Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 8 juillet 2016

La chambre aux confitures

J'avais reçu un communiqué de presse m'annonçant l'ouverture d'une boutique de la Chambre aux confitures rue de Buci (Paris) mais je n'avais pas l'intention d'y accorder de l'importance.

Le mail est parti à la corbeille sans que je note qui me l'avait envoyé. Je ne peux pas parler de tout sur le blog et je trouve qu'on peux fort bien faire tout seul ce genre de choses. Ça c'était avant. Avant que je ne passe par hasard quelques jours plus tard devant la devanture et que j'entre ...

Je scrutais un pot de couleur étonnante en vitrine, me demandant comment une confiture abricot-lavande pouvait être aussi blanche quand la vendeuse m'a semblé vouloir me dire quelque chose.

J'ai passé la porte et j'ai été séduite d'emblée. Par le décor qui évoque l'univers de la beauté. Par l'organisation extrêmement radicale et néanmoins bucolique de la boutique. Par la patience de la vendeuse manifestement prête à répondre à toutes les questions.

Et surtout par la possibilité de goûter tout, absolument tout. Autant savoir de quoi on parle. Je me suis donc mise à l'ouvrage. Je n'ai pas plongé une cuillère dans chacun des pots que vous pouvez voir sur la première photo (et il y en a autant sur le coté droit du magasin) mais dans un nombre assez important néanmoins. Et puis j'ai tourné plusieurs couvercles. La bonne odeur et la délicatesse des parfums a fini par me convaincre.
Tout est bon. Très bon. Parfaitement équilibré en fruits et en sucre. Même le marron glacé n'est pas trop sucré. Je ne peux que faire des compliments. Et j'en suis heureuse. Cela m'a franchement réjouie de constater combien on pouvait être créatif avec un produit à la base très simple.

La boutique s'affirme comme une délicieuse épicerie fine, entièrement consacrée à la grande passion de sa fondatrice, Lise Bienaimé, celle de la confiture, qu'elle décline de toutes les manières. En version sucrée évidemment, mais aussi salée, en confit et même en bougie (blanche ... comme celle qui m'avait intriguée en vitrine).

La jeune femme s’inscrit dans la lignée de son arrière-grand-père, Joseph Soulier, qui avait son propre commerce de produits fins, au 139, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. Il y confectionnait ses conserves de fruits sans doute avec un même amour du travail bien fait.

jeudi 7 juillet 2016

Les effets du hasard de Marie Leymarie chez Syros

Je fais une (petite) cure de littérature jeunesse. Si j'avais besoin d'un prétexte je dirais que c'est pour donner de bonnes idées de lecture aux ados histoire de les distraire un moment de leurs tablettes et autres objets connectés. Mais plus honnêtement je peux reconnaitre que lorsqu'un livre est bien écrit peu m'importe la cible.

Je peux m'extasier face à certains albums soit disant adressés à des enfants de moins de 5 ans. La justesse de ton de l'Arbre sans fin de Claude Ponti n'a pas d'égal pour aborder la mort avec un enfant. Comme Max et les Maximonstres de Maurice Sendak pour discuter avec lui des effets de la colère.

La couverture des Effets du hasard se veut sans doute attractive pour une cible ado. C'est toujours assez flashy chez Syros qui espère sans doute retenir l'attention et promettre une certaine facilité de lecture. Je ne suis pas convaincue et ce n'est pas ce qui m'a motivée (je dois convenir que si ce livre n'avait pas fait débat au cours d'une réunion du Comité lecture du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse je n'aurais même pas songé à l'ouvrir).

Ce n'est que maintenant que je remarque le code barre après le nom de l'auteur, sans doute une allusion à la manière dont les parents choisissent leur progéniture sur catalogue. Dans ce meilleur des mondes post XX° siècle il est conseillé de commander son enfant en s'appuyant sur des caractéristiques physiques objectifs, comme la couleur des yeux, et surtout de tenter d'obtenir le meilleur investissement QI/Prix en tentant d'obtenir un enfant ultra intelligent.

On ne s'endette pas pour la vie en achetant une maison mais ... un bébé, que l'on veut parfait, cela va de soi.

En cas de déception, il est garanti qu'on peut rendre l'enfant qui sera en quelque sorte soldé à une autre famille. Dis comme ça le roman semble inhumain alors que cette fiction (ouf, c'en est une), racontée du point de vue d'une adolescente hypersensible, se découvre avec plaisir. Maïa a hautement raison de se demander (de nous interroger) sur la probabilité d'être plus heureux avec un QI d'au moins 132.
Maïa a les yeux noisette, les cheveux châtains, un petit nez légèrement retroussé et un QI de 117. Elle correspond en tous poinst aux critères choisis par ses parents sur catalogue, quinze ans plus tôt. Un soir, elle est abordée par Anthony, un garçon aux yeux verts. Maïa accepte de prendre un verre avec lui, bien qu’il lui semble beaucoup trop intelligent pour elle. Le garçon vit seul avec sa mère ... qui l'a fabriqué elle-même. La situation est impensable pour la jeune fille.
Parce qu'on y traite la question du faux-semblant suivi dans l'espoir de toujours répondre aux attentes. Et c'est bien un aspect universel de la relation parent-enfant. Je me suis souvenue de ma fille me disant, à propos d'un échec à un concours : je sais que je t'ai déçue. Et moi de répondre : non tu ne m'as pas déçue, je suis déçue pour toi. (l'année suivante elle remportait ce concours haut la main)

Les enfants craignent tous de ne pas être aimés pour ce qu'ils sont. Avoir des doutes sur sa filiation fait partie inhérente des questions existentielles de tous les adolescents.

Est-il vrai que plus on rêve, plus on est déçu ? Le processus d'attachement suit-il un schéma immuable ? Tomber amoureux peut-il être considéré comme une maladie bénigne de l'adolescence (p. 20) et se traiter en avalant quelques cachets ? Le sentiment amoureux est-il une addiction dont il faut se préserver ? (p. 45)

Tout en transposant ces questions dans un univers de science-fiction, Marie Leymarie nous fait partager les inquiétudes et les espérances de Maïa, Lily, Anthony. Elle pointe fort justement que pour développer son intelligence un enfant a d'abord besoin d'être aimé. Et elle revisite subtilement le vieil adage de nos parents : passe ton Bac d'abord !

Elle développe aussi une réflexion sur les conditions de vie et l'autonomie qu'on accorde (ou non) à la jeunesse: la liberté est ce qui nous rend humain, alors que la sécurité nous permet seulement de rester en vie (p. 114). Quelles sont les limites que l'on peut franchir par amour, ou par amitié comme va le prouver Lily en prenant de gros risques pour rendre service à Maïa.

Néanmoins les propos qui sont développés ne sont pas si éloignés d'une réalité qui se rapproche à grands pas. La politique sécuritaire rogne sur nos libertés. Des bracelets électroniques de plus en plus sophistiqués mesurent déjà toutes nos actions. Les médicaments "anti–amour" existent, même s’ils ne sont pas commercialisés. Les couples qui ont recours à la Gestation pour Autrui peuvent choisir leurs donneurs sur catalogue (y compris en Europe) et les dérives sont inquiétantes. Mais l'humain restera toujours imprévisible, justifiant le titre de ce livre qui est le dixième écrit par Marie Leymarie.

Née en 1974, l'auteure a suivi des études de russe. Elle a exercé le métier de documentaliste dans les cités de Seine-Saint-Denis et animé des ateliers d’écriture avec des élèves en difficulté. C'est au cours d’un congé parental qu'elle écrit son premier roman et devient traductrice d’anglais.

Les effets du hasard de Marie Leymarie, Syros, en librairie depuis mars 2016

mercredi 6 juillet 2016

La grande panne de Hadrien Klent

Hadrien Klent a conçu La grande panne avec des clés de lecture qu'il donne sur son site mais qui ne sont pas indispensables à connaitre au préalable pour apprécier le roman. Il ne dit pas tout, loin de là puisque son nom de plume est un pseudonyme.

Son premier ouvrage Et qu’advienne le chaos (Attila – 2010 / Le Tripode – 2014 – Collection Météores) était de la même veine.

L'auteur déplace le curseur de notre logique très sensiblement si bien que l'on trouve cette fiction raisonnablement plausible : commençant comme une série catastrophe, déroulant l’agenda d’une cellule de crise, La Grande Panne se transforme peu à peu en un roman mêlant les histoires d’amour aux arcanes du pouvoir, les trahisons amicales aux menaces d’attentat, la surveillance policière aux banalités d’une vie suspendue à l’attente du retour à la normale.

Parmi les personnages (assez hauts en couleurs) on croise :
  • un révolutionnaire qui rêve de mettre en place une insurrection civile,
  • des conseillers qui tentent de contenir les humeurs d’un président de la République désabusé,
  • un écrivain improductif qui observe son île devenue le centre hystérique d’un pays en état de choc,
  • un brocanteur qui se trouve embrigadé malgré lui par un service secret étranger,
  • un journaliste revanchard qui fait le portrait d’une France en apesanteur.
Le point de départ qui s'ancre dans un possible acte terroriste prend appui sur une atmosphère que l'on connait depuis quelques mois, un terreau propice à l'angoisse et à tous les fantasmes. Une explosion dans une mine italienne provoque un immense nuage qui menace de s'enflammer. Une coupure électrique générale est décidée par le Président de la république pour préserver les populations. Préserver ?

On n'aurait pas pensé que le graphite puisse être un élément aussi dangereux. Comme l'anticipe judicieusement l'auteur (p. 82) que le bon vieux graphite des crayons à papier prenne feu à cause de l'électricité d'une ligne haute tension cela peut sentir le complot.

Je n'ai pas cherché à vérifier, préférant me laisser emporter par l'intrigue, si bien construite, émaillée de retournements de situation bien ficelés. L'abandon de la prison ultra sécurisée (mais toute électrique) est savoureuse. Et l'installation du gouvernement sur l'île de Sein est insolite, presque exotique.

L'écriture est parfois hachée, enchainant des propos qui sont à la limite d'un langage parlé, ou disons intérieur, parce que malgré tout le niveau de langue est toujours très choisi. On se sent du coup comme une ombre légère infiltrée entre des protagonistes qui s'épient. On se faufile en abolissant les distances, tantôt sur Sein, tantôt à l'Elysée, ou en Italie ...

Hadrien Klemt connait son sujet et la psychologie des personnages. Il doit sans doute travailler dans les cercles du pouvoir. Qu'importe. J'ai apprécié le roman pour ce qu'il est, une oeuvre de fiction. Tout est intelligemment pensé, de la couverture qui évoque des lignes haute tension, jusqu'à la play-list qui recense les musiques préférées des protagonistes. Avec entre ces deux extrêmes un contenu électrique ! N'oubliez pas d'aller sur le site de l'auteur une fois le livre refermé pour en savoir plus sur la construction de l'intrigue et en apprendre davantage sur le contexte qui sous-tend le roman.

La Grande panne, de Hadrien Klent, Le Tripode, en librairie depuis le 21 avril.
Photo Vincent Le Beux

mardi 5 juillet 2016

Ensoleil'ade Apéritif ou Cuisine, je ne veux plus m'en passer

En général je suis méfiante quand un communiqué de presse m'annonce un produit extraordinaire. Par chance ma curiosité l'emporte malgré tout et je me dis qu'il faut gouter avant de juger. Et cette fois c'est carton plein !

La société Sud'n'Sol a été le pionnier de la tomate mi-séchée marinée qu'elle commercialise sous la marque Ensoleil'ade, ce qui nous ramène un peu avant l'an 2000.

L'entreprise a développé un savoir-faire qu'elle applique depuis à de nombreux légumes. Leur sélection est rigoureuse avant l'étape suivante, consistant à les griller ou à partiellement les sécher, avant de les mélanger à des huiles et des herbes aromatiques caractéristiques des saveurs méditerranéennes.

Les tomates cerises confites sont un régal. Soit nature, soit enfilées sur des mini brochettes pour émoustiller une salade (je les intercales alors avec des morceaux d'artichauts grillés qui sont préparés suivant le même processus), soit encore en ajout à des pâtes ou même du riz. Une fois découvertes on ne peut plus s'en passer. Je parle pour moi.
Préparées à partir de tomates cerise fraîches, découpées en deux, mi-séchées puis mélangées à des huiles et des herbes aromatiques elles sont garanties sans conservateur. Elles sont conservées dans de l’huile de colza, qui permet une conservation 100% naturelle du produit tout en préservant les saveurs des légumes.

Après dégustation, la marinade délicieusement parfumée par les tomates cerise ou par les quartiers d’artichauts et ses épices, peut être utilisée dans les préparations de salades, pâtes… Rien ne se perd.
Je me suis sentie en confiance pour essayer les 3 versions de la gamme légumes à la plancha d'Ensoleil'ade Cuisine. J'ai apprécié qu'il n'y ait ni additif ni conservateur, leur bon goût de légumes cuisinés, certains fondants, et d'autres à la texture légèrement croquante. On peut les consommer à température ambiante, et c'est ainsi que je les ai ajoutés à de la salade verte, un reste de pâtes et quelques quartiers d'oeufs durs. Le plus grand des saladiers Apollia a vite été "nettoyé".
les sachets se réchauffent en 2 minutes au four à micro-ondes et l'assiette est alors une pure gourmandise qui ferait aimer les légumes au carnivore le plus irréductible.

Chaque recette est une combinaison gourmande, originale, pratique, qui évoque la cuisine méditerranéenne sans être trop typée non plus. L'assaisonnement est subtil, et la cuisson presque al dente sans être trop croquante. Je les aime beaucoup simplement nature mais le résultat est excellent aussi pour garnir une omelette.
On nous promet des légumes et du soleil dans les assiettes et avec la météo que nous avons connue c'est un avantage supplémentaire.

Trois mélanges de légumes sont proposés au rayon frais Fruits et Légumes, dans des sachets de 240 g prévus pour 2 personnes avec une DLC de 21 jours :
• Le Mix Provençal (aubergines, courgettes, poivrons,  agrémentés d’oignons)
• Le Mix Printanier (courgettes, carottes, asperges vertes, oignons)
• Le Mix Poivrons (lamelles de poivrons rouges, poivrons jaunes, oignons)
Il est rare que je sois autant ultra enthousiaste mais après avoir prolongé l'expérience en ouvrant quatre des variétés de la gamme Apéritif je suis conquise à 100%.

La Tapena' à base d'olives noires restitue la saveur particulière de la Kalamata que je connais bien. La Tapena' tomates cerise est à peine sucrée.  La Tapena' poivrons rouges frais puis confits n'a aucune amertume. Je l'apprécie tartinée dans un sandwich sous une tranche de jambon et de salade verte.

Le houmous est parfait, bien entendu à base de pois chiches mais absolument pas farineux. Tous sont garantis sans conservateur. Ce sont des alliés pour les apéritifs, salades, sandwiches, pâtes, pizzas, tartes, bruschettas…

Nous les avons aimé "nature" sur du pain frais ou grillé, ou accompagnées de chips (les Bret’s bretonnes soit saveur Tapenade, soit saveur Fromage frais & Fines herbes, avec son subtil parfum de ciboulette et aromates, qui se mêle à l’onctueuse saveur du fromage).
Très vite je me suis mise à oser des combinaisons comme pain de campagne/fromage de chèvre/tapenade poivrons séchés/câpre de Sicile, avec un verre de vin blanc très frais (avec modération). Ou comme pain grillé /houmous/basilic.
Et quand il me reste de la tapenade noire je la délaye avec un vinaigre de framboise pour assaisonner un saumon.
A vous de tester mais je n'ai aucune crainte de recevoir un commentaire négatif. Notre seul point de désaccord concernera peut-être votre préférence en terme de parfum. Il y en a tant. L'houmous à la menthe sera ma prochaine évasion.

lundi 4 juillet 2016

Les garçons ne tricotent pas (en public) de T. S. Easton

Il y a quelques jours je découvrais le roman d'une très jeune italienne, Dans le silence de ton coeur et il me semble que celui de T.S. Easton en est la version masculine.

Les garçons ne tricotent pas (en public) rencontre un vif succès. Mérité certes et je suis tombée moi aussi sous le charme du jeune anglais Ben Fletcher dont j'ai été heureuse de constater que l'exercice du tricot allait contribuer à le remettre sur le bon chemin.

Néanmoins, ce livre a été écrit par un adulte qui a déjà publié une trentaine de livres (sous des pseudos différents), ce qui rend à mes yeux la performance moins touchante que celle d'Alice Ranucci, nettement plus authentique dans son propos.

Il n'empêche que je trouve de multiples qualités à ce roman qui se lit facilement. Il démonte les clichés. A propos de la rédemption consécutive à un épisode de délinquance, et à propos aussi du tricot qui n'est pas un truc de filles. A l'origine il était interdit aux femmes comme on nous le rappelle (p. 57) et -cela je le savais aussi- tricoter est apaisant. Cette activité s'exerce avec lenteur et implique de laisser tomber des pensées obsessionnelles qui nuiraient à la concentration. La moindre erreur se verra et nuira à l'ouvrage.

Le tricot est binaire. Une maille endroit d'un coté est "envers" de l'autre, et réciproquement. Il n'y a que deux choix possibles et ces deux seuls choix offrent une infinité de combinaisons. C'est assez excitant quand on le découvre. Tricoter devient une gymnastique de l'esprit qui permet assez vite de considérer les difficultés sous un autre angle. De ce fait cette activité structure la pensée. Je pourrais donner beaucoup d'exemples puisés en littérature et dans le cinéma mais ce n'est pas le sujet de cette chronique.

Revenons au jeune homme qui après avoir et entrainé par ses potes à voler de l’alcool dans un supermarché, doit suivre un "parcours de probation" pour jeunes délinquants et, choisit dans ce cadre, s'inscrire par défaut… à un cours de tricot parce que les autres propositions lui déplaisent davantage.

Pour que ses parents, ses professeurs et ses copains ignorent cette épreuve ... Ben va se retrancher derrière une série de mensonges qu'il ne pourra plus contrôler quand son activité le conduira à la notoriété.

Hormis la couverture, totalement hideuse, qui se veut peut-être refléter un humour anglais que je ne comprends guère, le livre, écrit sous forme de journal, est très réussi. On y croise une mère prestidigitatrice, un père démissionnaire, des parents qui multiplient les allusions grivoises, une graine d'écrivain cherchant à réitérer le succès de Cinquante nuances de grey, une jeune prof amoureuse d'un footballeur, une vieille dame indigne et d'autres personnages plus déjantés les uns que les autres, qui au final tordent le cou aux stéréotypes.

Le tricot est un loisir qui sombre dans l'oubli et revient à la mode. Ce roman va relancer des vocations.

Les garçons ne tricotent pas (en public), de T.S. Easton, traduit de l'anglais par Anne Delcourt, chez Nathan, en librairie depuis le 10 mars 2016. A partir de 13 ans

dimanche 3 juillet 2016

Fromages (et quelques vins) de Savoie

Modes, tendances, injonctions alimentaires ... j'essaie de faire le tri tout en étant si possible objective ... et sans oublier la gourmandise parce qu'elle fait partie de la vie.

Un des axes que je ne sacrifierai pas c'est en tout cas ce qui touche à notre patrimoine. Sauf si, mais je n'ai pas d'exemple qui me vienne à l'esprit pour la France, il y avait des pratiques vraiment répréhensibles (même si manger des huitres vivantes doit sans doute être immoral).

J'espère ne pas me contredire avec des précédents articles en vous relatant ce que j'ai appris aux dernières rencontres de Cambremer à propos des AOC-AOP de Savoie en matière de fromages. S'agissant du vin, je vous en parlerai avec plus de détail une fois revenue d'un petit périple en vignoble à la fin du mois.

La Savoie était l'invité d'honneur de Cambremer en mai 2016. Cette région n'est pas dans la même situation que d'autres en matière de protection de ses Identifications Géographiques.
Plusieurs fêtes des fromages auront lieu cet été comme tous les ans. Ce sera l'occasion de découvrir les 7 fromages de la région ... et bien entendu aussi la vingtaine de dénominations géographiques et les 3 AO régionales (Savoie, Roussette et Seyssel) en matière de vins car la diversité des vignobles est forte avec des cépages locaux très implantés. Sans omettre l'IGP pommes et poires de Savoie.

La dégustation sera sans doute plus authentique encore sur un des chemins de randonnée répertoriés par le site Fromages de Savoie. Une soixantaine de sites proposent des visites libres ou guidées, des échanges et des rencontres à vivre en coulisses.

Vous constaterez que la Savoie, si blanche en hiver, devient verte en juillet-août, révélant les paysages sous un autre jour. La cohabitation entre agriculture et tourisme n'est pas "naturelle" et le partage du territoire est un sujet polémique. L'allongement de l'enneigement souhaité par les stations influe sur la qualité des fourrages. On oublie que sous la neige se trouvent les pâturages... et que les animaux se nourrissent à longueur d'année.

Le territoire est heureusement favorable à la pousse de l'herbe. Il pleut plus en Savoie qu'en Normandie (je ne devrais peut-être pas le clamer). Les pratiques fromagères y sont historiques autour d'une organisation collective très développée qui n'est pas transférable en Chine. Et tout est mis en œuvre pour garder la flore qui vient de l'animal.

Avec l'emploi de races locales qui ont des caséines particulières, des pratiques d'ensemencement, l'entretien d'une large biodiversité (une prairie de montagne peut contenir 50 espèces végétales), on sait que 50 g de fromage au lait cru contiennent au moins un milliard de bactéries. C'est peut être ce "réservoir" qui va constituer notre immunité de demain.

Les vaches sont de races Tarine et Abondance et les chèvres sont essentiellement de race alpine. Elles sont nourries d'herbe pâturée et de foin. Leur lait confère une texture particulière pour un fromage de chèvre. Il est exclusivement fabriqué par des fermiers depuis le XVII° siècle, à la main et selon une technique unique pour un fromage de chèvre, ce qui lui confère une texture particulière. En effet le Chevrotin est une pâte pressée non cuite à croûte lavée que je vous conseille de goûter. Il est très particulier (et excellent de mon point de vue).

Coté vaches, ce sont les AOP plus connus d'Abondance, Beaufort, Reblochon de Savoie, Tome des Bauges et les IGP Emmental de Savoie et Tomme de Savoie. D'autres goûts, d'autres saveurs que les AOC normandes ... La France est bien le pays des fromages.

samedi 2 juillet 2016

Vivre végane de Gwendoline Yzèbe

Hier j'écrivais que les influences étaient de plus en plus prégnantes en cuisine. Il y en a une qui a le vent en poupe et je reconnais que je ne suis pas encore une adepte, même si l'idée m'est de plus en plus sympathique, c'est le mouvement végan. Sauf que derrière ce mot je ne mettais jusque là que le terme de "végétarien de l'extrême". Ce n'est pas tout à fait cela.

L'idée n'est pas de faire du prosélytisme, de prétendre savoir ce qui est bien ou mal. Mon objectif est de comprendre.

Pour résumer, vivre végane, c’est manger, porter et utiliser des produits qui ne sont pas issus de l’exploitation des animaux. Mais pas que. C'est aussi adopter une attitude altruiste, préserver l’environnement et se soucier de sa santé, parce qu'on réduira le risque de maladies. Et Gwendoline Yzèbe ne manque pas d'arguments pour nous convertir à un tel mode de vie. Ou en tout cas à faire des efforts dans cette voie.

Gwendoline est une trentenaire, journaliste le jour, auteur la nuit,  passionnée d'écriture, de cuisine, de voyages et de sport.

Sa pratique du véganisme est venue petit à petit. Après avoir partagé ses réflexions, ses découvertes et ses bonnes idées sur le blog Un courant de vert, elle les a publiées dans un livre. Son principe de vie est que le monde de demain se construit dès aujourd’hui. Et j'ai découvert que Voltaire avant elle pensait pareillement.

Si on peut être végan et mal manger (p. 70) ce qui est honnête à dire, vivre végane peut ne pas être synonyme de tristesse. Cela peut être au contraire un pas pour vivre mieux, sans forcément faire de gros sacrifices. Cela devient accessible en modifiant un peu nos habitudes, bien entendu en terme d'alimentation (il y a donc des recettes, conseils nutritionnels et guide d’achats), de soins cosmétiques (on trouvera des adresses et blogs) et aussi de vêtements.

Ce qui m'a plu c'est la démarche d'information de l'auteure qui ne cherche pas à convertir à tout prix, seulement à montrer que la cuisine végétale est créative, et qu'on peut abandonner la viande sans être dans la privation.

En effet, j'ai moi-même considérablement diminué ma consommation de produits carnés, sans doute influencée par les affreuses images d'abattoirs infligeant d'horribles sévices aux animaux. J'ai bien compris que la production d'un kilo de viande est plus "couteuse" pour la planète que celle d'un kilo de légumes.

Je sais préparer moi-même mes cornichons et comme vous le savez cuisiner n'est pas une punition. Aucun mérite donc à ne pas consommer de plats préparés. Et ma recette de guacamole est très proche de la sienne.

Certains comportements me sont naturels. J'adore les vêtements dit de seconde main et je suis adepte du recyclage. Couture et tricot ne m'effraient pas. Ce n'est pas sorcier de faire un petit sac où glisser le strict minimum pour sortir : portable, clés et agenda.
Et cela m'amuse d'imaginer les bijoux que j'assortis à mes robes. J'ai ainsi noté que je me trouve sur le chemin sans l'avoir présumé.
Evidemment je déteste le gâchis. Si je le pouvais je me déplacerais uniquement à bicyclette. Et coté cosmétiques je peux difficilement réduire mon impact écologique puisque je ne me maquille jamais. 

Je vérifie systématiquement les étiquettes et suis adepte du made in France. Je sais que l’ouvrier asiatique qui a fabriqué le vêtement vendu 29 € en Occident gagne moins de 20 centimes, et que parfois cet ouvrier est ... un enfant. Sans compter que l'industrie textile est très polluante. A ce titre renouveler sa garde-robe en optant pour un vêtement de seconde main peut être aussi un geste social. D'autant que le vintage est à la mode.
Il y a malgré tout une limite au véganisme. A en croire ce que j'ai lu il ne faudrait pas consommer de laine (naturelle pourtant) parce que les animaux qui la produisent sont maltraités. Mais la fabrication des fibres synthétiques est ultrapolluante. Prôner le recyclage contourne maladroitement les deux écueils.

Il n'empêche que Vivre végane pose de bonnes questions ... et apporte (aussi) de bonnes réponses. je n'imaginais pas que consommer des oeufs, du miel ou des plantes pouvait être sujet à caution. Même si ce n’est pas directement lié au véganisme, l'auteure met en avant un mode de consommation plus responsable et produisant moins de déchets. Dans les annexes, vous trouverez toutes les adresses pour faire du shopping, vous informer davantage et découvrir l’univers de nombreuses blogueuses et nombreux blogueurs.

Vivre végane de Gwendoline Yzèbe, depuis le 15 juin 2016 en Livre de Poche

vendredi 1 juillet 2016

Danilo pourrait rendre Paris baba ...

On a tous et toutes un dessert préféré, celui qui nous fait craquer, parce qu'il rappelle un heureux souvenir, parfois accroché à l'enfance.

Je pense l'avoir déjà avoué ici, j'aime le baba.

Je sais pourtant que je ne retrouverai jamais le goût de celui que faisait ma mère, parce que c'était une vraie pâte levée de brioche, avec de la levure de boulanger, qu'elle l'imbibait ni trop, ni trop peu, qu'il cuisait dans un moule à savarin, qu'elle le servait avec une crème pâtissière qui remplissait le centre, et qu'il était joliment décoré de fruits confits merveilleux, cerises et bâtonnets d'angélique.

Il faut savoir tourner la page ... et ne pas se frustrer de jolies découvertes.

Les babas de Danilo Bianco n'ont rien à voir avec ma version proustienne. C'est peut-être la raison qui m'a fait succomber. Ils sont à l'opposé, ce qui fait qu'ils n'entrent pas en compétition avec mon souvenir.

Vous savez peut-être que ce dessert a été conçu pour un roi en hommage à une princesse ... Nicolas Stohrer imbibe un kouglof un peu sec avec un alcool pour satisfaire Stanislas Leczinski, roi de Pologne en exil en Lorraine. Il faut bien lui trouver un nom. Le monarque était admiratif de la capacité de Shéhérazade à capter l'attention du roi de Perse. Il aurait donc spontanément suggéré baba, en référence à Ali Baba, personnage des contes des mille et une nuits.
L'emploi ultérieur du rhum amplifia le coté exotique de ce gâteau dont les napolitains s'emparèrent en réduisant sa taille et en préférant (pour certains) une liqueur citronnée, le Limoncello. Le baba est devenu ainsi leur dessert préféré

Danilo Bianco est né à Ischia, une île juste en face de la grande ville italienne. Il connait tous ces épisodes.

Il est le roi du tiramisu mais il régale aussi les clients de son restaurant avec des babas à la mode napolitaine depuis trois ans.

Etant donné la particularité de la pâte qui doit lever, et bien qu'il pourrait la faire lui-même, il a préféré s'associer avec une pâtisserie. Et c'est en partenariat avec "Eva" du Faubourg Saint-Honoré, qu'il a imaginé une série de déclinaisons qu'il finalise lui-même à la minute avant de les servir.

Sont ainsi nés, pour les grandes personnes :
  • le baba cool, au rhum
  • le babacello, au limoncello
  • le baba bouchka, à la vodka
  • le babatreau, au Cointreau
  • le babagnac, au Cognac
  • le grand baba, au Grand Marnier
  • le baba pop, à la Poire William
Et pour les enfants, ou ceux qui veulent consommer différemment,
  • le red baba, aux fruits rouges
  • le babacar, au caramel
  • le baba choc, au chocolat
  • le babagrumes, aux agrumes

Le fourrage est aussi réussi que les sirops. Ils sont moelleux sans être spongieux, parfumés, pas trop sucrés. parfaits. Je n'ai pas tout gouté. Cela n'aurait pas été raisonnable mais je n'ai trouvé aucun défaut, même au babagnac alors que je préfère de loin le Calvados au Cognac.
Le cuisinier aurait pu en rester là. Ou même ouvrir une boutique dédiée comme ce qu'on a vu surgir avec les choux et les cheesecakes. Il a eu, de mon point de vue, une meilleure idée en s'inspirant des food trucks. Il a imaginé des triporteurs qui viendront au devant des clients dans les endroits les plus mouvementés de la capitale. En quelque sorte une babatoria ambulante.

On peut déjà choisir entre plusieurs formules entre parfum unique (vendus par 3 dans une petite boite ronde) jusqu'au panachage (par 9).
Sont déjà annoncés des sites touristiques comme la Madeleine, le Grand Palais, les Tuileries, la Place Saint-Sulpice, Le Louvre, la Place des Victoires, le Bon Marché ou encore la Place du Marché à Neuilly....

Et bien entendu le restaurant/épicerie fine de DaNilo au 4 rue Corvetto, 75008, Paris. Soit pour les partager entre amis, au bureau, à la maison, ou sur place après quelques tranches de jambon à la truffe (sublime!) avec la boisson phare du moment, le Spritz qui est (aussi) une spécialité de la maison, servi généreusement mais si frais, si bon que le temps de sortir l'appareil photo il s'était, comment dire, ... évaporé ...
Dans le monde culinaire, on parle de plus en plus de tendances (vous remarquerez que le terme de "mode" demeure dans le domaine du vêtement). On pourrait avoir envie de prédire que ce drôle de petit gâteau intemporel pourrait gagner des galons durant l'été, et lui souhaiter de les garder à la rentrée, avec une gamme élargie puisque Danilo réfléchit déjà à des babas salés qui pourront changer au fil des saisons comme le baba Pata Negra ou le baba à la truffe.
Je ne vais pas vous dévoiler la recette de ces bijoux de baba, petits, individuels, aux parfums variés, avec ou sans alcool, donc (et c'est un avantage) partageables avec les enfants. Peu importe le baba pourvu que ... la gourmandise soit satisfaite.

mardi 28 juin 2016

Dans le silence de ton coeur d'Alice Ranucci

Parce que c'est un roman italien, parce que la couverture est dans la même tonalité, et qu'il concerne (aussi) une jeune fille ... j'ai pensé à D'acier de Silvia Avallone ce qui a placé d'emblée la barre à un niveau très haut d'exigence. J'ai regretté de ne pas ressentir une puissance comparable à mesure que progressait ma lecture.

En comprenant qu'Alice Ranucci avait 17 ans quand elle a écrit le roman, l'âge de son héroïne, je suis devenue plus indulgente, et même admirative. Il faut du cran pour exposer son coeur écorché au risque de se faire reprocher son immaturité, son égocentrisme, et sa superficialité.

Voilà comment l'éditeur présente le livre : À seize ans, Claudia est belle, populaire, et obtient tout ce qu'elle désire. Aller en cours ? Obéir à ses parents ? À d'autres ! Elle préfère retrouver ses amis dans les rues de Rome et attirer l'attention de Rodrigo, le plus séduisant garçon du lycée. Sa mère lui reproche son comportement immature et l'oblige même à travailler bénévolement dans un centre pour jeunes immigrés. Claudia s'en moque. Elle la défie toujours plus, se préparant, chaque fois, à subir de nouvelles remontrances. Mais un soir, tout s'arrête. Claudia se retrouve seule, face à sa conscience.

On sait peu de choses de l'auteure si ce n'est qu'elle vit à Rome, qu'elle a été bénévole dans un centre d’accueil de jeunes immigrants et qu'elle écrit également des nouvelles et de la poésie. Dans le silence de  ton coeur a été publié en Italie en 2015 et c'est son premier roman.

L'écriture n'est sans doute pas complètement aboutie (mais je rappelle qu'Alice Ranucci n'avait que 17 ans, et à son âge j'aurais rêvé d'avoir déjà un tel niveau de compétence). Mais comme ça fait du bien de lire un texte écrit par quelqu'un qui n'est pas dans la position de la donneuse de leçon ! Elle aborde des sujets sensibles comme l'alcoolisme, la grossesse, le fascisme et l'immigration dans une Italie que l'on connait mal. C'est authentique, soutenu, sans concession. A découvrir sans tergiverser.

A glisser dans la valise de son ado entre maillot de bains et sweat à capuche.

Dans le silence de ton coeur d'Alice Ranucci, traduit de l'italien par Camille Paul, chez Hachette Jeunesse, février 2016

lundi 27 juin 2016

Huit mois pour te perdre de Marie-Diane Meissirel

Marie-Diane Meissirel est franco-américaine. Après des études en France et à Hong Kong, où elle vit aujourd’hui, elle a travaillé dans de nombreux pays dont la Croatie. Huit mois pour te perdre est publié, hasard du calendrier, alors que l'Europe est en pleine crise identitaire.

Et si le livre explore la violence des sentiments maternels il offre aussi en parallèle un questionnement sur ce qui a secoué la Croatie encore fortement marquée par le conflit yougoslave au moment de son entrée dans l'Europe : on n'en a pas fini avec cette guerre. Et c'est pas parce qu'on va rentrer dans l'Europe qu'on va pouvoir faire comme si tout allait mieux. Tu sais, les Européens, j'aurais préféré les voir quand les Serbes nous tiraient dessus (...) Crois-moi ils s'en fichent bien des Croates, là-bas, à Bruxelles ! (p. 37)

La question des réfugiés est au coeur du livre (p. 47) comme elle agite aussi nos consciences.

L'auteur accroche le lecteur en donnant la parole à l'une puis l'autre femme. Emma et Dunja sont très différente l'une de l'autre, de par leurs origines géographiques, leur culture, leur niveau social, leur manière de considérer la géopolitique et leur approche de la maternité.

La Croatie est un pays que je ne connais en fait que de nom et Marie-Diane Meissirel m'a donné envie de m'y rendre. Une possible destination de vacances en somme.

J'ai entendu en fond sonore les musiques folkloriques des Balkans (comme celles de Goran Bregović) que nous connaissons bien depuis qu'Emir Kusturica les a popularisées dans ses films. J'ai découvert que les chants traditionnels s'appelaient klapa et le nom de chanteurs de variétés comme Oliver Dragojevic (p. 36)

Ce qui m'a manqué, c'est d'abord une carte parce que je n'avais aucune idée de la distance séparant les différentes villes où se passe l'action, et puis, peut-être parce que je bloggue régulièrement sur la cuisine, les recettes des plats qui sont cités dans le livre et que de plus en plus souvent les auteurs ajoutent en "bonus".

Il faudra que je trouve d'autres sources d'information pour envisager le goût du sarma, du strukli et du bajadera (p. 51) qui ne doivent pas évoquer grand chose pour vous non plus.

Ce troisième roman est néanmoins très abouti, avec une intrigue psychologique et policière bien ficelée. Maternité et engagement sont-ils incompatibles ? On reproche tellement facilement aux femmes de sacrifier la vie de famille à leur carrière. A sa manière, et avec subtilité l'auteure interroge su les limites des sacrifices qu'on est prêt à endurer pour sauver son enfant, qu'il soit au seuil de sa vie ou déjà adulte.

Emma est en bute avec une question dont elle trouvera la réponse. Son amour aura-til été une illusion ? Et Dunja comprendra qu'elle ne peut pas vivre (survivre) sans quelqu'un à aimer. Tout un chemin que les deux femmes parcourront en huit mois, pour se perdre ... ou se gagner.

Huit mois pour te perdre de Marie-Diane Meissirel, Editions Daphnis et Chloé, en librairie depuis le 23 juin 2016

dimanche 26 juin 2016

Si vous allez ... en Avignon, mes recommandations pour le Off

J'espère que je ne vais pas en oublier. Je n'ai puisé que parmi les spectacles que j'ai déjà vus, et aimés.

Cela se passera du 7 au 30 juillet, sur le plus grand théâtre du monde, tous en Avignon, dans ce qu'on appelle le OFF.

Il y en a plus de 1300 alors ma sélection est ultra fine. Pour en savoir plus pour chacun, vous taperez dans un moteur de recherche le titre suivi de A bride abattue pour arriver sur la critique que j'ai faite. Ou consulter le site du off. Sauf mention spéciale ils seront joués du 7 au 30 juillet 2016.

Il y en a pour les enfants à partir de 5 ans comme Augustin Pirate des Indes, de Marc Wolters à 10 heures au Théâtre du coin de la Lune, 24 rue Buffon
ou Rose au bois dormant à la Luna, 1 rue Séverine, salle 3 à 10 heures

Certains sembleraient à première vue concerner les enfants mais ils s'adressent à un public averti, comme Fables, adaptation spectaculaire et déjantée de 15 fables de La Fontaine !
Mise en scène Olivier Benoit
Coproduction Compagnie Tàbola Rassa et Théâtre de Belleville
à 19 h 30 Au Théâtre des Lucioles, 10 rue rempart Saint-Lazare
De la chanson avec Benoit Dorémus en Tachycardie, à 21 h
Au théâtre de l'Arrache-coeur
13 rue du 58 ème R.I. Porte Limbert

Kiki le Montparnasse des années folles Hervé Devolder / Milena Marinelli à 16 h 05
Au Rouge Gorge, place de l'Amirande

Des sujets graves, mais traités avec humour comme Maligne
Au Théâtre des Béliers, 53 Rue Portail Magnanen

Et pendant ce temps Simone veille
Au Théâtre des 3 Soleils, 4 rue Buffon à 12h20
De l'humour sans réserve avec
Ça n'arrive pas qu'aux autres
Au Théâtre des Béliers, 53 Rue Portail Magnanen

Avec Marine Baousson à 14 h
Au Théâtre du Palace, 38 cours Jean Jaurès
De l'humour au second degré, avec Ma folle otarie
A 14 heures, Théâtre des Halles, rue du Roi René

L'Affaire Dussaert de Jacques Mougenot à 17 h 10
Au Théâtre des 3 soleils, 4 rue Buffon

Histoire vécue d’Artaud-Mômo
A 17 heures, au Théâtre du Chêne Noir, 8 bis rue sainte-Catherine

Deux spectacles consacrés au star-system : La dernière idole, 
Du 7 au 17 juillet, à 22 h 40, Artéphile, 5 bis rue du Bourg-Neuf

Fabrice Luchini et moi, d'Olivier Sauton, qui joue 2 fois dans 2 lieux différents
10 h 10 : Théâtre du Rempart : 56 rue des Remparts Saint Lazare
13 h 45 : Théâtre Actuel : 80 rue Guillaume Puy

Et puis deux coups de coeur :
Le dîner à 19 h 35 à la Fabrik'Théatre, 10 route de Lyon, Impasse Favot.

Madame Bovary
Au Théâtre actuel à 12H05, 80 rue Guillaume Puy

samedi 25 juin 2016

Le dîner, un spectacle jubilatoire du collectif de la Jacquerie

Imaginez un spectacle où tous les spectateurs occupent le premier rang. Où chacun a participé à la conception de la représentation, laquelle sera d'ailleurs unique.

Une soirée insolite où vous "suivrez" un des cinq personnages comme s'il était votre poulain, attentif à ce qu'il respecte les engagements qu'il a pris avec vous quant à son caractère, son métier, sa situation par rapport aux autres comédiens ...

Vous tremblerez pour lui quand vous penserez que la situation lui échappe. Vous rirez quand il mettra (involontairement) ses camarades en péril. Vous vous sentirez aux commandes du théâtre comme vous pouvez l'être quand vous vous vous adonnez à un jeu vidéo.

Il y a quelque chose de Secret Story dans le concept que le collectif de la Jacquerie a imaginé. Il faut vivre cela au moins une fois (croyez moi on a envie d'y retourner, pour voir un autre "épisode"). Vous ne verrez pas le temps passer. C'est jubilatoire.

Il y a juste une chose à savoir pour éviter toute méprise, surtout pour vous lecteurs qui êtes aussi gourmands. Vous mettrez la main à la pâte (au figuré) pour construire le Dîner mais pas un dîner. Seuls les comédiens mangeront devant vous. Je le précise parce que les spectacles qui combinent culturel et culinaire existent bel et bien.

La trame est toujours identique. Deux personnages vont bientôt quitter l'appartement qu'ils partagent. Ils invitent un couple d'amis et une troisième personne à partager un repas. Toujours cinq comédiens, mais chaque jour un différent de manière à rompre les éventuelles habitudes qu'ils pourraient prendre. Et parfois même c'est le metteur en scène qui s'invite parmi eux sans les avoir prévenus.

J'ai assisté à une avant-première précédent le départ du collectif pour Avignon à la MPT Maison Pour Tous Jules Valles, 61 rue Pasteur – 94800 Villejuif. Je peux vous la raconter pour vous donner une idée de la manière dont les choses peuvent se dérouler. Sachez toutefois que le collectif s'adapte au cadre et que donc chaque début de soirée peut être légèrement différent.
Nous avons été rassemblés à l'extérieur de la salle pour une présentation du dispositif et des comédiens. Une main innocente a attribué à chacun une enveloppe contenant le nom de leur personnage et une liste de questions.
Chacun a drainé vers lui les spectateurs en fonction de la couleur de la pastille collée sur le billet. Nous voilà alors bombardés d'interrogations du type quel est mon métier, dans quel style serai-je habillé, qu'est-ce que je déteste .... Chacun s'exprime et on se met d'accord en votant le cas échéant parmi 2 ou 3 alternatives. On dispose tout de même de 20 minutes chrono ce qui donne le temps d'argumenter.

Un des principes à respecter est que les indications ne soient pas liées entre elles. Si par exemple notre personnage est fleuriste il ne doit pas aimer ou détester les fleurs. Par contre il pourra ne pas supporter de voyager par les transports en commun.
Les comédiens veillent scrupuleusement à cette consigne. Ensuite la tenue est choisie parmi des vêtements accrochés sur un portant.
Le comédien récapitule sous notre contrôle l'ensemble de ses indications et rejoint la scène. Le public est invité à s'asseoir et à choisir trois morceaux de musique. L'un d'entre eux sera joué en introduction et relancé quand le metteur en scène estimera le moment venu de donner ainsi aux comédiens le signale de la fin de la représentation.
Une table, cinq chaises, aucun décor. Chacun doit imaginer son "rôle" sans communiquer avec ses partenaires. Les poignets deviennent des ersatz de prompteur récapitulant les choses à ne pas oublier de dire ou de faire.
Puis ils quitteront la table qui deviendra l'élément central du décor. Chaque entrée se fera en fonction des contraintes précédemment définies. Ensuite, tout ce qui adviendra sera unique.
Les comédiens ont tous une solide expérience dans l'improvisation. Ce sont en général des anciens élèves de l'école Jacques Lecoq où Alain Mollot (le fondateurs de la Jacquerie, malheureusement disparu il y a trois ans) a puisé pour fonder le socle du collectif.

Joan Bellviure avait joué dans la Fin d'une liaison. Il signe avec le Dîner un travail à la croisée d'un théâtre d'art et de recherche, exigeant mais populaire, dans la droite ligne impulsée par Alain Mollot. Il place le public dans une position qui exacerbe son attention, en aiguisant son oeil qui n'est pas seulement critique mais ouvert sur les ressorts de la dramaturgie.

Je suis certaine que les festivaliers avignonnais se régaleront. Et j'espère qu'une tournée s'enclenchera à la rentrée.

Le Dîner, pièce impromptue
Conception et direction d’acteurs Joan Bellviure
Avec (en alternance) Joan Bellviure, Jean-Philippe Buzaud, Olivier Descargues, Véronic Joly, Stéphane Miquel, Maria Monedero, Juliet O’Brien, Richard Perret, Jennie-Anne Walker
Au Festival Off d’Avignon 2016 du 7 au 30 juillet 2016 à 19h35
A La Fabrik’ Théâtre,
10 route de Lyon / impasse Favot – 84000 Avignon

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)