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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 22 février 2013

Soirée des Césars 2013 sans surprise et marquée par le cumul

(mise à jour 28 février 2013)

Je ne dirais pas que les lauréats ne méritaient pas leurs trophées mais je regrette que ce qui est annoncé comme la fête du cinéma se limite à encenser ce dont tout le monde parle déjà en négligeant des acteurs et des films qui méritaient amplement la reconnaissance générale d'abord, et de la profession en particulier. Si on compte sur les bloggeurs pour le faire, l'audience sera forcément restreinte ...

Parce que si le "monde du cinéma" se satisfait de donner un coup de pouce aux blockbusters hypermédiatisés ce n'est pas le quidam moyen qui aura du poids, n'en déplaise à Guy Béart qui lui a dédié une très jolie chanson. Et j'espère que les pouvoirs publics ne mettent pas trop d'argent dans la manifestation ... on attend autre chose de nos impôts !

Il faudrait d'abord, à mon (humble) avis remettre en question le vote. Il est vrai qu'au moment où l'on glisse individuellement son bulletin dans l'enveloppe on ne peut pas ignorer le talent d'Emmanuelle Riva et de Jean-Louis Trintignant. Difficile de les positionner hors course et pourtant, quand on sait que deux acteurs partent gagnants à coup sûr on devrait (si on est organisateur) les désinscrire de la compétition, leur prévoir une statuette d'honneur et laisser la course ouverte.

Même si c'est un très grand comédien pourquoi faire venir d'outre atlantique Kevin Costner afin de lui remettre un César d'honneur ? Il faisait peine à voir, à tenter de rester éveillé, une performance qu'il ne réussit pas totalement, et à lire sur un prompteur qui ne défilait pas à la bonne vitesse.

Il n'y aurait aucune honte à recevoir un tel César alors que truster les récompenses va générer une aigreur négative. Sans faire du mauvais humour on a bien vu que si la compression faisait plaisir à Emmanuelle Riva elle était lourde à porter. Et le fils de Jean Louis a fait remarquer, lui aussi, que son père n'aurait pas eu davantage la force de s'en saisir.

Comprenons nous bien, je souhaite de tout coeur l'oscar à Emmanuelle mais je regrette qu'Hélène Vincent reparte les mains vides. Pareillement pour Vincent Lindon. S'ils avaient interprété un second rôle ils auraient été plus chanceux. Un comble.

Je n'ai ressenti aucune proximité avec le couple cinématographique Trintignant /Riva. Alors que le duo Lindon/Vincent m'a faite évoluer dans mes représentations, à l'instar d'En souvenir d'André de Martin Winckler que je viens de chroniquer.

A qualités égales de scénario, de réalisation et de jeu, j'attends du cinéma qu'il me distraie, et je plébiscite à ce titre l'excellent Populaire de Régis Roinsard qu'il m'instruise, ce que fait magnifiquement Royal Affair de Nicolaj Arcel, ou qu'il me fasse grandir, comme Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé, ou du moins réfléchir, comme Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer ou le très réussi Une bouteille à la mer de Thierry Binisti qui, par rapport aux précédents, n'est "même pas" nominé.

Pourquoi ces films là n'ont pas été récompensés ? Cherchez ... l'erreur ! Dans la maisonAdieu Berthe, et la Part des anges, sont également de regrettables perdants.

Si on pouvait décerner un César de consolation aux grands perdants  Camille redouble avec 11 nominations coifferait au poteau Holy motors  qui n'en avait "que" 9. Finalement il valait mieux cette année ne figurer que sur une seule ligne pourvu que Amour ne soit pas dans la même catégorie.

Amour est une performance, bravo, un point c'est tout. Je n'ai pas envie d'un cinéma qui me rigidifie dans mes positions. La vie nous donne trop de raisons de nous claquemurer. Et sur le si délicat sujet de la fin de vie Quelques heures de printemps offrait un regard sensible et bienveillant, servi par des acteurs qui sont si bien entrés dans la peau de leur personnage qu'on ne les a pas vus "jouer". Toute la profession le reconnait, mais le public, qu'on dit grand, lui, a besoin d'un fléchage.

Ah, vous me direz qu'il y a eu deux récompenses pour honorer le Prénom, un film dont j'ai dit beaucoup de bien, et je m'en réjouis pour Guillaume De Tonquédec, Meilleur acteur dans un second rôle, et pour Valérie Benguigui, Meilleure actrice dans un second rôle.
J'avais écrit dans la chronique consacrée au film de Jacques Audiard De rouille et d'os que Matthias Schoenaerts était sensationnel. Je suis donc heureuse qu'il soit reconnu Meilleur espoir masculin. Et que le film reçoive un César pour la Meilleure adaptation, la Meilleure musique originale et le Meilleur montage tant mieux.

Cloclo a pu tirer son épingle du jeu. Amour n'a pas eu le César du Meilleur son. Antoine Deflandre, Eric Tisserand et Germain Boulay ont pu être récompensé mais c'est passé sans doute à un cheveu puisque Amour était encore présent, on se demande pourquoi vraiment.

Meilleur film étranger Argo. Quelle révélation ! A ce stade il devient inutile de faire voter des professionnels. Même un spectateur peu assidu aurait pu faire ce pronostic.

Il y eut tout de même des Césars attribués à des films dont on avait peu parlé, comme Le Cri du homard, Meilleur court métrage, Les Invisibles, Meilleur film documentaire, et Louise Wimmer, Meilleur premier film, ... que des catégories où Hannecke ne concourrait pas, pas plus qu'Ernest et Célestine, Meilleur Film d'animation.

La joie d'Izia Higelin, Meilleure espoir féminin pour son rôle dans Mauvaise fille est réjouissant. Et l'on est content que Les Adieux à la reine aient été distingué pour la Meilleure photo  (Romain Winding) et les Meilleurs costumes (Christian Gasc).

La soirée pose aussi le problème des cumuls de nomination dans les catégories. Aussi ma seconde suggestion serait de restreindre à trois le nombre de catégories dans lesquelles un film peut concourir. Cela ouvrirait forcément la porte à d'autres.

Je n'ai pas fini de râler. S'il y a eu 20 minutes qui méritaient qu'on passe plus de 3 heures scotché devant le poste c'est bien le maximum. Peu ont été capables de spontanéité. Comme ils jouent mal la comédie quand on attend d'eux qu'ils soient sincères et qu'en hommes et femmes d'honneur ils ne lâchent aucun mot qui ne viennent du coeur.

Quelques petits montages savoureux, quelques pas de danse, un hymne dont les moins de trente ans n'ont pas compris l'allusion, malgré un gros plan appuyé sur le visage (serein) de Gérard depardieu. Mais que venait-il faire dans cette galère ?

La ritournelle habituelle contre les décisions du gouvernement, qui croit nous apprendre que le cinéma va mal. Rien ne change. Bref, des Césars sans surprise, chevillés par le conformisme, plats comme l'électrocardiogramme d'un patient en bout de course. Et si je mettais l'oreiller dessus ?

On en viendrait presque à ne pas regretter la disparition de la soirée des Molières qui, dans son genre , était elle aussi critiquable, quoique plus "juste" me semble-t-il. C'est décidé l'an prochain j'irai ce soir là ... devant le grand écran fêter le cinéma à ma façon.

NB : L'illustration du "Pouce" de César, que j'ai photographié devant le collège Romain Rolland du Plessis-Robinson (92) m'a paru convenir à la situation.

jeudi 21 février 2013

Brioche aux pralines roses

Qui remercier ? Khala qui l'a reprise alors qu'elle circulait déjà de blog en blog ? Mercotte dont les photos splendides devant un paysage enneigé m'ont mise en appétit ? Thierry Nicolas, du blog Cantal paradis vert qui a le premier attiré mon attention sur cette brioche avec une photo sympathique sur facebook ?

J'adore les pralines roses, et tout autant la brioche, alors la promesse de réussir ce dessert en moins d'une heure chrono (c'est-à-dire en se dispensant de l'étape du pétrissage) ne pouvait pas me laisser indifférente et je peux vous dire qu'elle est au four en train de joliment gonfler pendant que j'écris ce billet. Ne faites pas comme moi qui ai oublié le sel .... j'espère que ce ne sera pas raté. J'ai une fâcheuse tendance à oublier cet ingrédient en ce moment.

Je vous donne la recette, telle que je l'ai prise chez Mercotte. Elle recommande de mélanger "dans l’ordre tous les ingrédients dans le bol du robot équipé du fouet plat – la feuille- ou du crochet  sinon dans un saladier et à la cuillère en bois". J'ajouterai que sans robot et avec une fourchette cela marche très bien aussi.
On mélange donc 30 cl de lait tiède, 50g de beurre fondu,  1 oeuf, 1 sachet de levure de boulanger déshydratée, 80 g de sucre vanillé maison, 400g de farine T45, 1.5 cc de sel fin gris. On ajoute ensuite 100g de pralines grossièrement concassées.

Là, sans aller jusqu'aux 200 grammes de Thierry, je suis montée tout de même à 150, parce que c'est trop bon les pralines ... N'ayant pas encore de sucre vanillé maison (je n'ai que du sel vanillé maison, d'ou mon oubli stupide peut-être par distraction) j'ai ajouté le caviar d'une demi-gousse de vanille bourbon Lord vanilla aux 80 g. de sucre.

J'ai versé la préparation dans un moule beurré et fariné. L'idéal aurait été un moule à kouglof, mais impossible de remettre la main dessus. J'ai choisi un moule à savarin plutôt joli. J'ai enfourné dans un four préchauffé à 80° chaleur tournante pour 20 minutes. Le résultat était prometteur.

J'ai ensuite monté la température du four à 180° et poursuivi la cuisson pendant 30 minutes très exactement.
J'ai démoulé sur une grille à la sortie du four, ravie de constater la beauté du résultat aussi bien vu de dessus que de dessous. Mercotte préconisait de déguster à peine tiède mais j'ai attendu patiemment les invités du dîner, ce qui fait que la brioche était quasi refroidie. Aucune réflexion à propos de l'oubli de sel, ce qui fait que je m'interroge en fin de compte sur sa nécessité.

Et quel régal le lendemain matin au petit déjeuner ... en pensant à Mercotte qui se lève encore plus tôt que moi. Mais nous avions quelques flocons de neige en commun ce matin là.

Je vous rappelle que vous avez jusqu'au 28 février pour répondre au jeu-concours du mois sur le blog.

Envoyez-moi vos suggestions de recettes à l'adresse abrideabattue@orange.fr  associant la vanille autrement qu'en dessert. Les plus créatifs d'entre vous pourront recevoir 5 gousses de vanille Lord Vanilla.

5 gousses, pour avoir la possibilité de faire plusieurs essais, et surtout de vous faire plaisir avec cette vanille que beaucoup de professionnels plébiscitent.

Il n'est pas utile de donner tout le détail ni les proportions des ingrédients mais d'en dire suffisamment pour me mettre l'eau à la bouche. Et de vous engager à m'envoyer ensuite la photo et la recette du plat si vous gagnez en acceptant qu'elle soit publiée sur la page facebook de la marque.

Attention, c'est l'originalité qui sera récompensée. Vous pourrez remarquer en lisant la vingtaine de billets que j'ai déjà publiés sur le sujet qu'il existe déjà des recettes salées.

N'oubliez pas d'indiquer votre nom et votre adresse pour aller plus vite si vous gagnez.
Le billet de Khala sur le sujet, version pépites de chocolat
Celui de Mercotte
Le blog de Thierry Nicolas

mercredi 20 février 2013

La croisade s'amuse de Rachida Khalil au Petit Montparnasse

Vous verrez Rachida en robe de soirée largement fendue. Mais avant cela c'est dans la tenue devenue '"traditionnelle" de son personnage Fatna, et qui a fait son succès il y a quelques années, que la comédienne surgit sur la scène. Un foulard blanc cachant ses cheveux et noué autour du cou, une longue robe à fleurs qui dissimule à peine une paire de rangers monstrueuses, Rachida Khalil déboule sur scène en défilant au pas de l’oie… aussitôt rejointe par quatre danseuses en bikini à imprimé camouflage chaussées comme elle de lourdes et grosses godasses prêtes à écraser le monde.

Le ton est donné ou plutôt martelé : il sera plus militant que militaire. Dans son nouveau spectacle, Rachida Khalil n'y va pas par quatre chemins pour dénoncer la pseudo démocratie installée par le printemps de la révolution arabe, le racisme primaire et les idées reçues.

On est soufflé par sa liberté de ton. Ses formules sont très drôles. Ben Ali, Ben Laden et Nen ...et nuts valent chacun leur pesant de ... cacahuètes. Et il est facile d'en rire.

Quand elle évoque le Café des délices chanté par Patrick Bruel, devenu la cave des sévices dans une société qui met la charia avant les boeufs on est soufflé par sa liberté d'expression, et une forme de courage car on sait, nous aussi, que la vie ne tient qu'à un fil ... à retordre. 

Elle se glisse avec autant de verve dans la robe d'une maman tunisienne en "caulaire" que dans le fourreau d'une Karima de la Jaretière qui a trouvé du pétrole en France en épousant un homme vieux et riche d'origine. Elle dénigre les pauvres, ces riches qui n'ont pas réussi,  dont le mode de vie s'avère ultra écolo puisqu'ils ne polluent pas avec une voiture.

Elle devient un travesti à la voix grave plus vrai que nature. Et puis, et c'est le personnage que j'ai préféré, une caillera de banlieue qui adolescente, peignait les dents de son copain au Typex, et qui aujourd'hui élève "ses allocations familiales". Le copain, très justement interprété par son frère, Abderahim Khalil, a du mal à se souvenir mais la verve de Karima va raviver sa mémoire qui aura tôt fait de "faire sa mise à jour".

Elle est aussi une alcoolique mondaine et philosophe : ce n'est pas l'amour qui rend aveugle mais notre aveuglement qui rend l'amour possible... Elle incarne aussi une mégère auvergnate qui se défend de verser dans le racisme ordinaire tout en s'y vautrant et maugréant contre les gens qui affichent une indécente joie de vivre en temps de crise.

Elle est enfin une Karima Hilton 100% halal pour touristes 100% gros porc avant de revenir dans sa tenue de Fatna, animée d'une légèreté de vivre qui permet l'improbable. Nous démontrant que tout dépend du regard qu'on a sur les évènements elle refait l'histoire à l'envers, promettant de donner bientôt l'indépendance aux occidentaux.

Entre les 6 tableaux un intermède dansé fait très élégamment la rupture entre les scènes.

C'est drôle, c'est libre, c'est intelligent et osé dans tous les sens du terme.

La Croisade s’amuse de Rachida Khalil, mise en scène de Emmanuelle Michelet, chorégraphies de Djanis Bouzyani. Costumes de Jurgen Doering. Avec en alternance les comédiens Raphaël Pottier, Djanis Bouzyani, Abderahim Khalil, et Otman Salil et les danseuses : Shirley Henault, Chloé Aboulakoul, Coline Omasson, Ambre Capifali, Wendy Devaux.

Du mardi au samedi à 19h au Théatre du Petit Montparnasse : 31, rue de la Gaîté, 75014 Paris (Métros Gaîté et Edgar Quinet). Tél: 01 43 22 77 74.

dimanche 17 février 2013

Météorite d'Ambert

(mise à jour 20 mars)

La fourme d'Ambert est un fromage qui s'accorde très bien avec la poire qui, elle-même se marie avec le pain d'épices. Le tout, surmonté d'un marron glacé, compose une recette explosive en goûts que j'ai décidé de présenter au concours organisé par la Fourme d'Ambert dans la catégorie entrée/apéritif dinatoire.

Pour composer cette entrée pour 4 personnes il vous faudra :
Un morceau de fourme d'Ambert de 180 grammes environ
8 tranches de pain d'épices
2 poires Conférence
4 marrons glacés entiers
Du vinaigre de cidre et de l'huile d'olive
Une salade Frisée entière ou en sachet fraicheur
Un peu de beurre
Deux cuillères à soupe de sucre

Il vaut mieux sortir la fourme d'Ambert du réfrigérateur pour qu'elle soit à température ambiante. On y découpe des étoiles à l'emporte-pièce dans des tranches d'environ 4 millimètres d'épaisseur. Compter une étoile par convive.
Avec le même emporte-pièce on prépare deux fois plus d'étoiles dans le pain d'épices, en procédant une par une. 
On les fait griller à feu vif de chaque coté sans aucune matière grasse dans la poêle sèche en surveillant l'opération. On les pose ensuite sur un plat creux en sandwhichant avec une découpe de fourme. Un couvercle ou une assiette renversée maintiendra l'ensemble au chaud, pour laisser le temps au fromage de fondre naturellement, sans agression.
On découpe alors de nouvelles étoiles, là encore deux par convive dans des tranches de poires.
On prépare dans la poêle un caramel avec un beau morceau de beurre et le sucre en poudre. On y fait dorer les étoiles de poire deux par deux de manière à les surveiller. On les retourne dès coloration sans attendre que le fruit ne fonde. 
Reste alors à  monter la météorite en  alternant de bas en haut pain d'épice, fourme, poire, pain d'épice, poire de nouveau avant de poser le marron.
On garnit des assiettes avec une salade frisée assaisonnée d'une vinaigrette relevée, moutardée si on aime. Pour ajouter du croquant on peut saupoudrer de miettes de pain d'épices (grillé) réalisé avec les chutes conservées après le découpage des étoiles.
On savoure illico, comme on préfère. En associant ou dissociant les saveurs.
Je vous conseille un Brézème blanc, sélection Viognier, du Chateau la Rolière. Vous n'oublierez pas le bouquet vanillé de ce Cote du Rhône extrêmement aromatique une fois que vous l'aurez gouté ... avec modération bien entendu.

J'ai appris le 20 mars que cette recette avait été classée à la seconde position et j'en suis très contente parce que cela signifie qu'elle sera largement diffusée, et que donc beaucoup de personnes pourront se régaler avec peu d'efforts.

samedi 16 février 2013

Connaissez-vous Pure Green, le premier magazine bio féminin ?

Le poster du premier numéro, affiché dans un kiosque, place de la Madeleine, avait attiré mon regard ... J'ai tellement circulé à Paris à bicyclette  que j'ai aussitôt eu envie de feuilleter ce premier Pure Green d'automne 2012. Le marchand de journaux n'en disposait pas et j'ai du patienter jusqu'au numéro 2 pour pouvoir rattraper d'un coup.

Le début est prometteur.

Passons sur l'erreur monumentale de l'imprimeur qui a tiré la couverture sur papier glacé.  Le résultat était certes élégant mais pas du tout cohérent avec la ligne éditoriale. Depuis il 'a pas oublié d'employer un papier mate.

J'aime beaucoup, pour les photos en gros plan, l'originalité des propos, le parfum qui s'en dégage. Pure Green est différent, et ce n'est pas qu'une question d'emploi de papier recyclé.

La lectrice était invitée à teindre ses serviettes avec des colorants naturels dans le numéro 1 (p.62). Le second offrait quelques idées pour customiser les mugs (p.58). Le suivant fera saliver avec des recettes de pains italiens (p.36), ce qui va permettre de mettre en application les conseils donnés dans la rubrique "fait maison" hivernale à propos du levain. Cette lecture m'a sans nul doute influencée en me décidant à préparer les petits pains de mes hamburgers.

Après nous avoir transporté à Madagascar puis à Montréal la rubrique Destination se fixe cette fois sur le marché parisien du boulevard Raspail,  bien connu des amateurs de produits bio.

La rubrique déco (p. 20) apporte des idées simples et élégantes, même si on voit bien que les objets ont été chinés outre-atlantique. On aurait d'ailleurs pu donner une indication de la région où se sont installés Rachel et Paul.

Attention parfois à un décalage entre le texte et les images. Par exemple dans le numéro 2, l'article intitulé "le mélange parfait" (p.60) souligne l'importance des briques et on n'en voit pas du tout. Il manque aussi, à mon avis, la marche à suivre pour réaliser le centre de table avec les cartes de voeux recyclées, au moins avec une photo en gros plan (p.56). Ou un lien Internet vers le site si ces explications prennent trop de place sur le papier.

Aborder la consommation responsable, l'écologie et le développement durable dans un magazine qui ne soit pas donneur de leçons mais porteur d'un art de vivre est une première. Découvrir que le bio et le chic sont conciliables est réjouissant. Le plus positif est le mouvement suscité en faveur de l'appropriation d'un mode de vie bio non seulement à la campagne (c'est assez facile) mais surtout en ville. L'article consacré à l'agriculture urbaine (p.24 du n°2) donne plusieurs pistes.

Je savais qu'il existait à New York des jardins potagers sur les toits des immeubles et j'espère que les syndics français auront envie de se lancer dans une si belle aventure. Quant à élever des poules dans son jardin (p.20) l'article est astucieusement relié au livre d'Anny Duperey qui a la passion de ces volatiles (p.98), moi qui croyais qu'elle n'aimait que les chats ...

Coté cuisine, j'ai tout de même été étonnée du contenu des recettes, assurément conçues par des cuisiniers qui n'ont pas des pratiques "hexagonales". La rédaction du stifado d'agneau (p.83) m'a carrément amusée. On dirait qu'elle est écrite par un bon copain qui ne maitrise pas tout à fait le vocabulaire gastronomique ... je gouterais quand même bien de ce plat. Jonathan est un drôle de cuisinier qui, le trimestre précédent, proposait pour un petit déjeuner des "bouchées de toasts" (p. 73) .... autrement dit du pain perdu.

On sent que le magazine se cherche un peu, ce qui le rend d'autant plus sympathique et on attend avec intérêt le troisième numéro, printemps 2013,  qui sortira le 15 mars et qui affirme une orientation plus familiale.

vendredi 15 février 2013

Rencontre avec Marie Lebey pour la sortie de Mouche' aux Editions Léo Scheer


J’avais reçu le livre avec une dédicace désarmante qui m’a donné envie de l’ouvrir. Après, c’est le traitement du sujet qui m’a persuadée de poursuivre. Entre caricature et déclaration d'amour Marie Lebey évoque sa mère avec une large palette de sentiments.

J’ai très vite été séduite par la liberté de ton avec laquelle elle fait surgir une femme haute en couleurs, dont la personnalité fantasque en faisait un personnage romanesque idéal. Pourquoi aller chercher l’inspiration très loin alors qu’on a un sujet à portée de main ?

Ceux qui pensent que l’auteure se livre à un règlement de comptes se trompent, tout autant que ceux qui s’imaginent qu’elle a trouvé là le moyen de faire une forme de psychothérapie. Cette maman n’est certes pas maternelle, au sens où on l’entend, mais il y a après tout de multiples formes de maternité. Serait-il capital de focaliser sur les anniversaires et les bonnes tartes aux pommes ?

On peut d’ailleurs estimer que cette forme de carence autorise en revanche davantage de liberté, ce qui ferait paradoxalement moins de dégâts que les comportements des mères qu’on dit « abusives » et qui laissent peu de marge à leur progéniture. Certaines femmes sont mères à leur manière et Marie Lebey est reconnaissante à la sienne de lui avoir transmis le goût de l’écriture.

En premier parce que la littérature est une voie idéale pour exorciser le chagrin. Des chagrins elle n’en a pas manqué, perdant son père, puis sa sœur (p. 71 : quand on perd un enfant on n'a plus la force de s'attacher aux survivants). Elle intégra une peur permanente de l’abandon. La guerre est une autre de ses obsessions : c'est le ciment de ce que je suis vraiment. Tout sauf ça !

Les trentenaires ne comprendront peut-être pas mais cette parole de Marie fait écho à mon propre ressenti. Nos familles sont également originaires du Nord de la France où les combats ont été très meurtriers. Combien de fois m'a-t-on jeté à la figure sur un ton à mi-chemein entre reproche et soupir "on voit bien que t'as pas connu la guerre" ... la Seconde, si c'était dans la bouche de ma mère, la Première si c'était dans celle de ma grand-mère, et même celle d'encore avant dans le regard de mon arrière-grand-mère !

Chaque famille traverse différemment ces périodes de trouble, en général sans s'apitoyer sur le moment. Il ne faut pas perdre une miette d'énergie. Mais après ... il me semble qu'on lâche toute l'angoisse sur la descendance. Petite je voyais les photos d'époque en sépia et blanc. Les combats me semblaient aussi lointains que les batailles napoléoniennes ou les boucheries moyenâgeuses.

La diffusion de films du débarquement en Normandie (où vit une autre moitié de ma famille), les reconstitutions d'Un long dimanche de fiançailles par Jean-Pierre Jeunet, une visite du Musée de l'Arc de Triomphe où j'ai vu les aquarelles faites par les Poilus dans les tranchées ... et j'ai soudain réalisé que tout "ça" avait existé de manière aussi palpable que mon quotidien. La couleur fut à ces évènements ce que le son est à un film d'horreur.

Ce sont des images qui font sentir la chair, toutes les odeurs bouleversantes des combats. Marie ne les écartent pas mais elle a beaucoup d'autres images à partager avec ses lecteurs et c'est ce qui rend son livre si vivant, et souvent très drôle. Il faut lire sa narration de la compétition des petits chevaux (p. 94), entendre ses questions d'enfant, comme celle-ci : la petite souris ne passe pas pour les règles ?

Elle s'exprime sans tabou, proposant à un éditeur (qui refuse par frilosité) de se pencher sur le vademecum J'enterre mes parents (p.18) à l'instar de J'élève mes enfants de Laurence Pernoud. Elle n'élude aucune question : J’aurais été incapable d’élever des filles, mais le problème ne s’est pas posé puisque je n’ai eu « que » des garçons. Tout de même trois, et qui lui ont demandé une belle vitalité.

Mouche’ avec une apostrophe, comme un trait d’eye liner ou un grain de beauté sur le visage … voilà un surnom plutôt élégant pour une grand-mère, car il va de soi que, petite, Marie n’appelait pas sa mère ainsi.

Si l’on pointe l’origine belge de Mouche’ c’est parce que les habitants de ce pays font facilement preuve de poésie burlesque très naturalistique. Je le remarque dans l’écriture de Nadine Monfils. Je comprends donc tout à fait comment cela peut se traduire dans la vie courante et familiale.

Cette femme est (elle se porte à merveille) est férue de littérature et la constante comparaison de Marie Lebey avec Mme Verdurin m'a soufflé l'idée de la soumettre à un questionnaire proustien.

Si vous étiez une couleur ? Le rose
Il suffit de la regarder pour mesurer la sincérité de sa réponse. Pull et gilet sont en superpositions d'un camaieu de roses, ses ballerines chanellisantes sont rose dragée ... même les pendants d'oreilles sont assortis. Et on s'amuse de la coïncidence puisque je porte la même couleur.

Une chanson ? un air composée par Michel Legrand

Un film ? Truffaut

Un livre ? Modiano (elle a écrit Oublier Modiano, en 2011, toujours aux éditions Léo Scheer)

Un personnage célèbre ? Zelda Fitzgerald

Un animal ? un chat

Une destination ? les lacs italiens

Un plat cuisiné ? un yaourt grec nature

Les qualités que vous appréciez ? le courage et la fidélité

Le défaut que vous ne supportez pas ? la lourdeur

Pas de doute que le titre de Mouche' convient parfaitement à la personnalité de l'auteure qui prépare déjà un nouvel opus sur le thème du don juanisme ... au féminin bien entendu. On attendra patiemment.

Mouche' de Marie Lebey aux Editions Léo Scheer, 2013

jeudi 14 février 2013

Le melon de Guadeloupe IGP au repas ce soir pour une Saint Valentin des plus gourmandes

J'ignore si le melon de Guadeloupe IGP est aphrodisiaque mais s'il l'est, vu la dose que je vais employer ce sera 50 nuances d'orange assurément ce soir at home.

C'est un de mes fruits préférés et j'ai décidé de le préparer de toutes les manières possibles, des plus classiques aux plus inattendues. Chez moi on l'adore. Je ne risque donc pas d'entendre la phrase que je redoute le plus quand j'innove : c'est bon, mais je préfère ne pas ...

Vous l'avez sans doute mangé en entrée, soit creusé directement à la cuillère, soit, et c'est plus élégant, artistiquement modelé en billes. 


Avec ou sans alcool. Avec ou sans sucre. Ma préférence dans ce type de préparation va aux gros cubes disposés dans une coupe de glace et saupoudrés de fève tonka.

Restons dans le domaine des entrées ... j'ai découvert récemment que l'association melon-poisson fumé était plutôt réussie. Autant que la mangue dans un tartare de saumon. J'avais profité des soldes de janvier pour faire provision de haddock, saumon, marlin (oui cela existe), truite et compagnie que les hypermarchés cédaient à moitié prix.
J'ai donc préparé une petite surprise pour faire patienter le temps que le plat principal soit terminé. Une assiette plate. Une tranche de marlin fumé au bois de hêtre arrosé d'une petite marinade de vinaigre de Reims et d'une huile neutre, une découpe de melon à l'emporte-pièce, quelques copeaux de féve Tonka et un quart de tour de poivre du moulin. Vite fait et surprenant !
Autre aubaine : mes semis de coriandre ont résisté aux frimas grâce à la protection d'une cloche en équilibre sur le bord de la jardinière (pour laisser passer l'oxygène). J'allais pouvoir user de cette herbe fraichement cueillie. J'ai continué avec un autre poisson, le saumon dont j'avais quelques pavés.

J'ai imaginé quelque chose de croquant, qui apporte une touche sucré-salée et qui soit une réelle surprise visuellement et gustativement. J'ai donc pilonné dans un mortier des praslines broyées en provenance directe de la maison Mazet de Montargis pour les réduire en poudre. J'ai ajouté plusieurs épices d'un mélange cajun de Saravane (un parfumeur d'épices qui n'a pas son égal sur le marché pour enchanter les palais) et du sel parfumé de zestes de clémentine.

Les pavés ont été enrobés dans ce mélange et dorés à feu vif jusqu'à ce que le coeur ne soit plus rosé, mais pas encore sec (c'est une question d'entrainement, le temps de cuisson dépend de l'épaisseur du pavé, mais il ne faut pas hésiter à le cuire sur les quatre faces) et que l'extérieur ait caramélisé.

Pendant ce temps j'ai tranché le melon en lamelles à la mandoline comme si je voulais en faire un carpaccio. j'ai moulé des petits coeurs de riz enrichi d'un peu de crème fraiche pour leur donner du moelleux.
Ne restait qu'à déposer le tout sur une assiette. Les vrais amoureux partageront le plat en échangeant leurs impressions. les associations sont étonnantes mais se marient excellemment.
J'adore cette combinaison qui évoque la Louisiane, le Québec et les Antilles. Ce serait dommage de la réserver à une soirée d'exception comme la Saint-Valentin. Elle réclame si peu de temps en cuisine que cela pourrait vite devenir un de mes plats favoris.

Vous n'êtes pas au bout de mes inventions. Ne voulant pas rester devant les fourneaux toute la soirée j'avais préparé les desserts à l'avance. "Les" parce que mon esprit créatif s'est envolé assez haut et je ne voulais pas risquer de décevoir. J'ai doublé la mise.
On commence par du presque classique : une compotée de pommes, kiwis et ... melon, réduite à l'étouffée sans aucun apport de sucre (mais j'aurais pu gratter l'intérieur d'une gousse de vanille). Une fois tiède on ajoute des dattes dénoyautées et coupées en deux pour rehausser les couleurs.

La chair du melon ne se délite pas à la cuisson et son arôme s'accorde avec la douceur de la pomme et l'acidité du kiwi. C'est surprenant mais finalement peu révolutionnaire donc à tenter sans appréhension.
Vous souvenez-vous de ce que j'écrivais le 7 février, à propos du livre d'Aurélie Degages, I love New York, publié chez Hachette cuisine ? j'annonçais que le Banoffee pie (page 56) m'avait inspiré une version très différente que je réservais pour la Saint Valentin. Un fond de pâte sablée, une couche de confiture de lait, des fruits et une couverture de crème Chantilly. Sauf qu'à la place des traditionnelles rondelles de banane j'avais opté quelque chose de radicalement inattendu. Vous aurez deviné qu'il s'agissait de melon.

Je vous avouerai que melon et Chantilly (maison la Chantilly ...) s'accordent au-delà de ce qui est imaginable. C'est si bon que je pourrais peut-être, je dis bien peut-être, en manger ... un saladier.
Comme je sous-estimais le succès de ce moment du repas, et que j'étais loin d'imaginer qu'on aurait pu se contenter d'un melon Chantilly, j'ai là encore doublé la mise. Et je pense avoir agi sagement. Si l'association confiture de lait / melon / Chantilly est plutôt bonne, la substitution de la confiture de lait par une ganache est d'un niveau supérieur.
Cette ganache est obtenue en associant un excellent chocolat, de la crème fraîche et un reste de fondue au chocolat noir-noisettes (encore une création Mazet). Le melon translucide a été disposé en boucles sur le chocolat refroidi et la Chantilly fut placée à portée de fourchette.
Je n'aurais pas songé l'an dernier, à même époque, à composer un menu "tout melon" pour la Saint-Valentin. Ce fruit était alors un produit qui n'arrivait pas sur les marché avant le mois de juin. Et puis, j'ai découvert le melon de Guadeloupe IGP dont la saison bat son plein en février.

Alors cette année j'ai décidé de ne pas attendre avril pour m'en régaler. Ceux d'entre vous qui voudraient en savoir plus sur son implantation en Guadeloupe liront le billet que j'ai écrit en avril 2012.

Les sceptiques pourront le déguster au salon de l'Agriculture où il sera présent, mais si votre oeil désormais averti scrute l'étal de votre marchand de primeurs il est probable qu'il s'arrêtera sur les plateaux bleus de Philibon. J'en ai vu ces jours-ci aux Jardins de Chatenay (92) pour ne citer qu'une adresse au hasard ... et témoigner que le melon de Guadeloupe IGP n'est pas réservé aux parisiens de la capitale.

Que vous le dégustiez de manière sobre, avec une découpe plus ou moins recherchée, que vous le consommiez en entrée, en plat ou en dessert je vous promets que vous vous régalerez !

mercredi 13 février 2013

A bride abattue souffle 5 bougies en février 2013

C'est un rituel. J'écris un billet pour l'anniversaire du blog chaque année arbitrairement le 13 février, qui est à quelque jours près la date de sa création. J'aurais pu choisir le 14 car au fond l'écriture est devenue au fil du temps une vraie compagne. J'aime le chiffre 13, non pas par superstition mais parce que c'est la date de ma naissance et qu'il faut bien assumer le temps qui passe, même si cela m'est parfois aussi difficile qu'à la Grande Sophie.

C'est toujours l'occasion de faire le point. Pour le tout premier anniversaire, en 2099 le billet fut long, et détaillé sur le "pourquoi du comment" mais je n'en changerais pas un mot s'il était à refaire dans ce même contexte.

Les deux ans en 2010 puis l'anniversaire de 2011 ont été écrits selon l'humeur du jour. Celui de 2012 fut un des billets les plus difficiles à rédiger.

Les aléas de la vie, selon la formule consacrée, m'ont éloignée du blog quelque temps. Je suis revenue à l'écriture avec des projets nouveaux et additionnels. J'ai ainsi créé un blog pour un théâtre où je jouais un rôle de composition. Se dédoubler fut une expérience prenante mais passionnante.

J'ai déserté par contre la Lorraine où je publiais des portraits de personnes célèbre sou méritant de l'être mais je vais reprendre les voyages vers cette région qui est si accueillante. Je serai à l'écoute de vos suggestions si vous avez dans vos carnet d'adresses des lorrains et lorraines qui vivent en région parisienne et qui souhaiteraient évoquer leur terre d'origine.

J'ai quelque projets rédactionnels qui aboutiront ... ou pas ... il faut beaucoup semer pour récolter parfois. Mais ce que je serais vraiment très heureuse de vous annoncer ce serait une collaboration à une émission de radio. Le blog apporte le texte et l'image. Il manque le son et je suis sure que les coups de coeur d'une personne qui n'est pas journaliste de profession peut intéresser des auditeurs. A bon entendeur ...

Enfin, si vous voulez participer au concours mensuel pour remporter un cadeau culturel ou culinaire (car l'alternance demeure la règle) inscrivez vous en tant que membre de quelques clics en haut à droite de cette page, en ajoutant une jolie photo de vous ou d'un objet qui vous plait.

Vous pouvez aussi me suivre, selon la formule consacrée, sur Facebook ou sur Twitter où je ne fais pas que dupliquer l'information, loin de là. La brièveté des messages, 140 caractères maximum est un exercice fort savoureux pour la bavarde que je suis.

Merci pour vos commentaires, qu'ils soient publics sous les articles, ou sous la forme de courriels privés. Je vous lis toujours avec énormément d'attention et souvent de plaisir. Je ne vous dis pas à l'année prochaine mais à demain bien sûr.

mardi 12 février 2013

La Grande Sophie chante à Vélizy(78) .. et à Palaiseau (91) bientôt

Victoire de la musique ou pas j'avais décidé bien avant de connaitre le palmarès d'aller écouter La Grande Sophie au Centre d'art de l'Onde. L'affluence était maximale ce soir et il ne restait pas un siège de libre dans la salle vélizienne.

La Place du fantôme a été couronné Meilleur album de l'année, et je peux vous dire que Sophie était à la fois très heureuse, très fière, et un peu génée par rapport à Françoise Hardy qui concourrait dans la même catégorie. Elle admire beaucoup cette artiste pour qui elle a écrit une chanson ... mais Françoise a du se réjouir pour sa cadette puisqu'elle lui a adressé un gentil mot de félicitations.

Françoise Hardy connait bien La Grande Sophie qui lui a écrit la chanson Mister pour l'album La Pluie sans Parapluie en 2010. Cette année là elle offre Personne à Sylvie Vartan qui l'inclue dans Soleil Bleu. deux ans plus tard ce sera Dans les bras d'un pompier (musique et chœurs), pour l'album concept ElleSonParis, titre chanté par Romane Bohringer.

Mais c'est surtout pour elle-même qu'elle compose. Des mélodies qui oscille entre le plein soleil et les zones d'ombre qui m'ont fait choisir un cliché un peu trop flou, certes, pris après le concert qui témoigne du coté insaisissable d'une artiste toujours souriante. Après une résidence au Café de la Danse en mars, et un Trianon en mai, c'était à l’Olympia que La Grande Sophie avait retrouvé le public parisien, dans le cadre de sa tournée pour La place du fantôme, et dont Vélizy fut une étape.
Une brève première partie a permis au duo composant Hi Cowboy de faire entendre leur talent prometteur, puissant et mélodique.
La Grande Sophie s'est installée à l'abri des projecteurs dardant leurs rayons sur le public. Elle dira plus tard que la salle est "drôlement impressionnante", sans doute en raison de son inclinaison. Le tour de chant commence avec un titre du dernier album Ma radio (piste 6) qu'elle chante sans sa traditionnelle guitare, en frappant des claves pour appeler d'entrée de jeu les spectateurs à taper des mains, ce qu'ils font volontiers sans se douter qu'ils sont partis pour deux heures d'accompagnement en oubliant le temps qui passe.

La scène est habillé d'un camaïeu de rectangles bleus et gris évoquant un Mondrian mélancolique et nostalgique des années 60/80.
Tu fais ton âge (piste 7)... même si ce n'est pas facile de compter les saisons s'accorde bien avec les arbres d'automne. La roue tourne, Sophie nous remercie d'être là,prend sa guitare, et poursuit avec un titre de l'album Des vagues et des ruisseaux, Quand le mois d'avril (piste 2) ... devant un décor kaléidoscopique et stroboscopique (rendant la photographie très aléatoire) qui la fait paraitre minuscule alors que plus tard, déchaussée de ses bottines à talons aiguilles elle paraitra bien plus grande.
Elle poursuit avec On savait, une chanson qui avait sa place dans deux albums, Toute seule comme une grande,  Et si c'était moi qu'elle accompagne avec une guitare roue flamboyant, électrique en diable. Qui avait la solution pour ne jamais devenir grand ?

Grandir, pourquoi pas, mais vieillir, c'est effrayant. Surtout quand on ne pourra plus que Sucrer les fraises  (piste 4 de La Place du fantôme) la haut sur la falaise ... un jour. Car rien n'arrête l'appétit du temps.      

Mais rien n'arrête non plus la chanteuse qui enchaine en caracolant ma romance et c'est là le paradoxe de cet album, profondément intimiste et pourtant tout à fait adéquat pour faire se lever une salle entière qui se met à chanter à tue tête avec une vitalité joyeuse.

Faire exister le fantôme caché au fond de moi ne semble faire peur à personne. Sophie frappe sur le bois de sa guitare, tourne et tourne. Le public se déchaine.
Le ton est plus doux avec la suivante. Elle pourrait être un jour heureuse ... elle rêve d'une vie délicieuse, elle a du soleil dans la voix ... 
L'ambiance reprend sa tonalité rock. Sophie laisse de côté sa guitare et nous défie : on va voir si votre joie tient au bout de vos doigts pour qu'on l'aide à trouver Du courage.
Retour à la Place du fantôme (piste 10) avec Suzanne, un titre très mélancolique qui évoque Léonard Cohen à qui elle dit ne pas avoir cherché à rendre hommage. C'est simplement un prénom qu'elle aime beaucoup et qui lui a inspiré une chanson lumineuse et nostalgique à la fois, ponctuée de longues vocalises, accompagnées par les notes aux accents métalliques de sa célèbre guitare à la bandoulière marquée d'une tête de mort.
Ne m'oublie pas (piste 3 de La Place du fantôme ) démarre sur quelques notes en boucle obsédante. Elle déchaine le public qui exécute une très longue reprise. Je ne pense pas qu'une seule personne soit restée assise et silencieuse. Le pleins feux sont allumés pour que la chanteuse réalise l'implication On ne risque pas de l'oublier sous la plume de l'oreiller ...
Ecris moi (piste 9)est une supplique plus paisible. Le camaïeu gris-bleu convient bien à sa tonalité. Bref moment lyrique avant le Bye bye etc (piste 1) qu'elle ponctue à coups de mailloches sur le tambour que l'on entend comme autant de bang-bang.
Je suis ton ombre
Je suis ton brouillard
Ton symptôme
Ou ton cauchemar
Je suis ta peur
Et ton échec
Dans ton royaume

Cette fois ce sont de simples maracas qui ponctuent les paroles de ce royaume (piste 5). Et pus retour de la guitare rouge pour accompagner mon docteur , une chanson un peu surréaliste d'un album plus ancien, Le porte bonheur, qu'elle exécute avec quelques mouvements de poupée mécanique.

Elle nous surprend avec Don't get me wrong, une reprise des Pretenders avant de chanter Quelqu'un d'autre, le célèbre titre de l'album Des vagues et des ruisseaux, de dire un peu brusquement au-revoir et à bientôt ... à Palaiseau (91) où elle donne un concert jeudi.


Premier rappel pour la très belle reprise de la chanson de Barbara, Dis quand reviendras-tu ? qui clôturait magnifiquement le précédent album. Elle s'assoit sur un haut-parleur pour poursuivre avec Petite Princesse, les yeux dans les yeux des spectateurs des premiers rangs.

C'est le moment qu'elle choisit pour descendre de scène et monter dans les gradins, sans cesser de chanter pour un public aux anges, très à l'écoute de ce qui peut se trouver derrière le rideau blanc.

Elle ordonne : ceux du fond passez devant, et vous qui êtes devant allez derrière. Mélangez-vous !  Soyons rassurés elle entonne Je ne changerai jamais avant de disparaitre en provoquant une exigence de rappel encore plus forte.

Elle revient pour Martin, un autre titre de l'album Toute seule comme une grande avant d'achever par Peut-être jamais (piste 2 de la Place du fantôme) où le mot "peut-être" est la touche optimiste qui contrebalance la fatalité ... dans une autre vie, un autre monde, une autre chance.
On a dit qu'elle avait eu besoin de se délester d'un poids, cela semble fait. Et même s'il est probable que son obsession du temps qui passe ne s'atténue que partiellement elle a su mettre des lots sur un ressenti que l'on partage facilement.

Elle nous promet de beaux rêves cette nuit, dès qu'on posera la tête sur l'oreiller pour peu qu'on ne l'oublie pas ...

Deux heures de concert avec un public debout la moitié du temps. A croire que cela donne une pêche d'enfer parce que Sophie est restée un long moment dans le hall de l'Onde, pour signer des autographes, répondre quelques questions, avec son sourire inoxydable, et sa voix douce.
Une poignée de fans ultra fidèles était là, évoquant avec elle le souvenir de la tension de la soirée des Victoires de la Musique. Les Sophistos, c'est leur nom, avaient une jolie surprise. Audrey, la guitare à la main a interprété une de ses chansons, paroles revisitées biens sûr, qu'elle a écoutée en compagnie de ses musiciens avec un plaisir non dissimulée, tranquillement assise sur la "banque".

La fatigue et la faim pointaient mais elle a accepté volontiers de partager la bouteille de champagne que ses admirateurs avaient apportée. Rendez-vous à Palaiseau ... évidemment ou sur une autre ville de la tournée.

Site officiel de La Grande Sophie

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