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jeudi 14 octobre 2021

La ligne rose de et avec Bérénice Boccara, Odile Blanchet et Sana Puis

Elles sont trois copines qui se sont connues dans le même cours de théâtre, l'école Trévise. Quand l’entente s’installe, l’envie de se lancer ensemble dans une aventure professionnelle devient naturelle. Bérénice Boccara, Odile Blanchet et Sana Puis (de gauche à droite sur la photo des saluts) se sont passionnées pour la vie des opératrices du téléphone (je ne pense pas qu’il y ait eu des opérateurs dans ce métier) et ont décidé de les mettre en pleine lumière.

On sent très bien la connivence qui pouvait s’installer dans la vraie vie entre ces femmes de l’ombre. Les rivalités existent mais c’est l’entraide qui prend le dessus. C'est qu'il ne fallait pas s’emmêler les fils, ce qui arrivait parfois et donnait lieu à de jolis quiproquos.

Nos demoiselles pratiquent l'art de la conversation avec malice et humour, une pointe de provocation, toujours en subtilité. Car comme elles sont trois personnalité différentes, Denise, Marthe et Jeanne défendent trois visions de la femme st de l'amour. On sent bien qu'elles n'ont pas les mêmes origines, cela s'entend à leur façon de parler et c'est très agréable.

Les trois complices ont fait une lecture de leur création au Lucernaire en mai dernier. La ligne rose a immédiatement séduit.
Le décor, inspiré d'un véritable central d'appels, est imposant. Il était rendu nécessaire par la volonté de crédibilité du trio. Les costumes sont magnifiques tout en étant pratiques pour jouer à un rythme soutenu.

Les jeunes auront du mal à le croire mais cela fait moins de cent ans qu'a eu lieu le premier échange téléphonique international de plus de quelques mots, entre le président d'une compagnie téléphonique et secrétaire d’État aux postes du gouvernement britannique. C'étaient deux hommes, mais ce furent deux femmes qui les raccordèrent au système qui fonctionnait par câbles sous-marins. Il en coutait alors 75 $ pour les trois premières minutes d’appel. Et l'une de ces deux jeunes filles est Marthe. On conçoit qu'elle en soit fière.

Si Jeanne a les pieds sur terre (on devine que sa vie n'a pas été très rose jusque là), Marthe a de grands rêves et Denise note scrupuleusement sur un petit carnet les éléments qui pourraient permettre de trouver union parti. Elle rêve d’avoir un galant qui lui offrirait des vacances en août à Quimper mais il faudrait qu'elle redescende sur terre car une telle existence n'est pas pour elle.

Les appareils étaient bien différents de ceux qu'on utilise aujourd'hui et on entend avec bonheur les noms des anciens modèles. Pour ma part j'ai une affection pour celui qui équipait le bureau de mon père en 1960 et à propos duquel j'ai écrit une nouvelle. Il n'en est pas question dans la pièce (qui se situe quelques décennies plus tôt).

Le public effectue un retour en arrière très réussi au début du XX° siècle quand, loin de l’autonomie des portables, on devait s’en remettre au bon vouloir d’une jeune femme pour être mis en relation avec son ou sa correspondant(e).

Je vous mets en relation. C’était ce qu’on disait. De là à imaginer d’autres relations, ces trois diablesses n’ont pas eu à se forcer beaucoup pour le faire. Et pourtant, en quelque sorte par sécurité, les opératrices ne donnaient pas leur prénom et se présentaient sous un numéro, comme le 18 ou 22. Elles étaient mises en garde de ne pas "trop" sympathiser avec les abonnés dont les voix masculines sont bien choisies. Les dialogues sont pétillants et drôles. Les p’tites dames deviendront les demoiselles roses et feront prospérer leur commerce jusqu'à ce que la rumeur remonte jusqu’aux huiles (c'est-à-dire les chefs).

La mise en scène de Jean-Laurent Silvi est alerte. C'est une excellente idée d'avoir ajouté quelques pas de danse et des chansons évoquant l'univers des années folles. Le scénario qu'elles ont co-écrit est publié chez l’Harmattan. C'est leur première expérience du théâtre. Et elle sonne juste. Bravo !
La Ligne Rose de et avec Sana Puis, Odile Blanchet et Bérénice Boccara
Mise en scène de Jean-Laurent Silvi (assistée par Nastassia Silve)
Scénographie d’Olivier Prost (assisté par Lucas Thébault) et Costumes de Claire Avias 
Musiques de Mathieu Rannou
Lumières d’Eric Mileville
Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 17h30
Jusqu’au 31 Octobre au Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris  

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