Dans trois jours, Nino, jeune parisien, qui devrait fêter joyeusement ses 28 ans, devra affronter une grande épreuve. D’ici là, le corps médical lui a imposé deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à traverser Paris, le pousser à renouer avec les autres et peut-être avant tout avec lui-même.
J’ai énormément apprécié la manière que Pauline Loquès a de filmer cet espace-temps entre l’annonce (tellement maladroite) de la maladie au jeune homme et le début du traitement. Elle parvient à nous faire ressentir la lenteur avec laquelle les journées s’enchaînent malgré la précipitation provoquée par la situation. C’est très agréable pour le spectateur qui a le temps de réfléchir, et de ressentir la palette d’émotions jouées par le comédien qui n’en fait jamais trop.
Seule la mère, interprétée par Jeanne Balibar, est une actrice connue mais son décalage est si naturel qu’elle en devient touchante. Le tour de force est qu’on se surprend à se sentir proche de tous les personnages, jusqu’au personnel médical dépassé par la charge de travail ou au contraire profondément humain. La scène finale est à ce titre un monument de pudeur.
Si Pauline Loquès réussit si brillamment c’est parce qu’elle était motivée par le perte d’un proche d’un cancer à 37 ans, et à qui elle dédie le film. Elle n’en raconte cependant pas le parcours. Les questions qu’elle nous soumet sont peu abordées au cinéma : la révélation de la maladie, son annonce à l’entourage, le choix de la "personne de confiance" exigée par l’hôpital, l’emploi du temps des heures de répit avant la course pour la vie, la hiérarchisation des priorités, la "dette" à l’égard de quelqu’un qu’on aurait contaminé malgré soi …et qu’on préviendra avec pudeur par quelques lignes sur une carte postale rose mentionnant Yes, you can.
Nino est comme assommé par l’annonce de sa maladie. Il semble souvent à côté de ses pompes, la perte de ses clés le condamnant à errer. Chaque détail prend tout son sens. Et la réalisatrice a l’art de glisser des détails de notre vie quotidienne comme l’obligation de consommer pour avoir le droit d’aller aux toilettes dans un bar, la façon d’accueillir dans les hôpitaux, l’anniversaire surprise … sans pour autant négliger des sujets de fond comme la question de la parentalité qui est très présente chez les femmes, moins coté masculin, et pourtant Nino est confronté à la préservation de ses chances de fertilité.
L’annonce de la maladie provoque une réflexion très existentielle, du type "Si je m’en sors qu’est ce qui m’attend pour le reste de ma vie ? " ou encore "Est-ce qu’on peut tomber amoureux quand on vient d’apprendre une telle nouvelle ?"…
Il y a plusieurs très jolies scènes. Je citerai celle où Zoé, son amie d’enfance, lit avec pudeur et générosité un passage de Venus erotica de Anaïs Nin (et je vois dans ce choix un jeu de mots avec le prénom de Nino). Le moment était périlleux mais il est magnifiquement interprété.
En contraste à la scène d’introduction et à la maladresse de l’oncologue, le film se clôture en montrant que l’hôpital peut aussi être une zone de douceur. La première séance de chimiothérapie se passe dans une pièce qui est pensée comme une chambre de maternité. L’infirmière pose une main sur l’épaule. Elle fixe un bracelet en murmurant que c’est comme pour un nouveau-né. Ça fait écho à la séquence où sa mère raconte sa naissance.
Nino revient à la vie en faisant face à sa mortalité, comme le suggère la dernière chanson, I’ll be alive. On peut considérer que la fin est ouverte aussi bien sur le plan médical que sentimental.
Théodore Pellerin est un comédien québécois jusqu’alors -presque- inconnu en France (il est Jacques de Bascher dans la série "Becoming Karl Lagerfeld") et qui joue sans accent. Il faut aussi souligner la délicatesse de l’interprétation de son ami, joué par William Lebghil qui dégage une grande tendresse alors qu’on a (trop) l’habitude de l’enfermer dans des rôles comiques.
Le film a reçut de multiples prix depuis qu’il a été montré la première fois à la Semaine de la critique à Cannes en mai dernier : prix d’interprétation à Théodore Pellerin, Prix Pierre Chevalier, Prix d’Ornano-Valenti au dernier festival de Deauville … et César du Meilleur Premier Film comme du Meilleur Espoir masculin.
Nino un film de Pauline Loquès
Scénario Pauline Loquès, avec la collaboration de Maud Ameline,
Avec Théodore Pellerin, William Lebghil, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar
En salle depuis le 27 septembre 2025..
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