jeudi 13 février 2020

Cœurs au Musée de la Vie Romantique

C’est la demeure du peintre Ary Scheffer et elle est devenue en 1987 le Musée de la Vie Romantique. Chacun sa conception des choses mais je vais avouer franchement que les collections permanentes (en accès libre) n’ont à mes yeux absolument rien de "romantique". Par contre le petit jardin et la verrière où est installé le salon de thé avec les bons produits de Rose Bakery sont éligibles à ce qualificatif.

Sa dénomination de Musée de la vie romantique est cependant pleinement justifié en ce moment avec la proposition d’une exposition temporaire qui commence à la date symbolique de la Saint-Valentin, intitulée Cœurs, et qui propose de mettre en lumière des œuvres contemporaines évoquant le romantisme.

La sélection faite par Maribel Nadal Jové, commissaire invitée et par Gaelle Rio, directrice du musée, est tout à fait intéressante et invite à voir diverses représentations des sentiments accrochés sur des murs roses ou bleus. On pourrait croire qu’elles nous proposent un point de vue féminin et un point de vue masculin mais il n’en est rien.

Ces deux couleurs, plutôt froides, symbolisent combien l’amour romantique n’est pas un amour heureux. De quoi freiner les tentations de nos concitoyens en matière d'imagination dans leurs scénarios de rencontres. J'irai jusqu'à vous inciter à vous méfier la prochaine fois qu’on vous promettra une soirée romantique. Elle pourrait mal finir. Et elle sera nécessairement éphémère. Voilà d’ailleurs pourquoi la dernière section se satisfera de montrer des cœurs gravés puisque les cœurs éternels sont bien trop rares. Mais commençons au sous-sol du pavillon qui se trouve dans la cour.

Le parcours se décline dans les deux espaces du grand atelier du peintre Ary Scheffer, en sept sections pour dessiner les contours d’un cœur multiple : cœur ouvert, cœur artiste, cœur symbole, cœur amoureux, cœur brisé, cœur gravé et cœur éternel. Le principe de la déambulation permet de faire ressentir au public les multiples nuances du sentiment amoureux en évoquant les grands thèmes de la séduction, du coup de foudre, de la déclaration d’amour, de l’érotisme, de la rupture, du deuil et de l’amour éternel. Des miniatures, dessins et objets précieux, aux côtés de formats plus spectaculaires, mêlant une approche naturaliste à une vision idéaliste, illustrent ce motif populaire, son sens symbolique et ses appropriations esthétiques dans l’art d’aujourd’hui.
J’ai remarqué -sans surprise quant à leur choix- deux immenses tableaux de Pierre et Gilles, une œuvre de Sophie Calle, une de Niki de Saint-Phalle (qui ne connaît pas son cœur rouge vif tournant  à coté de Beaubourg dans la fontaine Stravinski ?) deux autres d’Annette Messager, trois de Marc Molk. La présence de ces artistes s’inscrit dans une logique. Je regrette malgré tout que l’unique œuvre réalisée pour l’exposition (sans être néanmoins une commande) soit illisible. Même en s’approchant à l’extrême de la calligraphie de Marc Molk (à l'étage), conçue au demeurant pour être vue de près, il est impossible de déchiffrer plus de quelques mots. J’aurais apprécié que le texte, sans doute écrit avec une certaine intention, soit mis à disposition. Cet artiste qui se peint en accrochant son cœur enflammé à son poignet a sans doute beaucoup à dire sur le sujet.
On applaudit par contre à l’enthousiasme avec lequel les deux commissaires ont monté le projet. Quelle belle idée de faire dialoguer la délicate sculpture de fil d’acier crocheté de Luise Unger (2008) avec l’Opération à cœur ouvert d’Oda Jaune. L’univers de cette artiste bulgare figurative est extrêmement métaphorique et poétique.
Les oeuvres sont très variées, à la limite du kitsch comme ce God's Heart de Sarah Pucci (1902-1996) réalisé dans les années 1980 avec des perles, paillettes, épingles, mousse et statuette en plastique. Ou encore cette huile sur bois, de 2016, intitulée Marcel Duchamp par Ida Tursic et Wilfried Mille, un couple d'artiste ayant d'ailleurs rencontré le maitre de l'art conceptuel durant leurs études aux Beaux-Arts de Dijon.
Le coeur brisé est un thème cher aux romantiques. Voici le Cœur au repos d'Annette Messager, 2009. Tissage /  fil de fer, filet noir, 43 x 100 x 17 cm. Cette oeuvre qui est proche de l'installation évoque un cerf-volant avant qu'il ne tombe sur la grève comme un gâteau naufragé. L'artiste a utilisé un filet de pêchette couleur noire (souvent associée à la mort et au deuil) qu'elle fait tenir en équilibre au moyen d'une armature en fil de fer.
Je vous invite à vous asseoir un moment sur le canapé en arc de cercle, recouvert d'un velours orangé pour contempler les oeuvres du premier étage. Vous serez touché comme par une flèche par le cœur transpercé de Marc Molk ou celui en Cage de verre, de Françoise Pétrovitch, 2010, verre soufflé, argenture et miroir, production CIAV, Meisenthal, 90 x 47 x 47 cm.
Votre regard s'accrochera sans doute ensuite sur ce néon de Hsia-Fei Chang, artiste taïwanaise née en 1973 à Taipei, vivant et travaillant à Paris, et qui témoigne de la polysémie de l'appropriation technique du thème.
Le récit sur l’amour se poursuit ensuite dans l’ensemble du musée, invitant le visiteur à revoir de façon sensible et poétique les collections permanentes du musée.
Je rappelle que cette exposition ouvrira pour la Saint-Valentin, lors d’une journée exceptionnelle gratuite destinée à tous les amoureux de l’art, de la musique et de la poésie. Une riche programmation culturelle, des animations et des dispositifs de médiation comme un photomaton, un parcours de visite pour les enfants, une carte du cœur ainsi que des visites guidées et des ateliers, feront battre le cœur du public au musée de la Vie romantique.

De multiples animations, ateliers et conférences sont répertoriés sur le site du musée.

Cœurs. Du romantisme dans l’art contemporain
Avec des oeuvres de Martine Aballéa, Pilar Albarracín, John M. Armleder, Gilles Barbier, Ronda Bautista, Sophie Calle, Hsia-Fei Chang, Delphine Coindet, Jim Dine, Jacques Halbert, Oda Jaune, Ouka Leele, Philippe Mayaux, Annette Messager, Marc Molk, Mrzyk & Moriceau, Claude Nori, Vincent Olinet, Jorge Orta, Jean-Michel Othoniel, Françoise Pétrovitch, Pierre et Gilles, Sarah Pucci, Agatha Ruiz de la Prada, Niki de Saint Phalle, Ida Tursic et Wilfried Mille, Luise Unger, Winshluss.
Du 14 février – 12 juillet 2020
Musée de la Vie romantique
Hôtel Scheffer-Renan
16, rue Chaptal – 75009 Paris - Tél. 01.55.31.95.67
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, fermé les lundis et le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre
Accès gratuit aux collections permanentes

Dernière minute : l'exposition est prolongée jusqu'au13 septembre 2020 suite à la fermeture en raison de l'épidémie de Covi. La réunion-ouverture du musée devrait intervenir à partir du 16 juin (il est prudent de vérifier avant de vous déplacer).

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