Cette façade sud, plutôt imposante, dite "François ler", a été construite au milieu du XVI° siècle par Louis Adhémar. Elle a été complétée au XVII° siècle par des niches à coquilles et des pots à feu sur la toiture. Elle présente aujourd'hui l'état restitué par les restaurations des années 1913-1931.
Malgré quelques différences avec l'état initial, les principes essentiels de sa composition restent identifiables : travées rythmiques, fenêtres à deux croisillons à baguettes rondes croisées aux angles, superposition de deux ordres corinthiens à un ordre de pilastre ionique, double et triple corps de moulures à ressauts soulignant les deux étages de cette grande composition. On peut donc aisément se projeter comme si nous étions à la cour d'Espagne au XVII°, telle que Victor Hugo nous y invite avec Ruy Blas (publié en 1838, dont j'avais vu une mise en scène l'année dernière au Ranelagh, annonçant une "modernité absolue").
Et pourtant le plateau de jeu, imaginé par Damien Caille-Perret s'inscrit dans la contemporanéité. C'est un disque incliné d'un camaïeu de bleus qu'il a encadré de roues de bois.
Don Salluste (Thierry Bosc), ministre déchu et exilé par la reine, trame une machiavélique vengeance en faisant entrer au château son valet Ruy Blas (François Deblock) sous l'apparence de son cousin, le bourlingeur Don César de Bazan (Jean-Christophe Quenon).
Mais quand les portes du palais s'ouvrent c'est la jeune reine (Noémie Gantier) qui créé la surprise dans le public et on peut parier que cette image restera gravée dans les mémoires. Délaissée par son mari Charles II, celle-ci s'ennuie loin de son Allemagne natale. Et Ruy Blas en tombe immédiatement amoureux. Le plan machiavélique se déroulera sous nos yeux. La reine sera séduite par la "loyauté" de Ruy Blas et tombera dans le piège.
Victor Hugo avait traité le sujet avec le pessimisme qu'on lui connait. Yves Beaunesne y insuffle de la comédie et une certaine dose de ridicule mais sans gommer émotion et passion qui caractérisent l'époque romantique de la création de la pièce. Il n'empêche qu'on pourra réfléchir à la perversion permise par l'exercice du pouvoir politique et aux limites de l'innocence.
Il faut souligner que, comme à son habitude, ou peut-être encore plus, Jean-Daniel Vuillermoz a imaginé des costumes éblouissants qu'on croirait directement nés du pinceau de Vélasquez. Plus tard des robes écarlates feront elles aussi leur effet, d'autant que les masques d'animaux (d'Isabelle Kretschmar) sont impressionnants.
L'interprétation soignée de tous, comédiens et musiciennes, font de l'ensemble un très beau spectacle, tout à fait emblématiques des Fêtes nocturnes. Il sera repris l'année prochaine, du 26 février au 15 mars 2020 au Théâtre Gérard Philipe – centre dramatique national de Saint-Denis (92).
J'ajoute que, ouvert de 19h30 à 1h du matin et réservé aux spectateurs, le Bar du Bosquet permet de profiter du cadre unique des jardins et des terrasses du château pour savourer une restauration gourmande à base de produits locaux et biologiques et discuter avec les artistes après le spectacle.
Ruy Blas de Victor Hugo
Mise en scène de Yves Beaunesne
Scénographie Yves Beaunesne, avec Damien Caille-Perret
Lumière Nathalie Perrier et Création musicale Camille Rocailleux
Costumes Jean-Daniel Vuillermoz
Avec Thierry Bosc (Don Salluste), François Deblock (Ruy Blas), Zacharie Féron, (Gudiel), Noémie Gantier (La Reine), Fabienne Lucchetti (La Duchesse d’Albuquerque) Maximin Marchand, (Le Marquis de Santa-Cruz), Guy Pion (Don Guritan), Jean-Christophe Quenon (Don César), Marine Sylf (Casilda) et les musiciennes Anne-Lise Binard et Elsa Guiet.
Jusqu'au 24 août 2019 au Château de Grignan
23 Rue Montant au Château, 26230 Grignan
Ouverture du guichet, accès aux jardins et au Bar du Bosquet à 19 h 30
Accès aux gradins à partir de 20 h 30
Début du spectacle à 21 h
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