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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 14 août 2009

Grand prix des Lectrices de ELLE – Critique de Enfant 44

J’ai sorti la première sélection de mon it-bag du moment (cf billet du 28 juillet). Ce livre m’arrive précédé d’un bouche à oreilles positif. La quatrième de couverture annonce déjà un tournage programmé par Ridley Scott. Voilà le premier roman policier de la sélection et il se murmure qu’il pourrait arriver gagnant. Je mesure le paradoxe : à quoi servira-t-il de donner mon avis si les jeux sont faits ? Si j’aime on pensera que je suis un mouton (blanc). Si par hasard je déteste on me jugera mouton … noir.

Une toile de fond socio-historique que je connais déjà
J’ai un atout. Je viens d’achever l’excellent Celui qui sait, d'Alexandra Marinina, paru cette année au Seuil (en voilà un qui mérite de figurer dans la sélection !!!), et qui a pour cadre l’Union soviétique de la seconde moitié du XX° siècle. Je sais la rigidité des règles, l’interdiction de penser autrement que selon la ligne soviétique, le danger permanent d’être accusé d’anti-soviétisme, les décisions absurdes du Parti, l’obéissance aveugle des miliciens. Je sais aussi qu’on peut en démontrer l’absurdité. J’ai adoré les Contes de l’âge d’or (lire la chronique du festival de Paysages de Cinéastes du 15 juin)

Un documentaire m’a récemment affranchie sur les conditions de travail dans les mines de sel. Et je viens de re-visionner les Poupées russes que Cédric Klapish a tourné pour partie dans un appartement communautaire de Léningrad en 2005. Avec tout cela j’en ai appris un rayon sur les pratiques bolchéviques. Je dirais même plus : je suis trempée jusqu’au cou dans un bain d’histoire(s) soviétique(s) et je me sens l’âme slave. Je ne suis pas gavée pour autant.
Je suis même ravie de passer quelques jours estivaux en compagnie d’Enfant 44. J’ouvre le livre avec un soupçon d’appréhension. Saurais-je, malgré ma compétence, trouver des compliments qui ne seront pas redondants avec les avis précédents ?

Une arête au fond de la gorge
J’attaque avec appétit à l’heure du déjeuner en compagnie d’un sandwich d’un excellent pain, maison bien sûr. J’avalai avec difficulté le premier chapitre. Si je n’étais pas juré j’aurais stoppé net. Je me forçai à poursuivre. Le second chapitre me fila une nausée qui ne me quittait qu’en refermant le livre. Même sensation que dans le TGV quand j’ai le projet d’écrire. Les 20 premières lignes s’enchaînent facilement. Puis, alors que le flux des idées est lancé à pleine vitesse le mal de cœur m’oblige à relever la tête. Il parait que cela tient à la manière sont le corps est ballotté dans ce genre de train (de gauche à droite au lieu de l’avant vers l’arrière dans les anciens wagons).

Mon malaise s’accentue : les protagonistes de Tom Rob Smith se déplacent quasiment exclusivement en train ! Je pourrais en rester là et vous dire que je n’ai pas aimé parce qu’il y avait trop de cadavres, trop de bestialité, trop d’acharnement. Une débauche de violence. Une insuffisance d’analyse de caractères.
L’animalité l’emporte sur l’humanité. Le sadisme est érigé en vertu d’Etat. Mais j’ai lu jusqu’à la dernière miette malgré tout. Pour en parler en connaissance de cause. La fin est intelligente, avec un rebondissement que je n’avais pas vu venir, et qui a du séduire Ridley Scott. Je comprends mieux son intérêt pour en faire une adaptation cinématographique et je ne doute pas que le film soit un succès.

Plaidoyer historique ou fiction policière ?

Tom Rob Smith s’appuie sur une énorme documentation pour justifier la violence de la trame et pourtant il met en garde le lecteur en lui annonçant une œuvre de fiction. Tout le monde sait qu’un roman n’est pas un témoignage … Alors pourquoi tant de prudence ?

Revenons au roman puisque c’est ce texte-là qu’il faut juger et non le scénario. C’est peut-être le ton qui m’a rendu les choses insupportables. L’auteur adopte un style faussement historique qui empêche le lecteur de mettre la narration à distance. Si on me dit que c’est vrai j’ai tendance à être piégée par la volonté de dénoncer des faits indubitablement condamnables. C’est ce que je reproche le plus à ce jeune auteur : nous culpabiliser de ne pas avoir su ce qui se passait en URSS. Il nous fait le coup du devoir de mémoire. Et je me souviens d’un séjour en Pologne où je n’ai pas pu éviter d’aller à Auschwitz. La guide avait promis qu’on allait visiter je ne sais plus quoi et puis le car s’est arrêté sous la célèbre promesse Arbeit macht frei. J’ai compris qu’on s’était fait avoir.


Ce que j’attends d’un livre c’est un voyage, pas un cauchemar

Si je cherche à me faire peur je regarde une ultime fois Nuit et Brouillard. Je relis des biographies de rescapés des camps. J’allume la télévision. Je me plonge dans les témoignages de Nords-Coréens qui connaissent la terreur et la famine, enfermés dans la dictature la plus secrète du monde (Evadés de Corée du Nord, de Dorian Malovic et Juliette Morillot, Belfond, 2004). J’ouvre le dernier numéro du mensuel Marie-Claire pour y apprendre que 2 femmes par jour sont assassinées au Guatemala et que leurs cadavres mutilés sont exposés dans les rues pour inciter les femmes à rester à la maison. Ce ne sont pas les horreurs qui manquent à notre monde.

Le trop-plein de violence m’a paru gratuit, ne servant pas l’intrigue. Si on nous raconte dès la première page la fuite du chat de Maria dans la forêt, c’est de toute évidence que cet animal est une clé essentielle de l’histoire. Il faut attendre la page 264 pour revoir apparaître un chat, sans lien apparent, ce serait trop simple ... Alors ceux qui qualifient ce bouquin de thriller haletant exagèrent !


Des maillons faibles

Sur le plan de la construction de l’histoire les liens ne sont pas suffisamment noués. Je ne vais pas jusqu’à réclamer une construction à la Colombo avec un dénouement révélé au début. Mais vous m’avouerez que ce n’est pas parce qu’on sait qui est l’assassin qu’on connaît tout et qu’on n’a pas envie de suivre l’intégralité de l’épisode.

Autre exemple : la bataille de boules de neige entre Jora et Arkady s’achève avec l’effondrement d’un enfant sur le sol sans que le lecteur ait suffisamment de doutes sur la cause réelle de sa disparition. Ajoutez qu’en URSS on a la manie d’appeler les protagonistes tantôt par leur patronyme, tantôt par leur prénom, ou le diminutif du nom et vous devinerez qu’on passe à côté d’une série d’indices.

En plus il y a des ruptures dans la narration, comme si on avait oublié de traduire un paragraphe de temps en temps. J’ai eu beau être attentive (malgré la nausée, quel mérite !) j’ai parfois dû remonter plusieurs pages en arrière et le plus souvent je n’ai pas trouvé l’information manquante. Par exemple, page 140, l’auteur retrace des faits qui se sont déroulés le 14 mars. Léo et Raissa bouclent leurs bagages, quittent leur appartement escortés de 3 officiers et montent dans une voiture. Phrase suivante ils sont déjà dans une gare puisqu’ils « attendent au début du quai ».

Mais le paragraphe d’après reporte des faits qui ont du avoir lieu 15 jours plus tôt, au début de leur assignation à résidence. Il est question de l’enterrement de Staline auquel ils ont le droit de se rendre en toute liberté et après la description de la foule ayant assisté aux obsèques on se rend compte qu’ils sont dans un train sans avoir eu l’information essentielle : s’agit-il du train qui se trouvait au bout du début du fameux quai ou s’agit-il d’un autre train, auquel cas ils se sont fait la malle et sont en train d’échapper à leurs tortionnaires. Deux pages plus tard on s’est fait une raison : ils étaient donc revenus entre temps sagement chez eux attendre l’arrestation. Défaut mineur me direz-vous ? Un premier prix doit être sans défaut !

Le lecteur est très souvent charrié d’un groupe à l’autre. On trotte derrière les personnages et on réalise que l’auteur nous sème sans douter qu’il le fasse exprès. Cela pourrait être haletant, c’est lassant.


On peut mieux faire pour rendre compte du stalinisme

Le tueur ne doit pas à la supériorité de son intelligence d’être à l’abri de la justice. L’impunité des meurtres en série s’explique par le refus de son pays d’admettre l’existence d’individus comme lui, ce qui lui garantit une impunité totale. Il est exact que le communisme ne supportait pas l’idée que l’homme puisse être mauvais sous un tel régime. Alexandra Marinina a écrit de savoureux dialogues à ce sujet. Je vous invite à lire les pages 233 et suivantes (de Celui qui sait) qui sont un morceau d’anthologie. La théorie du communisme scientifique promet la disparition de la criminalité à mesure de la construction de la société communiste et du développement de la morale correspondante.

Cet auteur-là décrit aussi fort bien combien il était difficile de se procurer des denrées alimentaires et comment dresser une table de fête dépendait des capacités d’invention de la maîtresse de maison. Que le marché kolkozien –ou bazar- des paysans était le seul avec le marché noir où se procurer à des prix libres et élevés des produits frais ou « déficitaires » (en rupture) introuvables dans les magasins d’Etat. Je connaissais donc la misère qui sévissait en Russie mais il me semble que Tom Rob Smith a forcé la dose.


Бумага все терпит. C’est un proverbe russe qui dit le papier peut tout supporter. Le papier sans doute, le lecteur moins.

jeudi 13 août 2009

Des étoiles filantes dans le ciel parisien

C'était hier soir. Mon fils était rentré enthousiaste après avoir passé une heure le nez en l'air dans le jardin. C'est fou ce qu'il y a comme étoiles filantes !

Tu blagues ? Avec la pollution lumineuse dont on nous rebat les oreilles !

T'as pas vu la page d'accueil de Google, aujourd'hui ? On annonçait une nuit exceptionnelle ...

J'avais remarqué effectivement. Et il n'avait pas l'air de se moquer. J'ai pris position sur un fauteuil et me suis tordu le cou, ai écarquillé les yeux. Rien. J'ai battu en retraite au bout d'une heure.
C'était pas ma nuit !

Mais je suis têtue. J'aime comprendre. J'ai fait alors les choses en grand. Après avoir attrapé un matelas (si on veut camper à la belle étoile faut un minimum de confort) je me suis allongée bien décidée à au moins en voir une.

Sept ! elles furent sept , assez rapprochée et effectivement très longues, très larges et bien reconnaissables. Rien à voir avec un clignotement (ou la trainée d'un avion ... aucun risque de confusion). C'est assez fulgurant, disons comme un feu d'artifices. La première fut la plus impressionnante. Comme le premier éclat de rire de son enfant. Surprenant et joyeux.

Je l'ai vue exactement dans ce sens, du bas vers le haut. Les trajectoires variaient. Les couleurs aussi. Parfois bleutées, parfois rougeoyantes.

Fin juillet j'étais dans la Meuse. J'avais été surprise par le nombre de points blancs dans le ciel si noir. Combien d'étoiles filantes ont dû zébrer le firmament cette nuit !
Difficile d'imaginer qu'en passant ses vacances en banlieue parisienne on pouvait quand même se régaler d'une pluie d'étoiles filantes. J'aurais pu y passer la nuit. Il faisait enfin frais alors que l'intérieur de la maison est plutôt étouffant ces temps-ci. Mais soudain, derrière mon dos, un raclement m'a fait sursauter. Un piétinement de feuilles sèches pour le moins incongru assez effrayant a suivi aussitôt. Je suis rentrée pour ne pas déranger l'animal.

Car j'avais deviné son retour dans le jardin, qu'il traverse toujours de la gauche vers la droite, ce doit être une histoire de sens giratoire ... C'est ... un hérisson voyons.

Et ceux qui ont eu la chance d'en entendre la nuit savent bien de quel raffut une si petite chose est capable.

mardi 11 août 2009

La brioche des Reines

Je l'appelle comme cela parce que d'abord elle est sensationnellement bonne et qu'elle me fait penser à la brioche à la praline rose qu'on trouve quand on part en vacances dans le Midi. Là-bas on la sert traditionnellement à la place de la galette des Rois qu'on fait à Pithiviers (entre autres). Comme je ne pars pas en vacances je m'autorise à faire comme si. C'est une pierre pour mon pas japonais.

Cécile le Hingrat proposait une version "bananes -amandes" (page 76 chez Romain Pages éditions) mais je n'ai pas retrouvé mes rondelles de bananes séchées. J'ai remplacé par le même poids de fruits confits. Et je pense que le résultat est supérieur.

On met dans l'ordre :
150 ml d'eau
150 ml de lait de coco (oui, oui, oui)
40 grammes de beurre (d'habitude je le coupe en petits morceaux et cette fois, pas eu le temps, or le résultat fut plus bien meilleur, comme quoi ...)
2 cuillerées à soupe de sucre
1 cuillerée à café de sel
500 grammes de farine spéciale pain (inutile de chercher loin pour cette recette : n'importe laquelle, mais de type 55, fait l'affaire et je n'ose toujours pas donner le prix : moins de 50 centimes le kilo !)
1 sachet de levure boulangère spéciale pains
programme pain normal

Au bip on ajoute 80 grammes d'amandes effilées et 100 grammes de fruits confits variés (pour avoir de belles couleurs)
On obtient un pain qui a un goût de brioche sans en avoir les matières grasses.

Et si on est ultra-gourmand, voici ma version "luxe":
une tranche de brioche, une boule de glace au caramel (éviter la marque leader qui a une glace avec des coulures de pâte au caramel à l'intérieur, c'est plus gras. Ma préférence va à celle qui ressemble davantage à du sorbet) et on renverse un pot de crème dessert au caramel (la marque qui dit qu'on se lève tous pour elle ou une marque distributeur. C'est du pareil au même).

Ce n'est plus la brioche des Reines.
C'est la porte ouverte sur le paradis !

Voilà un dessert très simple, très étonnant, car on se demande comment la glace a pu "fondre" avec cette consistance là ...

Toujours excellent, quelle que soit la brioche utilisée.

Les très-très gourmands rajoutent un filet de caramel liquide. Les plombinois pourraient essayer avec une glace aux fruits confits (voir billet du 31 juillet) sans crème ajoutée bien sur. Mais sinon ne vous risquez pas à d'autres combinaisons glace/crème dessert, c'est le duo au caramel qui de loin remporte le premier prix.

Ce serait un pêché que d'en reprendre une tranche, non ?
Autres recettes de pain le 3 avril (pain des écureuils gourmets et gourmands), 7 avril (banane, sirop d'érable et noix de pécan), 13 avril (garrimande, pain aux saveurs méditerranéennes), 15 avril (brioche),18 avril (pain de seigle aux noix), 20 avril (pain châtaigne et graines de lin), 22 avril (brioche du Diable rouge au chocolat blanc), 7 mai (pain au curry et graines de lin), 9 mai (pain au cumin et à l'oignon), 21 mai (pain à l'anis vert et au miel), 9 juin (pain à la feta et au basilic), 29 juillet (pain à la moutarde et au miel), 31 juillet (pain cévenol au cacao).
Présentation de l'appareil le 7 avril.
Article complet sur le moulin de Nomexy et ses farines le 12 avril 2009.

dimanche 9 août 2009

Le principe du pas japonais

J'ai donné avant-hier des astuces pour avoir la forme. Un des secrets consiste à évacuer les pensées négatives (vous vous souvenez ... sur un petit carnet, enfin petit si vous n'en avez pas trop ...). En complément il faudrait songer à valoriser les moments positifs.

C'est ce que j'appelle le principe du "pas japonais". Parce que c'est justement grâce à de petits moments de plaisir ou de bonheur qu'on peut supporter les gros soucis qui jalonnent forcément toute existence.

Filons la métaphore. La vie c'est le jardin. Les plaisirs sont des pierres qui sont posées de ci de là, un peu à la manière du pas japonais, permettant d'enjamber (de supporter) les problèmes. Le pas japonais est tortueux à l'instar de la vraie vie où on ne peut pas prévoir les évènements. Ce qu'il faut c'est maintenir l'équilibre entre les soucis et les moments de calme.

Comme exemples de plaisirs ce peut être un envol d'oiseau, un sourire, une soirée entre amis, un bon petit plat, un livre qui vous transporte. Cela peut être plus fort mais prenez les petits faute d'avoir de grands bonheurs, comme dans la fable de Monsieur de la Fontaine !

Le jardinage est aussi source de satisfaction, même quand les grosses pierres roses de l'allée réclament d'être dézengazonnées ... sinon l'herbe recouvre tout ... et adieu le pas japonais.

(merci à Marie B. pour la photo prise dans un jardin charentais)

samedi 8 août 2009

AUSSI ROUGE QUE POSSIBLE, la fin d'un feuilleton

Le 1er août, je commençais une série de billets sur l'exposition que le Musée des Arts décoratifs de Paris consacre à la couleur rouge . Après les sphères du pouvoir, la décoration, le domaine de l'enfance ... et celui aussi, paradoxalement, du danger, voici le rouge dans le monde des plaisirs comme dans celui de l'enfer. Ce sera le dernier épisode de ce feuilleton.

Certains vêtements, ou plus souvent des accessoires, ne révèlent une touche précieuse de rouge qu’en certaines occasions ou sous certaines incidences. Quel que soit l’objet, la doublure intérieure rouge présente ce caractère contradictoire de dissimulation et de mise en valeur. Le rouge concentre alors sa force expressive dans une dimension secrète et précieuse. On peut y voir l’inévitable association avec le sang, omniprésent mais habituellement invisible, caché sous notre peau, à la fois indispensable et signe de vulnérabilité.

Le rouge est la couleur de l’amour et de l’érotisme. Au Moyen Âge, les prostituées avaient l’obligation de porter une pièce de vêtement rouge afin d’afficher leur statut et que les honnêtes faites ne soient pas confondues avec elles. Une lanterne rouge accrochée sur les maisons closes était aussi un signe distinctif.

Le sous-vêtement rouge sans doute banalisé aujourd’hui est toutefois originaire du monde de la prostitution. La femme outrageusement maquillée de rouge a le désir d’attirer les regards. Mais jusqu'en 1920 les femmes "bien comme il faut" ne se maquillaient pas les lèvres. Puis arriva le Rouge baiser qui fit scandale. Il était alors coloré à l'éosine.

La bouche vermillon a d’ailleurs inspiré aussi bien les affichistes comme Gruau (le rouge émet une courte longueur d'onde que l'oeil humain repère très vite) que les designers de mobilier contemporain : ce sont les lèvres de la célèbre actrice Mae West qui ont inspiré le canapé en forme de Bouche, dessiné par Dali et réalisé par le Studio 65.

Jusqu’au XIXe siècle, les vêtements touchant le corps étaient blancs ou non teints. Deux raisons déterminaient ce non-choix ; l’une morale, les couleurs vives étaient considérées comme impures, l’autre matérielle, les linges ne pouvaient bouillir sans se décolorer. Dès le XIXe siècle, les courtisanes adoptent le rouge , rouge des théâtres dans lesquelles elles se produisent, rouge de la luxure. Au XXe siècle, la mode colorée se répand, la femme s’émancipe et les fabricants ou dentelliers s’adaptent à leur clientèle. A la lingerie aguichante et poétique s’ajoutent les artifices du maquillage, du vermillon des lèvres au rouge des pommettes.
Mais le rouge est aussi la couleur des flammes de l’Enfer. Il évoque encore le sang du Christ versé sur la Croix en rédemption des péchés. Pourtant, au XIIIe siècle, l’espace de quelques années les diables ont été bleus sur les vitraux d’Allemagne ; quand les garanciers souhaitaient inverser la montée en puissance des marchands de guède et d’indigo et jeter le discrédit sur eux en bleuissant l’enfer. En Chine le rougeest la couleur du bonheur.

Par leur somptuosité, les pierres précieuses révèlent plus que toutes autres matières les vertus symboliques de la couleur rouge. Les rois et les élites les ont utilisées très tôt dans leurs ornements. Le rubis prit son nom du latin ruber, rouge. Les espèces plus sombres, tendant au brun, portent le nom de grenats, du latin granatum, grain, inspiré de la forme des cristaux. Ces gemmes portant par leur rareté, toute la sacralité du pouvoir, furent utilisées dans de nombreuses œuvres, illustration des oppositions entre la vie et la mort, l’esprit et la matière.

... fin du feuilleton

Musée des Arts décoratifs jusqu'au 1er novembre 2009
107 rue de Rivoli 75001 Paris Tél. : 01 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

vendredi 7 août 2009

Secrets de forme

En vacances, soit on se laisse aller, soit on se dit que c'est le moment (vu que théoriquement on n'a pas de raison d'être stressé) de prendre de bonnes résolutions. Surtout qu'on sait bien que dès le mois de septembre celles-ci vont voler en éclat. Alors il vous reste à peine trois semaines pour regagner un peu de forme.

Comment ?

Rien de plus simple, si je puis dire ... ce sont des préceptes qui n'ont rien de nouveau.

  • * diminuer les apports en protéines et en sucre
  • * supprimer café, alcool, tabac (là je ne peux pas améliorer les choses, ne fumant pas), graisses animales
  • * abuser des légumes, fruits, tisanes et eau (d'où la photo de la fontaine)
  • * mettre une touche d'huile d'olive à toutes les sauces

Évidemment on se couche tôt


Évidemment on marche 1 à 2 heures par jour. Ayant pitié de vous je vous balade dans de beaux paysages. Appréciez. Et si vous en voulez davantage, relisez le reportage que j'ai écrit sur Aussois l'été dernier.
Vous pouvez même ralentir pour admirer les petites (ou les grandes) fleurs.
Puisque vous êtes arrêté profitez-en pour évacuer les pensées négatives. Il parait que le mieux c'est de les écrire dans un carnet. Mais je ne sais pas ce qu'on fait des carnet saprès. Si on relit .. pas sûr d'obtenir l'effet escompté ...

Il faudra garder le rythme. Alors une fois par semaine on applique le plan d'urgence :
16 heures : tisane fenouil-anis-cumin
20 heures : bouillon de légumes (sans pomme de terre) et compote de pommes
21 heures : coucher

Si avec tout cela on n'aborde pas septembre en pleine forme !

jeudi 6 août 2009

AUSSI ROUGE QUE POSSIBLE, la couleur de l'enfance

Le 1er août, je commençais une série de billets sur l'exposition que le Musée des Arts décoratifs de Paris consacre à la couleur rouge . Après les sphères du pouvoir, puis la décoration, voyons comment la couleur investit le monde de l'enfance ... mais aussi, paradoxalement, celui du danger.

Dans les chansons, les contes ou les jeux, le rouge s’attache à l’enfance et à ses héros. Teinte la plus vive de la gamme chromatique, le rouge attire l’attention du jeune enfant, qui porte son choix sur les jouets et objets de cette couleur.

Dès l’an mille (eh oui, car ce héro a donc plus de 100 ans!), le Petit Chaperon rouge , (cf Affiche Little Red Riding Hood, John Hassall vers 1898) vêtu de son plus bel atour, porte un petit pot de beurre, blanc, à sa grand-mère et croise le loup au pelage noir. Les trois couleurs symboles des cultures anciennes accompagnent cette histoire et beaucoup d’autres contes.

Le Père Noël est issu de la tradition liée à Saint Nicolas de Myre, protecteur des enfants selon l’église catholique et aussi des rituels païens déployés à l’arrivée de l’hiver. C’est vers 1850, grâce aux Livres de Noël de Charles Dickens (1812-1870) que le passage de la célébration de la Saint Nicolas à celle de Noël se fixe au Royaume-Uni ; Thomas Nast (1840-1902), caricaturiste germano-américain, le croque dans le Harper’s Weekly en 1863 ; Michelin et d’autres marques le mettent aussi en scène de 1880 à 1930 ; Coca-Cola l’impose dans sa campagne publicitaire de l’hiver 1931 vêtu de rouge et blanc.

Les voitures miniatures avec lesquelles jouent les petits garçons sont des reproductions à l’identique des vraies. Elles reprennent les codes couleur des marques, et illustrent la fougue et la vitesse.Le corail prévenait soit-disant des rages de dents. La tétine des princes était dans cette matière étrange, dont on ne savait pas trop s'il s'agissait d'un minéral, d'un végétal ou d'un animal. La mythologie grecque le fait naître du sang de Méduse décapitée par Persée. Malgré son nom, le Corallium Rubinium, seul exploité jusqu’en 1870, présente des teintes qui vont du blanc au rouge foncé en passant par les subtils rose-orangé. On en trouve les traces tout au long de la route de la soie.

Mais le rouge est aussi la couleur qui alerte ou interdit. A Solférino, le 24 juin 1859, Napoléon III et son armée franco-piémontaise écrasent les Autrichiens. Henry Dunant, citoyen suisse, improvise des secours et assiste les blessés des deux camps. «Tutti fratelli. Nous sommes tous frères» est le cri des premiers bénévoles. Cinq ans après, une conférence internationale de seize nations réunie à Genève décide de créer des comités de secours, choisissant une croix rouge sur fond blanc pour emblème.

Les pompiers anglais s’approprient les premiers le rouge à la fin du XIXe siècle et font école en France en 1887 pour une sinistre raison. L’Opéra-Comique flambe pendant une représentation, plus de cent personnes meurent, la Compagnie parisienne de grandes pompes est forcée à revoir ses couleurs pour rendre ses véhicules plus « agressifs ».

Les uniformes de l’armée française offrent un large panel de rouges : plastron rouge garance porté par les Dragons, bandes écarlates sur le pantalon bleu de l’artillerie, képi amarante et pantalon en drap garance sous le IIIe République. Pendant la conquête de l’Algérie, le Zouave porte le saroual garance et la chéchia de laine feutrée cramoisie. Le rouge disparaîtra au cours de la Première Guerre mondiale au profit des couleurs de camouflage.

Bientôt, la suite .. avec le rouge dans le monde des plaisirs et en enfer

Musée des Arts décoratifs jusqu'au 1er novembre 2009
107 rue de Rivoli 75001 Paris Tél. : 01 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

mercredi 5 août 2009

Un risotto, oui, mais rouge

Gaspacho par ci, gaspacho par là. On en trouve de toutes les couleurs, même des blancs. Regardez ici ... Alors pourquoi pas l'inverse avec le riz ?

Depuis que je maitrise la technique du risotto j'ai envie d'en faire de toutes les couleurs. Et comme je vois rouge ces jours-ci, je me lance. Avec un peu d'aide, en m'inspirant de cette recette de la p'tite cuisine de Julie Andrieu (éditions Marabout, 2005, page 36).
Depuis que j'ai fait un tournage avec elle à Bordeaux (çà y est je viens de révéler pourquoi j'étais dans cette ville !) je refeuillette ce livre qui est dans ma collection depuis belle lurette.

Julie conseille un saucisson piquant et bien gras parce qu'elle ne rajoute pas de matières grasses. J'ai pris 150 grammes de chorizo en tranches fines et plus tard j'ai utilisé en appoint 1 cuillère à soupe d'huile d'olive.

Donc, on fait "revenir" le saucisson, très vite accompagné de 150 grammes d'oignons hachés. Quand la couleur est belle et les oignons translucides on verse le riz en pluie (il fait chaud çà rafraichit). 250 grammes de riz arborio, ou tout autre mais spécial risotto. J'avais par précaution retiré les rondelles de chorizo pour les conserver intactes.

C'est là que l'art du risotto doit s'exercer. Va s'agir de remuer sans cesse, de juger du bon moment à verser le vin puis le bouillon, suffisamment tôt pour éviter que le plat brûle ou se dessèche mais suffisamment tard pour que le riz absorbe le liquide. Or le riz absorbe lentement ... On versera ainsi 40 cl d'un vin rouge fruité (au choix, personnellement j'ai pris un Merlot plutôt corsé) et 50 cl de bouillon de volaille.

L'astuce est de cuire le riz dans l'humide mais pas dans le mouillé. C'est toute une technique mais on y arrive. C'est le vin qui va colorer le plat en rouge, mais je crois que le chorizo y est aussi pour quelque chose.

Et on mélange sans se lasser. La couleur viendra progressivement.











Julie utilise aussi 2 cuillères à soupe de concentré de tomates (moi aussi), encore du rouge, 5 cuillères à café de piment d'Espelette (je n'en ai mis que trois et c'était au moins encore une de trop, vous voilà prévenus) revoilà toujours du rouge, et 50 grammes de parmesan râpé (moi pas, ne voulant pas faire trop riche).


Ayant prévu de transporter le plat et n'ayant pas le temps d'attendre qu'il refroidisse je l'ai transvasé dans un moule à cake, d'où je l'ai démoulé une fois arrivée à destination.

Finalement il a été servi tel que, avec le chorizo posé en écailles, et sur un lit d'haricots verts, d'une part parce que le vert est la couleur complémentaire du rouge, et surtout parce que c'est peu calorique. Les invités tenaient à poursuivre un peu leur régime d'été.

Tranche après tranche, ce cake fut apprécié. Faut dire que nous étions transportés au septième ciel, non cinquième étage d'un immeuble surplombant la banlieue nord-ouest parisienne ... qui prend des allures de paquebot au moindre souffle de vent.

(clin d'œil et merci à Sylvie J-H pour le stylisme-décoration)

mardi 4 août 2009

Mes it-bags en toute décroissance

Une femme qui ne possèderait pas un "it-bag" dans sa garde-robe ne serait pas une femme ... si j'en crois les mag (magazines de mode). Après les énormes besaces en cuir voilà que le grand chic est d'arborer un Dublin ou un Syracuse ... C'est le nom de code de grands sacs tricotés ou crochetés main dont le haut potentiel fashion n'a pas échappé à des vedettes du genre Halle Berry, Cameron Diaz et consœurs qui ne le lâchent plus (le sac).
Quand on apprend que ces bricoles se vendent (donc s'achètent), plus de 300 euros il y a de quoi s'étouffer.
Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas un modèle de "modeuse". Mais cela ne m'empêche pas d'être au courant des tendances et même de les appliquer astucieusement.
Preuve en images :
Le premier, vous le connaissiez. C'est celui d'où j'ai sorti la première sélection pour le Prix des lectrices de ELLE. Le second, version rouge, c'est le premier que j'ai fait, il y a deux ou trois ans. Furieusement mode puisqu'il est dans les tons rouge. Digne de figurer dans l'expo du Musée des arts décoratifs qui est le fil rouge des billets de cette semaine.

Le troisième a été conçu par ma grand-mère. Autant dire qu'il n'est pas de la dernière jeunesse. N'empêche qu'il ressemble à ceux que les Jennifer, Halle et autres stars californiennes arborent à tour de bras. Sauf que les miens sont "home-made", ce qui est mille fois plus "in" et coutent trois francs-six sous, ce qui est encore plus malin.

Si on revient à la définition du " it-bag", à savoir LE sac capable de traverser les âges et les époques en restant dans le vent, donc indémodable il me semble qu'on peut considérer que mes besaces (oh, pardon ce mot m'a échappé, démodé car appartenant au vocabulaire des années 70, comme le temps passe ... ) en sont.

Manque le logo Vuitton, Chloé, Hermès, Longchamp ou Chanel mais je suis open à toute proposition de designer pour reprendre le modèle et le propulser au rang de best-seller populaire à un prix élevé.

Dans cette attente je vous livre bien volontiers son secret de fabrication. L'enveloppe extérieure est un "vulgaire" (ce qui signifie étymologiquement "populaire" et non affreux) filet, acheté dans une vieille droguerie parisienne du quartier des Halles. Mais oui, cela existe encore. Evidemment on peut aussi faire comme ma grand-mère qui l'avait crocheté avec un gros fil de coton. Mais nous ne sommes pas des mémés tout de même !

On choisit la couleur qu'on aime. Parce que ce qui est génial c'est qu'on n'a même pas besoin de faire un bain de teinture, cela gagne du temps. Vivve la modernité !

On cherche dans ses réserves un tissu fleuri ou à gros motifs, ou rayés dans des tons assortis que l'on doublera avec un autre plus fin, soit uni (version turquoise), soit contrasté (version rouge, c'est une toile de Jouy).

On insère une poche interne, éventuellement avec un autre échantillon. On ajoute les deux pattes pour nouer la fermeture. On coud le tout à petits points invisibles.

Reste à se pavaner sur Paris-plage et à profiter des commentaires !

lundi 3 août 2009

AUSSI ROUGE QUE POSSIBLE, la couleur de la mode et de la décoration

Avant-hier je présentais globalement l'exposition que le Musée des Arts décoratifs de Paris consacre à la couleur rouge et j'annonçais que je poursuivrais par son emploi dans les sphères du pouvoir, dont il demeure la couleur emblématique. Voyons maintenant ce qu'il en est dans la décoration.

Les tapisseries médiévales et les tapis d’Orient, révèlent de multiples nuances du rouge, du vermillon au cramoisi.
Grâce à la création de la Compagnie française pour le commerce des Indes Orientales en 1664, Colbert a favorisé le négoce de nombreux objets dont la couleur rouge était l’apanage. Le rouge brun du cinabre, couleur emblématique sous la dynastie chinoise Ming (1328-1644) arrive en France et on cherchera très vite à imiter le laque.

Cabinet Enfer, Garouste et Bonetti, 1998, Editeur Neotu
Par son état de conservation, Pompéi, redécouvert en 1763, constitue un remarquable témoignage de la civilisation romaine. La couleur ocre rouge des murs intérieurs des maisons, notamment de la maison des Vetii, caractérise le style de décoration qui reviendra à la mode au XIXe siècle.










Avec la maîtrise des colorants et l’apparition de nouveaux matériaux, le rouge apporte à la décoration des intérieurs contemporains une dimension singulière, entre séduction et transgression, comme en témoignent ces trois fauteuils. Détail amusant, c'est en visitant une usine de maillot de bains que Pierre Paulin eut l'idée d'habiller les sièges de matière extensible.
(de gauche à droite, le Vremehla, conçu par le brésilien Fernando Campana en 1993, le Soft big easy de Ron Arad en 1991, et enfin le fauteuil 582 dit Ribbon Chair, de Pierre Paulin en 1965)

Beaucoup d'objets peuvent apporter une note de rouge dans un intérieur raffiné. Depuis l’Antiquité, le cuivre colore les verres en rouge opaque, mais les couvertes céramiques, rouges de cuivre, très instables, furent d’abord maîtrisés par les Chinois qui en développèrent de nombreuses variantes dont les fameux « Sang de bœuf » et « flammés » ou « flambés ».
Les difficultés de mise en œuvre de ces cuissons ont obsédé les céramistes européens pour aboutir aux chefs-d’œuvre de l’Art nouveau puis à des relectures contemporaines. Le verre rouge à l’or est une des recettes les plus mythiques des arts du feu. Les Jésuites en introduisent l’usage en Chine vers 1720, réussissant des verres rouges profonds mais aussi des roses magnifiques dont les fameux émaux de porcelaine qui donnent leur nom à la « famille rose ».
Les rouges au cadmium et sélénium figurent parmi les apports de la chimie moderne aux arts du feu. (en photo : céramique sculpture, grès, Bernard Dejonghe, 1979)

Qu’il soit de coton, de laine ou de soie, le drap est teint avant d'être coupé pour en faire des vêtements. Les mordants des pigments (excepté l'indigo) coutent cher et les gens du peuple ne s'habillent donc pas en couleur. Les paysans et artisans utilisent à la rigueur des colorants peu onéreux qui se fanent. Les puissants et les riches se vêtent du rouge vif, utilisé dès l’Antiquité pour manifester pouvoir et masculinité, d’autant plus valorisant qu’il est cher et difficile à obtenir.

Entre les règnes de François 1er et d’Henri IV, on enregistre, en France, onze édits somptuaires, qui tentent d’enrayer le surenchérissement et spécifient quels tissus doivent être portés, quels ornements ou couleurs sont prohibés.

Le rouge pourpre est de mise pour les nobles, quand le rouge garance vêt les paysans. La mariée porte le rouge jusqu’au XIXe siècle, signifiant ainsi l’exceptionnalité de ce jour.
Le rouge est aussi destiné aux livrées ou aux habits de chasse ; selon les matières et les mises en œuvre, il révèle l’audace ou la prestance. (photo ci-contre : Habit « à la française », 1820-1860)

Il apparaît sous des noms différents au gré de ses nuances et même des circonstances. En 1885, les magasins du Louvre ne parvenaient pas à écouler leur andrinople d’ameublement, le directeur eut l’idée d’en faire des robes, le succès fut total. depuis la mode, dans un éternel mouvement de balancier oscille entre couleur et noir et blanc. Si actuellement le styliste japonais Yohji Yamamoto utilise le rouge parcimonieusement dans la collection hiver 2009-2010 (mais somptueusement, en chaussant la femme de cuir rouge , en tortillant ses cheveux dans un turban rouge mais en la vêtant d'un ensemble pantalon noir) il n'en a pas toujours été ainsi comme en témoigne ce modèle coquelicot conçu en laine et coton, pour le prêt-à-porter de l'année 1990/91, qui déploie des pétales de plus en plus larges du haut vers le bas :
Bientôt, la suite ... avec le rouge dans le monde de l'enfance

Musée des Arts décoratifs jusqu'au 1er novembre 2009
107 rue de Rivoli 75001 Paris Tél. : 01 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

dimanche 2 août 2009

AUSSI ROUGE QUE POSSIBLE, la couleur du pouvoir et de la politique

Hier je présentais globalement l'exposition que le Musée des Arts décoratifs de Paris consacre à la couleur rouge et j'annonçais que je poursuivrais par son emploi dans les sphères du pouvoir, dont il demeure la couleur emblématique.

Depuis l’Antiquité, les individus ou les groupes détenteurs du pouvoir s’ornent d’insignes, de distinctions et de vêtements couleur écarlate, pourpre ou cramoisi. Ces noms issus des matières colorantes témoignent de l’histoire sociale. La galerie expose des uniformes civils ou religieux, un portrait de magistrat par Van Loo, la représentation du pape Pie V, un buste en porphyre rouge de l’empereur Adrien. Tous symbolisent la puissance et l’autorité.

Au Moyen Âge, il est interdit de se vêtir de pourpre ou de porter des « gueules » dans ses armoiries à moins d’être prince ou d’en avoir reçu l’autorisation. Car dans la symbolique héraldique « gueules » signifie charité, vaillance, hardiesse, générosité.

Une seule touche de rouge peut révéler les vertus régaliennes. C’est ainsi que Charlemagne est sacré Empereur des Romains le 25 décembre 800 simplement chaussé de cuir rouge . A partir du XIIIe siècle, le pape jusqu’alors de blanc vêtu se pare de rouge pourpre, les cardinaux endossent l’Ecarlate. En France, les grands dignitaires de l’armée portent une tenue rouge , les magistrats revêtent une robe écarlate.

Napoléon institue la Légion d’honneur et son ruban rouge en 1802 pour récompenser de mérites éminents rendus à la Nation. Dérouler le tapis rouge est un usage répandu dans la plupart des pays pour accueillir un hôte prestigieux.

En politique, le rouge illustre universellement le communisme ou la lutte ; seuls les pays de l’Islam où le rouge rappelle la couleur de la foi semblent s’exclure de cette représentation.

En France, sous l’Ancien Régime, le drapeau rouge est utilisé comme signal préventif puis au XVIIIe siècle, il avertit les attroupements de l’obligation de se disperser. Il devient symbole révolutionnaire en 1791 au retour de Varennes. Dès lors, à l’instar du bonnet phrygien, le drapeau rouge incarne le peuple opprimé prêt à se battre contre la tyrannie.

Les trois couleurs représentant la France s’imposent depuis 1789 mais le drapeau rouge est à nouveau hissé par les insurgés lors de la Révolution de 1848 et encore lors de la Commune de Paris en 1871. En 1917, la Russie connaît un « Octobre Rouge », puis adopte le drapeau rouge en 1918 avant de l’orner de la faucille et du marteau en 1922 pour célébrer la naissance de l’Union des républiques socialistes soviétiques. En Chine, le « Petit Livre rouge » du président Mao Zedong fut tiré à près d’un milliard d’exemplaires.

Le musée retrace l’historique des grands mouvements révolutionnaires avec un ensemble d’affiches allant de la Révolution de 1848 à la rose rouge du Parti Socialiste qui prend le pouvoir en France en 1981. Le dénominateur commun de tous ces mouvements politiques est le drapeau rouge .

Le téléphone rouge a marqué la diplomatie internationale ces quarante dernières années.

Demain, la suite ... avec le rouge dans la décoration et la mode

Musée des Arts décoratifs jusqu'au 1er novembre 2009
107 rue de Rivoli 75001 Paris Tél. : 01 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

samedi 1 août 2009

AUSSI ROUGE QUE POSSIBLE

C'est le thème que le Musée des Arts décoratifs de Paris avait retenu pour un accrochage conçu pour vivre presque deux ans. C'était en mars 2008 (oui 2008) et on aurait raison de me demander pourquoi j'ai tant tardé à en parler alors que je n'ai loupé aucune autre manifestation de ce musée. C'est que cette première était si réussie que j'aurais voulu que le billet soit à la hauteur. Et qu'étant proposée jusqu'en novembre 2009 je n'allais pas me presser. Je renonce à en parler à la perfection pour vus décider à vous mêler aux touristes et à aller y jeter un œil averti tant qu'il en est encore temps.

Situé dans le pavillon de Marsan au sein du Palais du Louvre, le fonds est riche de 150.000 œuvres mais on ne peut en présenter que 5000 au total sur les divers espaces. Aussi rouge que possible est le résultat d'un travail très intelligent de rapprochement qui permet d'en fédérer à peu près 500 dans la galerie d'Etudes.Vous pouvez naviguer dans les diverses aides à la visite conçues par les conservateurs. Mais voici quelques aperçus que j'ai regroupés en associant des thèmes opposés, deux par deux.

En choisissant une couleur – le Rouge –, le thème s’ouvre à l’ensemble des collections mobilier, céramique, verre, bijoux, papiers peints, arts graphiques, jouets, mode, textile, publicité. Cette présentation évoque les nombreux domaines où le rouge apparaît de manière incontournable principalement en Occident, du Moyen Âge à nos jours. Il importe aussi de souligner l’infinie variété des rouges : alezan, andrinople, bourgogne, cardinal, carmin, cerise, cramoisi, écarlate, magenta, pourpre, rouille, terra cota, vermillon …en mélangeant les époques et les objets.

Commençons par le commencement : comment obtenir du rouge ?

C'est une des premières couleurs que l'homme a pu maîtriser il y a plus de 32 000 ans. Souvenons-nous des artistes du paléolithique. Des combinaisons de terres ocres, rehaussées de noir charbon.

La chimie du rouge est d'abord d'origine minérale. Outre les terres, utilisées directement, on dispose de l'oxyde de fer, qui devient rouge en s'altérant, du cinabre (sulfate de mercure), du minium (céruse de blanc de plomb fondu), du carbonate de cuivre qui procure un rouge intense ...

On a tiré une belle palette des végétaux. D'abord la garance, une racine dont on extrait des rouges profonds grâce à deux colorants, l'alizarine et la purpurine ... depuis plus de 10 000 ans. Les fleurs de l'amarante permettent d'obtenir un rouge bordeaux, celles du carthane un rouge clair. Les bois rouges du Brésil offrent leurs écorces et une pâte rouge violacée est extraite d'un lichen des Canaries, l'orseille.

Le monde animal n'est pas en reste. Avec la cochenille qui vit en parasite du chêne kermès. ce sont les oeufs des femelles qui contiennent le précieux pigment. Le Mexique a développé des élevages à échelle industrielle sur des figuiers de Barbarie. N'oublions pas le murex, un petit mollusque auquel on doit le pourpre. La recette, perdue au Moyen-Age, vient d'être retrouvée. Un travail de patience car il faut 10 000 coquillages pour espérer 1 gramme de colorant. Rien d'étonnant alors que le pouvoir se soit approprié cette gamme de nuances. Ce sera le fil rouge du prochain billet.

(à suivre ...)
Autres articles du blog consacrés au musée des Arts décoratifs de Paris :
mercredi 19 novembre 2008
EXHIBITION Sonia Rykiel au Musée des Arts Décoratifs

mercredi 3 décembre 2008

40 ans de films publicitaires à la télévision 1968-2008

mercredi 10 décembre 2008
QUAND JE SERAI GRAND - galerie des jouets

mercredi 18 mars 2009
Jean Després et les bijoutiers modernes au Musée des Arts décoratifs

Musée des Arts décoratifs jusqu'au 1er novembre 2009
107 rue de Rivoli 75001 Paris Tél. : 01 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

et puis une recette de crème couleur andrinople

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