Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 26 mars 2012

Eclats de Pâques en Alsace du 31 mars au 23 avril


J’avais eu connaissance de l’information au Salon de l’agriculture qui, décidemment fut très intéressant cette année. La Région Alsace avait décidé de célébrer Pâques en organisant une série d’animations intitulées « Eclats de Pâques » et programmées du 31 mars au 23 avril sur tout le territoire.

L’Alsace gourmande est donc mobilisée autour d’une soixantaine de chefs de restaurants de la Fédération des Chefs de Cuisine-Restaurateurs (voir sur leur site la liste des participants) pour mettre à leur carte un plat spécial sous la houlette de Jacques Lorentz du tilleul de Mittelhausbergen. Il faudra consulter le site www.restaurateurs-alsace.fr pour choisir ce qui vous fera le plus envie.

C’est le début de la récolte de l’asperge blanche, grande spécialité de Hoerdt, qui est un des produits purificateurs que l’on devrait consommer à la sortie de l’hiver, comme la salade de pissenlit.

Mon conseil serait en tout cas de ne pas manquer la soupe aux 9 herbes du Jeudi Saint. Je vous la souhaite aussi excellente que celle que Daniel Zenner avait préparée au Salon de l’agriculture, avec le vert des poireaux, des épinards en branche, du céleri branche, du persil, de l’aneth, de la ciboulette, de l’oseille, de la sauge et du cerfeuil. Allongée de la seule crème label Rouge existant en France, une crème alsacienne …

Ce fin gourmet a publié un Dictionnaire de la gastronomie alsacienne qui est une mine de renseignements. L’agneau de Pâques y figure en bonne place sou le nom de Lammala. C’est un gâteau en pâte à biscuit, souvent parfumée au zeste de citron, représentant un agneau, cuit impérativement dans un moule en terre vernissée constitué de deux moitiés identiques tenues par une pince en métal.

Il n’oublie pas les Dampfnudles, ces petits pains à la vapeur appréciés des basrhinois, ni le Kaffeekuchen qui est le kougelhopf du pauvre connu lui dans le Nord de l’Alsace et qui ressemble au Lammala. Il reconnaît à la Lorraine la paternité, en 1661, de la madeleine que l’on doit à Madeleine Simonin, cuisinière de Paul de Gondi mais il ajoute qu’il existe une version paysanne, la büremadleenle.

La Fédération a par ailleurs édité un livret qui permet de voyager dans toute l’Alsace au fil de 142 recettes. On redécouvre plusieurs spécialités dont le nom est connu comme la choucroute (p.219), les Spätzle (ces pâtes alsaciennes p.199), le pâté en croute (p. 35), le foie gras, les rognons ou encore le Baeckeoffe (p.139) mais avec une version proposée ici à base de poisson ou enfin le Presskoft (p.29) lui aussi revisité avec un saumon.

Décorations d’œufs, ateliers de fabrication de Lämmele, moulages de chocolat … pour petits et grands, concerts, marchés, dégustations sont programmés tout au long de la quinzaine sur l’ensemble du territoire alsacien.

Dictionnaire de la gastronomie alsacienne de Daniel Zenner, I.D. l'Edition, 9 rue des artisans, 67210 Bernardswiller, 2009
Restaurants participants à l'opération sur le site www.restaurateurs-alsace.frProgramme détaillée d'Eclats de Pâques sur www.tourisme-alsace.com

dimanche 25 mars 2012

Autobiographies à l'Espace culturel Vuitton

L’espace culturel Vuitton nous avait donné à entendre avec Anicroches.

Il nous donne maintenant à lire. Intitulée Auto Biographies, en deux mots et au pluriel, l’exposition qui sera visible jusqu’au 20 mai 2012 est composée autour de trois axes.

Le premier, évident, concerne les généalogies, le second tout aussi attendu, offre des témoignages sous forme de récits ou de fictions. Enfin, plus décalés, des systèmes et des inventaires témoignent de leur enracinement dans la vie de leurs auteurs.

Ainsi, Sol LeWitt, né en 1927 aux États-Unis, a toujours eu pour habitude de présenter un travail très conceptuel. Il s’est rendu célèbre par ses œuvres minimalistes. Ce qui est montré ici n’est cette fois pas glacial. Bien que les clichés soient tous en noir et blanc. Fidèle à son goût pour les inventaires il avait décidé de photographier les objets du quotidien qui se trouvaient dans son atelier et son appartement new-yorkais. Ces objets «parlent d’eux-mêmes» instaurant donc une narration. Intitulée Autobiography, cette œuvre a fait l’objet d’un livre paru en 1980 et dont les pages sont reproduites sur le mur.

Dans la même pièce le calendrier d’On Kawara inventorie les jours où il a conçu ses «Date paintings». L’artiste s’était fixé pour règle de ne jamais consacrer plus de 24 heures à une seule toile. On remarque que certains jours il a même pu en faire deux.


Juste à coté, les aquarelles d’Yvan Salomone, né à Saint-Malo en 1957, composent de grandes taches de couleur. Ce passionné des zones portuaires les photographie sans relâche. Le travail qui nous est montré est autobiographique en ce sens qu’Yvan peint uniquement d’après ses clichés, dans son atelier, jamais in situ, dans un unique format de 138 sur 95 centimètres. Les toiles proviennent de sa collection particulière. Elles ont été choisies et agencées par l’artiste, par ordre chronologique de 1991 à 2011, à raison d’une par an. C’est lui qui anime aussi la vitrine de la rue Bassano avec 15 autres tableaux de la même taille.


Les artistes présents dans cette nouvelle exposition se sont tous inspirés de leur vie et de leurs expériences pour créer leurs œuvres, parfois de manière ponctuelle. Dans ce registre du récit on peut estimer que Jonas Mekas, né en 1922, est allé très loin en réalisant un journal intime filmé. La période 1964 -1966 devient une vidéo resserrée sur trois heures d’images tressautantes, semblant parfois projetées en accéléré, donnant un exemple très représentatif d’une vie transformée en œuvre.


Pensant qu’il n’y avait plus rien à inventer en peinture, Franz Erhard Walther, né en 1939 en Allemagne, a très tôt choisi de manipuler la toile. Il est connu pour avoir travaillé avec des objets en étoffe que les spectateurs étaient invités à manipuler.


Entre 2007 et 2009 il a passé deux années entières à écrire et dessiner un cycle de dessins, sous le titre de Poussière d’étoiles qu’il destinait à la publication. Elle se déroule sur 524 planches originales et il a accepté de prêter 186 d’entre elles qui sont ici accrochées en suivant un ordre chronologique.

Elles révèlent beaucoup de sa vie, ce qui n’est malheureusement accessible qu’aux personnes comprenant sa langue maternelle.
Si Mekas et Walther se situent dans une forme de réalité, Ryan Gander, né en 1976 à Chester, et Ernesto Sartori, né en 1982 en Italie, vivant dans la région de Nantes, sont dans la fiction. Le premier a rédigé des nécrologies anticipatrices qui ont été publiés dans la presse. Le second nous convie à partager un souvenir d’enfance où il est question d’une « rencontre de troisième type » qui fondera son avenir de plasticien. Posée sur le parquet on dirait un vaisseau ...

Des éléments déterminants ont pu avoir été vécus dans la jeunesse et déterminer une œuvre. C’est pour David B la maladie de son frère épileptique. C’est pour Frédéric Pajak la mort de son père. C’est pour Mélanie Delattre-Vogt, née en 1984 à Valenciennes, le passé familial.


Elle s’est inspirée visuellement de portraits de famille et de vieilles photos et psychiquement des entretiens qu’elle a menés avec ses grands-parents, polonais, immigrés dans les mines du Nord de la France, pour dessiner la série Jetsie (la vie en polonais) de fins traits doux, presque des caresses, qui prennent des allures d’aquarelles.


Le crayon de la jeune femme, élève d’Erik Verhagen, le commissaire de l’exposition, devient dur et acéré dans la série Zycie, sur son père, dessinateur industriel, à propos de laquelle elle ne peut pas parler si ce n’est pour dire qu’elle a travaillé à partir de ses souvenirs et de ses rêves. Le dessin semble parfois s’envoler, un peu à la manière dont Folon croquait ses personnages. Elle ajoute qu’elle a tenté de comprendre son père sans y parvenir, du moins pas encore. A tout point de vue le père semble donc s’échapper.

La famille de Fiona Tan, née de père chinois, de mère australienne, est éparpillée aux quatre coins du globe. Elle présente dans une pièce intime un film d’une heure qui s’apparente au documentaire ou à un travail d’enquête pour reconstituer sa généalogie. C’est une sorte de petit tour du monde faisant étape dans les cellules familiales, auprès et autour de ses aïeuls, focalisant à la fois sur les racines et sur les liens historiques socio culturels de l’époque.

Noëlle Pujol nous livre le long monologue polyphonique qu’est l’Histoire racontée par Jean Dougnac, filmé en plan fixe, au pied de son lit, et révélant en quarante minutes le secret de la naissance de l’artiste.

Frédéric Pajak, romancier et dessinateur, éditeur (les Cahiers dessinés), précurseur du style roman dessiné, demeure très marqué par le décès de son père très jeune et cherche à retisser le récit, dans un va et vient, nous faisant penser à Nietzsche qui lui aussi avait perdu son père dans son enfance. Il cite l’Affaire Tournesol qu'il avait reçue en cadeau une semaine avant que son frère ait un accident de voiture.

David B artiste français né en 1959, grande figure de la BD, occupe la coursive avec quelques planches de L’ascension du Haut Mal. L'ensemble compose 6 tomes dessinés entre 1996 et 2003, à l’encre de Chine sur papier, axés sur les scènes d’épilepsie de son frère ainé, 42 planches, plus les couvertures. Il semblerait que l'oeuvre ait porté ses fruits en terme d'effet cathartique.
Enfin la salle ronde fait office de bibliothèque en rassemblant des oeuvres autobiographiques de nombreux écrivains et artistes. J'ai retenu quelques livres :

  • Annie Ernaux, avec Ecrire la vie
  • Nathalie Sarraute, avec Enfance
  • Jean-Paul Sarthe, avec les Mots
  • Catherine Millet, avec Jour de souffrance
  • Persépolis de Marjane Satrapi
  • Ridiculum Vitae de Jean P Verheggen
  • Ecorces de Georges Didi-Huberman
  • David B, avec l’Ascension


AUTO BIOGRAPHIES jusqu'au 20 mai 2012 à l'Espace culturel Louis Vuitton, 60 rue de Bassano, 75008 Paris, 01 53 57 52 03
Entrée libre, du lundi au samedi de 12 à 19 heures, dimanche et jours fériés de 11 à 19 heures 

samedi 24 mars 2012

Savez-vous ce qu'est un Kitchen Lab ?


C’était en quelque sorte un mini Omnivore spécialement conçu pour des bloggeurs culinaires, sachant que les journalistes avaient été invités hier, histoire de ne pas les froisser car ces messieurs dames détestent qu’on mélange dans la même cuisine les torchons et les serviettes.

A lire le programme imaginé par Esprit des Sens, Conversationnel et Geekandfood on se disait que les organisateurs avaient eu les yeux plus gros que le ventre mais tout a fini par se caser dans le temps imparti, ou presque.

Je me suis aperçue après coup qu’une démonstration m’a échappé (autour du lait de coco Kara) mais à l’impossible nul n’est tenu, n’est-ce pas ?

L’intérêt de ces rencontres est multiple. Avoir l’occasion de revoir des bloggeurs avec qui on est en contact via Internet est toujours appréciable pour échanger nos points de vue et nos expériences. Un autre intérêt fut de gouter de nouvelles recettes de foie gras en terrine de la Comtesse du Barry.
Mais il est surtout intéressant de découvrir des produits que l’on ne connaît pas. Comme les appareils Cuisinart dont le blender chauffant ouvre des horizons très larges. Cette marque aurait inspiré Apple à ce qu’il parait pour son coté blanc, très épuré et ses petits plus produits. Par exemple le minipréparateur est plus qu’un hachoir. Ses lames tournent dans les deux sens ce qui permet de l’employer aussi bien pour monter une mayonnaise que pour moudre des amandes.


Charal est une entreprise qui fête ses 25 ans. Inventrice d'une petite révolution dans le domaine de l'emballage avec l'Hebdopack, conçu pour permettre d'acheter de la viande fraiche pour la semaine, procédé de mise sous vide entièrement naturel isolant la viande de la lumière et des contaminations extérieures. Ainsi conservée la viande garde qualités et gagne en tendreté.

Plusieurs cours de cuisine animés par Nathaly Nicolas d’Esprit cuisine avaient été programmés avec la viande Charal. Je ne pensais pas jusque là à employer une découpe de carpaccio pour la transformer en bouchées apéritives.

Outre sa gentillesse et sa convivialité Nathaly n’a perdu aucune occasion de partager ses connaissances. Elle emploie la « corne magique » pour décoller les tranches de viande sans les briser, ce qui assure des conditions d’hygiène satisfaisantes. Elle n’hésite pas à rappeler combien il est indispensable de se laver soigneusement les mains avant de manipuler de la viande crue.

Elle conseille de n’employer que l’oignon doux des Cévennes, gorgé en eau et en fructose, si on veut le manger cru. A défaut il vaudra mieux émincer finement un Roscoff que se rabattre sur un oignon rouge.
Elle nous apprend que le bassin de naissance de la carotte est l’Iran actuelle. Nées violettes avec un cœur orangé, elles y sont encore consommées sous cette forme dans ce pays. Ce sont les hollandais qui, par sélections successives au XVII° siècle, sont arrivés à la carotte longue et orange que nous connaissons.

Elle râpe très finement des légumes pour fourrer les tranches de viande. Aujourd’hui elle a mélangé les légumes et les couleurs (carotte, céleri, chou blanc et rouge, oignon) mais elle suggère de surprendre nos invités en associant de la carotte blanche et du chou blanc. Et d'avoir la main légère sur la mayonnaise de manière à ce que les bouchées ne suintent pas.

Tanoshi est une marque qui a conçu un kit brochettes sauce Yakitori. Il n’y a plus qu’à prévoir de la viande, et pourquoi pas le carpaccio Charal qui épousera à la perfection des petits dés d'emmental de 1cm environ.

Après en avoir enfilé 5 sur une brochette on enroulera deux tranches de viande. On fait mariner dans la sauce Yakitori pendant 25 minutes au frais. On fera ensuite griller le temps que le fromage commence à fondre. On servira arrosé du reste de marinade.
C'est délicieux ... même si on ne déguste plus les brochettes comme autrefois, du temps où on utilisait de la chair d'oiseau (d'où le nom de "yaki" grillé "tori" oiseau).

J’ignorais totalement l’existence de la moutarde de Reims Clovis que, depuis, j’emploie pour rehausser des légumes braisés après l’avoir détendue avec du fromage blanc. Je ne connaissais pas davantage le vinaigre de vin blanc de Reims, vieilli en fut de chêne.
J’ai compris la différence de saveur entre un jambon de Bayonne, un coeur d'Aoste, un Serrano et le fameux Pata Negra (obtenu avec des porcs noirs nourris exclusivement de glands) que l’on dit être le nec plus ultra en la matière. Un atelier de découpe nous donnait aussi de bonnes recommandations.

Les bouchées cuisinées devant nous furent un moment de plaisir très net.


J’ai redécouvert la célèbre pâte à tartiner Nutella que j’associais strictement à l’enfance. Stéphanie Le Quellec avait préparé une série de mini cheese cakes et de financiers qui furent unanimement appréciés. L'intérêt fut de tester par la même occasion la poudre d'amande Daco Bello dans les bouchées de Stéphanie.


Vous pourrez vous aussi tourner la cuillère dans le célèbre pot apprécié des enfants en vous inspirant des recettes, certaines classiques comme les crèmes, cookies, mousses, truffettes et gâteau marbré d'un très pratique petit livre édité par Marabout sur le sujet.


A moins que vous ne souhaitiez vous lancer dans plus surprenant comme le cake au panais (p.38) que je me promets de tenter aux prochaines vacances.

Autre surprise avec le Bubble Tea dont raffolent les américains, mais qui ne m’enthousiasma pas.  Et pourtant j'aime le tapioca, mais de taille plus raisonnable. Comme quoi tous les gouts sont dans la nature.

Il est probable qu'au cours d'une nouvelle édition nous ayons la chance de tester d'autres concepts comme celui des cookies en kit, encore assez confidentiels et dont la créatrice ne peut hélas pas fournir tous les points de vente qui pourraient la solliciter, même si elle parvient à livrer 400 kits en trois semaines, preuve de l'intérêt sa formule. Si elle ne possède pas sa propre boutique elle dispose d'un réseau d'une dizaine de points de vente parisiens. Elle a le projet de s'implanter rapidement en banlieue Sud et en province où Bordeaux devrait être la première ville servie. Il faut donc suivre le site (voir fin de billet) pour espérer bientôt ouvrir ses jolis bocaux.
Soyons Food avait composé une vitrine d’objets de décoration et de petits appareils astucieux comme ce couteau à découper une aorange qui a une allure d’escargot ou une cuillère à kiwi.

Nicolas Villion a fait bénéficier quelques-uns d’entre nous de ses astuces pour retravailler les photos au cours d’un atelier qui mériterait bien qu’on y consacre plusieurs heures. Pour moi qui ai, depuis, changé d'ordinateur et donc de logiciels, les conseils se sont évaporés comme neige au soleil, mais j'en retiens qu'il y a des progrès à faire.

Enfin la journée s’est achevée sur un débat sur les nouvelles Strartup dans le domaine de la cuisine, WeCookFood Reporter et Restolib. Les collaborations sont tentantes, mais où prendre le temps de tout faire ... et de continuer tout de même à faire la tambouille un petit peu.

Alain Cirelli (photographié à coté de Stéphanie, du blog les délices de Fany) a été présent tout au long de cette journée dont il fut le parrain toujours souriant. Son espace de cuisine et d'exposition, le Purgatoire, est décidément un lieu fort agréable qui ne fait pas "que" accueillir des expositions. On pouvait d'ailleurs encore voir sur les murs les traces de celle, consacrée à Antoine Desailly, que j'avais visitée le 17 février dernier.

Chef Damien, le grand patron du Salon du blog culinaire fut également présent parmi nous qui n'attendons que semblable occasion pour recommencer l'aventure.

Le Purgatoire - 54 Paradis, 54 rue de Paradis, 75010 Paris, est ouvert au public les lundis, mardis et mercredis de 14 à 19 heures. L'entrée est libre
Sandra Mahut, Nutella, les 30 recettes culte, collection les tout-petits, Marabout, janvier 2012
Site d'Esprit Cuisine 01 43 57 12 31 ou 06 07 33 39 32
Le site www.monkitcookies.com rubrique "points de vente" est régulièrement mis à jour.

vendredi 23 mars 2012

Nichons là, par Rémi Luchez et Olivier Debelhoir à l'Espace Cirque d'Antony (92)

S’il ne fallait retenir qu’un seul mot de la soirée ce serait « Profite », qu’il faudrait dire sur tous les tons, un peu comme la tirade des nez de Cyrano de Bergerac.

Rémi Luchez et Olivier Debelhoir avaient envie depuis longtemps de travailler ensemble, ce qui n’était pas si simple puisqu’ils ont l’habitude de se produire chacun de leur coté, et seul en scène. Le premier a pour spécialité de porter des objets en équilibre. Le second se déplace en équilibre sur un fil. Enfin, çà c’était avant.

Pour cette création ils ont choisi de faire simple, sans décor ni effets de lumières, ni bande son. Avec juste une guitare, quelques objets et le regard des spectateurs qu’ils manipulent en tirant sur la corde, risquant presque la rupture.

Leur spectacle est d’apparence facile mais il faut une grande maitrise pour jouer à faire semblant comme eux. Quand ils pénètrent sur la piste celle –ci se transforme aussitôt en arène. Le brouhaha est stoppé net. Un regard suffit. Le combat peut commencer.


Car c’est de cela qu’il s’agit au fond. D’un défi permanent, toujours relevé. Ils se sont manifestement creusé les méninges pour s’épater l’un l’autre, et nous avec. On pourrait croire qu’ils improvisent, comme deux gamins qui jouent à qui est le plus fort dans une Amérique imaginaire. Comme deux copains qui se font des farces. Comme des ennemis jurés qui veulent la peau de l’autre. Prêts à cavaler comme pas deux.
Il y en a un qui commence. L’autre embraye, un cran au-dessus. Cà a l’air facile. C’est périlleux. Profite ! Je voudrais t’y voir … Talk a walk on the wild side … la chanson de Lou Reed exécutée à voix feutrée dit bien les choses. La pente peut être mauvaise et si le public qui fredonne tam-ta-tam n’y voit que du feu cela n’écarte pas le danger.

Tant que j'y suis je vous conseillerais aussi de "profiter" aussi de la cuisine d'Alexandre qui prépare de bons petits plats dans un drôle de bus tout rouge garé en bordure du chapiteau et qui mérite bien son nom d'Alexcellent.

Nichons là de et avec Rémi Luchez et Olivier Debelhoir
Du 23 mars au 15 avril 2012 à l'Espace Cirque d'Antony (92)
vendredi samedi 20:00 dimanche 16:00 mercredi, 15:00 dimanche 25 mars, 17:30 mercredi 11 avr 19:00 relache les lundi , mardi , jeudi et le 4 avril

jeudi 22 mars 2012

Barilla se lance dans les plats cuisinés

Les marques communiquent de plus en plus avec les bloggeurs qui échangent sur le sujet par facebook interposé. S’il est légitime d’informer les lecteurs lorsque les articles sont rétribués (c’est parfois le cas et le sujet peut faire débat car quelle liberté de pensée peut-on avoir dans ce contexte ?) est-il aussi nécessaire de les prévenir qu’on a été invité spécialement à découvrir tel ou tel produit ?

Certaines situations ne sont pas équivoques. Lorsqu’on indique qu’on a gouté quelque chose dans le cadre d’un Festival ou d’un Salon il ne fait pas de doute que la rencontre a été organisée. En général on ne parle d’ailleurs que de ce qui nous a plu et que l’on estime « mériter » quelques lignes.

C’est différent lorsqu’on accepte une invitation particulière. Vous me direz que là encore on pourrait conserver notre neutralité et notre objectivité mais cela me semble difficile de dénigrer un produit quand on a été très bien reçu. Inversement il est gênant d’être dithyrambique quand il s’agit d’un produit industriel mis sur le marché par une entreprise qui dispose d’un vrai service de communication alors qu’on serait plus « utile » à défendre un artisan qui fait bien son travail malgré des conditions d’exploitation difficiles.

Pour le moment j’arrive encore à faire la part des choses : être à l’affut de nouveautés sans succomber devant les sirènes. C’est ainsi que j’ai retrouvé d’autres bloggeurs (à force on se connait) dans un petit restaurant italien, 34 rue des Saints-Pères, dans le 7 ème arrondissement de Paris, réputé pour son tiramisu (ce n’est pas le sujet mais je vous le recommande) pour un apéritif dinatoire organisé par Barilla.

Après deux années de recherche et développement la marque italienne a réussi à imaginer un dispositif qui permette de déguster des pâtes parfaitement al dente avec une sauce gouteuse. Une fois révélé le principe est simple et comme il est déposé je peux bien vous l’expliquer.

Les pâtes sont pré-cuites et la sauce est contenue dans un des deux compartiments de la barquette. Le tout se réchauffe en même temps au micro-onde 90 secondes chrono. Et le fin du fin c’est que ce compartiment de sauce étant détachable il n’y a plus qu’à en verser le contenu sur les pâtes chaudes. Finies les pâtes molles d’avoir baigné dans la sauce !

Deux autres avantages sont appréciables : i n’y a pas de conservateur ajouté parce que le processus consiste en une stérilisation. Et le tout est conservable à température ambiante une douzaine de mois. C’est tout de même plus agréable de stocker ces boites dans un placard que d’encombrer un congélateur. Elles seront aussi facilement transportables pour déjeuner sur son lieu de travail pour un prix raisonnable (2,99 euros conseillé).

Quatre recettes ont été élaborées et nous aurions bien entendu pu les gouter toutes … sauf que la conscience (professionnelle) a ses limites. J’ai commencé par quelques bouchées de Fusilli Alle Verdure qui sont des fusilli aux légumes.
Les pâtes n’ont pas un aspect très encourageant ; elles sont amalgamées. Mais la sauce embaume, incitant à la verser, soit pour partie, soit totalement, selon qu’on les aime avec un peu ou beaucoup d’accompagnement. Il suffit de remuer à la fourchette et l’ensemble devient illico appétissant.

L’épreuve du test est positive pour tout le monde. Plaisir, praticité et qualité sont bien au rendez-vous. Par pure gourmandise, je peux maintenant me régaler avec la recette que je trouve la plus originale par rapport à ce que je cuisine habituellement : les Penne All’Arrabbiata, traditionnelles en Calabre, où la sauce tomate est véritablement relevée par la puissance du piment rouge.

Il y a aussi une proposition sauce tomate et basilic sur des Penne et le grand classique italien que sont les Maccheroni Alla Bolognese. C’est peut-être sur cette barquette que les puristes attendront le chef concepteur au tournant. Je les laisse se prononcer sans les influencer davantage.

mercredi 21 mars 2012

Le millième

Vous avez bien lu. Ce n'est pas 100 mais 1000 articles qui ont été publiés depuis un tout petit peu plus de 4 ans.

1000 billets, plus de 5700 photos, c'était inimaginable quand j'ai commencé. Et je me demande certains jours si l'aventure aura une fin, surtout quand je rencontre des problèmes de connexion, d'ordinateur... de photos trop lourdes à télécharger. Il faut parfois beaucoup de détermination pour boucler un billet.

Je ne sais pas s'il faut écrire une chronique mémorable. Je me vis un peu dans la peau de quelqu'un à qui on décernerait une médaille d'honneur. Alors je dirais banalement merci d'abord à vous, lecteurs, sans qui tout cela n'aurait aucun sens.

Merci pour votre attention, pour les mails que je reçois sur ma boite personnelle, parce qu'avec le temps nous avons fini par faire connaissance ... dans un théâtre, dans une bibliothèque, dans un cinéma, sur un Salon professionnel ...

Je m'adresse aussi bien à vous qui me communiquez l'information, qui êtes le sujet dont je parle, qu'à vous qui me lisez. Parfois vous êtes les deux.

Une fois n'est pas coutume, je vais inclure dans cet article un bref portrait enregistré par confidentielles.com à l'occasion du Salon du blog culinaire de Soissons.

Interview de Marie-Claire - A bride abattue par confidentielles

mardi 20 mars 2012

L’Eveil du Printemps de Wedekind, « revu et corrigé » par Omar Porras continue sur sa lancée et jusqu’au Japon

On peut aller voir un spectacle parce que l’auteur ou le thème intéresse. On peut aussi s’y rendre parce qu’on apprécie la personnalité du metteur en scène. Omar Porras est de ceux là et le travail qu’il a fait autour de l’Eveil du Printemps est formidable.

Je n’avais pas dit la même chose de sa version des Fourberies de Scapin. Peut-être parce que j’avais mal supporté qu’il secoue l’œuvre de Molière.

J’ai vu le spectacle fin janvier au Théâtre 71 de Malakoff (92) alors que je savais que les circonstances ne me permettraient pas d’écrire très vite. Je me suis réservée pour coïncider avec le changement de saison même si ce n’est pas le sujet. Ce qui est là en jeu c’est l’éclosion du désir chez l’adolescent qui métaphoriquement est associée au printemps.

L’originalité de la démarche du Teatro Malandro consiste à nous embarquer dans un univers fantastique où rien n’est bien qui finit mal. Il n’est pas nécessaire de gratter profond pour s’apercevoir que le monde des adultes n’est pas un terreau favorable à l’épanouissement de la jeunesse.

A cet égard la scénographie d’Amélie Kiritzé-Topor est remarquable, situant la pièce dans un espace qui n’est ni tout à fait un intérieur, ni complètement un extérieur, où les murs de l’école et de la maison sont cassés. La présence de la terre est loin d’être accessoire.

Cela commence comme un ralenti gentillet. Des étudiants, voire même peut-être encore des collégiens, sortent de l’école le cœur léger et les gambettes à l’air. Les pantalons sont courts et les robes aussi, quoiqu’en dise une bigote de mère invoquant le ciel et provoquant l’excuse naïve de Wendla : à mon âge (14 ans) on n’a pas froid aux jambes.

Ni aux yeux aurait-on envie d’ajouter. Sauf que la mère s’offusque sans protéger sa fille. Si bien que la scène où la jeune fille chante Prom’nons-nous dans les bois dans une lumière crépusculaire est assez prémonitoire de ce qui va arriver à ce petit chaperon blanc quand elle aura cueilli son bouquet d’aspérules.

Pourquoi sommes-nous au monde ? les garçons ont leur réponse : pour passer des examens … et être recalés. Un jeu étrange qu’on nous joue là. Les filles ne sont pas plus en veine. Martha est battue tous les soirs et la terre n’amortit pas tous les coups.

Les trouvailles de mises en scène sont très parlantes, en bordure d’un surréalisme quasi magique. La scène de la révélation du mystère de la vie avec fouet et chantilly est un morceau d’anthologie. Les évocations sont extrêmement intelligentes, qu’il s’agisse de Boticelli ou de Barbe bleue, du doublage d’un film muet, ou d’une paire de monstrueuses aiguilles à tricoter. Difficile d’entendre les paroles de la chanson de Lou Reed She’s a killer on the road comme une balade.

Pauvres enfants qui sont face à des parents qui confondent une grossesse avec l’hydropisie, imputent la mort de leur fille à une anémie alors qu’elle est consécutive à un avortement et pour qui le suicide est une offense à l’ordre moral.

On pourra nous diffuser toutes les chansons douces du monde. Rien ne devrait endormir la conscience et affaiblir le doute. Comme le dit si justement Omar Porras, il y a un enfant perdu en nous qui ne cesse d’inquiéter. Créé en 1906, l’Eveil du Printemps conserve toute sa portée et continue d’explorer des thèmes plus qu’actuels.
L'Eveil du printemps de Frank Wedekind, traduction et adaptation de Marco Sabbatini, mise en scène Omar Porras, assistant à la mise en scène Jean-Baptiste Arnalcomposition et direction musicale Luis Naon, assisté de Alessandro Ratociavec Sophie Botte, Olivia Dalric, Peggy Dias, Alexandre Etheve, Adrien Gygax, Paul Jeanson, Jeanne Pasquier, François Praud et Anna-Lena Strasse. Scénographie Amélie Kiritzé-Topor, accessoires Laurent Boulanger.

Après avoir été joué du 11 au 28 janvier 2012 à Malakoff, l’Eveil du printemps sera donné à l’Espace Malraux de Chambéry les 21 et 22 mars, au Théâtre de l’Olivier d’Istres le 6 avril, au CNCDC de Châteauvallon du 12 au 14 avril et à Shizuoka (Japon) en juillet.

lundi 19 mars 2012

Mon Top Chef avec Seb et la Bourgogne


(mise à jour 2 février 2013)

J’ai été invitée la veille de la clôture du Salon de l’agriculture à un FoodCamp, c’est-à-dire une sorte de débat participatif entre bloggeurs et développeurs sur diverses questions que l’on traite en fonction des personnes présentes.

Il n’y a pas d’ordre du jour. Les discussions sont en quelque sorte improvisées sur l’instant et c’est une partie de l’intérêt de ces rencontres. J’ai intégré un groupe qui a échangé sur les réticences de certains restaurateurs à ce que des clients prennent des plats en photos pour les publier sur leurs blogs ou leur page facebook, estimant être trahi par un visuel insuffisamment contrôlé, ou même arguant du risque de copie par un concurrent indélicat.

Le sujet a vite glissé sur une interrogation à propos des droits d’auteurs, de la photo ou de la recette. Un autre thème tournait autour des différenciations entre journaliste et bloggeur. Il y eut aussi ensuite un petit reportage sur des producteurs sous forme de photos avec des ardoises.

Toutes les photos sont publiées sur la page facebook de la manifestation et certaines sont vraiment humoristiques. Vous les retrouvez aussi toutes ici et j'ajoute le cliché que j'ai pris. J’avais choisi de mettre à l’honneur une femme, artisan en Lorraine, dont j’avais déjà parlé sur le blog en février 2011.

La journée s’est achevée par un challenge culinaire sur le stand de la Bourgogne. Les candidats étant nombreux seuls 10 d’entre eux ont été tirés au sort. J’ai passé ce premier barrage et ai été désignée pour faire équipe avec Hanta, une jeune femme passionnée avec qui je partage la passion des épices.

Le défi était de réaliser un plat gouteux avec des ingrédients qui nous étaient imposés et un appareil dont j’ignorais jusque là l’existence, l’ActiFry de SEB. Inventée pourtant en 2007 cette machine se veut révolutionnaire pour faire des frites croustillantes à 3% de matières grasses seulement. Elle apporte une solution polyvalente pour concilier nutrition et gourmandise au quotidien.

Le meilleur duo d’assiettes en terme de respect des consignes, de présentation et surtout de goût permettait aux deux personnes de remporter ledit appareil. Mon association avec Hanta, spécialiste de la cuisine de Madagascar fut gagnante et je salive d’avance à l’idée que je vais pouvoir faire des frites maison avec juste une cuillerée d’huile.

L’intérêt de cette machine est de dorer et de mijoter en même temps et sans attacher. Mais ce soir-là je m'étais trouvée un peu comme une poule découvrant un couteau, n’ayant alors aucune idée de la manière dont on pouvait l’utiliser, et bien entendu sans mode d’emploi à disposition.

La plupart des candidats avaient choisi une viande blanche. J’ai opté pour le bœuf. Surtout parce qu’il me faisait envie. J’ai revisité le Strogonoff en mettant une touche bourguignonne. Hanta a préparé une sublime association exotique. Est-ce la conjugaison de nos talents, les qualités de l’appareil (avec lequel nous avons donc réalisé dans l’heure impartie deux recettes différentes complètes, cuites parallèlement je ne me souviens plus comment d’ailleurs), les caractéristiques des viandes … toujours est-il que nous avons remporté le premier prix, recevant chacune un Acti-fry.

C’était un peu notre Top Chef. On se bougeait les fesses, comme disent les candidats. Çà partait en live, on s’affolait, pas question d’oublier d’assaisonner … sans chercher la fleur de sel parce que coté équipement c’était quasi camping. Avec un minuscule plan de travail et des assiettes de présentation en plastique … Nous avons travaillé en binôme tout en respectant nos individualités. Mon seul regret est que le temps ait passé comme une lettre à la poste et j’aimerais recuisiner avec Hanta dans des circonstances moins stressantes. J’ai appris depuis que le bœuf était de la viande Charal. Il était fondant, parfaitement cuit, selon le jury, que l'on voyait manifestement se régaler. Je mettrai le lien vers les recettes quand elles seront en ligne sur le site de la marque. Et c'est grâce à Stéphanie (que je remercie) que je peux glisser deux photos souvenir.Ce samedi là au Salon, je fus surprise et ravie à la fois. Aujourd’hui j’ai fait connaissance avec la machine dans l’intimité de ma cuisine, étonnée encore plus de déballer la dernière version « 2 en 1 » plus sophistiquée.
Je ne vais pas me risquer à refaire aussi original que pour le concours. La première étape va consister à apprivoiser la machine. C’est déroutant de programmer les temps de cuisson en rétro-planning, à la minute près alors que je ne surveille jamais la pendule. C’est un vrai changement d’habitude de peser les légumes alors que je cuisine au jugé. Imaginez aussi qu’on sale désormais avec le dos de la cuillère !
J’ai donc choisi une recette ultra classique, entrecôtes et frites, mais pommes de terre maison bien sûr. Je ne suis pas habituée non plus à ne pas « touiller » et à laisser l’engin bosser sans intervenir. J’ai du mal à me retenir de prendre la spatule de bois pour mélanger un peu. Les techniciens ont été malins de concevoir un couvercle transparent qui permet de se rassurer en jetant un œil de temps en temps pour s’assurer que, non, cela ne brûle pas.

Épreuve réussie. J’étais sceptique à la promesse de faire plus d’un kilo de frites avec une seule cuillère d’huile. Ce n’est pas un mensonge. Et à celle de cuire une entrecôte ni trop ni pas assez et sans la retourner. Mystère ou miracle technologique ? Je n’ai qu’une envie, essayer d’autres voies, des pâtes, des ragoûts, des desserts… Je sens qu’il va y avoir bientôt des surprises !
*
*   *

Je tiens à exprimer ma plus profonde désapprobation à la façon dont la marque SEB a pillé des blogs culinaires pour constituer le répertoire de recettes de la tablette Foodle qu'elle commercialise à presque 200 €, sans solliciter le moins du monde d'autorisation et sans même citer ses sources au mépris de la plus élémentaire déontologie. Cette opération a été découverte fin janvier 2013.

En conséquence je n'écrirai plus d'article à propos d'un produit commercialisé par cette marque.

dimanche 18 mars 2012

Bilan sur le Salon du Livre 2012

Le livre a tenu Salon de nouveau cette année du vendredi 16 mars au lundi 19 mars à la Porte de Versailles.

Après la Scandinavie c’était cette fois Moscou la ville invitée et les lettres japonaises qui furent à l’honneur. Elles inspirèrent la très belle affiche de la manifestation, un oiseau s’envolant d’un livre ouvert.

Sans atteindre un nombre de visiteurs égal à celui que draine le Salon de l’agriculture malgré des résultats en progression, c’est tout de même un rendez-vous apprécié des lecteurs comme des auteurs. Il suffit de se glisser dans une file de dédicace pour mesurer la qualité des échanges entre les uns et les autres. Des lecteurs qui sont accueillis comme des amis la plupart du temps, surtout quand ils n’en sont pas à leur premier entretien avec l’écrivain dont ils lisent tous les romans.

Le Salon a commencé la veille de l’ouverture officielle avec la soirée d’inauguration. Les stands étaient bondés. De redoutables pique-assiettes parvenaient à se faufiler malgré la vigilance des services d’ordre. A partir de 22 heures des verres étaient abandonnés sans remords ici ou là, comme si leurs utilisateurs, pris de panique avaient du quitter le pavillon précipitamment. Mais la plus grande originalité c’est de se croire au-dessus des lois si j’en juge par le nombre de fumeurs qui clopaient à tire-larigot dans les allées sans aucun état d’âme. Nous n’avons plus l’habitude d’assister à de telles addictions.

La signalétique a progressé depuis la précédente édition et il était plus aisé de se repérer même si la foule était tellement compacte qu’il n’était pas commode de se déplacer. Je ne suis pas particulièrement friande de scoops. Je peux tout de même vous dire que le nouveau roman de Delphine Bertholon, Grâce, paraitra lui aussi chez Lattès, et sera en librairie en mai. Qu’il faudra attendre septembre pour le nouveau Winckler chez P.O.L. Mais que le dernier (et inédit) Pascal Garnier, Cartons, est déjà chez Zulma. Les éditions La Branche poursuivent la collection Vendredi 13 avec de nouveaux titres aussi prometteurs que les premiers. Le challenge est d'arriver à 13 romans, par 13 écrivains différents. Le chien de Don Quichotte de Pia Petersen est un des nouveautés.

C’est chez Grasset que Claire Castillon a publié son dernier roman, Les Merveilles, dont l’écriture a été déclenchée par la mort de son chien. Les Bulles, paru chez Fayard avaient fait l’objet d’une chronique en septembre 2010. Ce n’est pas une trahison : c’est la même tête pensante qui anime les deux maisons.

On reconnait avec philosophie chez Buchet-Chastel que Fabienne Jacob puisse passer chez Plon. Véronique Ovaldé publiera, elle, au Point. Milena Agus sort une nouveauté, chez Liana Lévi bien sur. Et, ce n'est pas un secret, le projet d’adaptation cinématographique de Nicole Garcia de Mal de pierres, son best-seller, demeure toujours d’actualité.Vous préféreriez peut-être plus croustillant. Je ne vais rien révéler ici, discrétion oblige, de mes discussions coté adultes avec Véronique Ovaldé, Charles Berling, Xavier de Moulins, Gilles Paris, Nathalie Kuperman, Noëlle Chatelet, Jeanne Benameur ou Philippe Grimbert, et coté littérature jeunesse avec Frédéric Stehr, Michel Gay et Stéphanie Blake, qui dessine sur ses albums un lapin qui ne sait dire que caca boudin ... Les chroniques qui sont consacrées à leurs ouvrages parlent d’elles-mêmes.

Ambiance radicalement différente les autres jours même si la foule se bouscule pour faire signer des autographes à Mathias Malzieu , le chanteur de Dionysos, qui publie chez Flammarion Métamorphose en bord de ciel, et qui dédicace en voisin de Charles Berling Aujourd'hui maman est morte. L'acteur se prête avec bonne volonté aux séances photos de ses fans, venus spécialement avec une pile de photos sous le bras.

Plus loin cohue aussi pour Nicolas Canteloup, ou Anne Sinclair. A l’École des Loisirs la queue s’allongeait comme celle du marsupilami pour Claude Ponti dont on se demande s’il n’est pas davantage lu par les parents que par les enfants depuis quelques albums.

Mais le pompon en terme d’attroupement c’est encore un homme politique qui le provoque et j’ai eu de la chance de ne pas blessée par les poussées subites d’un service d’ordre agressif, plaquant les visiteurs contre des barrières pour laisser passer François Hollande. On ne peut plus visiter un Salon sans se trouver nez à nez.
J'ai découvert un nouveau concept, Ces livres qui changent la vie, fort judicieux, la bibliothérapie, consistant en quelque sorte à effectuer une prescription de lecture sur mesure après un entretien personnalisé pour cerner le profil littéraire. J'ai ainsi reçu le conseil de lire Une femme célèbre de Colombe Schneck, chez Stock.

Ma route a croisé les Causeuses qui œuvrent habituellement dans le métro pour murmurer avec leurs drôles de tuyaux des petites histoires poétiques liées à des objets dans les oreilles des voyageurs.

Le Salon met à l'honneur les métiers du livre et de l'édition. Des visiteurs admiratifs ne cessaient pas d'observer le travail des graveurs.

Je n’ai pas eu le loisir de venir plusieurs jours. Pour la première fois depuis quatre ans je n’ai pas eu d’accréditation presse cette année (restriction de l’agence qui gère le quota ? pression des journalistes à l’encontre des bloggeurs ? qui sait ?) alors que je n’ai jamais autant consacré de billets au monde du livre.

Un éditeur m’a pourtant rapporté qu’un récent sondage indiquait que dans 49 % des cas c’était la recommandation d’un bloggeur qui avait déterminé le choix de l’achat en librairie. Et puis, c'est un comble d'une certaine manière, mais je reçois toujours les communiqués de presse de la manifestation. C'est ainsi qu'on m'a informé que les auteurs et les éditeurs avaient lancé les bases d'un accord pour adapter le contrat d'édition à l'ère numérique.

On m'a aussi indiqué que 36 500 jeunes avaient fréquenté la manifestation, soit une hausse de plus de 30% témoignant de l'intérêt de cette génération pour la lecture.

Peut-être l'an prochain retrouverais-je mon badge "presse" ... Je suis revenue en tout cas avec de nouveaux titres à lire … et à chroniquer comme de bien entendu sous le label « millefeuille».

samedi 17 mars 2012

Bonne fête … Patrick Roger

Il était annoncé comme un savant fou sur le programme de l’Omnivore World Tour alors que Patrick Roger est juste un OCNIF, un objet chocolaté non identifiable facilement.Voici un petit décryptage que j’ai décidé de publier quelques jours après la manifestation, en concordance avec sa fête.

Omnivore a en effet pour intérêt de faire se succéder des grands shows culinaires avec des moments plus intimes désignés sous le nom de «café-confidences» et menés par Clotilde Dusoulier. Le jour de ma venue, c’était Patrick Roger qui passait à la casserole.

Son parcours est assez inhabituel en ce sens qu’il pas choisi le métier de pâtissier vers lequel il a été dirigé. Il redouble la classe de 4° ou celle de 3°, il ne sait plus trop. Ses résultats scolaires demeurent catastrophiques avec 2,1 de moyenne générale en mathématiques. Son avenir semble compromis alors qu’avec un CAP on peut s’enrichir et même s’arrêter de travailler à 32 ans comme il se plait à le souligner pour encourager les jeunes à ne pas désespérer.

Il ne le sait pas mais son avenir sera brillant. Son orientation professionnelle se joue à la faveur d’un tirage au sort. Il aurait pu devenir boucher, ou même boulanger comme son père. On aurait cru alors à une prédestination. Le hasard le pousse vers la pâtisserie et il le vit à ce moment là comme la volonté de l’enfermer dans une voie de garage.

Il a 16 ans et bosse jusqu’à 2 heures ... du matin sans broncher, parce que « t’as tout intérêt à te taire sinon t’es mort, chez ton patron, comme à la maison ». Il intègre une grosse brigade de pâtisserie où on le cantonne au chocolat. La rencontre est pourtant fulgurante. Patrick a une âme et des mains d’artiste. C’est un défaut quand on démarre un apprentissage. Cela deviendra sa spécialité.

Il s’entraine sans relâche, dans sa chambre. Le garçon rebelle investit son énergie à comprendre. Il nous fait goûter à ce stade de la confidence une bouchée qui porte le nom de l’Instinct. C’est sa première création, fabriquée sur la table de la cuisine de ses parents. Il lui fallait alors en faire 200 avant d’atteindre un résultat satisfaisant. Il avait 20 ans d’avance sur les pratiques de la profession, mais il ne le savait pas.

Après (ou avant ?) le chocolat Patrick a une seconde passion, la moto, un sport dangereux qui lui donne le gout du risque, et qui le pousse à oser. C’est aussi pour s’offrir les bolides de ses rêves qu’il s’investira à fond dans son métier. La moto fut un vecteur pour le motiver à travailler plus, et du coup à devenir plus fort dans sa spécialité. Il affirme là que ce n’est pas le hasard qui conduit à la réussite.

En cette fin des années 80 il est quasiment impossible de trouver un poste de pâtissier. Les gens ne lâchent pas leur emploi. Patrick navigue donc un moment avant de se poser durablement.

Il affirme avoir tout appris par lui-même. Ce qu’il sait il le doit à son enfance. Sa famille était locavore avant que le terme ne soit à la mode. Tout ce qui était consommé provenait du potager. Même la viande était élevée sur place. Rien d'étonnant à ce que sa mémoire sensorielle soit tournée vers le goût comme le tournesol vers le soleil.

Ce qu'il dit à ce propos est passionnant. Peu lui importe la variété du fruit, l’important c’est la manière dont il a mûri sur l’arbre. Il est convaincu que l’on peut faire des rencontres avec des saveurs comme avec des personnes. Il faut être en contact avec le « bon » produit au « bon » moment et au « bon « endroit. Et il existe un lieu pour chaque fruit, chaque légume. Ainsi quand on a mangé un ananas au Venezuela tous les autres sont éclipsés, ce qui fait de lui, dit-il en souriant, un locavore sans frontière.

A l’écouter on croirait entendre Jean-Pierre Chabrol raconter pourquoi la soupe de la mamé est incomparable quand c’est elle qui la prépare … chez elle et pas à la ville, même si elle a amené tous les ingrédients, y compris l’eau ... On ne peut parler d’un aliment que lorsqu’on a vécu ce type d’expérience. C’est pourquoi il invite chaque année toute son équipe à venir manger la salade de ses parents, dans la maison familiale. Ils partagent des plats simples et pourtant exceptionnels comme la quiche.

Il lui est essentiel que ses ouvriers, qui ont fait leurs classes chez les plus grands cuisiniers, comme Pierre Gagnaire ou Pierre Hermé, comprennent comment se pilotent des cuissons apparemment basiques comme celle des crêpes. Comment on fait une recette sans recette. Qu’ils sachent que son père a pu pendant 40 ans faire la brioche sans balance, construire tout à l’instinct, et peser le sel à la main.

Tout cela semble simple mais il faut des années pour le comprendre, et beaucoup de travail avant, peut-être, de percevoir une vérité et encore davantage avant de la retranscrire. A-t-il raison ou tort ? Ce qui lui donne raison c’est d’avoir une clientèle abondante et satisfaite. Car il n’oublie pas qu’il est jugé à chaque chocolat.

Il se dit fermé en goût, comme si ses papilles s’étaient arrêtées sur le cru. Mais son goût est équilibré du fait qu’il a pu enregistrer des saveurs authentiques. Pour continuer à les vivre il a reconstitué à Sceaux le jardin de son enfance sur 400 m² avec des salades qui ne sont destinées qu’à sa consommation personnelle. Il fait pousser des herbes aromatiques, comme le thym citron, différentes espèces de menthe avec lesquelles il fait des essais. Il ne commence à récolter ses tomates que vers le 15 juillet, parfois plus tard, mais elles sont merveilleuses.

Un attentif comme lui à la saisonnalité est avantagé avec le chocolat. Le cacao, dit-il en riant, pousse toute l’année et c’est un énorme avantage.

Le mot « équilibre » revient souvent dans la conversation. Patrick Roger est très bon en dégustation. Cette qualité est d'ailleurs indispensable pour réussir les concours. Il est néanmoins convaincu que le meilleur test est de consommer un produit en quantité importante pour juger de ses qualités. Si à la campagne on ingurgitait des portions énormes (comparativement aux assiettes servies en ville) c’est bien parce que l'aliment le permettait. Il n’y a pas une nouveauté qui soit mise en vente s’il ne lui est pas possible d’en manger 10,15, 20 d’affilée. On veut bien croire que ce type de test est imparable.

La réussite peut aussi naitre d’une erreur, même dans son atelier. Le chocolat à la prunelle, bleu à l’intérieur, en est la démonstration. Des prunelles qui, évidement, sont ramassées à la main, dans les ronces … ce qui prend un certain temps avant d’en avoir 200 kilos. Le chocolat n’est pas aisé à parfumer. Il est « omnivore », saturant tous autres ingrédients. Même le whisky doit être ajouté abondamment pour être perçu.

De son enfance dans un village percheron de 80 âmes à la banlieue privilégiée de Sceaux le parcours est inhabituel. Il était un des derniers à l’école. Il se classera premier en 2000, devenant MOF, Meilleur Ouvrier de France, un titre qui couronne une quantité de travail phénoménale. Aujourd’hui chacun s’incline devant le talent de celui qui a su revisiter le chocolat en lui donnant des grains de folie et de génie. Et c'est sans doute pour s'amuser de ce paradoxe qu'un escargot avance inexorablement sur les pointes d’œufs en chocolat dans la vitrine de sa boutique de Sceaux.

Il vient d’en ouvrir une à Bruxelles, dans la prestigieuse rue des Sablons. Sa décision fut prise là encore sur un coup de cœur. C’est en allant rendre visite à Debailleul, un de ses confrères, lui aussi MOF, que Patrick Roger a été cueilli par la beauté des façades XV° siècle des bâtiments du quartier. Il a pris des photos. Dans le train du retour on lui communique le prix du mètre carré et il décide d’acheter sans même avoir visité.

L'homme ne travaille pas replié sur lui-même. On peut le voir très souvent en boutique. Il ouvre volontiers les portes de son atelier, estimant qu’il n’a pas forcément grand-chose à cacher. Là encore il confie avec humour qu’étant donné la difficulté de transmission avec ses ouvriers il ne risque pas réellement d’être copié. Le produit est important mais c’est plus que tout le process qui conditionne le résultat. Si je mets du beurre 30 secondes au micro-ondes il ne sera pas pareil que si c’est un ouvrier qui le fait. Allez comprendre !

Ces visites ont leurs limites. En septembre, lors des journées du Patrimoine il y a jusqu’à 500 visiteurs jour et ce serait impossible de satisfaire plus de monde. Et pourtant Patrick Roger y tient. Comme il est soucieux aussi du message qu’il voudrait faire passer à propos de la conservation des territoires. Il se désole qu’au Venezuela on coupe des arbres de 500 ans pour planter des cacaoyers qui rapporteront plus d’argent mais qui auront provoqué la destruction définitive du patrimoine.

Il y a plein de paysans en France qui n’arrivent plus à nourrir leurs vaches. La plupart des chocolatiers importent majoritairement les amandes de Californie alors que c’est (c’était ?) une spécialité provençale, et corse. Hélas l’abeille pollinisatrice est en train de disparaitre.
Il faut respecter certaines attentes au moment de Pâques, mais cet artiste explore toujours une thématique écologique comme en témoignent ces petits hérissons prêts à se régaler d'un œuf au plat. Après les fêtes, les vitrines seront de nouveau animées de sculptures spectaculaires. La prochaine sera un hippopotame. Économiquement, cela ne sert à rien, mais cela lui plait de sculpter le végétal, les grands singes, un planteur accroupi sur la pointe des pieds … tout un symbole.
L’homme a aussi une préoccupation féministe, regrettant que la femme n’ait pas encore sa place dans le monde du chocolat. Il est aussi difficile de constituer une brigade de production mixte qu’une équipe de foot. Et pourtant, c’est lui qui l’affirme, tous les gros mâles ne pèsent pas lourds face à une femme. Il est persuadé qu’à terme l’atelier sera dirigé par l’une d’elles. Parce que si le chocolat est un travail d’homme le résultat ne pèse tout de même que 7 à 8 grammes. Je ne sais pas si c'est parce que sa fête a lieu moins de dix jours après la Journée de la femme qu'il a de telles idées mais elles sont bien sympathiques.

Les adresses des boutiques : 108 boulevard Saint-Germain, 75006 Paris, tel : 01 43 29 38 42
47 rue Houdan à Sceaux (92) tel : 01 47 02 30 17
J'avais déjà dégusté ses chocolats à l'occasion d'un circuit reliant plusieurs chocolatiers parisiens. Pour relire ce périple organisé par Lauranie, d'Esprit chocolat, c'est ici .

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)