Quoiqu’il en soit la promesse de la collection Off de "voir moins pour voir mieux" était tentante et je l’ai creusée avec le volume consacré à Rome. Je pensais d’ailleurs que la formule concernait essentiellement des villes … et j’aurais été curieuse de feuilleter le Paris et le Berlin pour me faire une idée plus précise mais il n’existe que Londres et New-York.
Pour le reste ce sont des régions comme la Bretagne ou la Sicile ou des pays comme Écosse, Norvège ou Japon, qui est une des destinations phares en ce moment.
C’est très ambitieux de traiter le concept à hauteur d’un tel endroit où la culture est si différente de la nôtre qu’il y a beaucoup à expliquer en amont. Or le principe de ces guides Off restreint le carnet pratique à deux pages, situées à la fin. L’index des lieux cités existe bel et bien mais il n’est utilisable que si on sait ce qu’on cherche, ce qui va à l’encontre du principe de sillonner autre chose que les sentiers battus.
Je ne sais pas trop comment on peut utiliser un ouvrage d’une telle facture (évidemment vous pourrez m'objecter que le site de l’éditeur propose une dizaine d’autres guides sur cette même destination). Il semble qu’il faille tout lire, puis relire, et sélectionner ses points de chute. L’absence de plan impose qu’on jumelle avec un guide "classique" pour se repérer. La cartographie est rudimentaire, effaçant les artères de circulation, et gommant toute indication de distance. Difficile dans un tel contexte de se rendre compte du temps qu’il faut pour rallier un point à un autre. Vous ne trouverez pas davantage d’indication de jours d’ouverture des monuments ni le moindre tarif.
L’auteur reste vague quand il mentionne des horaires : tôt le matin … aux heures actives … à l’apéritivo (p. 19 consacrée à la Piazza Navona) et je me suis demandé d’ailleurs si les commentaires se rapportaient uniquement à cette place ou pouvaient s’appliquer à la ville dans son ensemble.
Je suis très souvent restée sur ma faim, cherchant à retrouver des endroits mis en lumière dans la superbe exposition Renaissance présentée en ce moment à Paris. On me suggère d’aller chez Lela pour y trouver un cadeau de dernière minute. On me vante "les objets du quotidien, idées amusantes pour la maison dans une boutique déco en gris et blanc (vous conviendrez que cet indice est inutile), truffée de jolies trouvailles". Je ne me représente pas du tout ce que ça peut être. Admettons qu’au cours de mon périple l’envie me prenne de me rendre chez Lela son nom ne figurant pas dans l’index je devrais consulter Internet pour avoir les informations nécessaires. Mais peut-être que ce guide s’accompagne d’une application complémentaire …et qui m’aura échappée.
L’usage de cet ouvrage devient particulier. Muni de plusieurs crayons de couleur on cochera les lieux qui nous font de l’œil, on soulignera les adresses des points de restauration qui font saliver, on ajoutera les horaires d’ouverture, et dans un second temps on établira des emploi du temps. Il se pourrait qu’il faille avoir un bon mois devant soi pour tout voir. Ou être un français habitant Rome …
Mais on peut aussi le considérer comme le carnet de voyage d’un esthète et l’employer pour rêver à un périple qu’on entreprendra peut-être un jour ou se souvenir de moments agréables passés autrefois dans cette ville.
Je dois pour finir exprimer un compliment sur les illustrations photographiques, absolument admirables. Il est rare de feuilleter un guide qui soit aussi homogène sur la qualité et l’originalité des prises de vue alors que la longue liste des crédits photo ne fait pas de doute sur l’origine des clichés. Il se dégage une sorte de romantisme nostalgique absolument magique qui est sans doute la conséquence d’un traitement spécial que je salue. On devine néanmoins que nous ne verrons pas Rome avec les mêmes yeux parce que les rues et les places sont quasiment toujours vides. A moins d’appliquer le conseil de se rendre devant la Fontaine de Trevi entre 7 et 8 heures du matin (p. 89) pour y vivre "l'illusion d’un océan surgissant des rochers".
Les très minuscules numéros blancs sur fond noir sont très peu lisibles pour qui a passé l’âge de 40 ans (les éditeurs devraient tout de même savoir que la plupart des "jeunes bank" presbytes ne portent pas de lunettes) compliquant les repérages.
Il y a des maladresses de fabrication, en particulier concernant les textes imprimés sur les pages de droite. Ainsi par exemple p. 175 on ne peut pas lire le contenu correctement parce qu’il est mal positionné. Il faut écraser le livre alors que la marge de droite est vide sur 5 cm. C’était déjà le cas p. 151 alors qu’on disposait d’un espace blanc sur plus de 10 cm de hauteur. Cela étant, toutes ces marges disproportionnées permettent d’ajouter des notes personnelles, mais cela va néanmoins à l’encontre des mes principes de respect de l’objet-livre.
Rome, voir moins, voir mieux, guide Michelin
En librairie depuis le 12 septembre 2025
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