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dimanche 28 octobre 2018

PSY Cause (s) 3 de et avec Josiane Pinson

Josiane Pinson est de retour dans le même fauteuil orange iconique créé par le designer Toshiyuki Kita en 2000.

Pivotant, transformable en chaise-longue avec appuie-tête et repose-pied, il comporte plusieurs inclinaisons, offrant différentes positions réglables par un petit levier et une poignée latérale que la comédienne manipule avec dextérité.

Debout, assise ou allongée, son corps se détache sur la couleur orange, avec sa tenue, elle aussi toujours la même, qu'on a envie de qualifier de combat, en pantalon et tunique noirs, chaussures noires. Seules ses lunettes apporteront une couleur (rouge) complémentaire.

L'énergie est la même. L'humour est toujours aussi caustique mais le temps a passé. Et à croire ce qu'elle va partager avec nous, la vie n'a pas été tendre avec elle depuis 7 ans...  quand je l'avais découverte.

Elle est maintenant debout, au bord d'un gouffre, sur le plan moral  s'entend, parce que recevoir une une leçon de morale de sa mère (Judith Magre, qu'on reconnait immédiatement à sa superbe voix) depuis l'au-delà ce n'est pas banal.

Elle nous fait rire mais nous ne sommes pas des égoïstes. On l'aime Josiane. Alors on souhaite que ce ne soit pas sa propre famille qui lui ait inspiré ce dernier opus tant les déconvenues s'enchainent. Il faut être sacrément armée pour supporter tout ce qui lui tombe sur les épaules. 

Sa vie (de psy) n'est pas de tout repos quand sa petite fille lui présente son arbre ... généalogique. Une famille recomposée XXL.

Quand  sa propre fille veut devenir psy, tout comme elle, tout comme son père aussi, on imagine le potentiel d'embrouilles qui se prépare. Nous sommes d'accord, le karma sera complexe à assumer.

Difficile de garder son calme ... La brave femme aura beau interroger Si je m'énerve ? tantôt dubitatif, tantôt dénégatif, on voit bien qu'elle est au bord de craquer.

D'autant que la dernière confidence qu'elle vient de nous faire ... ça encore c'est rien. Voilà que l'ex de son ex-mari la tanne elle aussi pour la convaincre de s'adonner à une séance (chiante) de tantrisme.  L'ex (mari), Philippe, est lui aussi lourd à porter. Elle est bien bonne de rendre visite à l'hôpital à cet accidenté auquel, bonne fille, elle apporte de quoi se nourrir une semaine, ... que des petits plats faits maison (on a envie de dire cuisinés avec amour).

Mais ça encore c'est rien. Au bout de x peaux de banane on peut craindre pour sa santé ... mentale bien entendu. Rien d'étonnant à ce qu'elle craque : Excusez moi je suis un peu à cran. Fuck la psychanalyse !

Les barrières cèdent. Nous entendrons la chanson réclamée par sa mère pour rendre joyeux son enterrement. Nous quitterons Josiane Pinson sur l'air de Ta Katie t'a quitté de Bobby Lapointe après de chaleureux saluts en espérant qu'on ne lui dit pas adieu mais encore et jours au-revoir.

PSY Cause (s) 3
De et avec Josiane Pinson
Mise en scène de Gil Galliot
Avec la complicité de Judith Magre, Anie Balestra, Achille Orsoni et Bruno Magne
Au Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles - 75017 Paris
Du 21 Octobre 2018 au 10 Mars 2019
Le lundi à 19h
Le samedi à 17h
Le dimanche à 19h30​

mercredi 2 mars 2011

Psy cause (s) de et avec Josiane Pinson aux Mathurins

J’avance et j’ai peur. La voix grave et chaude de la chanteuse Barbara résonne puissamment. La chanson, tirée de l’album du spectacle de Lily-Passion, interprété au Zénith en 86 avec Gérard Depardieu, accompagne le cheminement de la psy. Le choix n’est pas anodin quand on se souvient de l’enfance saccagée de la chanteuse par un père incestuel auquel elle pardonne tout un soir qu’il pleut sur Nantes.

Josiane Pinson réussit la prouesse d’être sérieuse, de faire réfléchir et rire tout à la fois. D’un rire joyeux, jamais grinçant.

La clientèle de son cabinet de psychanalyse compose une galerie de personnages hauts en couleurs quoique très représentative de ce qu’on peut rencontrer dans la réalité.
On a beau la supplier, la première patiente reste mutique : dites-moi deux petits mots avant de partir ! Cela devient culpabilisant de vous prendre votre argent.

Arrive Jeanne avec ses délires. Une voix lui parle de lion, d’éléphant. Une maman prostituée, un papa sapeur-pompier, on progresse, dit la psy, provoquant les rires de la salle.

Vous ne pouvez rien pour moi, proteste la patiente suivante qui refuse d’endosser le rôle de la mère formidable. Elle n’en peut plus d’enchainer les taches ménagères et d’encourager ses enfants à faire leurs devoirs. Mais à quelle heure vont-ils comprendre ? Son fantasme c’est d’être la marâtre de Blanche-neige.
Josiane aussi a ses états d’âme dont elle évacue le trop plein auprès de son ami Pierre, également thérapeute. A son tour elle s'allonge dans son propre fauteuil devenu divan. Elle ne sait pas comment faire pour se protéger. Ce n’est pas donné à tous les praticiens de posséder une vulnérabilité dosée et maitrisée. Comment résister en effet à celle qui se dit pas finie, à la mère d’enfant violée, à madame Gras, celle qui ne fait que vomir, à la femme bloquée qui somatise, à la productrice richissime porteuse d’un phallus interne, à la phobique qui mange une pomme avec une moufle.

Et quand ce ne sont pas les patientes c’est sa fille, Margaux, 13 ans, qui la harcèle avec un énoncé mathématique hermétique, une récrimination ou encore une de ces phrases assassines que les jeunes filles lancent dans les gencives de leurs mères sans prendre garde aux dégâts : tu veux pas tout rater comme ta mère ?

Il y a de quoi craquer. La psy se met elle-même à multiplier les consultations, tente la sophrologie pour éteindre le stress, finit par se jeter sur un lexomyl avant de tomber raide amoureuse d’un apollon provocateur et dangereux, quitte à sortir gravement du cadre.

Elle a franchi le cap de la cinquantaine, cet âge où, parait-il, une femme entre dans l’ère où l’on dit qu’elle est belle … à l’intérieur. Parviendra-t-elle à évacuer ses névroses en soignant celle des autres ?

C’est la comédienne qui écrit elle-même, et avec talent, cette pièce en 2002. Elle l’a présentée au Théâtre du Renard, puis au Festival d’Avignon et au Théâtre du Marais. Elle est maintenant à l’affiche des Mathurins depuis le 18 janvier et on annonce déjà des prolongations jusqu’au 30 avril 2011.

Psy cause (s) de et avec Josiane Pinson
du mardi au samedi à 19 heures
Théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins 75008 Paris.
http://www.theatredesmathurins.com/
Site de l'artiste : http://psycauses.josianepinson.fr/

samedi 28 octobre 2023

Le consentement, film de Vanessa Filho

Le consentement est l’adaptation cinématographique du livre éponyme de Vanessa Springora. Savoir qu’elle avait collaboré au scénario avec la réalisatrice m’a inspiré confiance et décidé à le voir dès sa sortie.

Paris, 1985. Vanessa a treize ans lorsqu’elle rencontre Gabriel Matzneff, écrivain quinquagénaire de renom, dont la société littéraire connait (et ne réprouve pas) le penchant pédophile. La jeune adolescente devient l’amante et la muse de cet homme célébré par le monde culturel et politique. Se perdant dans la relation, elle subit de plus en plus violemment l’emprise destructrice que ce prédateur exerce sur elle.

J’avais lu le livre et connaissais donc « tout » de cette histoire. J’avais aussi visionné la bande-annonce et j’aurais parié sans en voir davantage que Kim Higelin (Vanessa jeune) pourrait recevoir le César de la révélation féminine tandis que Jean-Paul Rouve (Gabriel Matzneff) livrait une interprétation bluffante, elle aussi susceptible d’être primée.

Mon avis a évolué. La réalisatrice réussit un portrait à charge tout à fait légitimite. Elle dénonce la complicité passive allant parfois jusqu’à la protection dont a bénéficié Gabriel Matzneff (qui conservait sur lui une lettre élogieuse de François Mitterand) qui pouvait ainsi se sentir autorisé à ne rien cacher de ses penchants lorsqu’il était invité à la télévision. Seule Denise Bombardier s’est élevée contre lui et ce moment historique est donné à voir en images d’archives. C’est encre plus fort ainsi.

Souvent les gros plans sont terriblement insistants. Les mises au point créent des halos de flous troublants. L’homme devient de plus en plus prédateur et on mesure combien son rapport à l’écriture est malsain. Mais ce qui m’a le plus choquée ce sont de multiples scènes que j’ai parfois trouvé insoutenables. L’accès de folie de Vanessa soutenu musicalement par l’ouverture de Don Giovanni est totalement bouleversant. La chanson de Barbara, Mon enfance, qui accompagne la séquence d’anniversaire des 18 ans est presque insoutenable. Lire cette référence sur le papier est une chose. L’entendre en est une autre.

Le livre était bouleversant. Le film est violent. Était-ce bien nécessaire d’en passer par là ? Le film est interdit au moins de 12 ans et il n’aura donc aucune action préventive à moins qu’on ne considère qu’il puisse alerter les parents. C’est dommage. Bien entendu je recommande sans réserve la lecture du livre.

Le Consentement, réalisé par Vanessa Filho
Scénario : Vanessa Filho avec la collaboration de Vanessa Springora et François Pirot, d'après le livre de Vanessa Springora
Musique : Olivier Coursier et Audrey Ismael
Photographie : Guillaume Schiffman Avec Jean-Paul Rouve, Kim Higelin, Laetitia Casta, Élodie Bouchez, Lolita Chammah, Josiane Pinson …
En salles depuis le 11 octobre 2023

mardi 10 mars 2020

La Bonne épouse, un film de Martin Provost

Martin Provost m'a surprise avec La bonne épouse. Je ne l'attendais pas dans un registre aussi léger, même si son dernier film n'est pas qu'une comédie, loin de là.

Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal sans moufter : c’est ce qu’enseigne avec ardeur Paulette Van Der Beck (Juliette Binoche) dans l'école ménagère dirigée par son époux (François Berléand). Ses certitudes vacillent quand elle se retrouve veuve et ruinée. Est-ce le retour de son premier amour (Edouard Baer) ou le vent de liberté de mai 68 ? Et si la bonne épouse devenait une femme libre ?

L'école ménagère en question est située en Alsace, région "naturellement" conformiste composant donc un cadre idéal pour démontrer comment des femmes asservissaient d'autres femmes. Il y en a près d’un millier en 1968 alors qu'Adamo chante langoureusement Tombe la neige tandis que la comédienne vaporise un énorme nuage de laque sur ses cheveux.

Le moindre geste, la moindre réplique, ont valeur symbolique. Ce n'est pas anodin que Marie-Thérèse (Noémie Lvovsky) annonce l’arrivée d’une jeune fille rousse qui va, selon elle, faire tourner les sens. Nous ne sommes plus au Moyen Âge mais on craint encore la mauvaise influence. Imperturbable, Paulette énonce les sept piliers de l’enseignement. On reconnaît parmi eux le devoir conjugal… qu’elle même a bien du mal à honorer avec un mari plutôt antipathique.

L'idée du film est le fruit d'un hasard, les confidences d'une octogénaire qui avait loué sa maison au réalisateur dans le Cotentin. Elle lui a raconté comment elle avait décidé, après la guerre, de ne pas faire d’études, contre l’avis de ses parents, parce qu’elle préférait aller à l’école ménagère pour rester avec ses copines.

Martin Provost ignorait alors tout de cet enseignement qui date d'une époque révolue et en même temps pas si lointaine puisque la dernière ferma en 1970. On y enseignait la puériculture, l’hygiène alimentaire, la cuisine, l’entretien de la maison, le blanchissage, le repassage, l’entretien des vêtements, la couture, divers travaux manuels, le jardinage, ...
Moi-même, qui ne suis pas octogénaire, je me souviens que ma mère évoquait cela et dans l'école où je suis allée il y avait des cours de couture (pas de repassage) et de broderie, dont la note entrait dans la moyenne générale. Franchement ça me distrayait. J'ai entendu maintes fois l'expression "fil de paresseuse", que l'on reproche à la jeune Ziegler, (Lily Taieb) quand on prenait une trop longue aiguillée ... expression idiote car en général le fil se nouait au milieu et on devait s'y reprendre à deux fois, occasionnant de la perte de temps.

Cela me fut utile toute ma vie, pour le plaisir de réaliser moi-même ce dont j'avais envie (et bientôt ce sera encore plus appréciable quand il faudra réaliser des masques grand public avec des tissus et des élastiques de récupération).

En situant le scénario à la fin des années 60 il le place à une période charnière de l'histoire de la condition féminine. Le port du pantalon est encore mal vu (on m'a refusé un job plusieurs années après au motif que je m'étais pas présentée en robe). Il est indiqué dans le film par la prohibition du pyjama. Et ce n'est pas un hasard si la mère de la jeune fille qui en porte est féministe.

Par contre, au même moment, Ménie Grégoire, psychanalyste de formation, animait une émission de radio d'écoute et de parole de 25 minutes entre 14 heures et 14h30, sur RTL de 1967 à 1982. Cette quotidienne devint très vite un phénomène de société avec 2 millions d'auditeurs et a contribué à briser les tabous de la sexualité et à libérer la parole des femmes. On remarque que les jeunes pensionnaires l'écoute en douce (interprétée en voix off par Josiane Pinson).

Je rappelle que le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines a été tout de même inscrit dans le préambule de la Constitution en 1946 (donc juste après al fin de la Seconde Guerre Mondiale) et qu'en 1965 est votée la loi de réforme des régimes matrimoniaux qui autorise les femmes à exercer une profession sans autorisation maritale et à gérer leur biens propres. Voilà pourquoi la scène où Paulette s'étonne et se réjouit de pouvoir disposer d'un carnet de chèques n'est pas exagérée.

Néanmoins, le principe de l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes inscrit dans la loi depuis 1972 (je dis bien 1972) n'est pas encore appliqué, preuve que le "combat" est loin d'être gagné. Et même si l'image est anecdotique elle est symbolique : Paulette occupe dans le lit la place de son mari quand elle potasse le Code du travail.

Revenons au contexte historique du film. On est globalement dans un monde archaïque. On s’insurge que Guy Lux ne veux plus qu’Anne-Marie Peysson présente Le palmarès des chansons au motif qu’elle est enceinte. Ça va péter, Robert ! pressent sa soeur Gilberte (Yolande Moreau) et elle a bien raison.

En attendant on marche en boucle fermée (pour ne pas dire bouche fermée). On apprend le sauté de crêpes dans les règles de l'art et la recette du strüdel avec du miel et des épicesAnnie Fuchs (Marie Zabukovecse coiffe comme Brigitte Bardot. On orne les draps de son trousseau de monogrammes pour se garantir un avenir (j'ai conservé ceux -en lin- que ma mère avait brodés). Joe Dassin siffle sur la colline. La vie c’est un bateau qui vogue sur les caprices de l’océan du monde.
On peut se moquer de ces institutions qui d'ailleurs ont disparu juste au moment où une certaine Ginette Mathiot -qui laisse derrière elle de formidables livres de cuisine à visée encyclopédique auxquels je me réfère encore pour tout ce qui est basique- ambitionna, en vain, d’étendre cette matière aux garçons. Si on a le droit de condamner l'objectif visant à ce que l’activité professionnelle des femmes ne se développe pas au détriment de leur rôle à la maison il ne faut pas oublier qu'il était aussi question "d’éduquer" celles qu’on croit être des proies vulnérables pour la consommation de masse. Et sur ce plan, hélas, on voit bien que le marketing a totalement avalé les femmes (et les hommes). Si bien que des cours d'éducation ménagère seraient bien venus pour apprendre à vivre mieux avec moins, en cultivant ses légumes dans des jardins partagés, en faisant des économies, ... bref à se situer dans la décroissance comme tant de personnes aimeraient pouvoir le faire.

En tout cas le film s'achève alors que souffle le vent de liberté du printemps 68. On remarquera la patte de lapin accrochée comme une amulette au rétroviseur de l'autobus, sans doute pour porter chance ... L'arrivée dans la capitale se fera à pied, en chantant, et en dansant. Les piliers ont changé le numéro 1 est devenu Ni bonne ni soumise.

On cite parmi toutes les femmes remarquables Marie Curie (dont la biographie Radioactive est concomitante sur les écrans) et évidemment Simone de Beauvoir, un des personnages principaux d'un film de Martin Provost, Violette.

La bonne épouse est une comédie, plus profonde qu'il n'y parait, et qui s'inscrit lui aussi dans le sillon de l'émancipation féminine déjà creusé par le réalisateur après Le Ventre de Juliette (2003), Séraphine (2008), Où va la nuit (2011), Violette (2013) et Sage Femme (2017). Martin Provost y retrouve une de ses actrices fétiches, Yolande Moreau.

La Bonne Épouse de Martin Provost
Scénario : Martin Provost et Séverine Werba
Musique : Grégoire Hetzel
Avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky, Édouard Baer, François Berléand ...
Avant-première au Sélect d'Antony le 15 janvier 2020 et en sortie nationale le 11 mars

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