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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 21 septembre 2015

Ma version du chili con carne

C'est un grand classique de la cuisine internationale et il m'arrive de l'acheter en conserve. C'est sans doute sans commune mesure avec une version "maison" mais d'une part je n'ai pas le savoir-faire, d'autre part pas de temps à y consacrer car l'envie de chili con carne peut être soudaine.

Par contre j'ai trouvé le moyen de l'agrémenter sans me compliquer la vie.

En ajoutant des petits oignons blancs ébouillantés.

Et surtout des petits pois juste décongelés, qui apporteront du croquant. Ils prendront un peu de température au moment du réchauffage. Cela suffira.
Enfin quelques olives noires dénoyautées pour la couleur.
Je réchauffe dans un des derniers nés de la gamme Ecoceram d'Appolia. Cette pâte céramique exclusive est élaborée à base d'argile et de kaolin breton. Elle a une très faible porosité, est résistante aux chocs thermiques et mécaniques. les émaux sont garantis sans plomb et sans cadmium. Son mode de fabrication en mono cuisson limite l'émission de gaz à effet de serre. Il a fallu deux ans de recherche avant de breveter le couvercle hermétique qui s'adapte parfaitement sur le plat de cuisson.

On peut donc cuire au four, laisser refroidir et ensuite conserver le contenu après avoir fait le vide. En effet, valve ouverte, le couvercle en polypropylène apposé sur le plat carré permet de chasser l'air, puis abaissée, elle garantit l'étanchéité de la conservation au réfrigérateur

J'aime particulièrement le "petit" format 218x177x72 qui est parfait pour faire la navette entre la maison et le bureau. Je réchauffe ce que j'ai préparé au micro-ondes, et je me régale en beauté puisque les coloris sont, comme toujours chez Appolia, singulièrement joyeux.

dimanche 20 septembre 2015

Architecture remarquable et journées du patrimoine à Bourg-la-Reine et Sceaux (92)

Qui dit Journées du Patrimoine évoque pour moi des queues interminables pour accéder quelques secondes à l'univers quotidien d'un ministre. Sans parler du bureau du président de la République ... Alors qu'il peut y avoir des bâtiments exceptionnels ouverts ce week-end là, facilement accessibles  près de chez soi, faisant éviter du même coup des transports en commun bondés.

C'est dans cet esprit que j'ai arpenté hier Bourg-la-Reine et Sceaux. Par le plus grand des hasards je me suis trouvée aujourd'hui à Paris en fin d'après-midi et j'ai visité, sans inscription préalable les jardins et le bureau du ministre de l'agriculture comme celui de la ministre du travail, m'arrêtant dans la salle où ont été signés les "accords de Grenelle".

Ces lieux illustres avaient été assaillis dès 6 heures du matin mais désertés aux alentours de 17 heures. Je vous donne le tuyau pour l'an prochain.
Après avoir vu la Villa Hennebique, nous jetterons un oeil à la collection de grès émaillés Dalpayrat puis nous traversons la Villa Jeanne d'Arc.
Nous irons ensuite à Sceaux voir deux maisons d'architectes, celle de Lurçat et celle que Paul Nelson a conçue en collaboration avec Fernand Léger.

samedi 19 septembre 2015

Visite du Moulin Richard de Bas (suite)

Il y a quelques jours je vous ai raconté la fabrication du papier chiffon. A l'aube des Journées du Patrimoine, il se pourrait que vous ayez envie d'aller visiter le Moulin Richard de Bas, le dernier dans le Massif Central à sortir encore quotidiennement quelques centaines de feuilles.

Profitez-en pour voit l'ancienne demeure de Monsieur Richard, qui possédait plusieurs moulins.

Ne manquez pas non plus le très beau film sur le Parc du Livradois-Forez, pays d’eau, de bois et de montagnes, qui tourne en boucle dans la salle adjacente à la billetterie. Il témoigne d'industries très spécialisées. On y apprend par exemple que Thiers n'a pas que les couteaux pour spécialité amis aussi les cartes à jouer.

L'emblème des papetiers était pourtant souvent un coeur. celui du moulin est un coeur doublement barré. On le retrouve sur le tamis métallique, composé de fils de laiton parallèles dont la trace sera vue par transparence.
Le papier vergé est un papier qui laisse apercevoir par transparence ces fines lignes parallèles horizontales dans l'épaisseur du papier. C'est ce qu'on appelle le filigrane.
Elles sont laissées par les vergeures et les fils de chaîne (fils de couture qui fixent la vergeure aux pontuseaux) qui sont les fils en métal qui forment le tamis avec lequel est fabriqué le papier tandis que les pontuseaux sont les baguettes de bois qui soutiennent les vergeures et les fils de chaîne. En Angleterre on fait la forme velun, plus opaque parce que les fils sont en cuivre.
L'ancien logis de Richard de Bas est typique de l'habitat des XVIII° – XIX° siècles. Il n’est plus habité depuis 1937. Il n'est composé que de deux pièces : la salle commune qui faisait office de salle à manger et une seule chambre à coucher. Mais l'une et l'autre sont vastes pour accueillir la famille entière et les apprentis.
Le portrait du maître trône dans la salle à manger. Il a été mystérieusement assassiné en 1795. l'industrie du papier s'exerçait alors dans un halo de secrets ... D'ailleurs on travaillait de minuit à midi de manière à ce que le mystère demeure caché.
On trouve dans la première pièce les meubles et objets du quotidien. A commencer par une grande table où l’on était assis à califourchon, c’est-à-dire de profil. Au bout de celle-ci le tiroir mal refermé contenait le pain. Contre le mur d'en face on remarque une maie, sorte de caisson rectangulaire soutenu par quatre pieds, dans laquelle on conservait la farine et qui servait aussi de pétrin, pour la fabrication du pain. Son plateau mobile à charnières servait de plan de travail.
Les portes en noyer sont classées à l’inventaire. L’horloge a été fabriquée à Ambert. On remarque dans la cheminée une grosse marmite pour cuire la soupe. Elle est pendue à une crémaillère, d'où l'expression signifiant emménager car c'est le dernier objet que l'on place dans une maison. Le sel était à portée de main, et surtout protégé de l'humidité dans une petite niche.

Cliquer sur "plus d'info" pour lire la suite de cette visite ...

vendredi 18 septembre 2015

Des mots jamais dits de Violaine Bérot chez Buchet Chastel

Il était une fois une vilaine petite fille qui venait de naître ... Ce sont les premiers mots de Violaine Bérot. Avec une telle entrée en matière Des mots jamais dits est un récit qui s'inscrit dans l'univers du conte.

On pense immédiatement au vilain petit canard, sans doute à cause du terme "vilain" qui renvoie non pas à une véritable laideur (qui serait un handicap) mais à une différence qui pourrait bien être un signe positif. Le petit canard d'Andersen devient un cygne majestueux ...

Aux yeux du père l'enfant est une princesse. Ce sera plus tard la bonne fée qui veillera sur la mère. Et on pensera aussi au Petit Poucet où la cohorte de frères et soeurs grandit avec une régularité incroyable (p.17).

Le roman fouille la relation d'amour qui unit le père et la mère : déraisonnable, vertigineux, enragé. Même les contes de fées n'oseraient imaginer que l'on puisse à ce point aimer (p. 18). Ce sont surtout les conséquences de l'ouragan qui ne sont jamais explorées et que l'auteur va tenter de faire partager au lecteur.

La jeune femme tente de s'émanciper de cette famille où personne n'est nommée, coincée entre le père, la mère, ... et surtout ce "on" ... indéfini, singulier ou pluriel qui observe, écoute, commente, juge, interroge ou désapprouve les uns et les autres, semblant avoir le pouvoir d'orienter le cours des choses.

Un terrible secret à peine voilé se faufile entre les lignes, jusqu'à la dérobade, parce que l'on craint de ne savoir trouver les mots pour la dire (p.143). Chacun le comprendra à sa manière, et surtout en fonction du terreau affectif dans lequel il a grandi. Nul ne guérit de son enfance, chantait Jean Ferrat.

Des mots jamais dits est un livre troublant, violemment intime, qu'on ne lâche pas facilement. Et je remercie Annie pour ses notes de lecture.

Violaine Bérot est d'origine pyrénéenne, son grand-père était montagnard. Après avoir travaillé dans le domaine de l'informatique elle est revenue dans la région et élève des chèvres et des chevaux en Ariège. Écrivain, elle compte à son actif 5 romans avec : Jehanne et Léo et Lola (éd. Denoël), Tout pour Titou (éd. Zulma, rééd. Lunatique), Notre Père qui êtes odieux (éd. Baleine) et Pas moins que lui (éd. Lunatique).

Des mots jamais dits de Violaine Bérot chez Buchet Chastel, en librairie le 20 août 2015

jeudi 17 septembre 2015

Le bizarre incident du chien pendant la nuit mis en scène par Philippe Adrien

On dirait des gamins en récréation dans une cour d’école. Ils dansent. Puis petit à petit disparaissent les uns après les autres alors qu'un grondement enfle, me faisant douter de l’arrivée d’une rame de métro. Pourtant je ne rêve pas, la ligne ne passe pas sous le théâtre ... Brouillard ... Emerge une femme appuyée sur une bêche entre les dents de laquelle on devine un chien. Il s'appelle Wellington et il est mort.

- Qu'est ce que t’as fait à mon chien ?

Christopher se trouve au moment endroit. Il va refuser d'avouer le forfait au policier qui porte le casque des bobbys londoniens, soutenu par son père, au premier abord bienveillant, quoique pragmatique.

Je m’appelle Christopher. J’ai 15 ans, 3 mois, 2 jours. Je dis toujours la vérité. 

Evidemment l'interrogatoire se poursuit et le garçon se débat comme il peut parce que sa logique n'est pas commune.

Je trouve que les gens m’embrouillent (...) Je ne savais pas que j’allais m’attirer des ennuis. Je vais trouver le coupable.

Et le voilà qui se livre à ce qu’il appelle ses investigations. A grands coups de pourquoi et  d’énumérations.

Je connaissais le roman de Mark Haddon. Il avait fait grand bruit parce qu'il témoignait combien un jeune autiste pouvait se révéler d'une intelligence hors normes. Ecrit pour la jeunesse il transmettait un formidable message d'espoir. L'adapter pour le théâtre était périlleux même si c'est un grand succès sur une scène londonienne depuis des années. L'exercice est une réussite totale et je peux affirmer que Le Bizarre incident du chien pendant la nuit est un des meilleurs spectacles que j'ai vu au cours des vingt dernières années.

Le texte est magnifique. Parfois subliment poétique avec des fulgurances comme celle-ci, notée au hasard : La pluie fait comme des étincelles blanches. Parfois extrêmement sophistiqué comme lorsque Christopher explique pourquoi les étoiles brillent, parce qu’elles bougent plus vite que la lumière. Elles continueront tant que le monde sera en expansion.

On connait le talent de Philippe Adrien pour la direction d'acteurs. Plusieurs scènes atteignent des sommets. On se souviendra longtemps de l'interprétation du père (Sébastien Bravard), avec des trémolos discrets dans la voix. Mais aussi par exemple de la scène d’explication entre Christopher et sa mère (Nathalie Vairac que l'on avait tant aimée dans Boesman et Léna la saison dernière, comme Tadié Tuéné qui interprète ici plusieurs rôles).

Tout participe à faire apprécier la soirée. Les décors conçu par un fidèle, Jean Haas, fonctionne à merveille. Avec le parti pris minimaliste de deux murs qui se font face de part et d'autre d'une pelouse et de quelques tabourets il parvient à recréer tous les endroits où l'action se déroule, lotissement, jardin, école, grande ville, y compris un quai de métro pour une scène mémorable au cours de laquelle Christopher veut récupérer son animal de compagnie, un rat, et où le spectateur est dans la plus pure illusion. Jusqu'au rappel dont je ne vous dévoilerai pas le contenu mais qui est lui aussi parfaitement orchestré.
Plusieurs scènes marqueront le spectateur, comme aussi celle de la construction d'un circuit de train en modèle réduit. Ou, juste avant et dans un style très différent, le jeu de chaises musicales avec des tabourets renfermant des pièces à conviction sous leur couvercle.

Les lumières de Pascal Sautelet sont les coups de pinceaux qui donnent vie à des espaces complètement crédibles et la vidéo (Olivier Roset) est totalement juste.

Le spectateur ne perd pas un mot du déroulement de la pensée de Christopher qui, en bon fan de Sherlock Holmes, va mener une enquête qui lui fera découvrir bien plus que le meurtrier du chien de sa voisine. En s'attaquant aux secrets de famille, son parcours est un récit initiatique qui nous en apprend beaucoup sur l'âme humaine.

Parce qu'il est capable d'expliquer les phénomènes mathématiques les plus complexes mais qu'il bute sur les ressorts de l'âme humaine ses raisonnements font écho à nos propres interrogations. A ce titre le personnage de Shiobhan (Juliette Poissonnier), en sa qualité de narratrice est essentiel comme médiatrice entre le jeune homme et l'univers.
La pièce est aussi une réflexion sur le théâtre puisque se joue aussi une reconstitution où tout le monde participe et joue un rôle même si pour Christopher Jouer au théâtre c’est une sorte de mensonge.

Chacun est parfait dans son rôle. A commencer par Pierre Lefebvre qui incarne le jeune autiste avec force et vitalité, sans trop en faire et jamais nous entrainer dans le pathétique. Il est confondant de sensibilité avec naturel. C'est un des miracles du (grand) théâtre. L'acteur que l'on a déjà vu dans de précédentes mises en scène de Philippe Adrien ira très loin, cela ne fait plus de doute. Le père peut être fier du fils. A ce stade c'est encore un degré supplémentaire de théâtre dans le théâtre.
Un mot de la chorégraphie signée par Sophie Mayer et qui, à l'instar de la vidéo, est une des composantes essentielles du spectacle.

En sortant de la Cartoucherie on aura grandi en humanité et on pourra méditer une des dernières répliques : On n’est pas si différent que ça toi et moi ! Et si quelques réfractaires n'ont pas encore complètement intégré le théorème de Pythagore ils pourront revenir pour une séance de rattrapage. Le bizarre incident du chien pendant la nuit mérite d'être vu plusieurs fois.
Le bizarre incident du chien pendant la nuit d’après le roman de Mark Haddon
mise en scène Philippe Adrien
texte français Dominique Hollier
avec Pierre Lefebvre, Juliette Poissonnier, Sébastien Bravard, Nathalie Vairac, Bernadette Le Saché, Mireille Roussel, Laurent Montel, Laurent Ménoret et Tadié Tuéné.
décor Jean Haas, lumières Pascal Sautelet
vidéo Olivier Roset
musique et son Stéphanie Gibert
costumes Cidalia Da Costa
chorégraphie Sophie Mayer
Du 11 septembre au 18 octobre 2015 à 20 heures, le dimanche à 16 heures
Reprise du 20 avril au 28 mai 2017
du mardi au samedi 20h, le dimanche 16h 
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie, Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Antonia Bozzi.

mercredi 16 septembre 2015

Tout ce qu'on peut cuisiner (aussi) avec la Clairette de Die

On m'a dit Clairette, j'ai pensé Blanquette. Autant dire que j'ai confondu deux villes qui produisent chacune un vin pétillant mais qui emploient une méthode différente, et surtout des cépages qui ne se ressemblent pas. Le résultat est donc radicalement différent. Et pour tout vous dire j'ai beaucoup aimé (avec modération quand même) la Clairette de Die dont l'arôme de muscat, de fruits et d'agrumes est inoubliable. Mea culpa.

Ce vin est déjà parfait sans aucun ajout. La couleur ivoire de sa robe surprend. La finesse de ses bulles est irréprochable. Son parfum le rend spécialement agréable. Le raffinement se confirme en bouche raffiné, avec des notes de fleurs blanches, de litchi et de rose. A boire jeune à la température idéale de 5°. Avec quelques noix si on souhaite déguster locavore.

Peut-être parce que le vignoble s'épanouit sur de petites parcelles, sous le soleil généreux de la vallée de la Drôme, à l'abri des puissants contreforts du Vercors. Valence se trouve à 60 kilomètres à l’Est en allant vers Grenoble, et avec 300 jours de soleil par an ce vignoble bénéficie d’une situation exceptionnelle bien qu’il soit un des plus élevés d’Europe en altitude, entre 450 et 800 mètres. Il n’est pas rare d’apercevoir les vignes au milieu des lavandes.

Sur ce terroir, les vignerons Jaillance portent un soin tout particulier au travail de la vigne et vendangent le raisin à la main. L’assemblage est une harmonie de deux cépages : le muscat blanc à petits grains et la clairette blanche, qui a donné son nom au résultat final qui est reconnue Appellation d'Origine Contrôlée depuis 1942.

Le vin est vinifié selon la méthode dioise ancestrale qui suit le processus : Vendanges, réception, pressurage et filtration du raisin, fermentation partielle en cuves réfrigérées, assemblage, tirage et prise de mousse, dégorgement, tirage et habillage. Ce qu'il faut retenir c'est qu'on ne rajoute rien à aucun moment.
Au moment de l'apéritif, les invités ont pris l'habitude de choisir parmi un large éventail de propositions allant de la bière au cidre qui est de plus en plus présent en petites bouteilles (parfois aromatisées) dans les grandes surfaces. On sait que les vins pétillants sont de plus en plus appréciés et consommés. Il était donc logique que Jaillance adapte le format de sa Clairette de Die tradition.
La voici donc qui débarque en "petite", malgré tout strictement identique à la grande. Avec le même degré d'alcool, 7,5% qui en fait une boisson relativement peu alcoolisée comparativement aux apéritifs plus "traditionnels".

Jean-Louis Bergès, directeur général de Jaillance nous a appris que le cocktail en vogue à New York s’appelle So fresh. Il consiste à verser de la Clairette de Die sur de la glace pilée dans un verre piscine et de servir avec 2 framboises et 2 feuilles de menthe pour libérer les arômes de rose et de litchi du vin.

A l'instar de la bière qui investit de plus en plus le domaine des cocktails on peut songer à la Clairette de Die pour créer l'effet de surprise. C'est ce à quoi Marc s'est employé ce soir à l’Atelier des Chefs Penthièvre où j'ai appris avec lui deux recettes.
Le Péché originel

mardi 15 septembre 2015

Marguerite de Xavier Giannoli, en avant-première

J'ai découvert ce film en avant-première à la soirée de clôture du festival Paysages de Cinéastes et il m'a enthousiasmée, comme la plupart des invités qui l'ont applaudi très chaleureusement.

Elle s'appelle Marguerite mais elle est baronne, l'un n'empêche pas l'autre. Elle est riche mais son rapport à l'argent est régi par la simplicité. 

C'est une femme "animée" d'une passion, celle de chanter. Pas une bluette à quatre sous, mais les airs les plus lyriques qui soient, à commencer par la Reine de la nuit de Mozart, qui est sans doute à mes oreilles le plus émouvant qui soit.

C'est bien connu, on ne s'entend pas. Marguerite pas plus que vous et moi. La dame chante faux, et ses montées dans les aigus ont des accents de crécelle. Le spectateur est sur la voie dès la première scène en percevant dans le lointain le cri d'amour d'un paon hurlant (on dit que cet oiseau braille) une série de Léon Léon éraillés. La baronne est bien inspirée de se coiffer d'une aigrette de ce volatile. Elle est à son image, une très belle femme avec une voix épouvantable.

A l'instant du conte les Habits neufs de l'empereur son entourage ne lui dit rien. Soit que ce sont des profiteurs (elle est très riche), soit qu'ils ont mis au point des stratégies de contournement  pour ne pas l'entendre (son mari, André Marcon, se débrouille pour tomber régulièrement en panne de voiture pour arriver à la fin de ses récitals).

Son personnel lui semble acquis et sincèrement dévoué, sans doute en raison de sa bonté extrême. 

Sa chambre ressemble à un cabinet de curiosités dont elle serait la pièce principale. Il est donc naturel qu'elle se lie avec des personnages fantasques, anarchistes, libertaires, journalistes véreux et femme à barbe. Madelbos, son majordome un peu trouble, interprété par Denis Mpunga, et que l'on pense un moment épris d'elle ne dépare pas dans le tableau. Il prend des photos étonnantes ...

Pour réaliser le rêve de sa vie, chanter devant un vrai public, sur une vraie scène, Marguerite va accepter de suivre des cours de chant. Elle est touchante quand elle reconnait que c’est beaucoup de travail amis qu'il faut que ça reste un plaisir.

Marguerite a des formules qu'il faut noter. A propos de la richesse elle dit avec légèreté que l’argent n’a aucune importance. L’important est juste d’en avoir. 

Son professeur est brillamment interprété par un Michel Fau confondant de naturel. Rien d'étonnant pour moi qui l'ait vu se lancer dans une interprétation kitchissime de la chanson-titre du premier album de Carla Bruni, "Quelqu'un m'a dit" au cours d'une soirée des Molières en 2011.

Dans le film il se retiendra de lui dire la vérité mais il aura aussi à cœur de la faire progresser. Les musiques sont magnifiques, depuis l'air de la "Casta Diva" de Bellini, en passant par Vivaldi et Purcell, le très joli Duo des fleurs de Lakmé  de Léo Delibes, la Traviata de Verdi, Francis Poulenc et Honegger, sans reléguer pour autant le jazz, le dideridgoo australien ou encore la musique indienne.

Catherine Frot a elle-même beaucoup travaillé. Son rôle n'a rien à voir avec celui de cuisinière dans la comédie Les Saveurs du palais de Christian Vincent en 2012. Elle est époustouflante dans celui-ci, constamment sur le fil entre comédie et tragédie.

Marguerite est courageuse et ne recule devant aucun exercice. On observe d'ailleurs un changement de registre, à moins que ce ne soit le signe que notre oreille commence à s'habituer. On a la sensation qu'elle chante, je ne dirais pas moins faux, mais en tout cas avec tant d'expression et d'émotion que l'on supporte.

Le "vrai" public n'a pas fait le même chemin et c'est sous une huée qu'elle va vite sombrer. Sa santé lui permettra t-elle de remonter sur scène ? Gagnera t-elle enfin l'amour de son mari volage ? Qui a le cœur assez pur pour la juger ? Supportera-t-elle de s'entendre ?

Ce film est un bijou surréaliste qui pourtant à être inspiré par des faits réels, la vie de Florence Foster Jenkins qui a vécu aux Etats-Unis dans les années 1940. Un biopic hollywoodien est en préparation par Stephen Frears avec Meryl Streep  et Hugh Grant.

Xavier Giannoli a pris le parti de nous transporter dans une autre époque, les années 20, avec une certaine difficulté à situer géographiquement les lieux de tournage. Il y a quelque chose de profond dans cette fresque, tournée avec beaucoup de finesse, de sensibilité, en laissant la part belle  à l’imagination. Le résultat n'est pas si caricatural qu’on pourrait le croire. C'est beau, jamais dégoulinant. On reçoit une grande leçon d'humanité. Il sortira sur les écrans demain, 16 septembre.

lundi 14 septembre 2015

Célébration ... un documentaire d’Olivier Meyrou sur YSL

Célébration retrace les dernières années d’Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé à la tête de leur maison de haute couture. Filmé entre mai 1998 et janvier 2001, par Olivier Meyrou, Célébration nous fait entrer dans leur intimité professionnelle. Il nous rappelle que la création a un coût et qu’elle se paie parfois chèrement. Si le film a été dévoilé au festival du film de Berlin en 2008 il a été très peu projeté, cherchant toujours un distributeur alors que Pierre Bergé, ex-PDG de la maison YSL s’oppose à sa diffusion.

C’est une première de saison et un moment unique pour découvrir ce film que le Monfort a proposé à ses abonnés (même si cette structure n'en est pas à sa première projection). Ma voisine de rang semblait déçue. Je croyais que c’était une pièce de théâtre, me dit-elle. En fait c’en est, mais elle ne le sait pas encore.

Après la FEMIS, Olivier Meyrou est parti étudier à New York, dans le cadre de la Villa Médicis hors les murs. Il y réalisa deux documentaires et enchaîna ensuite avec Bye bye apartheid (2004) et l’Avocat du diable (2008). Il reçut le Teddy Award à la Berlinale 2007 pour le film Au-delà de la haine. Parade. Dramaturge du spectacle Acrobates, il a mis en scène La petite fille aux allumettes à la Comédie Française en 2014. Sa prochaine création, Tu, un solo avec Matias Pilet, sera présenté dans le cadre du Festival (Des)Illusions en mars au Monfort.

Le film YSL m'avait déçue malgré les performances des acteurs. Je n'avais pas trouvé ce que je pensais être "l'esprit Saint-Laurent" qui, par contre jaillissait de la biographie de Pierre Bergé,  Le faiseur d'étoiles, de Béatrice Peyrani, aux éditions Pygmalion, en septembre 2011, et chroniquée sur le blog en octobre suivant.

J'étais donc impatiente de découvrir le film d'Olivier Meyrou. J’avais vu un extrait et j’avais cru assister à une scène tirée d’un film de Buñuel, sauf que la tragédie est bien réelle. J'étais certaine que le résultat serait non seulement fidèle, mais qu'il éclairerait les dernières années du grand couturier.

En toute logique le premier plan montre Yves Saint Laurent en train de crayonner un modèle. Mais très vite on le découvre comme absent, tragiquement transparent, dans une attente indicible qui semble le terrifier. On a beau lui donner du "monsieur", parler de lui comme d'un mythe, Yves Saint Laurent apparait la plupart du temps être complètement ailleurs même si, parfois, son regard est plein d'acuité. Il est alors tragique.

Pierre Bergé doit avoir de (bonnes) raisons personnelles de s'opposer à la distribution du documentaire qui n'est jamais, il faut le préciser, le résultat d'images volées. Il est d'ailleurs aussi extrêmement respectueux de l'artiste et de son mentor même si celui-ci l'un est en position de faiblesse et l'autre en situation (apparemment) plus confortable.

L'empire commercial n'est pas le sujet du film. Pas davantage qu'un panorama de l'oeuvre même si, inévitablement on assiste au travail de création et à quelques moments précédents un défilé.

Le titre a été choisi avec soin. Et on peut considérer que le film célèbre à la fois la carrière du couturier comme l'amour de son compagnon, plus prosaïquement l'anniversaire d'Yves Saint Laurent au cours d'une scène qui est très théâtrale, puisqu'on n'entend que la voix de Pierre Bergé, toujours très à l'aise quand il s'agit de faire un discours alors que Yves ne peut que remercier d'une voix faible. Le film marque aussi la fin d'une époque qui se délite, ce que renforce l'alternance des séquences en couleur et en noir et blanc, comme l'insertion de plans très serrés, ou au contraire plus larges, presque floutés.

Au cours d’une interview filmée à contre jour, une journaliste de mode lui demande s’il ne serait pas le dernier gardien d’une élégance. Il se reconnait comme la dernière maison avec un couturier vivant.

On reconnait au hasard des plans des personnalités associées à la grande maison comme Monique Lang, l'épouse si influente de l'ancien ministre de la culture Jack Lang, Betty Catroux, la fidèle amie, Loulou de la Falaise, son ange-gardien faite femme, Laetitia Casta, un de ses modèles favoris et à laquelle il manifeste une infinie tendresse. Moujik est toujours présent, très attentif, presque lui-même un personnage, le regard quasi complice, couché aux pieds de son maitre. Une cohorte de petites mains et de couturières expertes, totalement dévouées, au-delà même de leurs heures de travail, encore subjuguées par l'oeil du maitre.

On s'étonne de ne pas apercevoir Catherine Deneuve, sa si célèbre égérie, mais le film ne se veut pas exhaustif. Il n'a rien du biotope, et pourtant il est authentique.

Il s'achève quasiment avec la cérémonie de remise d'une récompense couronnant sa carrière à New-York en juin 2000, encore une célébration. Le créateur ne parait pas très stable sur ses jambes et Pierre Bergé lui prend des mains la statuette à l'allure d'oscar, revendiquant en aparté qu'il a sans doute sa part dans ce succès. Tout est dit en demi-teinte dans cette scène assez humoristique. La fierté teintée de jalousie n'est jamais loin nimbée dans une dimension poétique et saupoudrée d'humour.

Le décalage entre eux est constant. Tandis que l'un affirme avoir changé, décidé d’être heureux et de travailler dans le bonheur l'autre oppose que les angoisses lui tiennent lieu de colonne vertébrale.

Célébration, lundi 14 septembre 2015 à 20h
Le Monfort Théâtre 106 rue brancion, 75015 Paris

dimanche 13 septembre 2015

Eva de Simon Liberati chez Stock

Le portrait de couverture, intitulé Coco bel oeil, a été réalisé par la photographe Roxane Lowit au Palace en 1981. On y découvre une Eva (Ionesco) très jolie, l'air farouche juge Simon Liberati. Il la compare tour à tour à un minotaure à la Garouste, une sirène des années 50 dessinée par un peintre de foire, à une licorne coiffée pour la parade... Bref, le livre abonde de métaphores.

Simon Liberati a été  journaliste, notamment à FHM, Grazia et 20 Ans avant de décider de se consacrer exclusivement à l'écriture. Son dernier roman surgit dans la droite ligne de ce qu’il a fait auparavant. En effet, le premier, Anthologie des apparitions, publié en 2004 par Frédéric Beigbeder, alors éditeur chez Flammarion, et qui deviendra son ami, porte sur le thème de l'adolescence.

Trois ans plus tard, avec Nada exist, il brosse le portrait d'un photographe de mode qui passe des paillettes et de la célébrité à la dérive.

Son troisième ouvrage, L'hyper Justine reçoit le prix de Flore. En 2011, son quatrième roman Jayne Mansfield 1967, parait chez Grasset, récompensé par le prix Femina. En janvier 2013, il publie, chez Flammarion, 113 études de littérature romantique, dans lequel il recense les lectures qui l’ont construit.

Après cela, il avait (c’est lui qui nous le confie dans son dernier roman) juré fidélité à la littérature alors il a pris l’objet de son amour, Eva, pour en faire un livre, Eva.

Il a écrit là une magnifique déclaration d'amour en donnant au lecteur le sentiment d'assister en direct au processus de cristallisation.
J'ai su très vite qu'Eva allait me rendre heureux, c'est-à-dire m'affoler, bouleverser ma vie si complètement qu'il faudrait tout refaire autrement.
Il dit "je", osant mettre son âme à nu. Du coup, moi qui pensais avoir en mains le portrait d'Eva, Eva Ionesco en l'occurrence, j'ai découvert que c'était celui, en creux, de Simon Liberati auquel il se livre sans concession.

Il faut reconnaitre que Simon et Eva étaient faits pour s’assembler. Si leurs retrouvailles ont lieu trente-cinq ans après leur première rencontre elles n’en sont pas moins magiques. Cela relève du coup de théâtre et tient du sortilège. Il écrira d’ailleurs qu’Eva l’a féé.

Il a beaucoup de belles formules, aussi bien pour se désigner que pour la nommer. Il ne masque pas les difficultés de leur vie à deux, ni ses propres défauts comme ceux de sa Lolita. Ainsi il écrit qu'il la retrouve des années plus tard, déchue physiquement mais ayant toujours son potentiel de fée d'autrefois, n'ayant rien perdu de la candeur audacieuse et cruelle de l'enfance. A peine a-t-il néanmoins décrit la faillite de sa grâce que la voici qui resurgit embellie d'une vertu nouvelle, la charité. Il nous fait vivre les choses d’une telle manière que le lecteur est ébloui par l’incandescence des sentiments de ce duo, qu’il compare à un couple d’inséparables. Le texte est puissant, baudelairien.

J’en serais sans doute restée là, totalement sous le charme et satisfaite qu'il soit sélectionné pour le Goncourt si l’ensemble ne s’étirait pas en longueur avec moult répétitions et références littéraires. A force d’étaler sa culture Simon Liberati prend trop de distance par rapport à son sujet, cette femme-enfant rescapée d'une enfance qui n'en fut pas une, et qui va occuper une place particulière puisqu’il l’épousera en ayant constamment autant peur de la perdre que de la gagner.

On se doute qu’il ne peut pas y avoir de fin, mais par exemple l’analyse de la relation avec sa mère, photographe qui en fit, dans les années 1970, le modèle d'une vaste oeuvre photographique érotique, parfois pornographique, en tout cas extrêmement perverse. J’avais beaucoup aimé le film qu’elle-même avait réalisé en 2011 à partir de sa propre histoire, My little princess. J'en connais donc suffisamment sur leur histoire familiale pour n'avoir pas besoin qu'on me l'explique. Mais tous ceux qui ne l’ont pas vu avant de se plonger dans cette lecture risquent de se perdre au fil des pages.

Eva de Simon Liberati chez Stock, en librairie le 19 août

samedi 12 septembre 2015

Palmarès du 14 ème Festival Paysages de Cinéastes

La 14 ème édition du Festival Paysages de Cinéastes a mis à l'honneur le monde du polar. Le roman noir est en effet une large source d'inspiration.

La soirée d’ouverture en plein air dans le Parc de la maison de Chateaubriand (92) fut un succès malgré le risque météorologique. Nous sommes passés entre  les gouttes.

Le parc avait revêtu des habits de lumières comme le veut la tradition, permettant de redécouvrir les arbres et les façades sous un angle nouveau.
Des banderoles revendiquant en substance qu'écrire est un art avaient été disposées sur le chemin qui grimpe vers l'ancienne demeure de l'écrivain.
Un livre-bibliothèque y a été scellé cet été quand la médiathèque y animait des siestes-lecture.
En première partie de soirée nous avons assisté à la reconstitution du tournage d'une scène avec projecteurs, travelling et tout le matériel adéquat ....
Nous avons (re)découvert ensuite Chantage qui fut un des premiers films d'Alfred Hitchcock, sorti en 1929, montrant des personnages aux prises dans un conflit entre amour et devoir. Blackmail, tel est son titre en anglais, fut son dernier film muet. Très intéressant pour les cinéphiles, il a un peu désarçonné les festivaliers habitués aux avant-premières. La musique a été interprétée en direct par un trio pour le plus grand plaisir des oreilles mélomanes.
Marguerite, de Xavier Giannoli,  les comblera en soirée de clôture.
Le cinéma interroge par ses choix. Cette année encore Carline Diallo, la Déléguée générale du Festival, et directrice du cinéma le Rex de Chatenay-Malabry, a soumis une sélection ambitieuse, mais moins sombre que celle de l'an dernier.

Le premier long métrage en compétition était le Lendemain, réalisé par le jeune réalisateur suédois Magnus von Horn dont c'est le premier film. Il avait été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2015 et sortira dans les salles le 10 février 2016.
Lorsque John retourne chez son père après avoir purgé sa peine de prison, il aspire à prendre un nouveau départ. Mais son crime reste présent dans les mémoires des habitants de la commune et semble impardonnable. Son retour attise la colère de chacun et lentement s’installe une atmosphère pesante qui laisse présager un lynchage imminent. Se sentant abandonné par ses amis et ceux qu'il aime, John perd espoir et l’agressivité qui l’avait conduit en prison refait peu à peu surface. Devant l’impossibilité d’oublier son passé, il décide de l'affronter.
Il sera doublement couronné par le Prix du Jury et celui de la Photo. Le cadre est effectivement très pensé, métaphorique de ce qui s'est passé et du rappel à la loi. La caméra est d'abord très tenue à distance dans la première partie du film. Les scènes sont souvent dédoublées dans un miroir ou un rétroviseur. Les jeux de mise au point sont multiples. Le spectateur hésite de ce fait (et c'est sans doute intentionnel de la part du réalisateur) à éprouver de l'empathie pour le jeune homme. C'est un film puissant, dérangeant, remarquablement traité, qui interroge sur les conséquences d'un écart de conduite et sur la place de la femme dans la vie familiale.

Autre premier film, cette fois iranien, avec Nahid qui est un dilemme de femme.
Nahid, jeune divorcée, vit seule avec son fils de 10 ans dans une petite ville au bord de la mer Caspienne. Selon la tradition de son pays, la garde de l’enfant revient au père mais ce dernier a accepté de la céder à son ex-femme à condition qu'elle ne se remarie pas. La rencontre de Nahid avec un nouvel homme qui l'aime passionnément et veut l’épouser va bouleverser sa vie de femme et de mère.
Il est signé par une jeune iranienne, Ida Panahandeh, qui a réalisé des courts métrages et documentaires pendant dix ans pour la télévision.

Arsalan Amiri, qui est coauteur du scénario, a été comme elle élevé en l'absence de leurs pères et  ils nous avons assisté aux combats des mères pour se faire respecter en tant que femmes indépendantes dans la société iranienne traditionnelle. la réalisatrice a choisi l'automne pour raconter cette histoire. Les nuages et la grisaille en ville reflètent la nature profonde des personnages.

Sareh Bayat (Nahid) est une brillante actrice qui est connue pour son rôle dans Une Séparation d'Ashgar Farhadi. La direction d'acteur l'a poussée à se battre sans apparaitre comme une opprimée. Il faudra attendre février 2016 pour le voir en salles.

Le troisième film a provoqué les passions. On a détesté ou adoré. Pauline s'arrache est un documentaire d'Emilie Brisavoine sur sa soeur filmée pendant quatre ans, entre ses 15 et ses 19 ans.

la jeune femme a exprimé un "besoin viscéral" de filmer sa famille sans aucune idée de durée au départ, ni d'objectif particulier. Tout l'intérêt réside dans le travail de montage qui est remarquable et fait oublier qu'il s'agit d'un documentaire. A la centaine d’heures d’images tournées, Emilie Brisavoine a eu la bonne idée d’ajouter quelques séquences d’archives familiales qui agissent comme des ponctuations dans le montage final (qui ne respecte pas la chronologie) où les conflits et les disputes émaillent une cohabitation explosive, mais où la tendresse et la quête d'amour ont aussi la part belle.

Il faut dire que la famille d'Emilie est plus qu'atypique : Avant de rencontrer la mère d’Emilie et d’avoir avec elle trois enfants, le père de Pauline était attiré par les garçons et ne le cache pas. La mère d’Emilie et de Pauline est une ancienne reine de la nuit. Elle a huit ans de plus que son second mari et commence à souffrir de cette différence d’âge. Quant aux enfants, ils grandissent et se rebellent à tour de rôle, jusqu’à ce que la petite dernière, Pauline, envisage de "’arracher" à son tour du royaume…

On peut s'interroger sur la vertu thérapeutique du procédé, ou n'y voir qu'un objet de cinéma. C’est un conte de fée inscrit dans la réalité, avec une reine, deux rois et leurs héritiers. Il a fait sensation dans le le off du Festival de Cannes. Sa sortie en salle est programmée le 23 décembre 2015.

Fatima est une angoissée de la vie qui souffre de la différence visible entre sa génération et celle de ses filles.
Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont son moteur, sa fierté, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu'il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.
Réalisé par Philippe Faucon, un cinéaste né à Oujda, au Maroc, en 1958, ce film sortira bientôt en salle, le 7 octobre 2015 et je vous le recommande parce que beaucoup de mères peuvent se reconnaitre dans le décalage qui se creuse avec leurs enfants.

Fatima est séparée de son mari mais celui-ci fait ce qu'il peut pour la soutenir, dans le respect des traditions. La mère parle arabe, la fille répond en français. Elle doit entendre la logique d'échec qui est le credo de sa patronne, bien loin de la promesse d'ascenseur social de la gauche à son arrivée au pouvoir. Puis supporter l'acrimonie d'une de ses filles : t'es cave, une ânesse, une incapable.

Ce langage agressif et très contemporain est plus fréquent qu'on ne le croit, y compris dans les milieux franco-français. La mère va mener ce qu'elle appelle son intifada, aider sa fille à réussir ses études et à être libre. Je vous le recommande.

Vers l'autre rive, sortira le 30 septembre. Ce film japonais, qui a reçu le Prix de la mise en scène dans la sélection cannoise d'Un certain regard, a été réalisé par Kiyoshi Kurosawa. Nous avons été nombreux à estimer qu'il s'étire sur plus de deux heures assez déroutantes.
Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu'il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s'est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort.
Par contre, nous sommes tous tombés sous le charme d'un autre film japonais, An, signé par Naomi Kawase, écrivain et réalisatrice née en mai 1969 à Nara et qui s'est jusqu'à présent distinguée aussi bien pour ses fictions que pour ses documentaires autobiographiques.

Lui aussi présenté à Cannes dans le cadre d'Un Certain regard.

L'essentiel de l'action se déroule dans la petite échoppe de Sentaro, un vendeur de dorayakis, ces pâtisseries traditionnelles japonaise qui se composent de deux sortes de blinis fourrés de pâte de haricots rouges confits, qui s'appelle An. Tokue, une femme de 70 ans, va tenter de le  convaincre, de l’embaucher. Elle a le secret d’une pâte exquise et l'endroit ne désemplit plus...

On pense à Lunchbox, à tous ces films qui associent l'émotion gustative aux sentiments. En même temps que son merveilleux savoir-faire et ses sourires infinis, la vieille dame apporte une étrangeté physique qui, tout au contraire, met mal à l’aise : ses mains sont rougies, déformées. On apprendra qu'il s'agit de la lèpre.

Le sujet est difficile mais il est traité avec tant de douceur, de délicatesse et de grâce que ce film a fait l'unanimité. Il obtiendra le Prix du Jury et de la Photo, ex aequo avec le Lendemain. Et il aura aussi le Prix des Femmes et le Prix du Public. Vous pourrez le découvrir à partir du 27 janvier 2016.
Le week-end a aussi été l'occasion voir en avant-première Je suis à vous tout de suite, premier film de Baya Kasmi en tant que réalisatrice, présidente du jury du festival. Il a enthousiasmé la salle (critique à venir bientôt).

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