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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 5 avril 2014

Visite du Parc zoologique de Paris une semaine avant la réouverture

En faisant peau neuve, le zoo de Vincennes est devenu le Parc zoologique de Paris. Si l'architecte a conservé les rochers parce que le public estimait leur démolition sacrilège, la nouvelle version ne ressemble quasiment plus à l'ancienne. Je n'ai reconnu que la volière des vautours et la piscine des loutres... 

Et encore ... car l'eau tourbillonnait à vide. Les loutres n'étaient pas encore revenues. Il faut dire que depuis trois ans il a fallu trouver aux animaux des lieux d'accueil pendant que les travaux de rénovation, voire de reconstruction, se succédaient dans ce qui fut un chantier considérable.

Et il faut maintenant les faire revenir, et les laisser s'habituer à leur nouvel environnement, lequel n'est pas encore tout à fait achevé.

Nous étions près de 12 000 privilégiés à découvrir aujourd'hui le Parc une semaine avant sa réouverture officielle. L'entrée est très surprenante. L'aspect minéral étonne. Mais ce qui a failli désespérer les enfants ce fut ... curieusement ... l'absence des animaux.

On commence par le bassin des otaries. Vide. Cela donne l'occasion de faire de surprenantes photos.
Tout au long de la visite, une fois sur deux on découvrira un panneau annonçant que bientôt ... il y aura ici ...
En attendant des canards col vert on ne peut plus classiques ont élu domicile sur le bassin qui devient un squat inattendu.
On poursuit en direction de la savane où le rhinocéros n'est pas encore arrivé.
Et comme les allées sont longues, les zones vastes, on parcourt des dizaines de mètres sans apercevoir le moindre poil ou la plus petite plume à l'horizon. C'est très déroutant. Mais d'une part les animaux vont revenir. Et d'autre part le public va comprendre que ce Parc est d'une autre facture que les zoos qu'ils ont eu l'habitude de visiter jusque là.
Ici c'est le qualitatif qui prime et non la quantité. Par exemple, les zèbres ne sont que trois et ils disposent de plusieurs zones d'évolution.
Les clôtures électriques ont des allures de buissons.
On croit qu'il n'y a pas de lion et pourtant il scrute au loin l'horizon dans la position de celui de Denfert-Rochereau. Le bien-être des animaux est une priorité. Les girafes sont nourries plusieurs fois par jour. Des brumisateurs ont été installés pour rafraichir les manchots de Humbolt qui, à terme constitueront une communauté de 40 individus.
Les visiteurs ne sont pas en reste. Les panneaux explicatifs sont très didactiques.
Des kiosques d'exploration offrent des contenus complémentaires à la sortie de chaque biozone. D'immenses surfaces vitrées permettent d'observer les animaux comme s'ils étaient à portée de main. En plus cela doit atténuer un peu le son.
On assiste à des scènes surréalistes, comme avec les babouins de Guinée qui sont davantage observateurs des visiteurs que ne le sont les être humains. Le seul souci de ces vitres, pour le moment, c'est que les oiseaux qui ont été lâchés dans la serre tropicale ne les connaissent pas encore. De vilains scotchs ont été collés dessus pour qu'ils ne se blessent pas.
D'ici une semaine ils seront inutiles. Pour le moment cela fait un peu "désordre" mais c'est pour la bonne cause.
Cette serre tropicale remplacera sûrement le rocher dans la symbolique du lieu. Température et degré d'hygrométrie ont été calculés pour convenir aux animaux et aux plantes endémiques. Le choix des animaux a été là encore très réfléchi. Par exemple avec un caméléon, un paresseux ou un lamentin de 600 kilos.
La surprise est venue de deux espèces que je croyais connaitre, les loups et les girafes. En se trouvant à 14 h 45 devant la vitre principale de l'enclos de la meute on peut assister à leur repas. Ne vous imaginez pas que les soigneurs entrent dans l'enclos avec un seau plein de viande et qu'ils distribuent les morceaux à de gentilles bêtes qui leur lécheront les mains de reconnaissance. Cela ne se passe pas comme çà et on comprend vite pourquoi.

Les loups sont attirés dans une sorte d'immense cage pour laisser le champ libre aux soigneurs qui déposent des quarts de poulet ici et là, sur une pierre, une autre, en accroche un en haut d'un arbre. Cela dure un moment et le public se demande à quoi ça rime de procéder ainsi.
Les soigneurs disparaissent. Quelques secondes plus tard c'est la ruée. On assiste en direct à la voracité des loups, babines retroussées, museau en l'air pour évaluer à quelle distance se trouve la viande et ne ratant pas un seul quartier. Tout va très vite. Le repas est expédié au galop.
Avec les girafes on bascule dans un monde de lenteur et de douceur. Celles-ci vivent ensemble depuis tant de temps qu'il n'aurait pas été raisonnable de les séparer. Aucun zoo au monde n'avait la capacité de toutes les accueillir et puis le transport de bêtes de près de 6 mètres de hauteur n'est pas une mince affaire. Zarafa, la première girafe à entrer sur le sol français a d'ailleurs du faire 880 kilomètres à pied car, en 1826, il n'y avait pas encore de véhicule approprié.
La girafe a deux cordes vocales mais elle ne s'en sert qu'en situation de stress intense, pour crier un peu comme le ferait un boeuf. En temps normal elle communique avec leurs congénères en frottant leur cou. Il faut savoir que ce mode de fonctionnement lui vaut d'être la métaphore de la communication non-violente.
Les girafes du Parc sont très choyées. On leur fait faire des exercices pour les habituer à accepter du matériel chirurgical, au cas où.
Et la structure hospitalière est elle aussi à découvert avec une baie de vision pour que le public ait conscience de tout ce qu'implique la vie dans un zoo. Bientôt elles cotoiront des autruches et des oryx algazelles.
L'une d'elles a commencé sous nos yeux à faire connaissance.
Comme elles ne sortent pas si la température extérieure est inférieure à 12° elles ont un espace à leur taille en intérieur. Les visiteurs peuvent les observer à travers la vitre en se trouvant à hauteur de leur tête. C'est une belle émotion que de pouvoir regarder une girafe dans les yeux. 
Je me souviens du doyen des éléphants cassant des baguettes de pain d'un coup de pied pour "amuser la galerie". Il est mort à l'âge de 42 ans et c'est en souvenir de lui que le restaurant du Parc porte son nom, Siam. Il ne devrait plus y avoir d'éléphants ici, pas plus que des ours, des chèvres et autres animaux que l'on connait bien.
Par contre on découvrira le plus petit des cervidés, Pudu des Andes, 40 centimètres au garrot.
Et le propithèque couronné, originaire de la forêt sèche de Madagascar qui est une espèce très menacée. Avec beaucoup d'espoir du coté du Parc où la première naissance en captivité a eu lieu en 1995.
Je sais que je retournerai avec plaisir dans quelques semaines dans un Parc plus complet. (voir le billet que j'ai récrit le 6 juillet). Il n'empêche que j'ai malgré tout passé plusieurs heures à le découvrir. L'espace est immense et il y a déjà beaucoup à voir.
Vu du boulevard c'est toujours le rocher qui domine, faisant oublier la vision si différente que nous avons à quelques mètres de là.

Parc Zoologique de Paris ... à partir du samedi 12 avril 2014
Entrée à l'angle de l'avenue Daumesnil et de la Route de Ceinture du lac Daumesnil - 75012 Paris
01 40 79 31 25
De mi-mars à mi-octobre de 10 h à 18 h en semaine, de 9 h 30 à 19 h 30 les week-ends, jours fériés et vacances scolaires (toutes zones)
De mi-octobre à mi-mars de 10 h à 17 h

vendredi 4 avril 2014

Le jour où je suis devenue chanteuse black à la Manufacture des Abbesses jusqu'au 3 mai 2014

L'affiche est trompeuse : on croirait que la comédienne porte une perruque alors que ce sont ses vrais cheveux. Ce que ça change ? Mais tout ! On pense assister à une sorte de parodie alors que, s'il s'agit bien d'un spectacle où l'humour a une certaine place, c'est avant tout le récit autobiographique de la généalogie de Caroline Devismes.

Croyez moi, sa vie est un roman ... à première vue tiré par les cheveux, et pourtant pas. Elle a co-écrit la pièce à la mémoire de Claude Odell Dabbs (28 décembre 1920 - 1er juin 2012), son grand-père afro-américain, qui vécut au Texas puis décéda à Dallas. Quant à son arrière grand-mère elle était indienne. De telles origines laissent des traces.

S'ils étaient plus nombreux sur la scène on dirait que c'est de la comédie musicale, un genre où le metteur en scène, Thomas le Douarec est particulièrement à l'aise. Je me souviens de Mike au Comédia qui lui valurent trois nominations aux Molières 2011 dont celle de Meilleur spectacle musical (Ce fut Une flûte enchantée de Mozart, mise en scène Peter Brook, au Théâtre des Bouffes du Nord qui l'emporta). Dans ce biopic de Mike Brant, Caroline interprétait déjà une chanteuse, Dalida.

Dans Le jour où je suis devenue chanteuse black elle interprète une chanteuse Black, blonde aux yeux bleus, née à Boulogne-Sur-Mer, Pas-de-Calais. Un pseudo casting est le point de départ d'une carrière qu'on verra évoluer sur la scène.
La jeune femme timide engoncée dans un imperméable (très élégant au demeurant) va muer en une diva jamais capricieuse, alternant les confidences en voix parlée et les démonstrations de son talent vocal . Elle enchaine des standards de Diana Ross, Gloria Gaynor, Tina Turner, et d'autres stars de l'usine à tubes que fut la Motown (ou Motown Records), créée en 1959 avec l'objectif de séduire à la fois le public noir et le large public blanc avec des chansons de soul et de rhythm and blues.

Implantée à Détroit dans le Michigan, alors capitale de la production automobile, cette maison de disques avait choisi un nom contractant Motor et Town. La voix de Caroline Devismes se déploie sur une amplitude assez exceptionnelle. C'est une très bonne interprète y compris dans des registres inattendus comme la chanson du dessin animé de Walt Disney Pocahontas.
On s'étonne de ne pas l'avoir remarquée plus tôt. Parce qu'avec une voix puissante, elle a aussi le groove, et puis un sourire et de très jolies jambes qui ne permette pas de douter qu'elle fut effectivement meneuse de revues, d’abord dans "Nuit de Folies" aux Folies Bergère, dans une chorégraphie de Marie-Laure Philippon puis en Suisse, dans "La Revue de Genève" de Pierre Naftule. 
Depuis plusieurs années, elle se produit aussi au Baiser Salé, le club de Jazz parisien du 58 rue des Lombards, avec le groupe Desktops, dédié à la musique noire américaine du label "Tamla Motown"…

La jeune femme timide du début de la pièce fera place à une interprète assurée, future graine de star alors que le personnage masculin (interprété par Lauri Lupi), à la fois pianiste, chanteur et comédien (il lui donne la réplique en jouant le rôle de sa mère) chutera du piédestal qu'il s'est forgé, se faisant passer pour un grand musicien black américain, et se vantant d'avoir côtoyé durant sa carrière d'immenses artistes comme Michael Jackson, Quincy Jones, Diana Ross ou Stevie Wonder.
Son nom de scène de Stevie Soul ne fait pas plus illusion que sa cécité auprès du public sans que l'on sache si cette situation a intentionnellement été voulue par le metteur en scène. Toujours est-il qu'il est aussi musicien et qu'il joue "en live" toute la soirée. On apprécie aussi -faut-il le souligner- que Caroline chante sans play-back. Elle démontre qu'être black ne se résume pas à une couleur de peau. Bon sang ne saurait mentir et son grand-père peut être fier d'elle.

Il y a quelques chanteurs de The Voice qui pourraient en prendre de la graine ...

Le jour où je suis devenue chanteuse black a été créé au Festival d'Avignon mais il a été modifié pour le Théâtre de la Manufacture des Abbesses.

Du 27 mars au 3 mai, du mercredi au samedi à 19h
7 rue Véron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03
Les photos sont de Lot.

jeudi 3 avril 2014

Histoire naturelle, premier roman de Nina Leger chez JC Lattès

J'ai reçu Histoire naturelle par la Poste, alors que je ne l'avais pas demandé. Je l'ai aussitôt ouvert et j'ai tout de suite su que j'allais modifier mon emploi du temps de la soirée pour en poursuivre la lecture. C'est donc sans surprise que je viens d'apprendre que le service des manuscrits de Jean Claude Lattès avait répondu positivement à Nina Leger dans les quinze jours. C'est assez rare de rentrer comme ça dans le monde de l'édition. Et d'autant plus qu'une autre maison, prestigieuse, lui a donné elle aussi son accord ... mais un tout petit peu plus tard, alors qu'elle avait déjà signé.

Son roman est très bien construit. L'écriture reflète la maturité des âmes bien nées. J'ai du vérifier par deux fois les indications biographiques de l'auteure, ne parvenant pas à me souvenir qu'elle était si jeune. J'ai eu envie d'avoir un entretien avec elle pour prolonger cette découverte. Il se trouve que ce fut sa première interview. Vous ne risquez donc pas de trouver ailleurs ce que vous allez lire à son propos.

Une fois franchie la première étape, les choses ont suivi un cours plus lent. Nina a patienté presque exactement un an avant d'avoir le texte entre les mains sous sa forme définitive de livre. Il est en librairie depuis le 5 mars et elle laisse faire les choses, sans interroger son éditrice sur les ventes, n'ayant d'ailleurs aucune idée de ce que serait un "bon" chiffre.

Un huis clos dans une bibliothèque ...

L'histoire se déroule dans une petite ville de province, qu'on désignera sous le nom de Saint-Mares, au sein d'une bibliothèque, mais cela aurait pu être dans n'importe quel autre "thèque", pourvu que ce soit un endroit spécialisé dans la conservation, avec des bureaux en sous-sol, où deux femmes se feraient face, dans un espace public qui est un lieu de silence.
Nina Leger connait bien l'univers des bibliothèques. En tant que chercheur. Elle termine une thèse en histoire de l'art sur l'utilisation de la perspective linéaire par des artistes conceptuels américains des années 70 comme Sol LeWitt dont j'ai vu des oeuvres à l'Espace culturel Vuitton et au Silo de Marines.
Les bibliothécaires risquent d'être heurtées par les premières pages, découvrant une image peu flatteuse  de la profession. Accueillir et conseiller un chercheur n'est pas la même chose qu'accueillir et conseiller la fille du postier qui vient pour la 3ème fois emprunter l'intégrale de Mimi Cracra. (p.14)

Alors, forcément, quand le maire lègue les enregistrements de mugissements d'animaux qu'il a faits dans les savanes africaines, et sachant qu'il existe au moins trente sept verbes pour caractériser les cris de ces bêtes (p. 16), sans parler du bruit de leur déglutition ou de leurs déplacements, le directeur se voit dans l'obligation de recruter une personne compétente puisque c'est à peine si son équipe connait la différence entre faune et flore.

Il activa la tuyauterie de son réseau, et après deux mois de siphonnage, la plomberie bureaucratique crachota une réponse. C'est là que les choses ont mal tourné. La réponse s'appelait Mlle Valleski.

La recrue "avance", abonde en bonne volonté, complimente astucieusement, mais sans parvenir à cacher un tempérament qu'on nous dit être celui d'une séductrice (p. 51, mais si elle n'était "que" séduisante ... ?) et qui perturbera gravement la vie de la narratrice qui se vit comme l'oryctérone de ces lieux en paisible hibernation depuis trois ans (p. 31) exaltant une jalousie paroxystique.

... qui devient un huis-clos entre la narratrice et le lecteur

Carole Valleski est-elle ce qu'on appelle une séductrice ou la narratrice l'en accuse-t-elle parce qu'elle est imbibée de jalousie par suite d'un déficit d'estime de soi (à moins que ce ne soit un trop plein de bouffée narcissique) ? La jalousie mise en scène par Nina Leger n'est pas celle du dictionnaire. C'est une sorte de synthèse de l'opposition entre désir et haine.

La structure paranoïaque pathologique de la narratrice est favorable et l'arrivée de cette collègue sera l'élément déclencheur. Le lecteur, et c'est intentionnel de la part de l'auteur, éprouvera longtemps de la compassion pour elle. Jusqu'à la page 111 où elle refusera le plaisir qu'un texte qu'elle a écrit a été préféré à celui de celle qu'elle nous montre comme sa rivale : je me sens trahie. J'avais prévu ma défaite.

Quelques pages auparavant le lecteur commençait à douter : et si toute cette histoire n'était que pur fantasme ? Cette Carole Valleski n'existe peut-être pas. Ou, si elle existe, peut-être n'est-elle pas celle qu'on nous montre. Un retournement est envisageable. Cette manière d'écrire est proche de celle qu'on adopte quand on est spécialisé dans les nouvelles (ce qui était le cas pour Nina Leger jusque là).

L'auteur prépare le lecteur au détachement : je n'ai personne avec qui m'étendre sur le confortable matelas de mon malheur (...) enragée perpétuelle; j'échafaude des vengeances pour des affronts que je n'ai pas reçus (...) trouvant là une jouissance d'orycterope (...) de bête aveugle. (p. 71)

Valmont au féminin

On pense à la construction du rapport amoureux tel qu'il est architecturé dans les Liaisons dangereuses. Et c'est sans surprise que la citation de ce livre apparait page 109. La narratrice s'avérera être une redoutable manipulatrice, sorte de Valmont au féminin provoquant la perte d'une Carole Vallesky-Cécile de Volanges. Nous ne sommes plus dupes de sa plainte, en tant que Mme de Clèves se retirant au couvent et s'y portant comme un charme (p. 50).

Et quand elle a causé sa chute (à ce moment là au second degré p. 143) elle veut nous faire croire que plutôt que d'emprunter la deux fois quatre voies de la réjouissance, ses sentiments se déroutent vers des sentiers saugrenus (...) elle s'apitoie, compatit.

Une histoire naturelle est un roman qui parle de rivalité, instauré par un rapport de dévoration. La narratrice dévore les compétences de l'autre pour devenir la même personne. C'est une histoire de doubles en miroir. C'est aussi un livre qui traite de la paranoïa.

Un sens de la métaphore et des formules qui font mouche

Il est rare de trouver dans un même roman autant de pépites comme
- J'y pense et j'y arrière-pense (p. 57)
- Le directeur du MNHN ...LZBA ...UR310 (...) le gratin des acronymes (p. 63)
- Elle est le titre et moi l'équivalent humain d'une note en bas de page, illisible, cantonnée dans un quasi-hors-champ, en corps 7 (p. 78)
- Imaginez cela et voyez ceci (p. 167)

On peut ajouter des références culturelles précises et nombreuses. A l'Angélique d'Ingres, attachée par les poignets à un rocher, sans savoir parce qu'on se situe encore au début du roman, si ce choix marque une tendance sadique ou masochiste. Le titre de l'oeuvre à lui seul mériterait qu'on s'attarde.
A la double photographie d'Helmut newton, Sie Kommen (Naked and Dressed), Paris, 1981 (p. 193) qui justifie la fin du roman.

L'un ou l'autre aurait pu être conçu comme marque-pages.

Le vernis craque. Celui qui polit les ongles comme celui de la société bienpensante, et pourtant ô combien médisante, d'un vase-clos provincial.

Cinq ans, dix ans ont passé

Je me suis interrogée sur l'avenir de la jeune femme. Son changement de vie professionnelle lui aura-t-il permis de s'apaiser ? Le drame qui nous a été donné à voir n'est-il qu'un épisode ? Aura-t-elle au contraire  fait de nouvelles victimes ?

Nina Leger préfère ne pas imaginer ... n'étant pas favorable à la résolution de l'énigme.

Il me vient une idée ... Elle est appelée dans une médiathèque de province pour traiter un fonds assez particulier pour lequel sa compétence est sollicitée. A son arrivée on lui présente une jeune femme qui va être sa collègue. Les ongles crissent. Elle se sent importante. Les ongles brillent, rouges, bombés. (...) Assise de l'autre côté du bureau, sa nouvelle collègue s'éternise à l'engloutir des yeux.

Histoire naturelle, Nina Leger chez JC Lattès, en librairie depuis le 5 mars 2014

mercredi 2 avril 2014

Le Grand Palais modifie sa façade

Les usagers du métro qui descendaient sous terre à la station Champs-Elysées Clemenceau auront peut-être été surpris de voir s'effondrer aujourd'hui les piliers qui sous-tendent la façade du Grand Palais.

Tremblement de terre, manifestation artistique ... ou poisson d'avril ?

mardi 1 avril 2014

Infinita de la Familie Flöz au Monfort jusqu'au 13 avril 2014

On aime ou on n'aime pas.

Infinita est ce qu'on appelle un spectacle "segmentant".

Il peut être dérangeant. Parce qu'il est sans paroles. Parce que seuls les corps des comédiens s'expriment, leurs visages étant rigidifiés par des masques en papier mâché.

Parce que l'histoire commence par du théâtre d'ombres, un peu à la manière de Michel Ocelot dans Princes et Princesses. On devine l'enterrement des trois amis d'enfance, laissant seul un vieillard en chaise roulante sous la coupe d'une infirmière.

J'ai vu des spectateurs partir dans le premier quart d'heure. Mais j'en ai entendu beaucoup rire aux éclats, battre des mains et des pieds, s'amuser franchement du début à la fin du spectacle.

Infinita raconte l'histoire de trois garçons qui se connaissent depuis le berceau et qui finiront leurs jours dans une maison de retraite. Entre temps nous assisterons aux balbutiements enfantins et aux premiers émois, aux vilains jeux de mains des aînés bondissants dans des élans de vigueur retrouvée, avant l’accès de nostalgie, le tout dans un feu d’artifices de virtuosités, magistral, féroce et émouvant.

Le collectif berlinois Familie Flöz combine avec talent le théâtre de masques, la danse, l’acrobatie et le clown en un spectacle inclassable et d’une incroyable poésie, que l'on peut voir en famille, à partir de 8 ans.
Le paradoxe fondamental du masque – recouvrir un visage animé par une forme figée afin de donner vie à un personnage - est à la fois une excitation et un défi pour l’acteur et pas seulement pour lui. Le spectateur, d’une certaine manière, par son imagination, donne sens au masque.

Si on "entre" dans le parti pris on s'aperçoit que toutes les émotions, tous les sentiments, peuvent être véhiculés par le corps alors que jusque là on croyait à la suprématie de la parole et du verbe. En paralysant la voix et le visage, le collectif théâtral Familie Flöz démontre combien le corps est un vecteur important. On a de quoi s'interroger à la fin du spectacle sur tout ce que le nôtre raconte à notre insu ...

Familie Flöz est un collectif d’artistes internationaux, fondé en 1994, en résidence à Berlin. Accueilli dans 30 pays, son travail a été récompensé par de nombreux prix internationaux. Créé en 2006, Infinita est pour la  première fois en France.

Les pièces sont le fruit d’un travail créatif collectif où les acteurs sont auteurs de leurs personnages et des situations.

Michael Vogel et Hajo Schüler  sont co-directeur artistiques et fondateurs de Familie Flöz.

Benjamin Reber les a rejoints pour Infinita. Il a composé la musique originale qu’il interprète sur scène au piano et au violoncelle.

Enfin Björn Leese est comédien, mime, musicien et depuis 1997 dans le groupe.

Hajo Schüler est le créateur des masques. Il explique que pour ce spectacle ils ont commencé par se retrouver dans des parcs, pour observer des enfants en train de jouer, et en même temps à rechercher des images sur la mort. A s'interroger sur la manière de faire mourir un masque sur scène.
Cependant, pour ce spectacle comme pour tous les autres, ils ont commencé à travailler sans masque, au cours d'improvisations avant que le masque n’entre en jeu, en recherchant des trucs qui les amusaient. Ils ont beaucoup joué ensemble, en inventant des jeux, en faisant de la musique et des exercices physiques. Ils ont fabriqué des décors simples avec du carton et de la récupération, se sont montré des photos, des textes, ... C’est comme cela que tout doucement une atmosphère commune s'est développée avec l'émergence de petits morceaux de musique et des mouvements de danse.

Il explique que ne plus avoir de visage est déclencheur d’une grande liberté. L’interprète peut s’alléger de sa propre identité et le masque va l’aider à se transformer. Clairement, le masque est toujours meilleur que l’interprète. Il trouve ses origines chez les dieux, les idoles, et les fous.

Rien de mieux qu'un extrait pour vous donner envie d'aller vivre cette expérience :



Infinita, une pièce créée et interprétée par Björn Leese, Benjamin Reber, Hajo Schüler, Michael Vogel
mise en scene Michael Vogel, Hajo Schüler
masques Hajo Schüler
décor Michael Ottopal
costumes Eliseu R. Weide
musiques originales Dirk Schröder, Benjamin Reber
décor/jeux d’ombres Silke Meyer
vidéo/animation Andreas Dihm
production Familie Flöz
du 25 mars au 13 avril •GrandeSalle
du mardi au samedi à 20h30 dimanche à 16h
à partir de 8 ans
Le Monfort, 106 rue Brancion, 75015 Paris
01 56 08 33 88 / www.lemonfort.fr

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