changement sociétaire qui s'y déroule. Ce soir les éclats de rire fusaient de partout dans une salle où étaient venus beaucoup de spectateurs ayant des racines tunisiennes et aussi plusieurs personnes pour qui cette projection n'était pas la première. Ils avaient tant aimé le film qu'ils avaient décidé de revenir.

Et puis j'ai adoré ce sentiment (alors que l'action se situait manifestement de nos jours) de regarder une comédie italienne des années 70 dont je reconnaissais le coté décalé et l'humour si caractéristique. Impression renforcée par l'écoute de Citta' vuota, cette chanson de Mina écrite par le regretté Mort Shuman (1965). La réalisatrice manie les codes avec audace puisque plus tard ce sera une référence au western ( "spaghetti" ... ?) lorsque l'homme au cigare (et vous aurez deviné de qui il est le sosie) arrive au volant de ses chevaux vapeur et sur une musique appropriée alors que la jeune femme doit faire face à une panne de moteur, en plein désert ... mais sous un beau coucher de soleil.

lundi 15 mars 2021

46 ème soirée des César

Ce fut vendredi 12 mars, et si j'ai suivi cette soirée des César parce que j'aime le cinéma j'avoue m'être souvent ennuyée.

Ce ne sont pas les blagues de mauvais goût de Marina Foïs qui m'ont dérangée en début de soirée. Ça démarrait avec vivacité.

Elle disait remarquablement son texte, alors que le président de la cérémonie peinait à lire le prompteur. Je me suis d'ailleurs demandé à quoi cela servait, un président …

Malheureusement elle ne joua que sur un seul registre et elle fut carrément stupide en traitant la pauvre Nathalie Baye de "mère de", en le disant si vite que franchement c'est odieux et inacceptable.

Cet épisode aura été peu remarqué. Le moment qui fit couler de l'encre, ce sera la scène de Corinne Massiero. Car c'était bel et bien une séquence cinématographique qu'elle nous offrit. Formidable d'à propos et d'audace comme seule une femme comme elle peut le faire. Capitaine Marleau courageuse dans la vie comme sur les plateaux, éprise de justice, et si intelligente.

Car oser revêtir la peau d'un animal pour remettre le César du meilleur costume, il fallait y penser. Vous souvenez-vous de cette publicité montrant des top models en manteau de fourrure d'où s'échappaient des flots de sang pour alerter sur la cruauté de cette pratique ? C'est dans le même état d'esprit que l'actrice portait en dessous la robe rouge sang de Carrie au bal du diable, un film d'horreur américain réalisé par Brian De Palma, sorti en 1976. Beaucoup l'ont oublié et n'ont donc pas compris la référence. Sa nudité ne me choqua pas. Je l'avais vue dans le film Louise Wimmer et je sais qu'elle n'a pas de fausse pudeur. Et puis elle est belle, n'en déplaise à ses détracteurs.

Corinne Massiero aura aussi en quelque sorte vengé les co-scénaristes d'Effacer l'historique qui repartit sans le César du meilleur scénario original. Et sa prestation n'est pas près de l'être … effacée.

Je regrette juste que la scène ait été trop rapide. Il manquait un peu de suspense. Mais j'imagine qu'elle a eu peur d'être tirée en coulisses. Il fallait prendre tout le monde de surprise. Bravo. Message bien envoyé, et sans doute reçu. Par contre se souviendrons-nous du film qui reçu ce César des meilleurs costumes ? De mon point de vue La bonne épouse aurait pu être distinguée dans une autre catégorie.

Le discours engagé de Jeanne Balibar était à souligner lui aussi mais, pardon de le dire, il résonne moins fort quand il est prononcé en exhibant une robe de grand couturier.

J'avais adoré en début de soirée la joie de Fathia Youssouf, meilleure espoir féminin pour Mignonnes, un film que j'avais salué à sa sortie. Egalement à la toute fin de la cérémonie, celle de l'orléanaise Laure Calamy. Comme elle a raison de souligner l'importance de la décentralisation dans la culture !

Evidemment il y eu un gagnant qui gagna plus que les autres. Adieu les cons, un titre qui semblait pensé sur mesure, rafla 7 statuettes. Certains s'étonnèrent de l'absence d'Albert Dupontel. Il a pourtant dit et redit qu'il n'accordait aucun intérêt à ce type de récompense. Seul le public compte à ses yeux.

Autre absente de taille, la ministre Roselyne Bachelot qui se montra devant les caméras en tout début de soirée pour réitérer son soutien aux artistes dans un bout de discours lénifiant avant de disparaitre en coulisses puisqu'elle n'avait pas de place légitime dans la salle, n'ayant aucun César à remettre ou à recevoir. Du coup elle ne put répondre à aucune critique et les paroles de ceux qui s'adressaient à elle sont tombées dans le vide. Est-ce que cela l'autorisait à estimer ensuite que la soirée avait été déplorable ?

Il me semble bien avoir entendu à plusieurs reprises que toutes les personnes présentes ce soir là avaient été testées au Covid même si les masques étaient portés en salle (plus ou moins …). Il n'empêche qu'on apprendra que, comme l'an dernier le malheureux ministre de la culture Franck Riester, elle aura assisté (en coulisses mais tout de même) à la soirée en étant atteinte du Covid. Espérons qu'elle aura respecté les gestes barrière.

Je me suis réjouie que le César du montage couronne un documentaire, car on oublie trop combien c'est essentiel. Il y avait moins de films en compétition cette année et bien entendu tous ceux qui le méritaient n'ont pas été récompensés. Comme Eté 85 qui est un film de qualité. Il était nominé dans de multiples catégories et repart bredouille. Ce sera le cas aussi de Petit pays. Quel regret. Comme aussi Dark Waters, qui pour moi est un film majeur sur la dénonciation des agissements des grandes firmes. Ce sera Drunk qui obtiendra le César du meilleur film étranger.

Il est probable que les annulations de sortie ont pesé sur le palmarès qui aura été resserré. Il me semble qu'il y avait moins de films que les années précédentes à pouvoir prétendre être au moins nominés. Un divan à Tunis ne pouvait pas lutter contre Deux, malgré ses qualités. Je n'ai par contre guère de regret pour De Gaulle, victime probable d'une sur-promesse.

J'avais vu plus d'une dizaine d'entre eux. J'aurais pu d'ailleurs améliorer le nombre si je n'avais pas été freinée par l'épidémie, notamment DeuxAntoinette dans les Cévennes et Adieu les cons que j'avais notés dans mon agenda. J'imagine qu'ils seront de nouveau à l'affiche à la réouverture des salles. Comme le documentaire Adolescentes que j'ai très envie de découvrir. Il ne doit pas être fréquent dans l'histoire des César qu'un documentaire reparte avec trois statuettes.

Je me rattraperai avec la Médiathèque numérique ou une version DVD. C'est ce que j'ai fait pour JosepMeilleur film d'animation. Cet émouvant travail de mémoire m'a conduite dans un pays cher à mon coeur, le Mexique et je me suis laissée porter par cette tranche historique que je connaissais mal.

Mon avis est plus mitigé sur Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait qui valut à juste titre à Émilie Dequenne d'être remarquée comme meilleure actrice dans un second rôle.

J'ai aimé les intermèdes musicaux. Catherine Ringer fut bouleversante de naturel et de noblesse avec un Je reviens te chercher qui sera mémorable. Benjamin Biolay parfait. J'hésite à commenter le choix du titre d'Alain Souchon, Quand je serai KO. Lui, nominé meilleur acteur en 1984 dans l'Eté meurtrier, avait dû céder la statuette à un comique, extraordinaire dans un rôle dramatique, Coluche dans Tchao Pantin.

Ce soir là, hormis Stéphane Demoustier, surpris, heureux, et fier de son pari d'avoir misé sur une actrice inconnue, pour interpréter le rôle principal de La fille au bracelet (dans lequel jouait Benjamin Biolay), il me semble que ce sont surtout les femmes qui se sont illustrées et qui portèrent le flambeau.

vendredi 3 avril 2020

La fille au bracelet, film de Stéphane Demoustier

Le bruit des vagues couvre la conversation. On imagine un moment de tranquillité familiale sur la plage de la Boutinardière, au coeur de la Bretagne historique, à La Bernerie-en-Retz qui est la plage quasiment la plus proche de Nantes où le couple réside habituellement avec leurs deux enfants.

Lise Bataille, 16 ans, part, encadrée de deux gendarmes, alors que les parents assistent sans broncher à l'arrestation. L'instant est calme.

Deux ans plus tard le père (Roschdy Zemfait barrage pour que Lise, devenue La fille au bracelet, ne rende visite à un certain Diego : Je veux que tu reste concentrée et plus rien qui puisse faire des vagues.

Oui papa, répond-elle docilement avant de se mettre à relire ses déclarations, obéissant cette fois à son avocate (Annie Mercier), tout en ayant conscience que ce n'est pas une pièce de théâtre.

Elle porte un bracelet électronique qui l'astreint à circuler dans une zone restreinte. Elle suit désormais ses cours par correspondance. On en déduit qu'elle n'est pas retournée au lycée et qu'elle est relativement coupée de ses anciens camarades, hormis Diego qui apparait parfois. Son calme est olympique. Signe qu'elle est très ou pas du tout coupable. Comme éteinte aussi. Murée dans le silence sans être antipathique. Elle n'a pas davantage de réaction quand sa mère (Chiara Mastroiannilui annonce qu'elle ne viendra pas à son procès. T'as pas à te justifier la coupe-t-elle.
Au sein de la famille Bataille, on se parle a minima. On remarquera que fréquemment la caméra s'attarde en plan rapproché sur un visage silencieux et impénétrable. Les seuls moments de fantaisie sont provoqués par le petit Jules, qui avait 8 ans au moment des faits, et qui semble être le seul à s'exprimer sans filtre ...  : Si tu vas en prison est ce que je pourrais prendre ta chambre? elle lui répond oui avec sérénité. Là encore le spectateur se demande si c'est parce qu'elle est coupable jusqu'au cou ou absolument innocente.

Je ne vais pas spoiler l'issue mais Jules joue un rôle capital dans le déroulement du procès.

La fille au bracelet est un film déroutant. Le cœur de l’énigme n’est pas tant la culpabilité de Lise mais son fonctionnement et ses valeurs. On se demande ce que cache son sang-froid et si ses parents la protègent de leur propre culpabilité à ne pas l’avoir vue grandir, jusqu'à ne la connaitre que très superficiellement. A cet égard le témoignage de la mère sera probablement décisif alors que jusque là le père semblait davantage investi que sa femme, même si son apparente solidité masque une forte inquiétude : ça me dépasse, avouera-t-il à propos des comportements de son enfant.
La jeune Flora Dufour a été victime d'un assassinat terrible, sauvage, avec huit coups de couteau, le lendemain d'une fête entre adolescents. Sa mère ne lui connait pourtant aucun ennemi. Même pas Lise, sa meilleure amie, qui l'avait menacée de mort suite à la diffusion d'une vidéo à caractère sexuel la mettant en cause. Mais comme l'explique une de ses camarades : Je vais te tuer, comme quand on dit je t'aime, ça veut rien dire.

dimanche 16 mars 2025

Reine mère, un film de Manele Labidi

Reine mère avait été proposé par le Rex de Châtenay-Malabry le dimanche 8 mars dans le cadre du programme Femmes et cinéma.

Il commence sur une scène de baignade qui manifestement agace Mouna (Rim Monfort), pressée de renter à la maison avec sa mère (Camélia Jordana) tandis que résonnent les paroles de Minouche, la si jolie chanson de Rachid Taha en 2019 : 

Minouche, ma minouche
Pourquoi tu te fâches?
Ne prends pas la mouche
Ma jolie peau de vache.

Pour son second long-métrage, après le très remarqué Divan à Tunis, avec la même actrice principale, et abordant déjà le thème de la psychanalyse Manele Labidi installe ses personnages Porte de Vincennes. Bien que très attachés à leurs origines ils se sont parfaitement intégré dans un quartier qu'ils adorent et où ils ont fait une demande de logement social depuis déjà 7 ans. Car ils savent que leur appartement n'est qu'une solution provisoire.
Amel est un personnage haut en couleur. Elle a du tempérament, de l’ambition pour ses deux filles, une haute estime d’elle-même et forme avec Amor (Sofiane Zermaniun couple passionné et explosif. Malgré les difficultés financières elle compte bien ne pas quitter les beaux quartiers.
Mais la famille est bientôt menacée de perdre son appartement tandis que Mouna, l’aînée des deux filles, se met à avoir d’étranges visions de Charles Martel (Damien Bonnardaprès avoir appris qu’il avait arrêté les Arabes à Poitiers en 732… Amel n’a plus le choix : elle va devoir se réinventer !
Le film traite plusieurs thèmes en parallèle. La mère a une volonté farouche de faire grimper toute la famille dans l'échelle sociale. D'abord ses filles, et ce n'est pas un hasard si elle les a scolarisées à la Providence puisqu’elle n’est pas catholique mais elle en a saisi ce qu'elle pense être une opportunité, ce qui ne l'empêchera pas de faire l'erreur d'appliquer du henné sur les mains de Mouna. On l'entend régulièrement répéter à Mouna avant de la lâcher devant la porte de l'école : Je suis drôle, intelligente, belle (sous-entendu parce que je suis ta fille), équivalent à l’incantation de la mère (juive) de Roland dans le film Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan

Elle se refuse longtemps à travailler à l'extérieur du foyer et ne s'y résoudra que pour des raisons financières graves. Mais elle n'accepte pas d'occuper une position qu'elle estime humiliante (tout en faisant très bien le travail demandé). Son refus de se plier au code est mal jugé par sa supérieure hiérarchique (Marie Rivière, très fine dans ce rôle) : T’es la fille d’un fermier qui se prend pour la reine d’Angleterre, lui reproche-t-elle parce qu'elle ne porte jamais sa blouse de service. La jalousie de cette femme est manifeste : Tu te la pètes quoi ? Ce qui est très réussi dans la direction d'acteurs c'est que Camélia Jordana est d'une dignité absolue en femme de ménage 

Elle a beau dire Ni je juge, ni je parle, le spectateur ressent la moindre de ses critiques. Et son franc-parler lui vaut bien des déboires, lourds de conséquences.

Les injonctions de la chef sont préoccupantes car Amel risque de perdre son travail. Et pour commencer elle est privée d'assister aux cours qu'elle suivait à l'université (sur son temps de repos). S'ajoutent à ces brimades le harcèlement dont sa fille Mouna est victime de la part de ses camarades malgré la sollicitude de son institutrice de CM2 (Clémentine Poidatz) qui peine à prononcer le mot "arabe" et qui a bien conscience de la responsabilité de l'institution scolaire puisque c'est suite à un cours d'histoire annonçant la victoire de Charles Martel contre les arabes à Poitiers que les ennuis ont commencé.

La pression scolaire combinée à la crainte de perdre "leur maison" va provoquer chez la jeune fille des symptômes psychiatriques se manifestant par des hallucinations. Charles Martel (Damien Bonnardva lui apparaitre, d'abord comme personnage maléfique, puis très vite comme allié.

Le film peine un peu à trouver une justesse de ton qui le rende crédible. Il me semble qu'une bascule positive s'opère avec la scène d'analyse du tableau Bataille de Poitiers, de Charles de Steuben (1837) qui figure dans tous les manuels et que la classe va admirer au musée. Le ridicule de la composition est décortiqué. Il est manifeste que cette "reconstitution", mille plus tard, est mensongère et excessive. Et que finalement les visions de l'enfant ne sont pas plus irréalistes que cette oeuvre.

Le roi va devenir cet ami imaginaire si essentiel pour protéger l'enfant dont l'enseignante fait un éloge émouvant aux parents : Laissez-lui son imaginaire signe de grande intelligence.

Le père (Sofiane Zermani) fait ce qu'il peut pour tenir le navire en se tuant à la tâche et en prenant grand soin de sa clientèle. Il y a de très jolis moments de partage familiaux comme le pique-nique sur les chantiers du père qui se répètent comme un rite. Mais, comme beaucoup d'hommes à cette époque (nous sommes en 1984) cet homme reste loin des contingences matérielles, incapable de donner le prix de 6 œufs.

La scène de maraboutage était inévitable. C'est un grand moment. La réalisatrice a fait la part belle à l'humour. Les moments passés entre copines sont très savoureux. L'apprentissage de la conduite automobile nous vaut des scènes d'anthologie. T’es loin d’être prête la prévient la directrice de l'auto-école (formidable Saadia Bentaïeb,  qui cofonda dans les années 1990 la compagnie Louis Brouillard avec Joël Pommerat, et que nous avons beaucoup vue au théâtre). Amel l’a déjà loupé 4 fois de suite, et ce n'est peut-être pas la dernière fois.

Il y a aussi beaucoup d'amour entre tous. Vous êtes mes p’tites sardines jure cette Maman au grand coeur. Kenza, la petite soeur, est attendrissante. Manele Labidi a utilisé des artifices astucieux pour construire une ambiance propice au rêve, filmant les acteurs à travers une brume, ou derrière  la buée d'une vitre de salle de bains.

Il faut, certes, adhérer au concept d'ami imaginaire, mais tout se tient. Y compris la jolie scène de danse en noir et blanc entre la mère et Martel (illustrant peut-être l'expression se mettre martel en tête). On comprend qu'Amel a pris le parti de sa fille, ce qui se concrétise dans la scène finale … que je vous laisse découvrir mais dont l'affiche donne un indice.

Voilà un second film qui confirme le talent de Manele Labidi dont on attend déjà le troisième film.

Reine mère, un film de Manele Labidi
Avec Camélia Jordana, Sofiane Zermani, Damien Bonnard, Rim Monfort, Marie Rivière, 
Clémentine Poidatz, Farida Rahouadj, Saadia Bentaïeb  …
En salles depuis le 12 mars 2025

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