dimanche 2 février 2020

#JeSuisLà un film d'Éric Lartigau

Voilà un film qui m’a beaucoup réjouie, étonnamment puisque la fin n’est pas celle qu’on attendrait dans ce qu’on peut appeler la catégorie comédie romantique même si le propos va au-delà. Peut-être faut-il inventer un genre nouveau à savoir comédie philosophique.

Alain Chabat y est surprenant, tour à tour naïf ou entreprenant.

Je ne sais pas trop si je dois écrire le titre du film #jesuislà, sans aucune majuscule, comme on le fait sur Instagram ou #JeSuisLà comme on peut le lire sur l'affiche du film (ou sur Facebook).

L'interrogation est justifiée par le fait que le poids des réseaux sociaux, et singulièrement celui d'Insta (comme on dit dans le jargon) est colossal dans le scénario :

Stéphane mène une vie paisible au Pays Basque entre ses deux fils, aujourd’hui adultes, son ex-femme et son métier de chef cuisinier. Il lui manque un petit frisson et ce ne sont pas les retards à répétition de sa collaboratrice (Blanche Gardin dont on ne sait jamais si son accent est forcé pour créer un effet comique ...) qui vont le faire frémir. Il va un jour poster la photo d'un arbre (dans une scène d'acrobatie comme seuls les accros à Insta sont capables d'en faire) et ce sera le point de départ pour des échanges quotidiens avec une jeune femme.

Il se trouve que Soo est sud-coréenne. le rôle a été confié à Doona Bae qui est une star dans son pays natal. La distance n'effraie pas Stéphane qui, victime en quelque sorte de son addiction, décide, sur un coup de tête, de s’envoler pour la Corée pour la rencontrer puisqu'elle lui a promis de l'attendre à l'aéroport et qu'il espère voir avec elle les cerisiers en fleur.

Le film a commencé par un mariage et on suppose que l'histoire finira de la même manière. Mais la réalité, on s'en doute assez rapidement, ne sera pas conforme au rêve ...

Nous avions tous été émus aux larmes par la Famille Bélier de ce même réalisateur, Eric Lartigau. Il y a des points communs entre les deux, notamment la quête initiatique, même si cette fois, c'est un homme d'âge mur qui l'entreprend.

L'histoire de #JeSuisLà semble "incroyable" et pourtant il parait qu'au moins quatre fois par mois, des hommes doivent être rapatriés après être venus à la rencontre de Coréennes, avec lesquelles ils n’ont jamais pu faire connaissance. Cela dit bien les conséquences auxquelles d'anodines conversations virtuelles peut conduire.

Dans les premières scènes Stéphane semble ne pas avoir de goût particulier. A la question posée par Soo de savoir ce qu'il aime il répond à la jeune femme "Je sais pas. Tout". Face à son incertitude la seule affirmation qui ait du sens sera "Je suis là" ... même s'il est présent-absent parmi les siens. Ses échanges s'effectuent de façon publique mais dans une relative confidentialité puisqu'il n'y a alors que deux douzaines de personnes à les lire.

Certains spectateurs pensent à Lost in translation de Sofia Coppola (2004) mais à l'inverse de Bob Harris (interprété par Bill Murray) qui contemple Tokyo d'en haut, sans vraiment la voir, semblant ailleurs, détaché de tout, incapable de s'intégrer à la réalité qui l'entoure, Stéphane au contraire est  extrêmement attentif à tout. Que ce soit des danseurs de K-Pop (le groupe Myteen) qu'il regardera avec étonnement ou des personnes modestes comme une technicienne de surface, ou encore des cadres éméchés, des basketteurs limougeauds, un chef coréen, un sympathique chauffeur de bus. Et de fait il attirera la sympathie puisque le compteur de ses abonnés ne cessera de grimper.

Mais au final qui trouvera-t-il au bout du chemin ? Soo viendra-t-elle à sa rencontre comme elle l'a promis ? N'oublions pas que la finalité romantique n'est jamais heureuse.

Ce film m'a fait voyager en Corée dans un décor que je ne connaissais pas. Les images sont étonnantes, montrant à la fois une modernité extrême dans les espaces de l'aéroport d'Icheon qui par certains aspects fait figure de complexe hôtelier, et une tradition effrayante dans les marchés et les rues bondées ... parce qu'on pense à l'épidémie qui frappe la Chine toute proche en ce moment.

On sera d'accord avec Stéphane : ils aiment bouffer dans ce pays (au passage on remarquera que Cyril Lignac a joué un rôle de conseiller sur le film). On mesure aussi petit à petit la différence de perception des sentiments entre coréens et européens. Il existe un mot coréen qui renvoie à la capacité d'écouter et de décoder les émotions de l'autre sans qu'il ait à les formuler. C'est le "nunchi" qui pourrait se rapprocher du concept d'intelligence émotionnelle.

Les émissions de cuisine nous ont appris qu'il existait une cinquième saveur, typiquement japonaise,  "l'umani". Avec son film, Eric Lartigau nous enseigne une autre spécificité asiatique. Nous en sortons comme régénérés ... démontrant, en fin de compte, qu'il faut s'éloigner de chez soi pour mieux se retrouver.

Un film amusant à voir en couple au moment de la Saint-Valentin puisque sa sortie en salles est quasi concomitante. Et bien entendu propice à débattre ensuite de la virtualité réelle ou supposée du scénario. De la notion de rêve et du présent.

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