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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 12 mars 2016

Les règles de la pêche à la coquille Saint-Jacques

Neptune a bien inspiré les marins-pêcheurs d'Erquy (22). On savait depuis les années 50 que la côte abritait des bancs de praires.

Mais c'est une douzaine d'années plus tard que furent découverts les premiers bancs de coquilles Saint-Jacques, permettant à ce port breton de se hisser parmi les tous premiers d’Europe pour ce type de pêche.

Ce fut quelque temps une pêche miraculeuse mais il a fallu prendre assez vite les bonnes décisions pour la maintenir.Et que d'aussi belles assiettes que celle-ci puissent continuer à honorer les tables de la région (ici celle du "S" du Spa Marin Val André).

Vous allez constater que cette pêche n'est pas banale. 

La Baie de Saint Brieuc possède le plus grand gisement de France de Coquilles Saint-Jacques (50% de la production nationale) et le port d’Erquy en est l’un des principaux fournisseurs. La pêche est artisanale et les coquilles Saint-Jacques sont sauvages (elles n'y sont pas issues d’une culture).

J'ai eu la chance de rencontrer plusieurs patrons-pêcheurs qui m'ont expliqué les règles draconiennes qu'ils se sont eux-mêmes imposées.

Sans coquille il n'y aurait plus de pêcheurs à Erquy. Il y avait 136 bateaux en 1988. Ils ne sont plus qu'une quarantaine aujourd'hui. Pour l'anecdote Steve André m'a appris qu'une femme avait travaillé ici pendant des années avec son mari mais que contrairement au roman de Françoise Bourdin, la Promesse de l'océan aucune femme n'y possède encore un bateau de pêche.

L'urgence a été de préserver les ressources de Pecten Maximus, qui est le vrai nom de la coquille pour les acheteurs terriens que nous sommes. Retenez bien cette désignation pour ne pas vous faire abuser par les produits qui arrivent gonflés de lait et de flotte en provenance de pays lointains, voire même européens.

Les coquilles mettent deux à trois ans en Manche pour atteindre leur maturité sexuelle. La coquille n’est pas une espèce régie par des quotas de l’Union européenne. Dans d’autres pays comme Jersey par exemple, il n’y a pas de limite dans le temps pour cette pêche. Mais ici dans la baie de Saint-Brieuc on arrête de la récolter au moment du développement du corail, l’organe reproducteur. Voilà pourquoi vous n'en trouverez jamais avec ce corail orange qui est l'organe reproducteur. Elle sera toujours blanc nacré.
Des quotas ont été fixés qui sont d'ailleurs atteints avant cette période. Grosso modo on la pêche d'Octobre à Avril mais on arrêtera cette année dès que les 3900 tonnes auront été constatées par la Criée d'Erquy, qui assure le débarquement, la pesée, et la vente qui est réservée aux professionnels.
Pas un gramme n'est soustrait à la réglementation, même les 50 kilos (maximum) de godaille alloués par sortie en mer pour la consommation dite personnelle, est soumise à déclaration.

Si le pêcheur veut vendre sa pêche en direct, sur les marché ou aux restaurateurs, il a la possibilité de racheter sa production en s'acquittant des taxes de criées. C'est ce que fait Tanguy Lagadeuc qui est chaque vendredi sur le marché de Pléneuf.

Peu calorique, la coquille saint-Jacques contient d’excellentes protéines et très peu de lipides et de glucides. Elle est source de nombreux nutriments nécessaires à notre bonne santé : acides gras Oméga-4, Vitamine B12, Calcium, Iode, Magnésium, Phosphore, Sélénium et Zinc.

On la trouve sur le marché à coté des poissons (un grondin rouge ci-dessous). Et j'ai remarqué que le type d'engin utilisé est mentionné sur l'étalage.
La pêche à la coquille n'est autorisée que deux jours par semaine, les lundis et mercredis, pendant 45 minutes chrono.
La contrainte se double d'une autre : pas plus de 1 tonne 2 par marée quelle que soit la taille du bateau qui ne peut d'ailleurs pas excéder les 12 mètres. Le Sirocco IX de Steve est un des plus gros et il pourrait faire plus. Mais il respecte et fulmine contre les braconniers qui sont la honte de la pêche française : ils tentent le tout pour le tout, de jour comme de nuit et l'envie de gagner fait perdre.

vendredi 11 mars 2016

Entre ciel et Lou de Lorraine Fouchet


(mise à jour 27 mai 2016)

Il y a des rencontres dont on se souvient longtemps. Lorraine Fouchet est une personne qui marque. Notre première conversation est encore toute fraiche dans ma mémoire. Elle m'a raconté ce soir-là comment sa vie professionnelle avait muté : après avoir réparé les corps elle envisageait de soigner les coeurs.

Ce n'était pas exactement ces mots là mais c'est ce que j'en ai déduit. Son urgence personnelle était alors de faire revivre son père, Christian Fouchet, ce qu'elle a magistralement réussi dans J'ai rendez-vous avec toi, il y a exactement deux ans.

J'ai retrouvé dans Entre ciel et Lou beaucoup de thèmes qui étaient présents dans le précédent. Mon seul regret, en refermant le livre, c'est de n'avoir pas su le lire plus lentement. Je reviens d'une longue  -mais trop courte- balade qui m'a secouée, chavirée, emportée sur les rivages de l'île de Groix, et surtout au bord du coeur de personnages auprès de qui j'ai vibré comme s'ils étaient de ma famille.
Pour situer le début, Jo vient de perdre Lou, l’amour de sa vie. Il est désormais seul sur Groix, leur île bretonne. Chez le notaire, entouré de ses enfants Cyrian et Sarah, avec lesquels ses rapports sont distendus, il découvre le testament de sa femme. Stupeur ! Elle l’accuse (à tort !) de l’avoir trahie. Pourquoi ce mensonge ? Lou, mère dévouée et épouse amoureuse, lance un ultime défi à son "piroche". Jo aura deux mois pour renouer avec Cyrian et Sarah et les rendre heureux. Mais entre une belle-fille rigide et jalouse, un fils sur la défensive, une petite-fille en mal de père et une fille cabossée par l’amour, il a du pain sur la planche... Est-il trop tard pour se retrouver et rattraper le temps perdu ?
Jo est un insupportable type bien, aux yeux de sa belle-fille Albane qui résume bien le personnage. Je dirais que c'est un chamallow qui porte un chandail en guise d'armure. L'originalité de la structure adoptée par Lorraine Fouchet est de placer le lecteur dans la peau de chacun des protagonistes, y compris derrière les yeux de Lou qui se trouve désormais "là où on va après".

Elle le fait avec l'efficacité d'un auteur de roman policier qui aurait suivi avec brio un cursus de psychologie. On croit avoir deviné ce qui va se passer et on se fourvoie, comme dans la vraie vie. C'est ce qui rend cette histoire si vivante et si plausible malgré un lyrisme assez flamboyant.

On pense à André Breton qui clôt la lettre à sa fille, Aube, par le souhait "d'être follement aimée". Lorraine nous raconte une histoire d'amour fou, entre Jo et Lou, qui devrait retomber en cascade sur toute la famille. Elle témoigne aussi d'un amour aussi fou pour la Bretagne et pour son île. Elle dédie l'ouvrage à tous ceux que sa région chamboule et on comprend vite pourquoi. Interrogée sur les réseaux sociaux à propos de l'identité de la jeune femme de la couverture, Lorraine a répondu : Je ne sais pas qui c'est... Lou il y a vingt ans... Maëlle aujourd'hui... Pomme ou Charlotte dans dix ans... Ou une lectrice qui vient de poser le roman sur le sable ?

Il est bon de n'avoir pas toutes les réponses. C'est ce qui permet au lecteur de se projeter et de ramasser un à un ces petits coquillages qui sont déposés de page en page. J'ai plongé sans réserve. C'est que l'écriture de l'auteure est saisissante. Si Jo s'avise de tenter de se noyer, elle nous fait vivre la scène avec le sang-froid d'un médecin légiste (p. 138). Que Sarah se lance dans une parade amoureuse et nous éprouverons alors un émoi juvénile. Et si Charlotte pique sa crise elle le fera avec les mots de sa génération, sans ménager nos oreilles.

Le roman est choral, mais il est tout autant musical et, comme dans son précédent livre, Lorraine a l'idée généreuse de dresser en fin d'ouvrage la liste des morceaux cités. Elle fournit aussi les deux recettes fétiches et peu banales qui nous mettent l'eau à la bouche.

La balade fut trop courte mais suffisante pour avoir retenu que nous sommes tous des super-héros et s'il me vient un jour un cafard à plomber le plus beau des couchers de soleil je sais quels extraits de films auront le pouvoir de restaurer la confiance en soi (p. 203).

La lecture d'Entre ciel et Lou pourrait figurer dans un parcours thérapeutique.

Romancière, née en 1956, Lorraine Fouchet a fait ses études de médecine au CHU Necker-Enfants malades. Elle a été pendant quinze ans urgentiste au SAMU et à SOS Médecins, avant de se consacrer à l’écriture. Elle vit entre les Yvelines et l’île de Groix et est déjà l’auteur de quinze romans. 

Entre ciel et Lou de Lorraine Fouchet, Editions Héloïse d'Ormesson, en librairie le 10 mars 2016
Le roman a été couronné en 2016 du beau prix Bretagne (prix Breizh), et du Prix Ouest, puis en 2017  du Prix Les Petits Mots des Libraires. Il est disponible en livre audio chez audiolib.

jeudi 10 mars 2016

Dîners insolites du patrimoine

J'adore l'insolite, je célèbre le patrimoine à la moindre occasion et puisque le féminin de gourmet n'existe pas disons que je suis gourmande. Avec un blog qui fait la part belle à la culture comme au culinaire les Dîners Insolites du Patrimoine méritent que je m'attarde à un aussi beau concept.

Tout a commencé dans une région que j'affectionne, le Pays d’Epinal Cœur des Vosges, par un dîner à Xertigny, au Château des Brasseurs en 2010.

Depuis, des milliers de convives ont profité de la formule depuis 6 ans, autour de centaines d’événements, éphémères mais inoubliables, aussi gourmands qu’étonnants, partout dans le Grand Est.

Les ingrédients de la soirée s'organisent autour d'une visite d’un lieu exceptionnellement ouvert au public, un apéritif et un dîner gastronomiques, mis en scène par les entreprises haut de gamme du linge de maison, des arts de la table, le tout orchestré par un Chef, dans un univers artistique et culturel de qualité – de quoi réjouir tous vos sens... et il ne tient qu'à vous de vivre l'une des prochaines soirées en choisissant parmi 5 formules.

Le Pique-nique est une nouveauté, elle aussi travaillée par un Chef, dans un univers particulier, culturel ou champêtre. Il comprend un apéritif insolite et délicieux servi ensuite et un repas composé de produits du terroir et de boissons originales, présenté avec soin, parfois un spectacle, ou la visite du site choisi, par exemple le Théâtre du Peuple à Bussang (Vosges).

La Dégustation comprend la visite guidée d'un site patrimonial spécialement ouvert pour vous,  la dégustation de cinq verres de vin et de produits du terroir sous la forme de deux assiettes découverte salée et d’une touche sucrée. Par exemple au Musée du cristal de St-Louis-lès-Bitches (Moselle).
Le Dîner est la version classique du programme. Il comprend la visite guidée du site choisi suivie d’un apéritif et d’un dîner gastronomique composé de 5 plats et 4 verres de vin, créé par un Chef insolite, une musique d’ambiance et un univers joliment décoré par les entreprises des arts de la table de l’Est de la France. Par exemple au Pavillon de la Grande Source de Vittel ou au château de Commercy, ou encore à L’usine DMC de Mulhouse, dans un ancien réfectoire resté "dans son jus".

Née au XVIIIe à Mulhouse, cette entreprise fut l’un des plus grands groupes industriels européens. Fleuron du textile alsacien, elle doit sa renommée aux fameuses indiennes de coton, des imprimés indiens peints à la main. Elle se spécialise ensuite dans la fabrication d’un fil de coton aux multiples couleurs, bien connu des brodeuses. Liquidée en 2009, l’entreprise s’est recentrée sur le textile de luxe au début du XXIe siècle.
L’Etoilé est comparable à ceci près que le chef a été crédité d'une étoile, et que la musique est jouée en live. Par exemple au Musée de la Cour d'or de Metz ou à l'Aquarium de Nancy, ou encore au Domaine Le Brun De Neuville, à Bethon (Marne). A moins que vous ne préfériez encore plus insolite avec les Hauts Fourneaux U4, à Uckange.
L’Exceptionnel, vous fera profiter en musique et après la visite du lieu des sommets de la gastronomie, en compagnie de Chefs doublement étoilés ou MOF, par exemple pour un dîner de Nouvel An.

La saison 2015-2016 va s'achever bientôt mais la nouvelle promet d'être au moins autant insolite. La preuve : 80% des lieux ont été renouvelés. Aucun risque donc de se répéter et c'est tout à l'honneur des organisateurs car un travail pharaonique se cache derrière chaque soirée. Ce sont 140 Dîners insolites qui sont prévus dans tout le Grand Est sur 53 weekends, du 20 mai 2016 au 28 mai 2017. Je vais bientôt en vivre une et je vous la restituerai coté scène et coté coulisses.

mercredi 9 mars 2016

Les Enfants de l'eau noire de Joe R. Lansdale

Ce n'est pas le genre que je préfère et même si l'auteur est "le" grand nom du southern gothic, je n'aurais pas spontanément ouvert ce livre. Et très franchement je vais même vous avouer que s'il ne figurait pas dans la compétition dans la catégorie Polars je ne l'aurais pas lu jusqu'au bout.

Quitte à me plonger dans la littérature américaine, et frôler le fantastique, je préfère lire Ron Rash avec par exemple Une terre d'ombre. Même si je reconnais à Joe R. Lansdale le mérite de nous entrainer dans l'univers des White trash - des petits Blancs - texans que l'on connait très peu, au bénéfice du Nevada ou de la Caroline du Sud qui sont des contrées pour nous plus familières.
Texas, années 1930. Élevée dans la misère au bord de la Sabine, qui s’écoule jusqu’aux bayous de Louisiane, May Linn, jolie fille de seize ans, rêve de devenir star de cinéma. Un songe qui s’achève brutalement lorsqu’on repêche dans le fleuve son cadavre mutilé. Ses jeunes amis Sue Ellen, Terry et Jinx, en rupture familiale, décident alors de l’incinérer et d’emporter ses cendres à Hollywood pour qu'au moins elle repose à l’endroit de ses rêves…

Volant un radeau mais surtout le magot d’un hold-up, la singulière équipe s’embarque dans une périlleuse descente du fleuve, avec à leurs trousses un flic violent et corrompu, et Skunk, un monstre sorti de l’enfer.
Leurs rencontres virent au cauchemar malgré l'ingéniosité des gamins et leur formidable sens de la répartie. J'ai failli lâcher l'ouvrage après quelques pages parce que j'avais l'impression d'être noyée au coeur d'une série B. Trop souvent il m'a semblé être moi-même poursuivie dans un remake de Massacre à la tronçonneuse, sauf que une hachette et un tromblon enrayé remplaçaient l'engin électrique. Il y a trop de maccabées, de pourriture et de charcutage. Pourtant je reconnais que l'atmosphère de conte ténébreux m'a petit à petit accrochée à partir du moment où les fuyards décident de déterrer le trésor et d'élucider la mort de leur camarade.

La maitrise du suspense est parfaite. L'humour (noir, mais très présent) et l'emploi admirable des métaphores apportent une respiration appréciable. Et la réflexion sociale n'est pas dénuée d'intérêt. L'auteur interroge la question du fatalisme avec vigueur, ce qui permettra, au terme du voyage, à la jeune Sue Ellen d'estimer avoir découvert ce qu'elle veut faire de sa vie, réflexion qui se rapporte aussi à sa mère, témoignant qu'il n'y a pas d'âge pour remettre en cause le destin. Je porte mes erreurs comme un manteau, sauf que c'est plus lourd, reconnaissait-elle. (p. 139)

Les Enfants de l'eau noire de Joe R. Lansdale, traduit de l'américain par Bernard Blanc, publié le 3 septembre 2015 chez Denoël, dans la collection Sueurs Froides
Livre chroniqué dans le cadre du Prix 2016 des lecteurs d'Antony
En compétition dans la catégorie Polars avec Prendre Lily de Marie Neuser, Obia de Colin Niel, L'enfer de Church Street de Jake Hinkson, et Les brillants de Marcus Sakey.

mardi 8 mars 2016

La Journée de la Femme en France comme au Cameroun

Je l'ai croisée dans le métro en 2015 et j'ai admiré qu'elle ait le cran de porter une robe cousue dans un tissu honorant la condition féminine. 

Je m'étais promis de l'honorer le 8 mars suivant. Donc aujourd'hui.

Chaque année on se demande si les progrès sont réels. Françoise Giroud disait avec un humour plutôt noir (mais elle avait confié qu'elle était une incorrigible pessimiste) que la femme serait l'égale de l'homme le jour où on nommerait à une haute fonction une femme ... incompétente.

On espère que cette prophétie ne se réalisera pas mais on commence à avoir sérieusement des doutes quand on apprend les projets de la ministre du travail. Et ce n’est pas drôle du tout.

Pas davantage que le sujet de Lapidée, la pièce magnifiquement interprétée à la Comédie Bastille par un trio de comédiens qu’il faut aller voir.

Les droits de la femme, et ceux des hommes par voie de conséquence, ne sont jamais "gagnés". On peut manifester de la colère, mais l’humour reste une arme. A cette occasion on peut lire ou relire Le bon plaisir, roman à clé paru en 1983, qui racontait l'histoire d'un Président, et de sa fille cachée.... que les éditions Mazarine republient, le 7 mars, en mémoire à cette femme exceptionnelle qui aurait eu 100 ans cette année.

Françoise Giroud, disparue en 2003, est une des plus grandes plumes du XXe siècle. Elle est notamment auteur des Leçons particulières, On ne peut pas vivre heureux tout le temps, Arthur ou le bonheur de vivre, et de biographies de Marie Curie, Cosima Wagner et Lou Andreas-Salomé.

Elle a été un modèle pour beaucoup d'entre nous. Je ne peux pas dire que je l'ai connue intimement, mais suffisamment pour qu'elle m'adresse une petite lettre de son écriture majestueuse en réponse à une demande d'entretien que je lui faisais sur un sujet un peu tabou et dont je parlerai peut-être un jour.

J'avais été très touchée qu'elle me réponde si vite, déçue aussi de perdre cette occasion de discuter avec une femme d'une si grande intelligence et qui est un modèle.

C'est à Valéry Giscard d'Estaing, nouvellement élu Président de la République, qui en avait souhaité ardemment la création, que l'on doit le premier Secrétariat d'Etat à la condition féminine, le 23 juillet 1974, qu'il confie à une célèbre journaliste réputée pourtant pour ses opinions de gauche, Françoise Giroud.

Dépendant directement du Premier Ministre (qui était alors Jacques Chirac) elle est chargée de promouvoir toutes mesures destinées à améliorer la condition féminine, à favoriser l'accès des femmes aux différents niveaux de responsabilité dans la société française et à éliminer les discriminations dont elles peuvent faire l'objet.

Elle fera beaucoup, notamment en favorisant l'approbation de la loi autorisant l'avortement. Parmi les cent mesures qu'elle a proposées il y aura la reconnaissance d'un statut pour les conjointes d'agriculteurs, l'ouverture à des catégories d'emploi dans la fonction publique qui leur étaient jusque là interdites, l'allongement du congé de maternité à partir du 3ème enfant, la sanction des discriminations sexistes à l'embauche. Il y eut plus tard la dépénalisation de l'adultère et la reconnaissance du divorce par consentement mutuel.

L'idée de rouvrir son livre-culte pour célébrer cet anniversaire est assez séduisante. Car plus de trente ans après sa parution (et plus de vingt ans après que l'affaire Mazarine Pingeot a finalement été rendue publique), ce roman à clé n'a rien perdu de sa saveur ni de son impertinence.
Il y a des hommes-soleil qu'il ne faut pas aimer, surtout lorsqu'on a vingt ans. En s'approchant trop près, on brûle ; en s'éloignant, on a froid. Celui dont la petite Claire aux yeux mauves est parvenue à s'arracher pour se soustraire à l'inacceptable était l'un d'eux. Elle croyait, dix ans plus tard, l'avoir oublié, bien qu'il soit devenu le personnage le plus important de l'État. Mais voilà qu'à cause d'elle, il se trouve menacé. Car il y a aussi des lettres qu'il ne faut pas envoyer quand on se prépare à un destin national,  et qu'il ne faut pas garder quand on les reçoit d'un homme public. L'une d'elles, dérobée par un voleur qui joue avec le feu, recherchée par un ministre sentimental, exploitée par un journaliste avisé, pourrait déclencher un redoutable scandale.

lundi 7 mars 2016

La Trinitaine, des petits gâteaux bretons rudement bons

La Trinitaine est l’une de ces marques emblématiques du patrimoine culinaire breton dont l’histoire repose sur des hommes et des femmes, une famille, un métier et un territoire. Elle nous régale depuis 60 ans. La marque est fortement attachée à ses racines bretonnes, en l'occurrence morbihannaises. Il est légitime de l'affirmer puisque l'entreprise est toujours familiale et indépendante.

L’histoire commença juste après-guerre dans une modeste échoppe de La Trinité-sur-Mer (56). Lucien et Lucienne Petit y tiennent une pâtisserie qui accueille le premier atelier de fabrication de la marque. Cette maison existe encore et sert de bureau.

Repartons dans le passé. Un matin de 1955, Lucien rate sa pâte. Plutôt que de tout jeter dans le port étant donné le contexte économique difficile, il dresse cette préparation sur une plaque avec une poche et roule les gâteaux à la main à la sortie du four pour leur donner la forme d'un tuyau.

Cette cigarette est souvent plantée dans une coupe de glaces. Mais je la recommande pour accompagner une mousse "de" chocolat.

Avec leur goût de beurre légèrement salé, et leur craquant incomparable les gâteaux de la Trinitaine sont comme les menhirs de Carnac : ils font le Morbihan ! Si le tout premier biscuit est né d'une erreur le reste est une vraie success story familiale. Le fils, Bernard Petit, prendra la suite de son père et développera l'outil pour en faire une production industrielle mais toujours de qualité.

Près de 200 salariés travaillent pour La Trinitaine, dans un hangar ultramoderne accolé à la maison familiale, et qui reste le seul site de production de la marque. La petite-fille, Anne-Marie Petit, est désormais à la tête de l'entreprise qui réalise un chiffre d'affaires de 36 millions d'euros par an.
Une e-boutique permet à la France entière d'acheter par Internet des galettes, des palets ou les cigarettes du grand-père, dans une multitude de boîtes en métal toujours joliment décorées et même personnalisables.

Justement en voici une qui renferme un assortiment des trois spécialités préférées des consommateurs : palets, galettes et cigarettes.
Ses dimensions ( L 20 x l 12.5 x H 7 cm) sont classiques, le design est d'allure vintage et parisienne.  Elle est vendue 5, 95€ pour un poids net de 300 grammes. Sauf fringale de force 10 elle assurera la conservation des biscuits pendant plusieurs jours et surtout leur croquant.

La fabrication n'a recours à aucun conservateur. Chaque spécialité est élaborée à partir de recettes traditionnelles, qui rendent hommage au terroir breton et sont toutes garanties pur beurre.
Non contente de progresser en respectant ses valeurs la Trinitaine s'engage pour l'année 2016 auprès de Femmes de Bretagne, un réseau social comptant 2800 femmes à son actif, basé sur la solidarité et la générosité entre femmes, et visant à booster l'entrepreneuriat féminin en Bretagne en portant ensemble de valeurs dans lesquelles ces femmes se retrouvent.

La Trinitaine est bien placée pour ambitionner de booster des projets féminins. Elle est dirigée par une femme qui a gagné sa légitimité au fil de longues années de travail. Il s'agit d'Anne-Marie Petit, la petite-fille du créateur.

Elle a travaillé depuis son plus jeune âge à la biscuiterie où elle aide sa famille après l'école, week-ends et vacances compris. Elle intègre officiellement l'entreprise en 1990 au service comptabilité. Elle y travaille avec sa soeur Gaëlle, en charge du réseau de boutiques et également avec une équipe de proches collaborateurs, tous impliqués dans le déploiement de l'entreprise. Elle a mis en place un management de proximité et collaboratif.

Cette patronne a l'ambition de pérenniser l'entreprise familiale en consolidant le socle qui a fait le succès de la marque mais également en déployant l'entreprise à l'échelle nationale et internationale (y compris sur les marchés asiatiques) autour de projets innovants et à forte valeur ajoutée, en élargissant à partir de 2010, la gamme au-delà de la biscuiterie. Elle gagne ainsi ses galons d'année en année jusqu'à la Présidence du Directoire en janvier 2012.

A la veille de la célébration de la Journée de la Femme, les bretons peuvent être fiers de la compter parmi leurs chefs d'entreprise.

dimanche 6 mars 2016

Un séjour au Spa Marin du Val André

Je vous avais annoncé il y a quelques jours que je vous dirais tout (ou presque) de mon séjour en thalassothérapie au Spa Val Marin de Pléneuf.

Un article ne suffira pas pour vous faire partager ma découverte de cet espace, dédié au bien-être, la cuisine du chef Jérôme Barbançon, et quelques caractéristiques  de cette région comme la pêche à la Coquille Saint-Jacques. 

Sans compter des découvertes supplémentaires dans les environs.

Chaque chose en son temps pourrait être la devise de l’établissement qui ne se situe pas dans la banalité, loin s’en faut. Je consacrerai donc le nombre de billets qui me paraitra nécessaire. Pour le moment, vous allez devoir vous satisfaire de quelques photos légendées en guise de mise en bouche, pour reprendre une des expressions du chef du "S" restaurant.
De partout, une vue panoramique sur la mer, offre un spectacle toujours renouvelé et qui n’a jamais cessé de m’extasier.
Un exemple de la décoration, pensée dans un esprit minéral, évoquant les anciens palaces balnéaires.
L’accessoire indispensable du parfait curiste, posé sur votre lit avec votre programme.
Le couloir de nage pourra vous sembler court, mais la force du contre-courant m’a permis de nager longtemps sur place.

samedi 5 mars 2016

Dans la joie et la bonne humeur

J'ai été invitée à venir voir Dans la joie et la bonne humeur, sous-titré Ou comment Bruno a cultivé un hélicobacter pylori.

Le texte, publié il y a 4 ans aux Éditions Théâtrales, est porté par le jeune collectif La Distillerie, qui l'a choisi pour démarrer sur les planches. Et c'est le Magasin, à Malakoff (92) qui les a accueillis pour trois représentations exceptionnelles.

Je leur souhaite de trouver un lieu qui les programme sur une plus longue durée car très franchement ils le méritent tous.

Juillet 2001, c'est le début d'une belle histoire. À priori, Bruno a tout pour être heureux : une femme, un enfant, une maison joliment envahie par les feuillages, un jardin, des projets de travaux, un crédit à rembourser et un poste de cadre dans les Ressources humaines. Ça pourrait être le meilleur des mondes. Oui, mais... S'il est tout à fait à l'aise quant au fonctionnement de son entreprise, la gestion des humains qu'il y côtoie pose, elle, bien des difficultés. À vrai dire, l’indice de mesure du bonheur semble de plus en plus délicat à calculer…Un bonheur tranquille s'il n'était pas arrivé une question :

- Tu t'es déjà posé la question ? - Non - Jamais ?
- C'était quoi la question ?
- La question c'est pourquoi.
- Pourquoi, quoi ?
- Pourquoi tout ça ?
- Ah
- Pourquoi on fait tout ça, c'était ça la question !

"LA" question, ils vont le dire, le montrer, le vivre, l'interpréter, sous toutes ses formes, c'est le travail ou le chômage, c'est selon,  qui fait tourner le monde ... rond ... ou en bourrique. Parce que il faut bien un salaire pour chauffer la maison en hiver, arroser les fleurs en été.
Avec un décor astucieux qui se démantèle comme une métaphore de l'écroulement social et de l'effondrement du couple, le collectif La Distillerie a réussi, sur un sujet sérieux, à faire passer un très bon moment à des spectateurs conquis. Cela faisait longtemps que je n'avais pas ri aussi spontanément à un spectacle.

Tout comme la silhouette de la maison, les éléments qui sortent (deux bancs et une table/ bureau) sont stylisés. Leurs contours et formes évoquent ces jeux de perception où l’on apprend dès le plus jeune âge à identifier des volumes qui correspondent aux creux laissés dans une structure. Ce "mobilier" permet, selon les configurations, de signifier tous les lieux. Par un habile jeu de transformation, la table devient bureau de réunion, comptoir d’une salle de pause, table pour déjeuner, alors que les bancs sont tantôt sièges de travail, banquette, canapé, podium... 
La direction d'acteurs est aux petits oignons. Il faut du talent pour se partager 18 personnages entre 8 comédiens, mais cela participe au plaisir du spectateur. C'est cela la magie du théâtre, quand elle fonctionne, et quand bien sûr on dispose d'un texte à l’humour décapant faisant toucher du doigt les absurdités de notre système. Laura Couturier et ses comédiens démontrent qu'il existe un théâtre contemporain de qualité, qui peut (aussi) être distrayant.
Quand la focale s’élargit on découvre autour de Bruno, une multitude de personnages, dont les histoires se croisent, se font et se défont, avec pour objet et terrain de jeu, le quotidien d’une grande entreprise. Des directeurs de la finance aux jeunes chômeurs en recherche de stage, en passant par le secrétariat et les salariés au bas de l’échelle, tous semblent embourbés dans un système qui les dépasse. Restructuration, départs volontaires, coaching avant un entretien, scènes de ménage et scènes d’amour... l’écriture est vive, le rythme soutenu.

L'équilibre entre tragédie et comédie est fragile mais ne vacille pas. Comme le disait si bien La Bruyère : alors qu'on vient d'en rire, il faudrait en pleurer.
Dans sa note d'intention Laura Couturier affirme qu'il ne s’agit pas de chercher les causes, mais juste d’observer les conséquences et comment notre société petit à petit détruit le lien humain. L’empathie que l’on éprouve pour les personnages s’accroit ou s’estompe au fil des situations mais surtout a pour enjeu de détecter à quel point les responsabilités sont partagées, et comment chacun s’arrange avec soi-même. Ce qu’on accepte, et jusqu’où, au nom d’un système dont on nous martèle tout au long du texte, qu’il est sans alternative.

Dans la joie et la bonne humeur a été créé en septembre 2015 au théâtre de l’Opprimé à Paris et a été présenté, comme je l'ai mentionné, pour trois dates en février 2016 au Magasin de Malakoff (92). Je souhaite au Collectif d'être programmé sur une période plus longue dans une autre salle, à l'instar de ce qu'Elise Noiraud vient de m'apprendre à propos de Pour que tu m'aimes encore. Ils le méritent amplement.
Dans la joie et la bonne humeur (ou comment Bruno a cultivé un helicobacter pylori)
de Sylvain Levey, mis en scène par Laura Couturier, Assistante mise en scène : Chloé Chycki 
Scénographie : Federica Buffoli et Marta Pasquetti / Décors : Jean-Jacques Legros et Jean-Claude Couturier / Costumes : Esther Krier / Lumières : Benoît Biou / Son : Antoine Gilloire
Avec : Nejma Ben Amor, Alice Benoist d’Etiveaud, Catherine Cottard, Guillaume Giraud, Blaise Moulin, Vincent Paillier, Agata Rabiller, Akira Tsukada
Production : La Distillerie. Avec le soutien de La Spedidam, de l’ADAMI (aide à la captation audiovisuelle), de RAVIV (réseau des arts vivants en île de France), de la Mairie de Paris, du Centre des Amandiers et du Théâtre de l’Opprimé.

Ce premier spectacle du Collectif La Distillerie s'est joué les 18, 19 et 20 février 2016 au Magasin à Malakoff, 144 avenue Pierre Brossolette, 92240 Malakoff / Métro Châtillon-Montrouge (puis 10 min à pied)
Collectif La Distillerie
38 rue Raspail, 93100 Montreuil / 06.24.64.62.88 / collectifladistillerie@gmail.com
Adresse de correspondance : Collectif La Distillerie, 15, quai de l’Oise, 75019 Paris
collectifladistillerie@gmail.com 06.24.64.62.88

Photos et Visuel : Jean Kapsa, librement inspirée de l’œuvre de Philippe Ramette.

vendredi 4 mars 2016

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry

Je comprends que le livre de Sophie Divry ait séduit. Il est mitonné avec les ingrédients qui font saliver le lecteur "moyen". Pardon de le souligner mais les épisodes sur la sortie de ce diable en collant résille version sado-maso et les dispositions typographiques à connotation sexuelle me laissent pensive. Franchement, il m'en faut davantage pour m'extasier.

Pour moi qui connais très bien ce sujet de la précarité et des tracasseries administratives (je dirais même plus, des violences institutionnelles) j'espérais un roman d'une autre stature. Qui soit de taille pour faire bouger les lignes. Je n'ai sans doute pas envie de rire de cela. J'aimerais qu'un auteur de son talent ne s'en amuse pas. Même si elle ne pouvait pas se douter que même ceux qui ont du travail se sentent en danger quand ils entendent les dernières déclarations ministérielles.

Certes elle dénonce un grand nombre des absurdités du système mais en ayant brodé un roman qu'elle même qualifie d'improvisé, interruptif et pas sérieux, elle éteint en quelque sorte le feu qu'elle a elle-même allumé. Néanmoins on devine qu'elle a mentionné cette assertion pour couper court à la critique en quelque sorte.
Dans un petit studio mal chauffé de Lyon, Sophie, une jeune chômeuse, est empêtrée dans l’écriture de son roman. Elle survit entre petites combines et grosses faims. Certaines personnes vont avec bonté l’aider, tandis que son ami Hector, obsédé sexuel, et Lorchus, son démon personnel, vont lui rendre la vie plus compliquée encore. Difficile de ne pas céder à la folie quand s’enchaînent les péripéties les plus folles.
S'il y a une chose sur laquelle on ne peut pas lui en vouloir d'avoir chercher à innover c'est sur le style. Et j'ai vraiment apprécié la liste des auteurs qui l'ont inspirée avec les pages correspondantes. Molière s'y retrouve avec Paul Claudel et même JK Rowling. C'est très intelligemment fait.

Le livre est organisé en trois parties. La première traite de la difficulté économique à être durablement au chômage. La situation équivaut pour l'auteur à défaire sa vie : ne pas pouvoir partir en vacances, divorcer, émigrer ... (p. 42) C'est ce qui s'appelle tirer le diable par la queue.

Elle s'y révèle championne toutes catégories en matière d'énumérations sur parfois trois-quatre pages. Elle est capable d'écrire des sortes de réquisitoires contre telle ou telle façon de penser. Et elle est aussi experte en terme de production de néologismes. Le plus drôle étant françoishollandiennement vieux (p. 219).

Dans la seconde partie elle convient que se bâfrer en famille est une des rares solutions quand on pointe (façon de parler) au chômage depuis plus de trois ans. Elle raconte fort bien l'humiliation de celui qui ne peut pas répondre à la question d'apparence anodine : alors quoi de neuf ?

Elle me donne envie de lui servir la blague qu'Anne Berest glisse dans Bellevue, son dernier livre. Si on vous interroge comment ça va demander si on veut une réponse en deux mots ou en trois. En deux mots : ça va. En trois mots : ça va pas.

La troisième partie se veut comme une forme de renaissance. La jeune femme recommence à travailler, certes en CDD mais tout de même. C'est peut-être parce que j'ai moi-même travaillé dans la restauration que j'ai vraiment beaucoup aimé sa manière si juste de raconter un service. la liste des tâches que l'on gère en parallèle est aussi plausible que drôle (p. 270).

Il y a de bonnes idées et Sophie Divry a du talent, ce que l'on sait depuis plusieurs années. Ses ouvrages en sont la preuve. Mais je conserve au final un avis mitigé.

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry, 20 août 2015
Livre chroniqué dans le cadre du Prix 2016 des lecteurs d'Antony
En compétition dans la catégorie Romans français avec Après le silence de Didier Castino, Un amour impossible de Christine Angot, Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry, L'orangeraie de Larry Tremblay, et Ce pays qui te ressemble de Tobie Nathan.

jeudi 3 mars 2016

Portrait craché avec Véronique Genest au Palais des Glaces

Nous avons perdu de vue Julie Lescaut depuis deux ans. Mais on peut se réjouir car cette disparition a donné à son interprète illustre, Véronique Genest, la liberté de pouvoir remonter sur les planches, en l'occurrence, celles du Palais des Glaces de Paris où elle est à l'affiche de Portrait craché de Thierry Lassalle.

Il avait écrit la pièce pour Jacqueline Maillan, qui n'a pas eu la disponibilité pour la jouer et qui malheureusement nous a quitté avant que son emploi du temps ne lui en laisse la liberté.

Portrait craché est une comédie de boulevard où se tricotent secrets de famille et quiproquos. 
C'est une tranche de vie de l'histoire de Marie, mère d'Arthur, 25 ans, qui n'a jamais su qui était son père. Ce dernier, Philippe, ignore sa naissance car Marie l'a quitté sans le lui dire. Mais lorsque la fille de Philippe tombe amoureuse d'Arthur, qui est donc son demi-frère, les choses se corsent pour Marie. La mère doit agir en tentant de limiter les dégâts.
Véronique Genest reprend fièrement et dignement le flambeau 20 ans plus tard sans pour autan copier ce que la grande Maillan aurait fait. Et puis le texte n'a pas pris une ride. C'est une comédie légère dans la droite ligne du pur boulevard.

L'actrice principale surgit, méconnaissable, dans son Cotten, la tête protégée d'un suroit Cap à larges bords tombant jusqu'au haut de son dos. Quand elle retire le suroit c'est vraiment le poussin qui sort de l'oeuf.

Vous ne savez peut-être pas ce qu'est le Cotten dont je vous parle. C'est un ciré professionnel bien connu des bretons, fabriqué par l'entreprise la "marque jaune" installée à Trégunc (29), qu'on appelle aussi la Veste Rosbras qui, théoriquement est équipée de la Capuche "Magic" qui permet une vue panoramique en toutes circonstances et rend possible le port du casque de protection. Avec sa coupe kimono, ses coutures soudées, ses poignets élastiques réglables et ses poches étanches sous double rabat auto-agrippant, ce vêtement assure une protection complète contre les bourrasques. Il est fabriqué en Nylpêche, un tissu offrant une étanchéité inégalée tout en conservant une grande souplesse. Je le sais. J'en ai un. Avec une capuche qui tourne avec la tête en suivant absolument tous les mouvements, en haut, en bas, à droite, à gauche.
Les ennuis se succèdent. Après une fuite d'eau dans la salle de bains (qui justifie le port du Cotten) Marie doit très vite préparer un repas pour honorer les futurs beaux-parents de son fils Arthur (Gaspard Leclerc). On croit le pire atteint lorsque se présente son ancien amoureux, Philippe (Julien Cafaro) et qu'ils reprennent tous les deux une vieille dispute. Très vite on apprend que cet homme est le père (inconnu jusque là) du jeune Arthur.

Marie devrait l'avouer mais, c'est bien connu, toute vérité n'est pas bonne à dire. Alors elle enchaine les mensonges ... jusqu'à la révélation finale, inattendue et pourtant si logique.

Entre temps Sophie, la future belle-mère, quasi sosie d'Arielle Dombasle, deviendra la bonne copine de Marie et reconnaitra que son couple bat de l'aile. Le contraste entre Sophie et Marie provoque le rire. Leurs personnalités sont diamétralement opposées et on se demande comment Philippe a pu passer de l'une à l'autre. Caroline Devismes joue en finesse un rôle qui n'est pas évident à tenir, celui de la poupée sans tête.
Maxime Van Laer campe un plombier avec lequel il va falloir compter pour régler les problèmes, de fuite d'eau comme de fuite d'informations.
Le thème de l'enfant caché n'est pas nouveau. Il est d'ailleurs au centre d'un autre spectacle en ce moment, avec un titre équivalent, la Fille de son père. A ceci près que le plombier remplace le peintre.

On ne peut pas savoir ce que Jacqueline Maillan aurait dit de ce spectacle. Il est probable qu'elle aurait applaudi. On sait qu'elle appréciait le talent de Véronique Genest qui, pourtant ne lui ressemble pas tellement. Ce qui est certain en tout cas c'est que la comédienne remplit son contrat, entraînant le public dans le tourbillon déchainé de ses maladresses pour endiguer le passé.

Portrait craché
De Thierry Lassalle
Avec Véronique Genest, Julien Cafaro, Caroline Devismes, Gaspard Leclerc et Maxime
Mise en scène de Thomas Le Douarec, musique de Nicolas Jorelle, lumières de François Tual, produit par Jean-Pierre Bigard, Les Lucioles et Mon Abri Côtier Productions
au Palais des Glaces
37 rue du faubourg du Temple
75010 Paris 10e
Métro : République
Réservation : 01.42.02.27.17
Jusqu'au 9 avril 2016, tous les mardis, mercredis, jeudis, vendredis et samedis à 19h15
Matinée les samedis à 16h30. Relâche les 22, 29 mars, 3 et 5 avril.

mercredi 2 mars 2016

Il y a massage et massage ... chez Juvenesens

Vous savez sans doute que la conception d'un massage diffère selon que l'on se trouve en Thaïlande, en Californie ...  Ce geste est le plus souvent associé au bien-être mais il peut devenir un soin de beauté.

Je ne maitrise pas la connaissance de toutes les techniques mais depuis mon passage au salon des Thermalies je commence à faire plus que m'intéresser au sujet et l'approche de Bella Labèque m'a semblé mériter qu'on s'y arrête.

Bella Labèque est la fondatrice du salon Juvenesens avec plusieurs déclinaisons en matière d'esthétique, de soins du visage et du corps.

Ingénieur chimiste de formation et diplômée de l'école de cosmétologie de Moscou, Bella ose, analyse et propose un programme adapté à chacun(e) dans cet institut qu'elle a créé en 2012 au 160 rue de grenelle, tout près des Invalides.

Ce qui est important à savoir c'est que Bella, qui porte magnifiquement son nom, est d'origine russe. Dans son pays les femmes sont prêtes à souffrir pour être belles. Aucune n'aurait confiance dans un massage anti-cellulite qui ne leur fasse pas mal. Pour elles la douleur est synonyme d'efficacité.

Bella ne pratique pas avec sadisme mais elle vous mettra en garde sur l'intensité de son action sur votre corps. Elle est unique à maitriser une technique consistant à faire remonter la cellulite qu’elle coince entre ses doigts comme une petite vague pour la pétrir et la casser afin qu’elle soit évacuée avec la lymphe.

Et pour que l'opération dure deux fois moins longtemps elle s'y met avec son acolyte Laurence, chacune se chargeant d'une moitié de corps : on économise le temps de nos clientes.

mardi 1 mars 2016

Les soupes de la Belle-Iloise

Le grand coffret ''Le Temps des Soupes'' de la Belle-Iloise est une invitation à la créativité autour des recettes traditionnelles de soupes avec 1 boîte de soupe de poissons 1/2, 1 boîte de bisque de homard 1/2, 1 boîte de cotriade 1/2, 1 boîte de velouté de coquillages 1/2 et 2 boîtes de Rouille.

Un duo de bols astucieux à oreille en porcelaine et un livret d’idées recettes simples et d'astuces inventives permettront d'ajouter une pincée de modernité à ces grands classiques. Prix de vente conseillé 28,90 €.

Vous les trouverez sur le site de la conserverie comme dans les boutiques du réseau de vente directe qui est aujourd'hui de 65 magasins. On y pratique les prix d'usine et des dégustations quotidiennes.

La texture de la sauce rouille est onctueuse, légèrement épicée, d'une belle couleur corail avec une note d'ail et de poisson. Elle accompagne avec merveille les soupes de poissons.

Je l'aime étalée sur un pain bien croquant et en accompagnement de tous les poissons blancs cuits au court bouillon.
Autrefois lorsqu'ils étaient en mer, les marins-pêcheurs préparaient le soir venu une soupe à partir des meilleurs morceaux de poissons qu'ils laissaient assez gros. Cette recette riche et conviviale somme toute équivalente à la bouillabaisse méridionale s'appelle la cotriade et c'est une spécialité traditionnelle bretonne.
Je l'ai servie après avoir ajouté dans le bol un émincé de légumes, avec un pain aux graines grillé, tartiné de rouille.
J'ai choisi de relever le Velouté de coquillages, avec un peu de ce mélange Cajun de Saravane qui est si réussi. L'oreille du bol est conçue pour y déposer l'épice de votre choix. J'aurais pu choisir un de leurs currys, mais la Louisiane m'a davantage inspirée.  Je connais des personnes qui auraient allongé cette soupe avec un lait de coco. En réalité je l'ai bu séparément. Par contre j'ai fait réchauffer avec un bâtonnet de citronnelle pour un résultat inattendu, tout en parfums.
Pêchés à la main sur les plages bretonnes avant d’être soigneusement lavés, les coquillages sont associés à une julienne de carottes rehaussée de gingembre et de safran.
La soupe de poissons est un grand classique de la conserverie la belle-iloise. Classique ne signifie pas l'interdiction de le servir "à sa sauce". On peut ajouter une pointe de rouille, quelques croûtons, éventuellement aillés, et saupoudrer de fromage râpé mais j'ai évité d'ajouter des calories.Je l'ai préparée façon choucroute de la mer, avec un morceau de cabillaud poêlé, quelques épices, et trois gouttes d'huile d'olive.
Vous remarquerez que cette Soupe de poissons, s'ouvre à l'envers pour que les yeux lisent la recommandation imprimée sur le dessus de la boite, à savoir diluer avec un tiers d'eau. C'est malin.
La dernière boite est une bisque de homard qui a demandé deux ans de recherches pour peaufiner cette recette aux subtils arômes et à l’onctuosité si particulière… avec une pointe de cognac, une note de curry... et la saveur unique du homard. Il me semble que c'est ma préférée.
Quelques petits croutons suffiront. J'ai pris pour cela ceux d'une autre marque bretonne, les extra-croustillants Tipiak.

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