Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 19 mars 2016

Je suis allée au Mazarine Book Day

Le message avait été largement diffusé sous forme de question-réponse : vous êtes un jeune écrivain en mal d'éditeur, et votre inspiration est débordante ? Le Mazarine Book Day est LE rendez-vous à ne pas manquer !

C'est une toute nouvelle maison d’édition, Mazarine, récemment créée sous l'égide des éditions Fayard, qui lançait l'invitation sur la toile, proposant de venir le samedi 19 mars au restaurant l’Alcazar, 62 rue Mazarine à Paris, dès 13h30, pour rencontrer directement des éditeurs et des bloggeuses littéraires.

J'avais ce jour là une position on ne peut plus facile : je n'étais pas là pour écouter le pitch des candidats (et donc émettre un jugement). Je n'étais pas là non plus pour proposer un projet de roman (et donc courir le risque d'un avis négatif).

J'aurais pu arpenter cette après-midi les allées (un peu désertes cette année, en toute logique avec 15% de baisse de fréquentation) du Salon du Livre de Paris ... qui s'appelle autrement mais vous voyez ce que je veux dire. Sauf que je préfère aller là "où les choses se passent", et rendre compte de l'énergie qui anime l'équipe éditoriale de Mazarine est autrement plus palpitant que de faire la queue pour un autographe (quoique je n'ai jamais fait la queue pour en obtenir).

J'ai côtoyé les écrivains qui ne savent pas encore qu'ils seront les auteurs en vogue demain. Sans les stresser évidemment. L'éditeur recherche des auteurs jeunes, drôles et impertinents. J'en ai vu des jeunes, voire très jeunes (12 ans), des trentenaires et des sexagénaires, des hommes, même s'il y avait une majorité de femmes.

Il y en a même une jeune (je pense) drôle et impertinente qui est arrivée masquée, d'accord cependant pour être photographiée. J'en veux pour preuve son petit signe de main. Je respecterai son anonymat. Disons simplement que c'est une grande lectrice ... qui avait fait des achats au "fameux" Livre Paris. Elle présenta son projet via un Power Point, sans mot dire.
Une libraire était aussi à l'Alcazar avec des romans comme Hier encore c'était l'été de Julie de Lestrange qui, il y a quelques mois était encore totalement inconnue.
Plusieurs auteurs étaient là,  à commencer par Julie de Lestrange, ou encore Baptiste Beaulieu (pull bleu ciel), auteur de Alors voilà et Alors vous ne serez plus jamais triste, parus chez Fayard, pour le plaisir de se rencontrer et d'échanger avec les participants. Un vrai "salon du livre" en fait. Dans une ambiance studieuse et conviviale.

Le timing a été respecté. Les premiers arrivés reçurent les premiers tickets dès 13 h 40. Lors de cette occasion inédite, chacun disposait de deux fois cinq minutes pour pitcher son roman, devant une bloggeuse, et face à une éditrice. L'enjeu était de convaincre bien sûr pour avoir une chance d'être publié. L'ordre de passage était régulièrement mis à  jour sur paper-board.

Impossible de s'incruster. Les tables étaient équipées de sablier. Pas moyen non plus de reculer in extremis en prétextant l'absence de feuilles ou de stylo. Et pour lutter contre le stress, de drôles de petits bonbons logotypés Z comme Mazarine (presque) étaient disposés à portée de main.
Des boissons et quelques petits fours furent à disposition toute l'après-midi. Que celui qui prétendra avoir été mal accueilli lève la main !
Voici un cliché qui pourra figurer dans les annales : les bloggeuses dans les starking-blocks avant le premier entretien. De gauche à droite, Stephie (Mille et une Frasques), Nine (Ninehank), Caroline (L'irrégulière), Leiloona (BricaBook) et, en face, Charlotte (L'insatiable Charlotte). Une fois le top donné, ce fut quasiment non stop, à peine la possibilité d'une très brève pause-café.
Le balcon de l'Alcazar est l'endroit idéal pour ce genre de manifestation. Etre dans un patio, entouré de plantes vertes est très apaisant. Il me semble que cela a joué favorablement. On était loin de l'ambiance chargée d'angoisse des oraux d'entrée aux grandes écoles. Le sourire était sur toutes les lèvres mais la tension était palpable. Il illumine les photos.
 
On se soutient, comme ici Joëlle et Laura. Beaucoup sont arrivés sans avoir terminé d'écrire leur argument et ont profité de l'attente pour finaliser leur projet en espérant avoir suffisamment de temps avant que leur numéro soit appelé.
Pour achever de mettre en confiance ses futurs poulains, la maison Mazarine avait dépêché Carole Saudejaud pour donner des conseils à ceux qui se sentaient un peu faibles dans leur argumentation. Elle maitrise l'exercice à la perfection. La veille elle avait pitché 19 livres au marché du film sur la scène du Salon du livre. Ce sont sans doute plus de la moitié des candidats qui ont bénéficié de son écoute attentive, patiente et positive.
Extraits :
- Donc on y va. Je viens vous présenter une fiction inspirée de faits réels. Le roman pourrait se résumer en ces termes ... (...) et j'ai voulu emprunter les codes ... Voilà.- Alors, ils ont quel âge ?- Qui ?- Les personnages principaux ! (...)- Alors deux solutions, ou vous gardez votre pitch et à la fin ... ou ...- C'est super. Ça a l'air génial.
Un autre, inquiet, implore : Ça va aller ? Il est super votre texte, lui répond-on.

De quoi être dopé pour enchainer auprès des éditrices (Noëlle Meimaroglou, directrice éditoriale, Alexandrine Duhin ou Juliette Lambron, éditrices, ou encore Stéphanie Polack, directrice littéraire et auteure) après avoir déchaussé ses semelles de plomb. Les retours des candidats expriment le soulagement.
Nouveaux extraits :
- La blogeuse auprès de laquelle je suis passée m'a bien écoutée. Elle m'a posé des questions; je l'ai sentie intéressée. Je me sentais en confiance. J'ai laissé tout le manuscrit. C'est plus cool que de l'envoyer par la Poste et d'attendre 2 mois une réponse, même si on ne peut pas supposer qu'il n'y a pas de risque de refus.- Ils n'en choisiront qu'un en fin de journée ?- Non, il n'y a pas de quota.- Super, ça dépoussière.
A 16 heures la moitié des inscrits était passé. Un ralentissement se faisait sentir. La journée était loin d'être achevée cependant pour les jurés qui devaient encore se concerter pour confronter leurs opinions, souvent convergentes, ce qui est rassurant.
A ce stade l'enjeu était pour les participants de donner envie de lire. Et les éditrices sont reparties avec des manuscrits à juger cette fois sans autre défense que leurs mots. Les nouveaux auteurs seront choisis pour leur appartenance à l'air du temps. On attend avec impatience.
D'ici là on prend des notes sur le carnet à la couverture impertinente dessinée par Stéphanie Blake.

vendredi 18 mars 2016

Don Juan mis en scène par Anne Coutureau

Don Juan, personnage ultra connu, jusqu'à être passé dans le langage commun. C'est à Molière que l'on doit de le connaitre et on a tous en mémoire les tirades de ce provocateur : je me sens une âme à aimer toute la terre.

Et pourtant, s'il y a une pièce qu'il ne faut pas manquer ces jours ci c'est bien le Don Juan mis en scène par Anne Coutureau.

Des étudiants dans la salle n'ont pas perdu un mot du texte. Et je vous parie que vous en sortirez en cherchant à vérifier dans le texte original ce que elle a pu avoir le culot de changer. Rien pourtant.

Disons plutôt qu'elle aurait eu l'idée de génie d'ajouter, non pas des répliques, mais des cris et des halètements qui donnent une lecture particulière et permettent d'entendre ce qu'il y a de si moderne dans l'écriture de Molière.

Au début la salle est dans un noir absolu, comme jamais encore je ne l'avais vécu au théâtre. Dans notre dos des halètements installent un climat proche du cinéma d'horreur. Les souffles se déplacent. Ils proviennent maintenant du plateau où on devine une scène d'amour ... À moins qu'il ne s'agisse d'une scène de bagarre. Une faible pénombre nous permet de discerner trois hommes cagoulés qui s'en prennent violemment à un autre.  Un projecteur de cinéma éclaire ce qui semble devenir une scène de crime. Jusqu'à la mise à mort. Celle de Don Juan peut-être, prévenant le spectateur que justice sera rendue par les hommes si Dieu ne daigne pas s'en charger.

Lumière. Deux jeunes dialoguent avec le ton et le rythme qu'on a l'habitude d'entendre dans les banlieues, à la limite du slam. On pense à ces lycéens qui répètent une pièce de Marivaux dans le film l'Esquive d'Abdellatif Kechiche. On ressent l'intensité avec laquelle le public devient soudainement extrêmement attentif, et cette tension ne faiblira jamais.

Sganarelle car c'est bien lui, fait l'éloge du tabac. Des rayons lumineux peignent un décor imaginaire. (la scénographie est à la fois simple, originale et efficace). Tu ne sais pas encore quel homme est Don Juan. Petits rires dans la salle, et on ne pourra pas se retenir car Molière l'a sans doute voulu ainsi.

Arrive Don Juan. Qui affirme que tout le plaisir de l'amour est dans le changement. Le comédien s'empare avec talent du challenge d'interpréter l'extase. Je me sens un cœur à aimer toute la terre résonne avec vérité. Et que son valet tente de le raisonner, il oppose que c'est une affaire entre le ciel et lui. S'il était orthodoxe ce serait acceptable mais si on resitue la pièce dans le contexte de l'époque où le roi était aussi le chef de l'Eglise catholique on mesure combien ce que cette "petite" rébellion pouvait avoir de sacrilège. Quoi de plus logique alors que la pièce se termine avec la mort de Don Juan. Molière n'aurait pas pu écrire une autre fin même s'il nous permet d'éprouver une certaine compassion à son égard.
Excellente idée encore d'avoir choisi deux comédiens de couleur pour  interpréter Charlotte et Pierrot. Il ne faut rien manquer du jeu des comédiens. Sganarelle bouche bée en suivant le manège de Don Juan à la conquête de Charlotte, dont il observe les dents comme s'il s'apprêtait à acheter un cheval. Je vous aime Charlotte, et en tout bien tout honneur (ah méfiez vous mesdames de l'expression).
Don Juan ne croit en rien qui ne soit pas démontrable. Je crois que 2 et 2 sont 4. On dirait qu'il est cartésien. La foi de Sganarelle n'est pas stupide. Elle aussi obéit à un raisonnement, mais strictement inverse et il invoque l'origine du monde pour estimer en toute logique qu'il y a forcément une puissance divine, qui seule peut expliquer la création du monde : Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut, et si tout cela s’est bâti de lui-même ?

Le personnage est fascinant. Cet homme pense ce qu'il fait, cherche sa vérité, n'épouse pas les valeurs du système parce qu'il n'a pas peur du châtiment. Il est donc vraiment libre. On est interpelé par l'immense courage et la force que cela lui donne. Prêt tout pour défendre ses idées.

De manière somme toute comparable à l'ermite (un pauvre, qui dans la version de 1682 ressemble à un ermite et porte le nom de Francisque) qui refuse de jurer, même pour un louis d'or, préférant mourir de faim. Finalement il le lui donnera sans doute "pour l'amour de l'humanité" mais surtout parce qu'il admire sa rectitude.

Plusieurs fois on sent Don Juan prête à remettre en cause ses certitudes mais il s'en confesse à son valet : " j’ai une pente naturelle à me laisser aller à tout ce qui m’attire. Mon cœur est à toutes les belles, et c’est à elles à le prendre tour à tour, et à le garder tant qu’elles le pourront".

Dom Juan dilapide et défie ; en bafouant fidélité, honneur, respect, dévotion, il ébranle l’ordre social, religieux et familial. Mais où conduit cette liberté sans objet ? Quel écho cette revendication de souveraineté trouve-t-elle aujourd’hui ? En donnant pour  cadre à la pièce la société actuelle, Anne Coutureau reconsidère chaque personnage, interroge le métissage culturel, la place de la religion, de la famille et de l’éducation. Dom Juan a engagé un combat contre Dieu ; n’est-ce pas là le signe d’un désir de sens et d’absolu ?

Anne Coutureau abolit la distance entre plateau et salle. Elle nous entraîne dans le tombeau du Commandeur. On assiste à un match entre raison et foi. Elvire revient, comme une sainte. La scène devient église. L'ermite est le Christ. C'est intelligent ... et courageux.

Don Juan va mourir. Il ne reviendra pas sur ses propos. Il n'est aliéné qu'à une chose, à son désir, et ce désir est insatiable. Ce qu'il cherche est inaccessible. 
Don Juan fait l'apologie de l’hypocrisie : un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. (...) Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement, mais l’hypocrisie est un vice privilégié, qui de sa main ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine. (...) C’est ainsi qu’il faut profiter des faiblesses des hommes.

Sganarelle critique la cour et ses courtisans et annonce la fin : vous serez damnés à tous les diables.

La bande son est à la mesure de la mise en scène, servant parfaitement le ton qui est donné. Moderne, contemporaine, sans tomber dans l'artifice.
Comédienne et metteur en scène, formée à l’Ecole Claude Mathieu, Anne Coutureau est la directrice artistique de Théâtre vivant. En 2012, elle avait présenté au Théâtre de  la Tempête Naples millionnaire ! d'Eduardo de Filippo, pour lequel elle reçoit le Prix du Public du Meilleur Spectacle aux Beaumarchais 2012. Elle a interprété récemment le rôle de la Senora dans Andorra.

Don Juan de Molière mis en scène par Anne Coutureau
avec Birane Ba - Pierrot
Dominique Boissel - Don Louis
Johann Dionnet - Don Alonse
Pascal Guignard-Cordelier - Francisque
Florent Guyot - Dom Juan
Peggy Martineau - Done Elvire
Tigran Mekhitarian - Sganarelle
Aurélia Poirier - Mathurine
Kevin Rouxel - Don Carlos
Alison Valence - Charlotte

assisante à la mise en scène Elise Noiraud
son - musique Jean-Noël Yven
lumières Dominique Fortin
scénographie James Brandily
costumes Julia Allègre
production Théâtre vivant, avec l’aide à la production de la Drac Île-de-France et le soutien de la Fondation NAH, de l'Adami et de la Spedidam.

Du 17 mars au 17 avril 2016
au Théâtre de la Tempête - salle Serreau
Cartoucherie de Vincennes - Route du Camp de Manoeuvre- 75013 Paris
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de © Svend Andersen et sont des photos de répétition.

jeudi 17 mars 2016

Frères de Terroirs Tome 2

Rue de Sèvres a publié le second volet des carnets d'Yves Camdeborde et son complice Jacques Ferrandez. L'été s'achève. Nous voilà en automne et naturellement dans les vignes.

Yves Camdeborde y fait l'éloge des vins de soif, ces breuvages sans autre prétention que de rafraîchir le gosier et qu'il excelle à proposer dans ses restaurants. Mais il peut aussi révéler un coup de cœur pour le Jurançon.

Frères de terroirs met en avant comme le précédent opus, des producteurs qui ont l'amour de leur terroir, peut être un peu moins connus des amateurs du bon manger.

On découvre ainsi Pierre Carli, apiculteur à Patrimonio, une commune corse plus connue pour son vin AOC que pour son miel. L'apiculteur travaillait dans l'administration avant de se consacrer à l'élevage des abeilles. Bien sur il est tentant, et Yves Camdeborde ne s'en prive pas, de rappeler la mise en garde d'Einstein : si l'abeille venait à disparaître, dans les cinq ans ce serait la fin de l'humanité. Quant les ruches installées sur le continent enregistrent jusqu'à 80% de prêt, les siennes n'ont besoin d'être renouvelées qu'à 20 à 30%. La Corse semble préservée de la crainte de la disparition des abeilles.

Patrimonio, je viens de le souligner, est le nom d'un AOC et un des vignerons sur lesquels on met le projecteur est Antoine Marie Arena. Il a une formule que je trouve très juste : le futur c'est à nous de le créer, garder le passé et vivre avec son temps.
L'occasion est donnée au chef de raconter comment Jean-Christophe Piquet-Boisson l'a amené à changer la carte des vins de la Régalade, ouvert en 1991, en lui faisant connaître Marcel Lapierre, Grameron et tant d'autres vignerons dont le nom parle à ceux qui s'intéressent à cette nouvelle génération de vignerons, ceux qui ont su travailler en biodynamie.
Yves Camdeborde raconte aussi les conditions dans lesquelles il a créé ensuite l'Avant Comptoir, sans même faire la moindre étude de marche préalable. Il revient sur ses attaches béarnaises (même si sa mère est bretonne) et nous en sommes pas surpris de trouver parmi les recettes proposées, le boudin béarnais de Philippe Camdeborde rôti sous la cendre, pomme écrasée et vieux vinaigre de vin. Il continue de passer en revue toutes les spécialités béarnaises y compris jusqu'au tabac (p.112). Je n'aurais pas imaginé que le cigare pouvait être une production locale.
Dans ce second tome de Frères de Terroirs il est question de vignes, beaucoup, d'élevage, un peu, qu'il s'agisse de volailles, comme de bœuf (comme Yves est ravi de son achat d'une Blonde d'Aquitaine au Salon de l'agriculture !) que de porc ... Évidemment un Noir de Bigorre, et du jambon de Salies de Béarn.

Le pain est aussi à l'honneur à travers la figure de plusieurs boulangers. Jean Luc Poujauran le premier, suivi de près par Thierry Breton (que l'on avait déjà "vu" dans le premier tome) et Gérard Mulot. Chacun fournit une spécialité pour l'Avant Comptoir. Il y a aussi Jean Luc et Nathalie  Constantini, encore des béarnais, et Alex et Valérie Croquet.

Et puisqu'on parle de pain on peut par extension citer le café avec la prodigieuse aventure d'Hippolyte Courty de l'Arbre à café.
En évoquant le passé, le chef rend hommage à son mentor, Christian Constant, sous les ordres de qui il a débuté au Ritz en 1982, et pour lequel il a toujours un immense respect qui l'empêche de le tutoyer.

Le lecteur est  embarqué  aussi pour des pêches très spéciales, celle de l'anémone de mer. Et plus tard la récolte de l'huître de Belon à Riec-sur-Belon que Jacques Cadoret propose de préparer façon tartare (p.96). 
Nous sommes loin du terroir d'origine de Yves Camdeborde mais c'est bien cela son ouvrage, la mise en valeurs des terroirs, au pluriel.
Je ne connais pas le Béarn mais j'ai eu l'occasion d'apprécier les couchers de soleil à Riec-sur-Belon. C'est un spectacle qui est offert quasiment tous les jours.
Y aura-t-il un tome 3 ? On l'espère. Rien n'est encore annoncé même si la France n'a pas encore été entièrement sillonnée.

Frères de Terroirs, Tome 2 : Eté et Automne, de Jacques Ferrandez et Yves Camdeborde, Editions Rue de Sèvres, en librairie depuis le 21 octobre 2015.

mercredi 16 mars 2016

Le Dernier Jour du Jeûne de Simon Abkarian

Le Dernier Jour du Jeûne, écrit, mis en scène et interprété par Simon Abkarian a été créé en 2014 au Théâtre du Gymnase (Marseille) et le Théâtre des Amandiers de Nanterre l'a programmé dans la foulée.

C'est un spectacle étonnant. D'abord visuellement avec un décor qui se met en place suivant une élégante chorégraphie. La maison de Nouritsa et de Theos, tourne et vire autour de la boucherie de son voisin. A intervalle régulier on est transporté en bordure de mer, le long de la jetée ou au coeur d'un verger, au pied d'un pommier.

La musique évoque l'orient. Nous sommes dans un lieu indéfini, quelque part entre Marseille, le Liban et l’Italie. On pourrait y être si heureux !

Les caractères sont très affirmés, alors l'ambiance est vite explosive. Simon Abkarian dénonce la misanthropie et a ciselé pour les femmes des propos extrêmement modernes. On a envie de ralentir le rythme pour noter des paroles qui prennent une dimension philosophique :
Mon travail c'est ma prière, dit Nouritsa (Ariane Ascaride)
L'imaginaire est plus fort que le réel, dit Zela (Océane Mozas)
Je le cherche le travail, mais il est si bien caché, se défend Minas (David Ayala)
Prends cette claque comme un pense-bête. Ne fais pas à ta femme ce que ton père a fait à moi, préviendra Vava à son fils Aris.
Papa je te souhaite dans une vie prochaine de naitre femme se moque Elias
Tu dis ça comme si c'était une malédiction répond Théos (Simon Abkarian)
C'en est une affirme Vava (Judith Magre) qui aime la littérature jusqu'à l'adoration : mes arbres préférés ce sont des livres.

La diction est volontairement rapide (la pièce approche les trois heure sans entracte). C'est peut-être parfois un peu complexe à saisir. La pièce prend des airs de tragédie grecque. La dernière scène en particulier, quand Midas reconstitue une scène de viol est absolument bouleversante.

Juste avant la déclaration d’amour de Xénos à Zéla avait apporté une lumière dans une perspective un peu sombre. Et puis l'humour qui permet de supporter la condition humaine un peu difficile de ces familles arméniennes.

Le Dernier Jour du Jeûne oscille ainsi sans arrêt entre tragédie pure et comédie vaudevillesque, entre Euripide et Pagnol, sans doute parce que l'auteur s'est imprégné des cultures méditerranéennes pour l'écrire. Les personnages sont littéralement incarnés. A commencer par Ariane Ascaride, personnage principal d'Au fil d'Ariane jusqu'à Judith Magre, magnifique jouvencelle centenaire dont il faut saluer le jeu.

On pourra y voir un conte en pointant les dernières paroles, dites par Vava : Du ciel tombent trois pommes. La première pour celui qui a raconté. La deuxième pour celui qui a écouté. La troisième c'est un secret.

Simon Abkarian est né en France, fut enfant au Liban, adulte à Los Angeles, comédien chez Ariane ... Mnouchkine, la patronne du Théâtre du Soleil, Molière du meilleur comédien en 2001 avec Une bête sur la lune, artiste fétiche de Cédric Klapisch, colonel sarcastique Amanullah de Kaboul Kitchen, la série de Canal +, metteur en scène. Il sait tout faire sur les planches et au cinéma, mais il est surtout défenseur de l'Arménie.

Le Dernier Jour du Jeûne de et mis en scène par Simon Abkarian
Avec Simon Abkarian, Ariane Ascaride, David Ayala, Marie Fabre, Cyril Lecomte, Judith Magre, Océane Mozas, Clara Noël, Chloé Réjon, Igor Skreblin.
Décors de Noëlle Ginefri-Corbel
Du 15 au 20 Mars au Théâtre Firmin Gémier-La Piscine de Chatenay-Malabry (92)
Mardi, mercredi et vendredi à 20h
Jeudi à 19h30, samedi 18h30 et dimanche 16h
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de © Antoine Agoudjian

mardi 15 mars 2016

Pourquoi Tokyo ? le carnet de voyage d’Agathe Parmentier

Pourquoi Tokyo ? est une sorte de livre de survie. Un pense-bête (pas bête du tout) pour un lecteurchan (au Japon le suffixe chan est signe d'affection) tendance pour les nuls.

Après des études de droit et de politique à Paris, Agathe Parmentier s'est lancée dans la presse où elle est devenue rapidement chroniqueuse sous le nom d'Ismène de Beauvoir et a publié un document sur la génération Y, Contre-culture confiture (éditions FYP, 2013).

Agathe passe deux ans en Australie. Puis elle part vivre en 2014 au Japon, alterne entre les leçons de japonais et les castings pour faire de la figuration dans des publicités afin de pouvoir payer son loyer et en rapporte ce récit de voyage, Pourquoi Tokyo ?

On y apprend qu'il faut constituer une réserve de lessive anti-moisissures pour passer le cap de l'été chaud et humide sans que ses vêtements n'empestent. Il faut oser la comparaison entre le Japon et les Pyrénées-Orientales mais elle le fait, estimant que Tokyo en été serait équivalent à Prades.

Pour rester dans le domaine climatique, j'ai relevé les conseils sur la conduite à tenir en cas de typhon ou de désastre (p. 257) auquel la population s'entraine régulièrement. Vous pouvez vous doutez que la jeune femme aborde la situation avec humour. Il y a de bonnes idées à mettre en oeuvre comme le Cool Biz que l'on pourrait utilement copier : s'habiller légèrement l'été pour ne pas utiliser la climatisation à fond.

C'est un vademecum du gaijin autrement dit du parfait "étranger" qui ne s'extasiera pas devant les premiers washlets venus (p. 85) et qui pourra comme elle gagner sa vie comme figurant. Un métier que Pôle Emploi ne songerait pas à conseiller aux étrangers vivant en France.

Qui, s'il est tatoué, apprendra qu'il est de bon ton de cacher ses tatouages sur les plages. Nous ne partageons pas les mêmes codes de la beauté. Nous ne vivons pas non plus dans le même contexte de méfiance : on peut laisser son téléphone et son IPad sur la table d'un café le temps d'aller aux toilettes. Personne n'y touchera.

Et nous n'avons pas non plus les mêmes tabous ni ne sommes choqués par les mêmes comportements. Il est impoli de se moucher en public. Il faut renifler. Les love hôtels ont pignons sur rue mais si coiffer Sainte-Catherine est une fête en France, il ne fait pas bon devenir Kurisumasukëki, autrement dit avoir dépassé 25 ans sans être marié (p. 246).

Le livre d'Agathe Parmentier est un recensement de ses découvertes, et de ses désillusions, racontées toujours avec une certaine distance. Il ne doit pas être compris comme un guide touristique, pas davantage qu'un guide culinaire même si le sujet est largement traité. J'y ai appris que le daikon n'est rien d'autre qu'un radis blanc (utile à savoir pour une bloggeuse culinaire). Elle fait saliver quand elle nous parle  des oniguri et surtout des kakigori (p. 92), qui sont des sortes de sorbets.

Son nom ne figure pas dans les premières pages mais il finit par apparaitre (p. 173) : Amélie Nothomb est une référence incontournable. C'est une des premières européennes à avoir levé le voile sur les codes sociaux du Japon. Agathe va peu plus loin, sans prétendre être intégrée et il est probable qu'elle ne le sera jamais (p. 109) même si on devine qu'être français est plus souvent un avantage qu'un handicap.
Son livre s'achève sur un lexique qu'il ne faudrait pas zapper. On pourra aussi prolonger en retournant sur le blog qu'elle a tenu sur son expérience. Pourquoi Tokyo ? créé la surprise que l'on ait ou non le projet de nous y rendre. Et cela a commencé pour moi dès l'ouverture du livre, rempli d'une poussière étonnante ...
Pourquoi Tokyo ? le carnet de voyage d’Agathe Parmentier, Au Diable Vauvert, en librairie depuis le 11 février 2016

lundi 14 mars 2016

Festival 100% à La Villette du 25 mars au 10 avril 2016

L'arrivée de Didier Fusillier à la Présidence du Parc de la Villette fait bouger les lignes. Il a voulu un festival résolument nouveau, contemporain, et surtout pluridisciplinaire. Son équipe a démarré ce projet en octobre dernier pour aboutir à un 100% sur trois semaines, investissant 5 lieux avec 18 spectacles et mobilisant plus de 150 artistes.

Danse, théâtre, cirque, art contemporain… ce sera une déferlante de spectacles, hip-hop, rencontres, installations, performances… Je vais commencer par le volet Expo qui est placé sous le commissariat de Charles Carcopino.

Il rassemble 25 artistes qui composent un parcours, sans contours, d'installations et de performances qui s'étend sur l'axe nord-sud du parc de La Villette. On y découvrira, un peu à la manière d'un explorateur, des oeuvres d'artistes internationaux, et des univers de créateurs qui jouent avec les frontières du rationnel, et puis des installations de jeunes artistes formés dans les plus importants centres d'art européens comme Le Fresnoy et la Rijksakademie d'Amsterdam. Et surtout, le spectateur sera invité à interagir avec les oeuvres.

L'accès est gratuit ... mais pour celui qui sera muni d’un billet spectacle du festival, ce qui incitera le visiteur à découvrir une performance chorégraphique, une pièce de théâtre, un spectacle de cirque ... ou plusieurs.

J'ai regardé le programme et je vais vous dire l'essentiel de ce que vous pourrez voir dans la Grande halle, le WIP, et la Folie L5. Je commencerai par la Grande Halle avec Ada, une balle de plus de trois mètres de diamètre, équipée de fusains qui marquent chacun de ses frottements sur les murs.
© Karina Smigla-Bobinski "Ada" - photo DR
Karina Smigla-Bobinski est une artiste allemande très prolifique jamais venue en France. Elle a cherché à créer une œuvre entre performance participative et grande fresque collective qui fait allusion aux premiers programmes informatiques.
"Light Machine (Music)" 2015
© Xavier Veilhan / ADAGP, Paris, 2016 Courtesy Galerie Perrotin © Claire Dorn
Xavier Veilhan est un des artistes les plus confirmés de l'expo. Il propose un dispositif constituant un mur de mille vingt-quatre ampoules représentant chacune un pixel. Cette Light Machine recréé une forme de narration d'un film fantomatiques, à la limite de l’abstraction, dont la perception varie avec la distance entre le spectateur et l'image.
Un autre artiste trentenaire, français lui aussi, et qui sera exposé au printemps au MOMA, Neil Beloufa a bénéficié ici d'une carte blanche pour travailler des sculptures de fer à béton, sur un logiciel 3D. On ne voit que les lignes, une sorte de croquis dans l’espace mais lorsqu'on s'approche l'abstraction devient réalité.

Le festival déborde largement de la Grande Halle en utilisant pour la première fois le sous-sol du WIP, situé au Nord du Parc, vers la Porte de la Villette. Géo Wyeth est un musicien et artiste qui mêle performance, installation et vidéos. Il est en résidence à la Rikjsakademie d’Amsterdam. Il assurera une performance le soir du vernissage, (le 25 mars 2016) qui sera une surprise combinant installations plastiques et poèmes dans un environnement créé par ses soins.
Projet Eva est un collectif québécois alliant performance, spectacle vivant participatif et art numérique. Nous sommes les fils et les filles de l'électricité (NSFFDE) impliquera énormément le public, à travers une sorte de mini-spectacle grâce à un dispositif qui permet de projeter des images sur le visage des spectateurs et d’enregistrer leurs voix, et par conséquent de les manipuler.

A mi-chemin entre le WIP et la Grande Halle, se trouve un bâtiment rouge vif au bord du canal, la Folie 5. Clémence Seilles, une toute jeune palestinienne, autant à l'aise dans le design que la performance, investira et habitera le lieu pendant un week-end. Il deviendra le théâtre de performances et de concerts improvisés entre studio d'enregistrement et salon où le public sera invité à jouer des instruments, certains chinés, certains de sa conception. Des bandes originales de films y seront recrées.
Robbert Weide appartient à la Rikjsakademie d’Amsterdam qui rassemble des artistes incroyables. Il conçoit les dispositifs à partir d'objets du quotidien comme par exemple une  grosse fourrure qui se gonfle, un paillasson trempé dans un bain de neige carbonique. Il en résulte des situations étranges, grotesques et spectaculaires. Trois de ses oeuvres seront présentées dans une sorte de petit théâtre d'objets.

Comme je l'écrivais en début d'article, plusieurs spectacles sont proposés parallèlement et leur billet donne accès aux expositions.

Le Nouveau Cirque du Vietnam est un coup de coeur.  Les artistes sont déjà venus il y a quatre ans à la Villette présenter leur première création, Làng Tôi, qui témoignait du quotidien d’un paisible village vietnamien. Pour ce nouveau chapitre, O Lang Pho montre à quel point cette sérénité a été ébranlée par la mutation de la société à travers des numéros de jonglage, d'équilibre, de contorsions et des acrobaties en allant jusqu'au hip-hop.
Accompagné par cinq musiciens, le Nouveau Cirque du Vietnam continue sa variation autour du bambou, tout en développant un nouvel agrès pour le moins étonnant : des paniers que la compagnie a fabriqué elle-même.

Presque en parallèle des expos allez voir 100% Courts pour découvrir l'univers de chorégraphes entre cinq et vingt minutes pour découvrir des chorégraphes. Par exemple le Duo - abstract (alliance créative canado-suédoise entre Emmanuelle Lê Phan et Elon Höglund) qui en 20 minutes de danse hip-hop conceptuelle avec Tentacle Tribe, témoignent d'influences de créatures terrestres avec une approche contemporaine.
100% Théâtre sera lui aussi source d'étonnement. Avec par exemple Horror que l'on peut comprendre comme un hommage au fantastique. C'est une pièce sur les excès de l'amour, qui nous entraîne dans l’illusion et l’humour noir. Jakop Ahlbom met en scène la représentation de nos plus grandes peurs avec humour et poésie, dans un monde irréel, horrifiant en nous promettant que chacun pourra s'y retrouver.
FESTIVAL 100%
Du 25 mars au 10 avril 2016 / La Villette
Grande Halle / Wip : Folie L5
les mardis et vendredis de 18 heures à minuit
les mercredis, jeudis et samedis de 14 heures à minuit
les dimanches de 14 à 20 heures. Fermé le lundi.

Le Nouveau Cirque du Vietnam est un coup de coeur.  Ce sera du 29 mars au 17 avril 2016 (Du mardi au samedi à 20h sauf les samedis 2 et 9 avril à 19h. Dimanche à 16h)

100% Courts  Duo - abstract avec Tentacle Tribe. Du 31 mars au 2 avril 2016 à 20h30

100% Théâtre Horror. Du 30 mars au 3 avril 2016. Mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 19h. Dimanche à 18 h

dimanche 13 mars 2016

Benoit Dorémus en Tachycardie

Son patronyme le prédestinait à la musique. C'est vraiment le sien et la coïncidence devrait lui plaire. Benoit Dorémus entretient l'amour des mots comme un jardinier fait pousser ses salades. En tenant compte d'une météo intime.

Son dernier album En Tachycardie est un équilibre de sensibilité et plus je l’écoute plus je l’aime.

Je trouve à chaque fois de nouvelles références, bien que son univers lui soit particulier. Il m’évoque Grand Corps Malade, Dominique A, ou Bénabar dont il a le même art pour raconter le quotidien même si je sais que ses influences sont surtout puisées chez Eminen, Renaud, Souchon ou Cabrel. C’est en tout cas très abouti et tout à fait personnel.

Benoit Dorémus est jeune mais il a ce que on appelle du vécu, prouvant qu’on n’est pas obligé de chanter avec la voix rauque pour exprimer un mal de vivre. N'y cherchez pas le titre En Tachycardie, car même si le terme apparaît dans C'est bien pire sans (piste 7), ce n'est pas le titre d'un morceau :
Moi je suis du genre 
À m'avouer vaincu 
D'avoir tant vécu 
En tachycardie 

Le terme est néanmoins très adéquat. Il colle parfaitement à l'ambiance qui pulse d'un titre à l'autre. A l'écoute notre oreille est baignée dans une musicalité à la fois familière et personnelle. On y reconnaît une multitude d'évocations.

Certaines sont discrètes, comme la référence aux Beatles qui chantaient en 1968 : Hey Jude, don't make it bad, Take a sad song and make it better, Remember to let her into your heart ... Vous constaterez qu'il est déjà question de coeur. Plus loin Paul McCartney avait écrit Don't carry the world upon your shoulders, ce qui devient dans 20 milligrammes (piste 8) : J'porte le monde sur mes épaules, comme dans Hey Jude.

Que celui qui n'a jamais traversé une crise d'angoisse lui jette le premier cacheton. Son écriture est économe de mots, mais pas d'images comme en témoigne son Malaise vagal mental.

Brassens en pleine poire (piste 2) nous embarque dans le parc Georges Brassens, à deux pas de la porte de Vanves où habite le chanteur. Quant à son Putain de Georges qui revient en boucle il rappelle le juron de Renaud à propos d'un camion.

Benoit Dorémus excelle à jouer avec les sons et avec les mots. Il porte un regard lucide sur les artistes qu'il qualifie de Bêtes à chagrin (piste 3) autant capables de rendre une femme folle heureuse et triste (...) que de lui en faire voir de toutes les couleuvres.

Il va jusqu'à l'hommage, le plus caractéristique étant celui au Bagad de Lann-Bihoué d'Alain Souchon. Il aurait été facile de reprendre électroniquement tu la voyais pas comme ça ta vie mais les deux artistes ont fait bien mieux. Alain est venu en personne enregistrer chez le jeune homme qui n'en revenait pas d'une telle générosité.

Pourtant il devrait s'habituer. Car ce ne sont pas les parrains illustres qui lui ont fait défaut. Après Renaud et Maxime le Forestier (qui a composé la musique de Ton petit adultère - piste 12) ce furent Renan Luce, Alexis HK et Oldelaf et ce sont maintenant Souchon et Francis Cabrel qui ont accepté (ou se sont spontanément proposés) d'aider le jeune homme.

Francis joue du banjo sur Aïe ouille (piste 6) et chante avec lui en clin d’œil dans le dernier refrain de Dernièrement (acte V) - piste 5. Il lui lance Je crois qu’j’ai une petite chance en réponse aux inquiétudes de Benoit autour de ses défauts, de ses défaites.

L'album est teinté de mélancolie mais il baigne aussi dans une forme d'espoir. Le chanteur voit partout :
La femme de ma vie comme on dit 
Ou la femme de mes deux comme on veut 
Je la cherche depuis tout petit 
Et j'suis presque vieux 

Il la voit même sur le net à oilpé (à poil si vous avez besoin d'une traduction), ce qui prouve qu'il n'a pas peur des jeux de mots et de nous faire sourire par la même occasion. Chaque chanson est un vrai texte abordant un sujet sérieux sans jamais se prendre au sérieux. Ce n'est pas léger, non, mais les paroles prennent de la hauteur. Jamais superficiel, Benoit Dorémus tire les leçons de la vie sans en donner.

On pourrait analyser longtemps sa méthode. Il a muri mais il n'a pas changé. Il reste fidèle à ce qu'il chantait dans Jeunesse se passe :
Ce que j'écris ça r'garde que moi
J'aime trop les taches que ça laisse sur les doigts
Ce que je chante, que personne y touche
J'aime trop le goût que ça laisse dans la bouche
Les mots qui sortent et les mots qui rentrent
J'aime trop la douleur que ça laisse dans le ventre
Mon style, pour pas qu'on me le fauche
J'écris faux, je chante de la main gauche!

Reste à entendre comment il est en concert. L'épreuve de la scène est une autre affaire mais à l'écoute il est à la hauteur où respirent beaucoup d'autres chanteurs qui sont distingués par une Victoire de la Musique.

Il sera à Thou bout d'chant (Lyon) les 11 et 12 mars, aux Trois Baudets (Paris) les 23, 24 et 25 mars et puis à la Salle Jeanne d'Arc (St Etienne) le 23 mai 2016. Je vous invite donc expressément à voyager En Tachicardie.

En Tachycardie, par Benoît Dorémus (Déjà/BMG) depuis le 5 février 2016

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)