Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
Affichage des articles triés par date pour la requête ParisOFFestival. Trier par pertinence Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par date pour la requête ParisOFFestival. Trier par pertinence Afficher tous les articles

dimanche 27 septembre 2026

Reprise de Ultra-Girl Contre Schopenhauer par la Compagnie de Onze à Trois heures

Je l'avais découvert en juillet 2020 au Gymnase Auguste Renoir.

C'était la première édition du ParisOFFestival organisé par Mathieu Touzet, alors nouvellement nommé à la tête du Théâtre 14.

Le voilà qui revient six ans plus tard, avec la même distribution, à l'initiative de Nathalie Lucas et de Serge Paumier dans leur théâtre portant désormais leurs deux noms, du 19 septembre au 26 décembre, les vendredis et samedis à 19h15 sauf 16-17 octobre à 21h

Vous allez découvrir un décor de bonbonnière dans des tons de bleu et de rose, ponctué de touches de couleur orange,  extrêmement réussi de Caroline Oriot, dans lequel évoluent les personnages de Ultra-Girl contre Schopenhauer.

Cédric Rouillat, qui est un photographe lyonnais (s'affirmant comme autodidacte), et qui  se destinait auparavant à la bande dessinée, signe ici sa première mise en scène et je salue son talent. C'est lui qui a conçu et écrit la pièce, qui a été créée en février 2017 au théâtre de l'Elysée.

En s'affranchissant des habituels codes de sérieux, le résultat est vif, joyeux, osé, à la lisière d'une folie qui pourrait le faire basculer, mais ... non. Il reste toujours dans le cadre du théâtre auquel il serait difficile de rendre un plus bel hommage.

Quand on entend ces paroles on se dit que c'aurait été une erreur de ne pas programmer la pièce dans le ParisOFFestival (elle aurait dû être jouée durant l'été au 11 Gilgamesh d'Avignon mais le Covid en décida autrement) : Je voudrais savoir qui a décidé que le théâtre n'existait que dans quelques vieilles bâtisses dispersées dans des grandes villes (...) Ecoutez et apprenez ! Le théâtre c'est le dompteur de puces, le grand opéra et les rodéos, le carnaval, les ballets, les danses rituelles indiennes, les marionnettes, tout ça c'est encore le théâtre, partout où il y a la magie, où on fait semblant devant un public, c'est le théâtre.

Arthur Schopenhauer est un philosophe allemand (1788-1860) qui ne figure dans le titre que comme clin d'oeil en raison d'une citation de son nom dans une des chansons du spectacle. Le moins qu'on puisse dire c'est que cet homme n'était pas joyeux. Il pourrait représenter la conscience (ou les doutes) d'Edwige (Sahra Daugreilh, qui collabore régulièrement avec Cédric Roulliat), une jeune traductrice, rêvant aux destins extraordinaires des superhéroïnes de comics américains, travaillant dans les années 80 pour un éditeur de bandes dessinées, à l'adaptation en français des aventures de l’intrépide et sensuelle Ultra-Girl (Laure Giappiconi).

Cette figure super héroïque d'ultra-girl est, pour Edwige, un double idéalisé, sublimé, en même temps sa meilleure amie et en même temps toutes les héroïnes qu'elle a pu rencontrer dans les oeuvres de fiction, au cinéma, dans la littérature et le roman-photos comme dans les bandes dessinées. On remarque ainsi les évocations des héroïnes de bande dessinée et d'actrices comme Rita Hayworth ou Liz Hamilton. Le spectacle est si riche de références et d'hommages qu'on aimerait pouvoir mettre parfois sur pause et jouer le replay.
© photo : Julien Benhamou
Le personnage de fiction prend corps dans la réalité (et quel corps intrépide et sensuel en combinaison moulante cousue dans le drapeau américain et cuissardes rouges !) tandis que celui de la traductrice perd la notion du réel dans une sorte d'osmose interchangeable entre elles deux. Les mythes hollywoodiens surgissent dans des moments surréalistes de chants, danses, extraits de films qui sont interprétés en voix off par les comédiens qui, on ne pourrait faire mieux, incarnent leurs héros.

Parfois un voisin s'invite avec des mimiques burlesques. C'est David Bescond qui joue ce rôle comme tous les personnages masculins : professeur d’anglais, plombier (il faut bien réparer la machine à laver) et bien entendu aussi  Schopenhauer.

C'est ludique, totalement kitsch, assurément pop, tellement vivant ! Il faudrait être réfractaire au second degré pour ne pas l'apprécier. Et plus vous serez nombreux, plus on entendra vos rires.

Ultra-Girl Contre Schopenhauer par la Compagnie de Onze à Trois heures
Mise en scène et texte : Cédric Roulliat, Musique : Laurent Péju
Avec David Bescond, Sahra Daugreilh, Laure Giappiconi
Scénographie : Caroline Oriot et Guillaume Ponroy
Création lumières : Fabrice Guilbert
Création son : Baptiste Tanné
Reprise du 19 septembre au 26 décembre 2026
Au Théâtre Lucas-Paumier - 15 rue du Retrait - 75020 Paris
Accueil/Billetterie : 01 87 446 111
Les vendredis et samedis à 19h15 sauf les 16-17 octobre à 21h

mercredi 11 juin 2025

Dans le silence des paumes de Florian Pâque

Après Étienne A (au ParisOffestival en 2020), Sisyphes et Fourmi(s), Florian Pâque revient avec un nouveau spectacle, à mi-chemin entre le théâtre documentaire et la création onirique. Dans le silence des paumes interroge depuis déjà deux ans le corps de ces femmes et de ces hommes usés par des métiers pénibles et répétitifs, et tente, à travers un texte construit sur des témoignages récoltés auprès de travailleu.r.se.s précaires et invisibilisé.e.s de briser le silence dans lequel trop souvent la société les terre.

Florian s’est éloigné du thème qui traversait deux de ses précédentes créations. On retrouve néanmoins, par petites touches, les questions de maltraitance au travail autant côté masculin que féminin, l’abus de pouvoir hiérarchique comme la pénibilité, ce qui résonne bien entendu avec l’actualité remettant en cause l’âge de la retraite.

Ça aurait pu être donneur de leçon ou carrément culpabilisant. Le résultat diffuse une infinie tendresse avec de jolies notes d’humour.

J’ai vu le spectacle dans une salle qui n’est pas un théâtre, ce qui, malgré tout, correspondait tout à fait à l’intention de la compagnie de se produire à domicile ou dans des lieux qui ne sont pas dédiés au théâtre, y compris quand le spectacle partira en tournée. Et c’est dans un tel contexte qu’il a déjà été joué une trentaine de fois.

La configuration en cercle incluant les trois comédiens nous place dans une situation évidente de proximité. Nous sommes presque de la famille … et nous découvrons la situation en même temps que les protagonistes qui se parlent tout d’abord à la troisième personne, tant l’émotion bloque le dialogue.

Lélia (Loelia Salvador) était arrivée la première. Puis Colin (Nicolas Schmitt) avec ses fleurs : J’aurais voulu qu’il fasse moche et que nous soyons moches et que tout ça, ici, que tout ça- ici soit moche. Enfin Florent (Florian Pâque) s’était particulièrement énervé. Ses mots surgis de son enfance nous cisaillaient le coeur : Pourquoi que tu me donnes jamais la main Maman ? 

Pas étonnant qu’il s’énerve : On ne la connaît pas, cette femme, dans ce salon, assise dans ce fauteuil, éclairée de côté par les rayons du soleil qui transpercent la fenêtre. Des regrets sont exprimés. Des interrogations tombent dans le vide. Colin sera le premier à prononcer le mot mort.

Le jour de sa mort, dans ce salon sans souvenirs que nous spectateurs partageons avec eux, chacun va oser glisser son visage dans ses mains, pour y pleurer. Lélia sera la première à se lancer. Et comme dans une coque vide on percevra le bruit de la mer (de la mère …) :
J’avais ma tête posée dans la main de ma mère.
Et comme un coquillage qui conserve les bruits de l’océan
C’est là, dans le silence de sa paume
Que pour la première fois j’ai entendu l’histoire de son corps
Qu’elle avait toujours voulu nous épargner.

Une histoire qui pourrait être universelle. Des femmes, parmi les premières spectatrices se sont exclamé que c’était leur histoire alors que, bien entendu, c’est une fiction. Une fiction nourrie de statistiques : on recense 52 000 cas de cancer professionnels chaque année, les femmes subissent souvent le temps partiel, les tensions au travail accentuent leur charge mentale privée.

Les dialogues ne visent pas le réalisme et nous assistons à un vrai moment de théâtre, avec ses ellipses, ses métaphores, une superbe chorégraphie de bouteilles de produits d’entretien, un lâcher de bulles de savon dans lesquelles se cachent des voix (ce sont ces bulles qui s’échappent des paumes sur l’affiche, mais d’autres y verront la tache laissée par chacun des emplois de Maryse), des personnages multiples, un travail sur les voix, les bruitages … Comme ils résonnent les coups portés par par le père de Maryse sur la jeune femme enceinte !

Lelia interprète alors Maryse recevant des coups de son père le premier mois, le second etc … chavirant de douleur avec beaucoup de réalisme. Et le curé imperturbable récite son bréviaire jusqu’à la formule consacrée : Que Thierry et Maryse soient unis dans un même amour.

De vraies marchandes de quatre saisons ont été enregistrées et l’imitation du curé comme de l’employeur est extrêmement drôle bien que criante de vérité. Elle mourra jeune, à 63 ans, en ayant résisté jusqu’au bout pour tenir. La répétition de son mantra intérieur est poignant.

Des trois c’est le plus jeune, Florent qui en sait le moins. Chacun aura tracé sa route tout seul. Maryse Bosquet aura voulu qu’ils soient ses enfants sans être leur mère. Elle les appellera pur leur dire adieu, en respectant l’ordre de naissance. Au petit dernier elle demandera pardon. Une magnifique chanson inspirée du titre éponyme de Jean Ferrat nous est offerte illustrant qu’ils furent l’embellie dans sa vie.

Ce spectacle s’accompagne dans sa forme "classique" d’un échange avec le public et même d’un repas à partager tous ensemble avec les moyens du bord quand ils sont en résidence à la Poudrerie de Sevran (Seine-Saint-Denis).
Dans le silence des paumes de Florian Pâque
Mise en scène Florian Pâque
Avec Loelia Salvador, Nicolas Schmitt, Florian Pâque
Scénographie et marionnettes Florian Pâque 
Création lumières et vidéo Hugo Fleurance
Création sonore Camille Vitté 
Costumes et affiche Jérémy Vitté 
Production : Cie Le Nez au milieu du village
Mercredi 11 juin à 17 heures et jeudi 12 juin 2025 à 11 et 15 heures
Salle Cromot - 9 rue Cadet - 75009 Paris
Puis du 5 au 24 juillet au festival d’Avignon au Théâtre du Train Bleu - Salle Maif (139 avenue Semard, 84000 Avignon). Départ en navette à 12H depuis le Théâtre du Train bleu, début du spectacle à 12H30 / Retour en navette vers 13H40 - Relâche les 11 et 18 juillet

jeudi 24 octobre 2024

Fourmi(s) de Florian Pâque

C'est la quatrième création de la compagnie Le Nez au Milieu du Village qui nous oblige à mettre le nôtre -de nez- sur les rouages malsains de notre société.

J'ai découvert le travail de Florian Pâque et de Nicolas Schmitt il y a 4 ans avec Etienne A. au formidable ParisOffEstival dont c'était la première édition. Déjà, à cette époque, on ne pouvait s'empêcher de faire le rapprochement avec l'univers de Ken Loach.

Tous deux continuent de tracer le sillon (qui hélas n'est pas près de se combler) de l'invisibilité et de l'ubérisation, au sens large du terme, celle qui à grande échelle entraîne la marchandisation et la robotisation dévorantes des individus. Après la plateforme d'acheminement de colis voici celle qui prend en charge les courses humaines.
Sur le toit de la Grande Tour, Antoine regarde les horizons qui s’ouvrent devant lui. Il rêve de s’envoler vers Patong en Thaïlande, loin de sa ville où tous les citadins, vus du ciel, semblent des fourmis à l’ouvrage. Pour Antoine, l’échappatoire serait de devenir chauffeur à son compte et de travailler pour "La Plateforme", une application mobile dont les publicités inondent les réseaux sociaux. Les promesses seront-elles toutes tenues ? Et jusqu’à quel sacrifice Antoine sera-t-il prêt à consentir pour échapper à sa condition ?
La Compagnie cultive l’art de la récupération avec cohérence. Antoine est le prénom du fils de celui qui manipulait les cartons qui s’empilaient sur la scène d’Etienne A. et qui ont donné naissance à une ville interminable qui, pour devenir belle et tant soit peu onirique, doit être regardée depuis un toit terrasse.

Vue d’en haut elle devient alors le territoire d’une multitude d’individus qui, à l’instar des fourmis, ne cessent de le parcourir. Si, au Lucernaire, le carré lumineux dessinant sa frontière n’apparaît pas nettement, on peut croire que le spectateur le verra se détacher sur un plateau de 10 mètres d’ouverture.

Au début de la représentation, deux amis grimpent jusqu’au 42 ème étage pour se rendre compte qu’il n’a a rien à voir, si on considère que rêver ce n’est rien. Il suffit que les lumières s’allument dans les cartons pour qu’on convienne que C'est beau une ville la nuit, comme l’écrivait Richard Bohringer dans une autofiction parue en 1988 aux Éditions Denoël.

La ville ne dort jamais. Antoine voudrait savoir où se trouve l’Asie. A droite sur la carte répond Jérémy qui désire rester sur place. Ce n’est pas lui qui ferait des sacrifices pour financer un séjour à Patong, une station balnéaire où il fait éternellement beau, située sur la côte ouest de l'île de Phuket, face à la mer d'Andaman au sud-ouest de la Thaïlande.

Depuis le toit, la ville est sans limite et sans honte, en constante activité. Les lumières bleuissent et des cohortes de fourmis apparaissent en surimpression sur les cartons et circulent de l’un à l’autre. Le dialogue entre les amis devient poétique. La musique s’élève crescendo. Changement de personnage : Florian Pâque est le père, exprimant sa passion pour le football.

C’est lui qui endossera tous les (autres) rôles alors que Nicolas Schmitt restera Antoine, mais on verra l’homme progressivement s’affaiblir car outre le traitement du sujet il faut souligner al qualité de l’interprétation. Son travail dans un Fast Food (où le mot fast n’a jamais résonné avec autant de justesse) le robotise sous les ordres d’un chef odieux, obsédé par le rendement. Il sera une proie facile pour le chant de la sirène Uber (le mot n’est pas dit mais on le devine) qui lui promet de la rejoindre pour faire baisser la pression. Il ne s’en doute pas : le pire est à venir.

Mais pour l’heure la ville de ce nouveau monde moderne est devenue rose avec la promesse très tentante de gagner 8 000 euros par mois, pourvu qu’il accepte de rouler dans une belle voiture, qui lui demandera donc d’investir 30 000 euros, et bien entendu de s’endetter au-delà de ses capacités de trésorerie et de remboursement. Au final, en travaillant comme un dingue, même la nuit, il n’arrivera qu’à se faire 600 euros par mois.

Les chiffres sont sans doute exacts, à peu près. On pourrait faire un portrait semblable de certains agriculteurs qui se ruinent en enchaînant des heures harassantes. Edouard Bergeon l’a dénoncé en 2011 dans un documentaire qu’il a tourné après le suicide de son père, et qui fut brillamment adapté au théâtre par Elise Noiraud, qui ensuite fera un autre travail remarquable dans le domaine des Ressources humaines.. Et de ceux qui reprennent des fonds de commerce sous enseigne célèbre promettant monts et merveilles. Beaucoup ne parviennent même pas à se salarier après plusieurs années harassantes et finissent par mettre la clé sous la porte. Ou enfin de ces nouveaux agents immobiliers qui se disent indépendants mais qui sont les acteurs d’une extension de l’ubérisation. Et même de ces chargés de diffusion qui, dans le secteur culturel, cumulent les contrats avec une quarantaine de compagnies qu’ils ne pourront pas satisfaire toutes. On pourrait multiplier les exemples sans parvenir à exprimer une hiérarchie dans l’horreur. On pense aussi au livre À pied d’œuvre de Franck Courtès même s’il se déroule dans le cadre de ce qu’on appelle les petits boulots.

D’autres écueils sont à craindre. Comme la rencontre malheureuse avec un client difficile qui laissera un avis pourri sur le site. On le voit bien dans l’excellent film de Boris Lodjkine L’histoire de Souleymane primé au Festival Paysages de cinéastes où recevoir une étoile comme appréciation a des répercussions catastrophiques. S’il y a au moins une chose que nous, clients (sauf à ne pas l’être) pouvons faire c’est d’avoir un peu d’indulgence et de ne pas écrire d’avis négatif. Et d’imaginer des solutions plus respectueuses, comme l’a fait la ville de Sainte-Suzanne avec l’initiative d’un taxi collectif à 4 euros la course pour que ses habitants puissent se rendre à Laval.

Antoine bosse encore davantage, jusqu’à s’abrutir, et le voilà qu’on entend scander en boucle "J’y arrive pas. Je dors pas". Franck, le représentant allégorique de la plateforme, qui porte le prénom véritable de l’algorithme d’Uber, et qui était (aussi, et c’est un hasard) le prénom du manager d’Etienne A., détient la solution : il suffirait de copier la fourmi qui peut faire 250 micro siestes par jour. Ce fut d’ailleurs le secret du dynamisme de Jacques Chirac pendant sa présidence de la République, même s’il n’atteignait pas un tel nombre de temps de repos, à l’inverse d’autres hommes politiques ayant besoin d’une récupération nocturne de plus de huit heures.

Cette injonction ironique de Franck est une forme de manipulation car l’insecte dont les capacités cognitives lui ont permis de survivre aux dinosaures n’agit jamais pour son propre compte mais pour le bien de la colonie. Je l’ai appris en visitant Mille milliards de fourmis au Palais de la découverte il y a une dizaine d’années une exposition très intéressante nous apprenant leur mode de vie sociétale.

Ce personnage apparaît régulièrement sous les traits d’une sorte de cyclope toujours plus harcelant et avide de profit. Son œil exorbité se retrouve sur l’affiche avec une fourmi qui chatouille son iris. Il rappelle plusieurs références, comme celle de 1984, le roman dystopique de George Orwell publié en 1949. Mais il évoque surtout la surveillance constante à laquelle sont soumis les prolétaires pressurés par toutes les plateformes.

A force de rouler Antoine va crouler et se couper de tout son entourage. La fin n’est malgré tout pas aussi tragique que dans la vraie vie puisqu’il ne perdra pas son copain et qu’il fera la paix avec son père, laissant le public sur la perspective d’un message d’espoir.

On a tous des envies de voyage. Certains partiront. D’autres accrocheront un poster. Réfléchissons qu’ailleurs n’est peut-être pas un monde meilleur et qu’il serait stupide d’y répliquer notre façon de vivre en profitant d’un pouvoir d’achat supérieur. N’oublions pas que nous sommes responsables de celui dans lequel on se trouve. A nous d’en faire bouger (positivement) les limites. Et d’éviter de devenir la fourmi d’un autre … un comble à une époque où le maître mot à la mode est devenu "bienveillance" dans la bouche des professionnels des relations humaines.   

Les deux artistes multiplient volontiers les rencontres-débats avec collégiens et étudiants dans un cadre scolaire. Chaque élève a le souvenir d’avoir récité en classe La cigale et la fourmi. S’il y a des avantages tentants à vivre en cigale chacun a retenu la leçon de La Fontaine. Il vaut mieux se comporter en fourmi si on veut pouvoir manger à sa faim. Mais est-ce si certain ?

Fourmi(s) constituait le dernier volet d’un tryptique consacré à l’ubérisation. Ils vont continuer à nous interroger sur d’autres questions sociététales, ce qu’on désigne sous le terme de "double contrainte" avec leur prochain spectacle dont le titre sera "Appuyez sur dièse", avec un texte déjà édité lui aussi chez Lansman. Comme à leur habitude ils sont partis d’une série d’entretiens car s’il ne s’agit pas de théâtre documentaire ni militant, c’est tout de même du théâtre documenté, réellement engagé, a minima engageant, en ce sens qu’il nous incite à réfléchir sur nos comportements enfin de rendre la vie plus humaine. Et s’ils font un tant soit peu trembloter le capital ils auront le sentiment d’avoir accompli ce qui devait l’être.

Il y aura cette fois plus de comédiens sur le plateau et nous serons projetés dans l’univers de la santé. Le point de départ est le décès d’une femme en raison du non déplacement d’une équipe du Samu. Le résultat sera encore une fois très sourcé mais fictionalisé. D’ici là Fourmi(s) effectuera une longue tournée en France, en Belgique et même à Monaco.

Fourmi(s), écriture, scénographie et mise en scène de Florian Pâque
Avec Florian Pâque (le père, Franck, Jérémy, etc …) et Nicolas Schmitt (Antoine)
Création sonore Camille Vitté
Costumes Rémy Vitté
Création lumières et vidéo Hugo Fleurance
Du 18 septembre au 3 novembre 2024
Du mardi au samedi à 21 h, le dimanche à 17 h 30
Au Lucernaire - 53, rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris
Le texte de la pièce est publié aux éditions Lansman

Dernières créations :
Dans le silence des paumes, de Florian Pâque (2023)
Fourmi(s), de Florian Pâque (2023)
Sisyphes, de Florian Pâque (2021)
Étienne A., de Florian Pâque (2020)

samedi 15 octobre 2022

Les fauves d'Eric Longequel et Johan Swartvagher

Marc Jeancourt, le co-directeur de l’Azimut, nous avait prévenus. Ce serait un spectacle de jonglage de carrure internationale. J’avais vu quelques photos mais cet art s’accommode mal de l’immobilité. Pourtant ce sera ce que je vais vous proposer pour rendre compte de cette soirée effectivement exceptionnelle.

Vous remarquerez malgré tout l’originalité des situations, la diversité des propositions, le côté acrobatique des positions, le soin des éclairages. Je ne vous souhaite qu’une chose, c’est avoir accès à cette performance, qui va partir en tournée, sans nul doute pour longtemps.
Les fauves, tel est le titre du spectacle qui, certes est essentiellement interprété par des jongleurs mais surtout par des artistes qui ont plusieurs balles dans leur jeu. L’un est aussi nageur apnéiste, l’autre équilibriste, l’une danseuse, une autre chanteuse, une troisième contorsionniste. Chacun a de multiples compétences qu’il met au service du jonglage.

Ils ont fait appel à ce qu’on nomme des "regards extérieurs" pour aller plus loin dans leurs recherches. Ainsi Guillaume Martinet a travaillé avec Éric Longequel qui évolue dans l’aquarium. J’avais découvert Guillaume dans Croûte au ParisOFFestival il y a quelques semaines.

Dans une première partie, qui à elle seule représente 5 spectacles qui se déroulent concomitamment, le spectateur est invité à se déplacer à son gré d’une scène à l’autre pour suivre 40 minutes de performance aux allures de happening.

Il va d’une cage à une autre, un peu comme il s’attarderait devant un animal sauvage. Cette comparaison est dérangeante, car on sait que le cirque est remis en cause dans cette pratique de la ménagerie. De la même façon qu’il n’est plus acceptable d’exhiber des monstres de foire. C’est pourtant ce parti-pris que les deux directeurs artistiques, Éric Longequel et Johan Swartvagher, ont choisi de décliner. Et ça fonctionne à la perfection. Tout ira bien, du début à la fin.
Les fauves, ce sont cinq artistes, encagés dans un espace : Wes Peden (perché sur ses massues au centre de la piste), Emilia Taurisano (contorsionniste au shibari), Neta Oren (dans le dance-floor), Johan Swartvagher (côté belvédère, à genou ci-dessus) et Eric Longequel (dans l'aquarium).

La chanteuse-bonimenteuse Solène Garnier relance régulièrement l’attention du public en l’incitant à aller voir "ailleurs" ce qui est en train de se dérouler mais chacun est prévenu dès le départ qu’il ne pourra pas tout voir. Il faut donc accepter la frustration, côté public, comme côté artistes, car même si chacun fut intensément applaudi et félicité à la fin de sa prestation ils auraient mérité une ovation plus forte pour ce qu’ils font dans la première partie. J’ai été bluffée particulièrement par Éric Longequel dans l’aquarium et par Émilia Taurisano dans le dispositif Shibari.
C’était pour moi du jamais vu, même pas imaginable. Je commenterai les photos du spectacle (suivre pour cela le lien plus bas, sans hésiter à cliquer sur chaque photo pour la voir s'afficher plein écran), scène par scène, sachant qu’il n’y a pas de véritable chronologie même si Wes Peden, au centre de la piste, nous signifie le temps qui passe.
Dans la seconde partie, les "fauves" sont libérés de leur encagement et à l'inverse le public ne déambule plus à sa guise. Nous sommes "sagement" assis sur les gradins. Les artistes se retrouvent en solo, en duo ou en groupe pour nous offrir un spectacle qu’on pourrait juger plus "classique" dans son déroulé quoiqu’il soit composé de morceaux très inventifs et eux aussi remarquables, jusqu’au tableau final évoquant le Radeau de la méduse de Géricault.
 
On en sort bouleversé, l’œil pétillant, reconnaissant aux jongleurs d’avoir partagé tant de beaux moments. C’est notre travail, me disait Émilia à la sortie, minimisant son mérite avec modestie. C'est peut-être "leur boulot" mais c'était aussi un formidable pari que d'avoir la folle ambition de présenter le jonglage d’une manière inédite, avec la promesse d’une exploration en direct dans l’écrin d’un chapiteau gonflable. Mais il est pleinement réussi. Quelle œuvre !

Les fauves d'Eric Longequel et Johan Swartvagher
Création de la Compagnie Ea Eo
A l'Espace Cirque d'Antony (rue Georges Suant 92160 Antony) du 30 septembre 2022 au 16 octobre 2022
Avec Eric Longequel, Neta Oren, Wes Peden, Johan Swartvagher, Emilia Taurisano
Musique Live : Solène Garnier
Création Lumière : Jules Guerin

Suivre le lien pour  découvrir les meilleurs moments de cette première mondial composée de numéros de jonglage inédits :

dimanche 4 septembre 2022

Le ParisOFFestival #3, épisode 7, des lectures

Le ParisOFFestival proposait des lectures en alternance avec les spectacles. Le seul souci fut de parvenir à enchaîner du fait de légers dérapages dans l’emploi du temps.

Il fallait aussi admettre qu’il n’était pas possible de tout suivre et que rester un moment tranquille dans une chaise-longue rue Paradol faisait partie intégrante du plaisir.

Voilà pourquoi j’ai assisté seulement à trois lectures et à celle des lettres de Camus en fin de journée.

Ce fut d’abord La Pluie d’été de Marguerite Duras par Bénédicte Cerutti, qui hasard ou coïncidence, était installée dans la cour Duras, lieu offrant idéalement calme et ombre (appréciable en ce dimanche de canicule).
Ce choix est intéressant mais j’avoue qu’un texte de Duras sans la voix de Duras, inimitable, s’accommode mal d’une « simple » lecture, même si son potentiel comique est inaltérable et savoureux lorsqu’on découvre sa conclusion : je trouve qu’il n’y a rien à comprendre là-dedans.
J’ai davantage été séduite par la formidable interprétation de Elise Lhomeau de la Comédie-Française de Passion simple d'Annie Ernaux.
La comédienne est parvenue avec talent à concerner chaque spectateur en parvenant à saisir notre regard sans perdre le fil de sa lecture.
Chaque phrase sonne juste … c’est le miracle Ernaux. On le connaît mais comme ça fait du bien de le vivre à nouveau.
Il y eut aussi accompagnée d’une chanson de Céline Dion (Vole petite sœur, composée par Jean-Jacques Goldman en hommage à sa nièce Karine, décédée de la mucoviscidose), l’émouvante lecture de Yuming Hey d’un texte d’Herculine Barbin, pionnière du mouvement intersexe, qui se suicida à 29 ans.
La soirée s’achevait cour Lagarce pour moi avec la lecture d’extraits de textes d’Albert Camus par Charles Berling et Bérengère Warluzel.
Les deux comédiens nous ont donné à entendre la profonde humanité et l’extrême sensibilité de l’écrivain. Nous avons retrouvé Camus et son enfance, Camus romancier, Camus et son engagement comme artiste de son temps. C’est aussi son rapport au théâtre, si cher à son coeur et à son équilibre, qui a été évoqué.

Dans des textes tirés de son premier recueil de nouvelles "L’Envers et l’Endroit" ainsi que dans son oeuvre posthume "le Premier homme", trouvée dans la sacoche qu'il transportait au moment de son accident en 1960 mais publiée seulement trente an s plus tard, Camus est en effet revenu sur son enfance, son attachement à sa mère, à sa grand-mère, et à son pays natal l’Algérie.

Les références à la dureté de son éducation sont nombreuses comme à la pauvreté.  C'est peut-être là qu'il faut voir l'opposition de sa vision optimiste de l'homme mais pessimiste du monde, lui faisant prédire Ce sera l'utopie ou la guerre (et on pense bien entendu à la Russie contemporaine aussi) même s'il fait le formidable pari que les paroles soient plus fortes que les balles.
Sa vision de l’art, son engagement résonnent avec une étonnante vérité. Les comédiens ont sélectionné une série d’interviews pour mieux nous faire comprendre l’homme et ses convictions. Les textes engagés et visionnaires tirés du journal Combat ou de diverses conférences parlent si clairement des tensions politiques qu’ils nous parviennent aujourd’hui avec une étonnante actualité.

Chaque spectateur a un rendez-vous avec lui-même. Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre et la voix de Camus est bouleversante à la fin.
Pour avoir une idée complète du festival à travers les 7 épisodes de la journée du 4 septembre, consultez les autres billets pour lire mes chroniques à propos de Croûte, Les fenêtres, Vent divin, Florence & Moustafa, L’infini moins un, le concert Les Hymnes en Jeux :
Et rendez-vous le premier week-end de septembre 2023 pour le #4 !

Le ParisOFFestival #3, épisode 6 avec Les Hymnes en Jeux

Rendez-vous nous fut donné par les deux directeurs du Théâtre 14, Mathieu Touzé et Edouard Chapot, sur le Parvis à 17 h 30 pour retrouver l’Orchestre de Spectacle de Montreuil.

Avant cela il fallait que l'équipe s'affranchisse des lumières, et que tout le matériel utilisé pour le spectacle précédent soit rangé, ou plié en quelques instants. L'organisation que ce festival représente est vraiment à louer et les organisateurs ont raison d'afficher leur bonheur de voir leurs propositions si suivies … même s'ils ont sous-calculé les jauges de chaque spectacle. Il faisait suffisamment beau pour accueillir des spectateurs supplémentaires, ravis de se voir offrir une place assise, même par terre.

La formation réunit professionnels et amateurs dans le cadre de l’Olympiade culturelle qui se déroule de 2020 à 2024. Hymnes en jeux est une réorchestration d'hymnes nationaux par des compositeurs de styles musicaux variés.
La direction artistique est assurée par l'initiateur de l'orchestre, Sylvain Cartigny. La mise en scène est signée de Mathieu Bauer et les musiciens sont guidés pour l’occasion par la comédienne Eléonore Auzou-Connes, qui a écrit et qui interprète une circulation d’un pays à l’autre, par le détroit des idées qui se succèdent, par associations, imprévus, impossibles, sur la carte de cette Odyssée, au hasard de la digression et du jeu.
Nous avons entendu les hymnes de l'Afghanistan (Milly Tharana de Francky Gogo), la République Tchèque (K de Domov Muj de Etienne Cherry), la Grèce (la Danse de l'aigle de Hélène Bréchant), la France (la Marseillaise de Bertrand Burgalat), la Perse (SALAMeSHAH de Seb Martel), l'Allemagne (Kinder Hymne de Eisler Brecht), l'Argentine (Rotas Cadenas de Andrea Marsili), l'Ecosse (Flowers of Scotland de Cyril Atef), et en rappels, le Burkina Faso (le pays des Hommes intègres), le Tibet (Red and Blue Little Green Cars) et la République Malgache.

Le concert a été ponctué de solos, de chants, de frappés de mains, de hourras, de voix parlées. Nous avons aussi apprécié que le chef d'orchestre change au fil des morceaux et que tous sans exception jouent d'un (ou de plusieurs) instruments, et chantent également.


Les émotions artistiques ont été riches et variées. Force est de reconnaitre la vitalité des musiciens, leur joie communicative à jouer ensemble. Les textes étaient en parfait accord avec les hymnes retenus.

J'ai appris une multitude de détails. Qu'en Afghanistan, un seul fleuve se jetait dans la mer, le Kaboul, alors que tous les autres s'évaporaient dans le désert. Et qu'on y comptait plus de cent sommets culminant au-dessus de 6000 mètres.

Que le sport le plus populaire en Tchéquie était le hockey sur glace. Que la Marseillaise pouvait s'accorder avec un esprit un peu rock inspiré par les Beach Boys.

Qu'un hymne avait le pouvoir de concilier l'histoire d'un pays, sa culture et son art de vivre. Qu'un pays qui disparait de la carte comme la Perse en 1934 pouvait devenir fantôme mais conserver son hymne (je recommande à cet égard le spectacle Les poupées persanes que j'ai vu il y a quelques jours et qui en dit beaucoup sur ce pays devenu Iran).

Des clichés ont été déboulonnés … ou confortés à propos de l'Allemagne. La relation quasi fusionnel le entre la thérapie et l'Argentine a été soulignée. Je n'avais pas remarqué jusque là combien de pays ont adopté un symbole botanique comme l'Angleterre avec la rose, l'Irlande avec le trèfle, l'Ecosse avec el chardon, le Pays de Galles avec le poireau, ce qui ne manque pas d'humour.

Le public s'est beaucoup impliqué pour deviner quel était le pays concerné tout en appréciant la variété des propositions. C'est un vrai spectacle qui mérite d'être programmé bien au-delà des Jeux Olympiques.

Les morceaux ont largement séduit un auditoire qui s'agrandissait de minute en minute par les passants et habitants, heureux de profiter de ce beau moment. L'ovation fut largement méritée.

Suivre le lien pour voir toutes les photos du concert :

Le ParisOFFestival #3, épisode 5 avec L’infini moins un

L’infini moins un est une proposition très touchante, proposée dans une autre cour d’immeubles, la Cour Gary.

Elle convoque poésie, musique et théâtre pour nous propulser dans l’univers d’Alicia Gallienne, jeune artiste flamboyante des années 90 publiée de manière posthume chez Gallimard en 2020 grâce à son cousin Guillaume Gallienne, et dont la prose brûle d'un puissant désir de vivre.

Emportée par la maladie à l’âge de 20 ans, en 1990, la poétesse déchire le voile du réel pour nous en révéler l’intensité, la grâce et l’urgence qu’il y a à s’en saisir, sans attendre.

C'et fou de réaliser comment la jeune femme est parvenue à barricader son sort en écrivant non stop pendant trois ans alors qu'elle se savait condamnée.

Grâce au théâtre, le destin a réalisé son coeur que ses mots lui survivent. La version qui nous a été donnée est la capsule d’un spectacle en devenir, mais déjà très abouti.
J'avais remarqué Elsa Guedj curieusement adossée au chambranle d'une porte et je n'ai eu aucune surprise à la voir se mettre en marche à la première note de la flute traversière.
Comme c'est étrange, cette vie sans lendemain. Demain trahit toujours. La poétesse émeut à décrire sa souffrance comme un manteau de ronces.
Ce qui surprend et qui est fort réussi, c'est la sensualité qui émane de l'interprétation, la spontanéité de jeu. Et les paroles bien sûr. Aimer la gravité des gestes qu'on ne refait pas s'accompagne d'une fine poussière d'or.
Ne touchez pas à l'infini moins un que j'aime. A toi mon caillou, ma pièce d'or de la fontaine. A toi ma blessure. Tu es la morsure au creux de ma main. Dors, dit la comédienne en fermant ses yeux de ses mains. C'est magique et magnifique.
L’infini moins un : Poèmes Alicia Gallienne | Mise en scène Luna Muratti | Avec Elsa Guedj et Adrian Saint-Pol | Cie Diorama
D’après L’autre moitié du songe m’appartient d'Alicia Gallienne © Éditions Gallimard
À partir de 12 ans | Durée 35 min

Pour avoir une idée complète du festival à travers les 7 épisodes de la journée du 4 septembre, consultez les autres billets pour lire mes chroniques à propos de Croûte, Les fenêtres, Vent divin, Florence & Moustafa, le concert Les Hymnes en Jeux, des Lectures et Albert Camus - Extraits :
Et rendez-vous le premier week-end de septembre 2023 pour le #4 !

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)