Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 15 décembre 2016

Faust de Goethe mise en scène de Ronan Rivière

Le mythe est connu (et souvent à l'affiche) mais il est toujours puissant. Qui ne serait pas prêt à tout pour un peu de bonheur ? La question mérite toujours qu'on y réfléchisse.

Faust est actuellement à l'affiche au théâtre du Ranelagh qui, à lui seul, mérite qu'on s'y perde un peu. C'est un de ces lieux magiques où on aime aller.

Dans son cabinet de travail, au clair de lune, Faust s’emporte contre lui-même et s’apprête à mettre fin à ses jours. Le destin lui offre alors une chance, sous forme de pari proposé par Méphistophélès, de retrouver goût à la vie, mais, on le sait, en échange de son âme.
Ranimé par une nouvelle jeunesse, Faust tombe fou amoureux de Marguerite, et s’engage dans un tourbillon romantique et fantastique où il s’abîme et se retrouve.

Demandez-vous quel est le poids d'une âme ? interroge Méphistophélès, magnifiquement interprété par Ronan Rivière qui signe aussi la mise en scène ainsi que l'adaptation.

Il a voulu, dit-il, proposer une version resserrée du drame qui se joue ici en moins d'une heure trente quand il n'est pas rare qu'on frôle les 4 heures et avec seulement six comédiens. Le dispositif scénique d'Antoine Millian, une fois l'effet de surprise passé, se révèle très efficace pour composer des lieux différents tout en suggérant l'enfermement progressif du héros.

Cet escalier troué de lumières participe à installer une atmosphère fantastique -entre terre, ciel et enfer- ainsi que les costumes dans des couleurs très fortes.

Il y a moins de personnages aussi, ce qui rend la pièce presque épurée. La musique, composée par Léon Bailly, est présente sans jamais devenir envahissante. Ronan Rivière lui-même intervient parfois, plongeant les mains dans le piano, prouvant que le diable tire toutes les ficelles et use de tous les moyens pour arriver à ses fins.
Faust sera dupe, on le sait. Marguerite (très juste Laura Chetrit) sera épargnée, mais il faut dire qu'elle n'a fait aucune promesse.

La mise en scène concilie le fantastique avec une vision romantique. Les acteurs, tous excellents, expriment une large palette de sentiments où la colère et l'angoisse alternent avec la passion pure. C'est une très bonne idée d'avoir maintenu deux comédiens pour jouer Faust, âgé puis jeune.

Cette version a le grand mérite d'être fidèle tout en rendant le chef d'oeuvre accessible à un public de  tous âges qui a très envie, en sortant, de se replonger dans le texte.

Faust de Johan Wolfgang Goethe
Mise en scène : Ronan Rivière
Dans la traduction de Gérard de Nerval, adapté par Ronan Rivière
Avec : Aymeline Alix, Laura Chetrit, Romain Dutheil ou Anthony Audoux, Ronan Rivière, Jérôme Rodriguez ou Olivier Lugo, Jean-Benoît Terral
Au piano, en direct : Léon Bailly ou Olivier Mazal
Lumière : Fantôme
Décors et accessoires : Antoine Milian
Théâtre le Ranelagh - 5 rue des vignes 75016 Paris - 01 42 88 64 44
du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h
Jusqu'au 26 mars 2017

photos de Benjamin Dumas

mercredi 14 décembre 2016

Un Fil à la patte

Le nombre de versions du Fil à la patte n'est pas calculable. S’il fallait remonter jusqu’en 1894, date de sa première représentation à Paris au Théâtre du Palais Royal, Feydeau lui-même n’en reviendrait pas d’un tel succès.

Pourtant, ce vaudeville n’a pas pris une ride car les travers humains qui y sont décrits sont intemporels. Amplifiés jusqu’à la caricature, nos défauts et autres bassesses déclenchent des imbroglios qui nous font toujours autant rire.

Aller voir une pièce que l’on connait déjà bien, c’est prendre le risque d’être surpris ... agréablement, ou pas et Isabelle a volontiers accepté cette aventure. Même si l’esprit de la pièce est respecté, elle en est revenue secouée par une mise en scène résolument fantaisiste et moderne tout en estimant, c'est sa conclusion, que le changement fait du bien. Voilà ce qu'elle en dit :

Résumons rapidement l’histoire : Monsieur de Bois d’Enghien doit rompre avec la chanteuse de café-concert Lucette Gauthier dont il est l’amant pour épouser le soir même une riche héritière. Prisonnier de sa lâcheté, il repousse toujours le moment d’annoncer la rupture à Lucette. Ses mensonges l’entrainent dans une suite de quiproquos et de bagarres dans lesquels interviennent plusieurs personnages tous plus cocasses les uns que les autres.
La mise en scène est minimaliste. Les seuls meubles que l'on voit sur scène sont des chaises d’écoliers, deux luminaires et, en guise de fond, un voile aux couleurs changeantes, derrière lequel parfois quelques-uns des comédiens se figent dans des postures ridicules et comiques tandis que d’autres continuent de faire avancer l’action au premier plan.

Pas davantage de coulisses. Les comédiens attendent à cour et à jardin leur tour d’entrer sur scène. On fait abstraction de leur présence lorsqu’eux-mêmes deviennent pour un temps spectateur comme nous.

Le parti pris du metteur en scène de s’éloigner de certains codes du théâtre surprend au début. Dans un Vaudeville, on a généralement des armoires dans lesquelles les amants se cachent, des portes qui se ferment pour qu’un mensonge ou une trahison se fasse dans le dos de l’intéressé. Ici, pas de porte, pas d’armoire, pas de rideaux. Mais qu’on se rassure, les portes claquent quand même, les sonnettes ne cessent de retentir et l’amant se cache bel et bien dans une armoire. Mais aucun de ces éléments n’existe concrètement sur scène. C’est par le jeu des comédiens, qui lui n’a rien de minimaliste, que l’on imagine ces parties du décor. A chaque fois qu’une porte se ferme, qu’une sonnerie retentit, l’ensemble des comédiens interrompt sa tirade pour imiter par des gestes et des sons "un vlam, un dring".

Autre originalité de la mise en scène, les intermèdes musicaux et chorégraphiques qui scandent chaque fin d’acte. Les personnages, en particulier Bois d’Enghien (Stéphane Brel en alternance avec Lionel Pascal), semblent pris de convulsions qui s’expriment dans une danse désarticulée très réussie.

Marie le Cam joue une Lucette Gauthier follement amoureuse, sensuelle, possessive mais aussi touchante dans son déni à voir la vérité. Sa sœur (Eugénie Ravon) jouera 3 personnages différents durant la pièce. Si son rôle de vieille fille lui va comme un gant, elle est parfaite aussi dans celui de chambrière à perruque rousse (remplaçant le valet de Feydeau) et de policier. Seul petit reproche, elle semble forcer sans doute un peu trop sur sa voix.

La baronne et future belle-mère (Solveig Maupu) nous réjouit de ses mines outrées, de son jeu de regard et de sourcils.
Mikaël Taïeb en Bouzin nous offre des mimiques de bouche et des grimaces grotesques qui n’ont rien à envier à celles de Louis de Funès !

Le général Irrigua, amoureux de Lucette, se présente en kilt ! Quel travail de diction il a dû falloir à Anthony Magnier qui l’incarne pour arriver à s’exprimer dans ce jargon pseudo latino-américain qui suscite l’hilarité. Viviane (Agathe Boudrières), la riche héritière et Fontanet qui empeste (Xavier Martel en alternance avec Gaspard Fasulo) sont des personnages plus mineurs de la pièce. Leur jeu est néanmoins en cohésion totale avec celui des autres comédiens et leur présence est indispensable à l’intrigue.

Le but est de faire rire certes mais il est clair qu’Anthony Magnier ne souhaite pas tomber dans le burlesque pur et dur : "Nos comédiens savent que tel mot, telle réaction va faire rire: il ne faut jamais travailler dans le but de faire rire de manière frontale. Il faut garder une rigueur émotionnelle…" Sa mise en scène parvient à nous fait découvrir Feydeau avec un regard différent, ce qui n'était pas gagné d'avance pour une pièce si souvent montée.

Présentée au Festival d'Avignon en 2014, l'interprétation de la Compagnie Viva créée par Anthony Magnier a remporté le grand prix du Jury Festival d’Anjou 2015 et le prix du Jury Jeunes. A vous de vous laisser surprendre, et ce jusqu’au 31 décembre.

Un Fil à la patte de Georges Feydeau
Mise en scène et scénographie : Anthony Magnier
Au Théâtre 14
20 rue Marcel Sangnier 75014 Paris
Jusqu'au 31 décembre 2016
Les mardis, vendredis et samedis à 20h30, les mercredis et jeudis à 19h, matinée samedi 16 h
Relâche : dimanche et lundi.
 Relâche exceptionnelle : samedi 24 décembre
Avec : Stéphane Brel ou Lionel Pascal : Bois d’Enghien, Marie Le Cam : Lucette Gautier, Agathe Boucrières : Viviane / Firmine, Xavier Clion : Chenneviette / Miss Betting, Gaspard Fasulo ou Xavier Martel : Fontanet, Anthony Magnier ou Julien Jacob : Le Général Irrigua, Solveig Maupu : La Baronne, Eugénie Ravon: Marceline, et Mikaël Taïeb : Bouzin
Lumières : Marc Augustin-Viguier

Costumes : Mélisande De Serres

Photos Lot

mardi 13 décembre 2016

Le vin et moi de Jacques Dupont

A force de chroniquer des livres, d'en recevoir beaucoup, d'aller en chercher aussi à la manière des amateurs de champignons qui ne peuvent freiner leur désir de récolte dans le moindre sous-bois, j'avoue que mon appétit était rassasié. C'est sans doute à mon sixième sens, semble t-il hyper développé, que je dois d'avoir sollicité le Vin et moi d'un certain Jacques Dupont dont le nom ne me disait pourtant rien.

Ce n'est pas la couverture qui m'avait motivée et qui, l'auteur le reconnaîtra, n'est pas plus alléchante qu'une de ces étiquettes dont il fait le procès dans son livre. Le flair sans doute. Quelle riche idée ! Je lui dois d'intenses fous rires. Sa manière de raconter les voyages de presse relève du chef d'œuvre. Le livre entier se boit comme du petit lait. Je me demande si je vivrais semblable plaisir au cours d'un moment de dégustation en sa compagnie ... A-t-il à la vie un humour aussi dense et aussi virevoltant ?

L'auteur décrypte les abus stylistiques qui égarent le consommateur lambda à qui on veut faire avaler qu'une piquette serait "minérale" (p. 35), ou qu'un breuvage par trop astringent vibre d'une tension dans les tanins. Mon père, qui avait développé son propre lexique, qualifiait ce genre de vin d'un jugement sans appel : c'est de la Watermann ! allusion à la couleur (et à l'acreté) de l'encre que son vieil instituteur versait dans les godets des pupitres d'écolier.

Pour éviter de vexer un ami persuadé d'avoir dégoté la meilleure bouteille de derrière ses fagots, alors que l'impétrant avait attendu bien trop longtemps pour ouvrir ladite bouteille, il s'extasiait sur la madérisation du breuvage. En clair, il avait perdu ses arômes. Tous les vins n'ont pas le talent de bien vieillir. J'ai appris avec lui à reconnaître un vin bouchonné. On le gardait alors pour le jour suivant confire un canard et on s'empressait d'ouvrir une autre bouteille.

Avoir du vocabulaire est une aide précieuse. J'ai si souvent fureté en forêt en compagnie de mon grand-père, que je distingue la différence entre une effluve de girolle et un parfum de cèpe. Un tapis de feuilles de chêne n'a pas de rapport avec une couche d'aiguilles de pin. Mais pour un citadin l'expression "feuille humide" ne doit pas évoquer le moindre souvenir heureux. Astringent est alors plus parlant que fougère, néanmoins plus poétique. Quand à la famille des empyreumatiques, pour désigner le pain grillé, l'amande torréfiée, le feu de camp, on se doute que "brûlé" serait moins glamour.

Je peux prétendre m'y connaître en poivre. Un chef étoilé avait envisagé de se moquer (gentiment) de moi en me mettant au défi de nommer un Timut. Quand on a humé une seule fois son arôme de pamplemousse on s'en souvient sa vie durant. Alors quand Jacques Dupont évoque le minéral poivré du Morgon, forcément cela me parle. Tout autant que les liens qu'il trace entre silex et Chenin ou craie et Champagne. J'ignore tout cependant du goût de souris (p.51), non pas que cet animal me soit étranger mais sans doute que ai-je été épargnée de rencontrer un vin exhalant cette caractéristique, qui vous l'aurez deviné, est un défaut majeur.

J'ai (déjà) eu le bonheur de goûter le meilleur vin de toute ma vie. Un Chardonnay 2014, Sous l'arbre penché de Sylvain Ravier, que j'ai bu à Annecy l'été dernier et qui s'est inscrit pour longtemps dans ma mémoire olfactive.
Cet arbre penché ... est perché sur un rocher où pousse une vigne de Chardonnay. Il est élevé en demi-muid de 600 litres. Il a une robe d'or aux reflets verts, un nez complexe de fruits exotiques et de badiane qui évoque puissamment un caramel au lait vanillé. Sa bouche est ronde, longue et puissante. Mon père aurait dit : le bon Dieu en culotte de velours.

L'ouvrage est truffé de références. Certaines inattendues (comme Montesquieu ou Seneque, Cicéron ou George Sand). La plupart érudites mais beaucoup humoristiques. Après l'allusion au bon Dieu, je ne résiste pas à cette citation de Pierre Desproges : Jésus changeait l'eau en vin et tu t'étonnes que douze mecs le suivaient partout. (p. 83).

D'autres sont évidentes avec en premier lieu Marcel Proust (p. 47), maître absolu en matière de mémoire olfactive, dont l'apprentissage est hélas absent des programmes de l'Education nationale. Aucune surprise également à l'apparition de noms d'illustres amateurs de vin, pour ne pas dire alcooliques notoires, en majorité des écrivains. L'auteur avance avec sagesse (c'est une manière de dire qu'il vaut mieux consommer avec modération) que l'alcool ne rendra pas talentueux.

L'homme raille beaucoup, depuis l'étiquette (et la contre aussi, vous savez, cette seconde étiquette, souvent bavarde, rarement explicite), en passant par les confusions les plus fréquentes (un cru est un terroir, un millésime est une année) mais il est toujours sérieux et il pointe avec justesse les multiples compétences que requiert désormais le métier de vigneron (p. 18), viticulteur depuis le XIX° siècle. Son livre nous apprend beaucoup de choses. J'ignorais le sens de la caudalie (p. 56), et je place abusivement une majuscule aux crus alors que seuls les noms de lieu la méritent. J'ai du mal à ecrire que je bois un saint-émilion, alors que le correcteur orthographique l'admet volontiers.

Jacques Dupont ne fait pas l'impasse sur l'ivresse, un mal auquel il consacre un chapitre entier. On y croise, c'était inévitable, Bukowski dont j'ai chroniqué récemment le carnet taché de vin. Mais Il conseille pourtant comme lieu de cure Bourgueil, Irancy ou Julienas.

Il rappelle le sens de Carpe diem (p.84) formule d'Horace, tant empruntée, qui traite le vin comme instrument de sociabilité, capable de soigner et de rendre heureux. A condition d'en faire un usage raisonné, intelligent. Sa formule Carpe diem ne signifie pas autre chose qu'une préconisation à apprécier le moment présent et non une injonction à la débauche qui s'accompagnerait d'une formule du type après moi le déluge !

Il a la bonne idée de consacrer un chapitre à ces héros anonymes de la vigne qui effectuent un parcours exemplaire de reconversion dans l'univers du vin. Ils contribuent à moderniser ce que Jacques Dupont appelle la légende des ceps dans un chapitre plutôt émouvant.

L'auteur ratisse la polysémie du terme "naturellement" (chapitre VI) en nous rappelant que le Porto n'aurait jamais eu le goût qu'il a si le vin était resté "dans son jus" (p. 148) puisqu'il est le résultat d'un ajout d'alcool au vin pendant la fermentation. Et ce sont les Hollandais qui ont découvert, bien avant Pasteur, qu'en brûlant un bâtonnet de soufre à l'intérieur d'un tonneau celui ci s'en trouvait assaini.

C'est sans surprise que  l'on voit arriver le nom de Jules Chauvet, l'initiateur des vins naturels et son fils spirituel Marcel Lapierre.

Son propos semble honnête et sagement à l'écart d'une mode dogmatique. Son credo est simple et imparable : goûter à l'aveugle. Si le vin est bon, en parler. Avec pour règle d'or que le plaisir doit dépasser les défauts.

Il termine en toute logique en fustigeant les travers marketing du sourcing et autres diktats anglo-saxons en se moquant tout autant que précédemment à propos des voyages de presse, des mails (pardon, courriels) dont l'objet est un Save the date péremptoire. Je parie que nous avons reçu tous les deux la même invitation à ce Cheese Day qui n'aura plus lieu en 2017 au Pavillon Ledoyen (mais le 20 février à L'intercontinental), pris d'assaut par une horde d'affamés pique-assiettes sous l'oeil furieux d'un Yannick Alléno jurant qu'on ne l'y reprendrait plus. Je comprends que Jacques Dupont ne souhaite pas s'y précipiter. Dommage pour moi.

Le vin et moi de Jacques Dupont, chez Stock, en librairie depuis le 2 novembre 2016

lundi 12 décembre 2016

Petit focus sur le Bio de Marque Repère et recette de cookies

Qui ne fait pas du bio ? Chaque enseigne revendique une antériorité, comme si cela pouvait être un gage de santé ...

L'important n'est pas de savoir depuis combien d'années elle référence des produits bio mais d'avoir la certitude que ceux qui sont en rayon aujourd'hui méritent de l'être.

Après la démarche U de nos régions, Leclerc (autre enseigne indépendante) affirme son positionnement à travers la gamme Bio Village qui démontre depuis l'an 2000 que manger bio (et utiliser des produits de beauté bio) à des prix raisonnables doit être une réalité.

Les produits bio contiennent au minimum 95% de produits issus de l’agriculture biologique, c’est-à-dire sans OGM, sans engrais chimique, sans pesticide et une série d'actions sont pensées dans une démarche environnementale pour provoquer des réductions de déchets et des améliorations de toutes sortes. Ainsi le pays de fabrication est désormais indiqué en toutes lettres ainsi que l'origine des principales matières premières, et toujours dans une gamme de prix en moyenne 30% moins chers que ceux des marques nationales.

Après le succès de son premier Repérage Malin autour de l’univers de la beauté et de l’enfance, Marque Repère a organisé une seconde édition dédiée au bio tout au long du samedi 5 novembre dernier, au Quartier Général (Paris 75011), ouverte au grand public, sur inscription.

Les clients, actuels ou à venir, étaient invités en famille ou entre amis pour (re)découvrir Bio Village, dont le logo a été modernisé et dont les visuels ont été retravaillés dans un axe plus gourmand. A travers différents ateliers et animations, ils ont pu goûter et cuisiner les produits (à leur retour), mais aussi poser des questions et donner leur avis. Car il n'est pas simple de s'y retrouver, comme vous pourrez le constater ... rien ne ressemble plus à un jus de pomme 100% pur jus qu'un autre portant le même nom... Qu'importe le flacon, le jus était bon !
Et quand il est la base d'un cocktail sans alcool cela devient du délice, comme avec ce jus vitaminé aux couleurs de l'automne : jus de carotte, jus d'orange, sirop de citron, miel, romarin. A moins de préférer la version minimaliste, fraiche et détoxifiante avec de l'eau, du concombre, du sirop de cassis, et quelques feuilles de menthe.

dimanche 11 décembre 2016

Pasolini Musica par la compagnie L’Arsenal d’Apparitions

La Générale de presse de Pasolini Musica a eu lieu le lundi 21 Novembre au Théâtre de Ménilmontant, 15 rue du Retrait 75020 Paris (Métro Gambetta). Cette représentation en avant-première a permis donner aux parisiens un avant-goût de ce spectacle musical qui est déjà programmé tous les jeudis à 20h30 dans ce même théâtre à partir du partir du 19 Janvier et jusqu’au 16 Février 2017

La création avait eu lieu quelques jours plus tôt au Théâtre de Chaoué à Allonnes (72) et des reprises sont prévues courant 2017 à Alençon (61), et au Festival d’Avignon Off 2017.

Pier Paolo Pasolini est mort assassiné en 1975 sur la plage  romaine d'Ostie. Il n'avait que 53 ans. Poète, romancier, scénariste, pamphlétaire, auteur dramatique, réalisateur et acteur, il est l'artiste italien le plus célèbre du XX° siècle. Il n'est cependant pas nécessairement bien connu.

On peut lire sur l'affiche en dessous d'une photographe faite en 1953, une de ses maximes : Il faut s'engager non seulement  dans l'écriture mais aussi dans la vie. On entendra cette recommandation à la fin du spectacle, quasiment en conclusion.

Ce spectacle musical (pour une chanteuse lyrique, une comédienne-chanteuse, un comédien-chanteur, un comédien et une multi-instrumentiste) nous montre la force de la vitalité de Pasolini dans toutes ses dimensions, y compris joyeuse.

La soirée commence avec une douce chanson troublée par des aboiements. Les notes de piano s'imposent sur le chant des cigales. Le romancier répondra à quelques questions dans le cadre d'un entretien pour Télésoir. Il ne cherche pas à flatter son interlocuteur et d'emblée jette que le peuple italien est le plus analphabète qu'il ait rencontré.
Miguel-Ange Sarmiento, qui est chanteur, danseur et comédien, se glisse à la perfection dans la peau du personnage. Ses partenaires ne sont pas moins intéressants et la répartition des rôles est équilibrée.

Stéphanie Boré, mezzo-soprano surprend très vite (parce que je ne la connais pas) avec la pureté de son interprétation de la Norma de Bellini (chanté autrefois par la non moins merveilleuse Maria Callas. Mais elle sera autant crédible en actrice qu'en paysanne) à peine entaché par le son de la machine à écrire du poète qui ne s'arrête pas souvent de travailler. On assistera toute la soirée au processus de création artistique selon Pasolini : genèse d’un poème, fragment d’une répétition, élaboration progressive d’un texte qui deviendra une chanson.
Nous sommes dans son studio/atelier de création, encombré d'une table de travail sur laquelle est posée sa machine à écrire, d'une rangée de vieux sièges de cinéma, de servantes (lampes sur pied pour des répétitions de théâtre), d'un piano droit et d’autres instruments encore sous des housses.

À l’avant-scène, un poste de télévision se déclenche parfois inopinément pour faire entendre les questions de journalistes provocateurs, auxquels Pasolini répond de plus ou moins bonne grâce. Il faut malheureusement se trouver dans les tout premiers rangs pour en saisir le sens.

La présence de ce type d'écran est tout à fait justifiée quand on sait combien Pasolini dénonçait notre aliénation à cette parole autoritaire que le média déverse sans mesure en se cachant derrière le masque de la démocratie, comme si quelqu'un d'irréprochable pensait pour nous.

Une deuxième comédienne-chanteuse (Eva Kovic) figure d’autres personnages populaires imaginés par l’artiste. Il arrive que certains de ces personnages chantent, accompagnés au piano droit acoustique, au clavier numérique, au violon ou à l’accordéon (par Solène Ménard).

Le spectacle se situe clairement en dehors d'une volonté pédagogique. Il ne s'agit pas de tout nous dire de la vie de cet artiste mais de restituer son engagement dans la défense de la sacralité du monde et la critique de son temps, et cela uniquement à travers des textes composés par Pasolini lui-même et traduits par René de Ceccatty, Vigji Scandella, Jean-Pierre Milelli, Jean Rougeul et André Roche.

La lumière souligne l’aspect non réaliste de la représentation. Elle vient rythmer et ponctuer le texte ou la musique autant que révéler des espaces de jeu. La mise en scène d'André Roche n'autorise aucun temps mort, aucune complaisance et l'ensemble est immédiatement puissant, animé de la "vitalité désespérée" propre à l'artiste.
La scène figure aussi, à certains moments, un espace mental dans lequel les souvenirs et les songes de l’artiste prennent forme. Des images naissent alors, projetées sur les murs (création de Éric Minette), sur les instruments ou même sur le corps des acteurs : des images fixes - photos anciennes de paysages italiens, portraits de ses jeunes amants, images de rassemblements politiques – et des images animées figurant des lucioles, symboles pour Pasolini d’un temps et d’un espoir révolus, alors qu'il se souvient, dira-t-il, du triste chant des grillons. On peut juste regretter que (pour le moment) ces images ne soient pas suffisamment reconnaissables.

Ne me mens pas est une très belle chanson (interprétée par Miguel-Ange Sarmiento). On a envie de noter toutes les paroles si justes qui résonnent encore avec actualité : les quelques personnes qui ont fait l'histoire sont celles qui ont dit non. / Scandaliser est un droit / Tout est politique.

On reconnait certains documents d'archives, comme la voix de Philippe Bouvard. Mais nul n'a besoin d'être érudit pour être saisi par le bruit des vagues, parce qu'on comprend que c'est bientôt fini, même si l'esprit du poète subsiste. On en sort remué, presque bouleversé, préférant conserver le souvenir de l'extrême dynamisme du jeu des comédiens et la joie qui se dégage dans de nombreuses scènes.
S'engager dans l'écriture comme dans la vie ne dispense pas d'être optimiste !
Pasolini Musica
Textes et chansons de Pier Paolo Pasolini
Avec Miguel-Ange Sarmiento, Stéphanie Boré, Eva Kovic, Solène Ménard (ou Livia Naas en alternance), et André Roche
Adaptation et mise en scène d’André Roche
Musiques originales de Dmitri Negrimovski
Théâtre de Ménilmontant (Salle Le Labo), 15, rue du Retrait, 75020 Paris
Les jeudis 19 et 26 janvier et 2, 9 et 16 février 2017, à 21 h

Photos de © Denis Tribhou

samedi 10 décembre 2016

Lancement du Prix du lecteurs d'Antony, millésime 2016

J'ai pris l'habitude depuis des années de me faire l'écho du Prix des lecteurs d'Antony (92) qui m'a permis de faire de belles découvertes. J'espère chaque fois éprouver un plaisir comparable à la lecture du premier à avoir gagné ce prix, la Cage aux lézards.

Le lancement a eu lieu ce matin à la médiathèque Anne Fontaine autour d’un café. Au programme 8 romans, 4 polars et 4 histoires vraies et j'ai fait un premier choix un peu au hasard (en fait pas vraiment) dans chacune des sélections. Comme toujours, la catégorisation d'un livre ne peut jamais être exacte. Cette année les porosités s'infiltrent entre elles. Et aucun n'a provoqué de coup de coeur justifiant que je lui consacre un billet spécial.

Vous pourrez donc lire plus loin mon avis (personnel) sur Au commencement du septième jour de Luc Lang catégorie romans, Vi de Kim Thuy en catégorie Histoires vraies et Stasi Child de David Young, en catégorie Policiers.

Tout d'abord je voudrais faire une remarque générale sur le choix des titres, qui ne sont pas très représentatifs des trois catégories. Nous avons majoritairement des romans noirs entre les mains. Tokyo Vice appartient au genre polar même s'il est dans les bio et Tout ce qu'on ne s'est jamais dit également alors qu'il a été glissé parmi les romans. Pourquoi avoir eu peur d'annoncer plus de 4 polars ?
Quant à Vi c'est une fiction alors qu'on nous l'annonce comme une autobiographie. Il n'y aura peut-être que 2 histoires vraies dans la catégorie. Ce sera compliqué de voter.

vendredi 9 décembre 2016

Born to be Wilde et l'exposition consacrée à l'Impertinent absolu au Petit Palais

L'entrée était gratuite ce soir de 18 à 21 heures... sur inscription et il y a eu un peu de cafouillage. C'était prévisible entre ceux qui avaient fait les choses par anticipation mais qui ne sont pas venus et ceux qui sont arrivés in extremis.

Mais, bonne princesse, l'administration du musée publiera sur sa page FB le message suivant : le succès de "Born to be Wilde" au Petit Palais ne vous a pas permis d’accéder dans de bonnes conditions à cette soirée. Afin de prolonger votre expérience de visite, nous vous proposons d’accéder gratuitement à l’exposition sur présentation de votre billet "Born to be Wilde" chaque vendredi soir en nocturne de 18h à 21h jusqu’à la fin de l’exposition, les 16, 23 ou 30 décembre, et les 6 et 13 janvier."

Bien que l’auteur soit mort dans la capitale, c'est la première fois que le public français est invité à une grande exposition consacrée au célèbre écrivain Oscar Wilde (né en 1854 à Dublin - mort en 1900).

Le Petit Palais retrace la vie et l’œuvre de ce parfait francophone et ardent francophile à travers un ensemble de plus de 200 pièces rassemblant documents exceptionnels, inédits pour certains, manuscrits, photographies, dessins, caricatures, effets personnels, et tableaux empruntés en Irlande et en Angleterre bien sûr, dans les musées français (musée d’Orsay, BnF...) mais aussi aux Etats-Unis, au Canada, en Italie et dans différentes collections privées étrangères.

Wilde fit de nombreux séjours à Paris entre 1883 et 1894 et se lia d’amitié avec divers écrivains, tels André Gide et Pierre Louÿs. Il fréquenta Mallarmé, Verlaine et même Victor Hugo. Il écrivit directement en français sa pièce de théâtre Salomé dont il destinait le rôle-titre à Sarah Bernhardt. Son personnage est légitimement évoqué par une comédienne déjantée de la compagnie théâtrale La Comédie des Anges sous le portrait géant de l'écrivain.
Les animations étaient sympathiques et pensées dans l'esprit du grand auteur dont on connait tous la personnalité excentrique, exubérante, mais toujours élégante, afin que chacun puisse avoir l’opportunité de jouer l’impertinence au cours de cette soirée exceptionnelle dédiée au dandysme dans le cadre de Paris Musées OFF.

jeudi 8 décembre 2016

Le marronnier de la rue Caulaincourt

Bérengère Dautun est une de ces actrices que l'on n'oublie pas quand on a la chance de la voir sur scène. Je me souviens d'elle soutenant le combat d'Emile Zola dans J'accuse ! au Studio Hébertot.

Elle était la très sensible Comtesse de Ségur, née Rostopchine à la Comédie Bastille. Et plus récemment elle se glissa dans la peau de  Carole Weisweiller pour raconter un pan de la vie de  "monsieur Cocteau".

Isabelle est allée la découvrir dans une pièce que propose le Funambule Montmartre et qui prend ses racines comme le Marronnier, rue Caulaincourt. Elle a apprécié cette saga familiale lourde de secrets, et voilà ses impressions :

Lorsque nous rentrons dans la salle, Edith (Lou Guyot) cigarette à la main, écrit fébrilement sur une feuille de papier. On comprend qu’elle se trouve dans l’appartement de sa mère, Mona, qui vient de décéder. Comme souvent pendant une période de deuil, on se replonge dans le passé, les photos, les correspondances et on essaye de comprendre d’où on vient. On réalise alors parfois, qu’en plus de la douleur de la perte, de nombreuses questions constituant notre identité resteront sans réponse. C’est cet impact des non-dits, de la transmission au fil des générations, qui va former la trame de la pièce rédigée et adaptée pour le théâtre par Véronick Bourdoncle.

Edith a choisi de partir sur les traces de son passé et d’en faire un livre. Mais pas sous n’importe quel angle : ce sont les femmes qui l’intéressent. Pourquoi, depuis trois générations, les femmes de sa famille ont-elles perdu leur mari par abandon ou disparition inexpliquée… ? Y a-t-il une malédiction qui la toucherait elle aussi, célibataire endurcie ? Elle s’enregistre dans un dictaphone : "Et moi Edith, orpheline d’une mère exclusive. Quatrième génération d’une longue lignée de femmes seules, rongées par le malheur et la solitude. Je suis seule. "

Sur le même palier, rue Caulaincourt vit Lucie (Bérengère Dautun), grande amie de la famille, qu’Edith considère comme sa grand-mère adoptive. Cette dernière connait de nombreux détails sur l’histoire de la famille et va aider Edith à enquêter sur son passé.
Les deux femmes sont aux antipodes. Edith est torturée par cette quête de vérité, elle est souffrance et colère tout à la fois. Elle en veut à sa mère d’avoir été "Mona avant d’être mère", un personnage de roman excentrique, manipulatrice et fascinante. Lou Guyot joue à la perfection cette trentenaire stressée qui fume et boit trop parce que sa vie est vide, sans amour, hantée par le sentiment d’abandon.

Edith au contraire a sa vie derrière elle. Elle est positive, très énergique et encourage Lucie à se battre et à ne pas s’apitoyer sur son sort. Quand on demande à Berengère Dautun, sociétaire de la Comédie Française de 1972 à 1997, de définir son personnage, elle répond : "amour et ténacité". Son jeu est celui d’une battante qui peut aussi se laisser émouvoir et nous émouvoir. Ainsi lorsqu’enfin éclate la vérité, elle qui pensait être soulagée est en fait extrêmement troublée : "Pourquoi faut-il que ce soit moi qui ouvre la boîte de Pandore. Vos maux se répandent sur moi. Ce poison qui vous a rongé me ronge maintenant. A quoi ça va servir ? "

Bien sûr, je ne vais pas vous révéler les secrets de famille qu’Edith va être la première à élucider. Du reste, ce n’est pas tant le secret qui importe que le comportement que l’on adopte dans certaines circonstances pour ne pas baisser les bras devant le destin. Y a-t-il prescription ? Probablement jamais complètement, c’est bien cela qui nous touche dans cette pièce.

Le jeu tout en finesse des actrices rattrape quelques lourdeurs dans le texte. Pascal Vitiello (qui a déjà signé plusieurs mises en scène avec l'actrice) nous fait passer d’un appartement à l’autre dans une jolie mise en scène, sobre et intimiste. Allez-y avant le 31 décembre. Vous passerez un bon moment. Attention ! Les portes n’ouvrent qu’un quart d’heure avant le spectacle.

Le Marronnier de la rue Caulaincourt de Véronick Bourdoncle
Mise en scène de Pascal Vitiello

Avec Bérengère Dautun et Lou Guyot
Lumières : Thibault Jouliè

Au théâtre Le Funambule Montmartre, jusqu’au 31 décembre.
53 rue des Saules, 75018 Paris 01 42 23 88 83
A 19 h 30 du jeudi au samedi, le 
dimanche à 16h00

Photos Lot

mercredi 7 décembre 2016

Garner en plein coeur

Cela fait un moment que je n'ai pas chroniqué un album. Il m'en passe entre les mains ... que j'aime ... un peu En tout cas insuffisamment pour que je me mette au clavier pour vous en parler. Et puis est arrivé Garner en plein coeur, dont la pochette m'a intriguée avec cette confrontation de bleu et de jaune.

Cet EP est apparu le 28 octobre chez Socket Blues. Je ne connaissais pas Arnaud Garnier (alias Garner) et je pense que sa notoriété est encore confidentielle. C'est donc avec plus d'intérêt encore que je pointe son talent.

Piste 1, N'en abuse pas commence avec des sifflements (qui reviendront régulièrement tout au long de la chanson) bien avant les premières paroles. On peut penser à Bahung. Les phrases sont construites de manière inversée. Par exemple : sans ambages je peux. Le lexique est inattendu lui aussi, appelant des hordes sauvages. Et le clip, que j'ai visionné ensuite, traduit un univers très personnel où l'absurde devient tout à coup tout à fait compréhensible et teinté de poésie.

Piste 2, La nuit tu dors, démarre encore une fois après une longue introduction musicale. Le parolier aime commencer une chanson par une formule de type Quand au petit matin ...

Piste 3, Les voies sans issues, démarre en effet aussi avec Quand ... quand le soleil irradiera tous les bateaux, confirmant la plume surréaliste de cet artiste qui peut prendre des accents sombres, rappelant  une manière de chanter d'un Félix-Hubert Thiéfaine.

Piste 4, Te souviens-tu ? est plus lent, plus mélancolique aussi.

Piste 5, Jalouse. Je pense à un autre album, dont la couverture était aussi intensément jaune, celui de Magic Malick. Il y a une parenté musicale évidente.

Cet EP est étonnant car à la fois très personnel et paradoxalement faisant penser à beaucoup d'autres artistes par petites touches. Il se murmure que Garner est un talent en devenir. Sa musique donne envie de danser. Son impact sur nos oreilles est certain et son influence est plus forte encore dès qu'on le voit. Je ne peux pas juger de sa présence scénique mais du moins de ce qui se dégage dans ses clips. En voici un, Je finirai à Brest, tiré du premier album (2015) : 

Il a rasé sa barbe. L'artiste est en questionnement d'identité à plusieurs points de vue. Sans doute cherche-t-il encore sa voie sur le terreau de l'épique. Un EP c'est un peu court pour juger même si l'avant-goût du second album donne envie d'en entendre davantage.

A suivre ... c'est ce qu'on dit, non ?

mardi 6 décembre 2016

La Brasserie Bofinger célèbre Saint-Nicolas en annonçant une nouvelle carte

C'est le soir de la Saint Nicolas que la Brasserie Bofinger a choisi pour présenter sa nouvelle carte. Le restaurant est si connu qu'on pourrait paradoxalement l'oublier. Y aller est l'occasion d'effectuer une plongée dans le Paris du XIX°siècle puisqu'elle a été inaugurée en 1864.

C'était alors un modeste établissement situé non pas spécialement près de la Bastille (l'Opéra n'était même pas en préfiguration) mais en fait au bout de la rue du Faubourg Saint-Antoine où de nombreux alsaciens travaillaient dans la menuiserie ou l’ébénisterie.

Frédéric Bofinger , qui était originaire de Colmar, est le premier à proposer de la bière " à la pompe ", servie dans des pots en grès que les clients apportent eux-mêmes, avec de la charcuterie et de la choucroute.

L’annexion par la Prusse de l’Alsace et de la Lorraine provoque un afflux de réfugiés et assure le succès de l’établissement. Parmi les célébrités de l'époque on a pu voir le chansonnier Aristide Bruant.

On croquait sans doute déjà dans les petits pains typiquement alsaciens que sont les bretzels. Il existe plusieurs explications à leur forme. En alsacien le mot signifie "le temps de repos", d'où la forme représentant la position des bras croisés lorsque sonne l'heure de la pause. On raconte aussi que le premier a été créé par un boulanger pour satisfaire un roi exigeant un pain au travers duquel le soleil brillerait trois fois.

En 1919, Bofinger s’agrandit et connaît une rénovation spectaculaire. Banquettes matelassées, miroirs biseautés, jeux de lumières et de peintures, dans l'esprit de la Belle Epoque. Les murs sont à l'image de l’Art Nouveau, et la clientèle fête l’Alsace libérée.

lundi 5 décembre 2016

Lecture de Sauvé d'Alfhild Agrell, dans la traduction de Corinne François-Denève

L'actualité de Corinne François-Denève est dense  à quelques jours de la Sainte-Lucie, tant célébrée dans les pays scandinaves. Nous avons respecté la coutume ce soir en associant de délicieuses Saffransbröd, des brioches au safran, avec (en toute modération) un verre de Glögg, un vin chaud aux épices que l'épicerie suédoise Affären avait apporté pour l'occasion. Je vous en donne une recette en fin d'article.

Nous fêtions la publication de deux traductions que Corinne vient de signer : la traduction, en Classiques Garnier, du Théâtre complet, d'Anne Charlotte Leffler, une autrice suédoise contemporaine de Strindberg, qui s'est exercée à des genres théâtraux divers. Et surtout la traduction d'une pièce d'une autre suédoise, Alfhild Agrell,  écrite en 1882 et dont le titre français est Sauvé.

La pièce avait fait l'objet d'une lecture partielle au Midi-Minuit du Matrimoine en septembre dernier. Et ce soir nous avons eu le privilège de l'entendre dans son intégralité, à la Bibliothèque Nordique, 6 Rue Valette, à Paris, sous la direction de Benoit Lepecq.

Elle a été interprétée par Marion Malenfant (Viola), Fabienne Périneau (la femme du recteur), Benoit Lepecq (Milde), Joffrey Roggeman (Nils), Pierre Duprat (Oscar) et Corinne François-Denève qui assura tous les "petits" rôles, ô combien indispensables, les trois bonnes, un médecin, un garçon de courses.

dimanche 4 décembre 2016

Audience et Vernissage, deux pièces de Vaklav Havel à l’Artistic Théâtre

Ceux qui pourraient penser que l’univers de Vaklav Havel est marqué du sceau d’une époque révolue doivent aller d’urgence voir Audience et Vernissage à l’Artistic Théâtre.

Mises en scène par Anne-Marie Lazarini, ces deux pièces écrites en 1975 sont au contraire d’une étonnante actualité. Refus de la pensée unique, des idéologies pesantes et du matérialisme, le théâtre de Vaklav Havel secoue nos conformismes faciles et nos démissions par lâcheté. Isabelle est allée les voir et vous en parle sur le blog :

L’auteur (1936-2011) est né dans une famille aisée de l’ex-Tchécoslovaquie qui se voit dépossédée de tous ses biens en 1948 avec l’arrivée des communistes au pouvoir. Lui-même est taxé d’ "ennemi de classe" et doit arrêter ses études en 1951. Après divers petits boulots qui lui permettent de découvrir le théâtre comme éclairagiste puis dramaturge, il s’installe de plus en plus dans la dissidence. La répression du "Printemps de Prague" en 1968 est étouffée par l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie, et les russes imposent la "normalisation".

Mais un vent d’espoir et de liberté a soufflé et même si les écrits de Vaklav Havel sont interdits en 1971, ils circulent sous le manteau. C’est cet esprit qui habite les deux pièces qui nous sont proposées en une seule soirée (avec un billet unique).

On s’imagine monter dans la salle de théâtre à l’étage mais l’ouvreuse nous guide vers le bas. Un escalier puis un autre, nous arrivons dans le sous-sol sombre où sont installés quantité de petites caisses en bois. Distribution de coussins et nous voilà tous assis dans la brasserie pour le début de la première pièce : Audience. 

La lumière se fait et on aperçoit derrière des carreaux sales, Sladek (Stéphane Fiévet) assoupi  sur un bureau recouvert d’une innommable quantité de bouteilles de bière. Il est réveillé en sursaut par Ferdinand Vanek (Cédric Colas) qu’il a convoqué.

Vanek est un écrivain dissident et, on le comprend vite, une sorte de double de Vaklav Havel. Le régime le contraint à un travail d’ouvrier pour le faire taire et l’abrutir. C’est un homme posé, réfléchi et bienveillant. Sladek de son côté est le prototype du petit chef roublard, pour lequel on ressent répulsion et pitié. Il est torturé par sa propre médiocrité qu’il tente de noyer dans la bière. 
Nous assistons à un huis-clos oppressant entre les deux hommes. Sladek s’exprime à tort et à travers, s’échauffe, tente d’amadouer son interlocuteur, l’insulte, pleure. Au départ on ne sait pas trop où il veut en venir. Vanek l’écoute, respectueux, humain, dépité. Mais les choses se précisent et Sladek va proposer à son employé un marché de dupe...

La pièce prend alors toute son ampleur. Sladek représente la victime de l’idéologie, celui qui a fait profil bas face au régime et a perdu sa liberté intérieure: Ils ont peur de toi mon vieux, mais moi, on ne vient pas se renseigner sur moi, car moi on me tient. C’est toi qui tiens le bon bout. 
Vanek au contraire incarne la résistance de celui qui veut «vivre en vérité».  Il va donc refuser le marché : Monsieur, je vous suis très reconnaissant mais je ne peux pas m’associer à une pratique contraire à mes convictions. 

Sladek admire et envie la droiture de Ferdinand. Il espérait le corrompre pour se sentir moins seul dans sa lâcheté : Monsieur a des principes, il s’occupe de rester blanc et propre. Vous tous les intellectuels, vous êtes le dessus du panier même quand vous êtes au fond.

Cette lucidité douloureuse de Sladek rend son personnage supportable. On sent que Vaklav Havel ne porte pas de jugement de valeur sur la personne en elle-même. Chacun fait comme il peut en fonction de sa force de caractère.
Changement de décor pour Vernissage. On nous invite à nous lever pour gagner l’appartement de Véra et Michael dans la pièce à côté. Ils ont invité ce soir-là leur ami de toujours, Ferdinand Vanek, pour lui montrer l’aménagement cossu de leur nouvel intérieur. 
Anciens dissidents comme Ferdinand (toujours joué par Cédric Colas), Michael (Marc Shapira) et Véra (Frédérique Lazarini) ont cédé aux sirènes du matérialisme. Fiers de leur réussite et parés de leurs plus beaux atours, maquillée à l’excès pour Véra, ils exhibent leur bonheur domestique jusque dans l’impudeur. La caricature et le snobisme des personnages est source de rires. 

Ils espèrent obtenir une réaction d’admiration et d’envie de la part de Vanek et aussi le pousser à suivre leur exemple. Nous te voulons du bien, que ta situation trouve enfin son dénouement. Mais cet étalage d’opulence y compris le décortiqueur d’amandes électrique (!) laisse ce dernier assez indifférent.
Véra et Michael se font insistants, l’enthousiasme se change en désarroi violent. Comme un disque qui déraille, certaines phrases sont répétées jusqu’à créer une impression de malaise. Une musique dérangeante scande ces redites et finit par émettre le bruit d’un vinyl rayé.

Ferdinand tente de partir mais Véra l’agrippe et le retient : Ferdinand, tu ne peux pas nous laisser tout seuls. (...) Nous avons compté sur toi pour rester la nuit, te faire voir le bonheur, une vie pleine de signification.
Mis en face de leur vacuité par le révélateur silencieux qu’est Ferdinand, le couple qui a renoncé à ses idéaux de jeunesse incarne la perte d’identité qu’impose la norme.

Entre comique et tragique, ces deux pièces de Vaklav Havel nous dérangent autant qu’elles nous stimulent. L’auteur n’a jamais renoncé à ses idéaux. Devenu un des personnages clef de la "révolution de velours", il sera élu président de la nouvelle République tchèque indépendante en 1990. Son œuvre théâtrale est le reflet de sa philosophie de vie, lui qui voulait que le théâtre soit la voix de la conscience des hommes.
Audience et Vernissage de Václav Havel


Mise en scène Anne-Marie Lazarini
Scénographie, lumières François Cabanat

Costumes Dominique Bourde


Avec Cédric Colas, Stéphane Fiévet, Frédérique Lazarini, Marc Schapira
Théâtre Artistic Athévains
45 bis rue Richard-Lenoir, 75011 Paris.
Téléphone : 01 43 56 38 32
Du 9 novembre 2016 au 31 décembre 2016

Les mardi, mercredi et jeudi à 19h ; vendredi 20h30 ; samedi 18h ; dimanche 15h.
Horaire et tarif exceptionnels samedi 31 décembre 19h.
Relâches les lundis et les 24 et 25 décembre.

Les photos logotypées A bride abattue ont été prises par Isabelle, les autres sont de Marion Duhamel

samedi 3 décembre 2016

Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute

Pour un oui ou pour un non est une pièce qui a été beaucoup montée et interprétée par de brillants acteurs (par exemple Jean-François Balmer et Sami Frey au Théâtre du Rond-Point en 1986).

Léonie Simaga qui en propose une mise en scène au Poche Montparnasse en est d'ailleurs familière puisqu'elle l'avait proposée à la Comédie-Française, avec une autre distribution et un décor différent.

Nathalie Sarraute n'a pas donné de nom à ses personnages, désignés seulement par le code H1 et H2. Il est arrivé qu'on aille jusqu'à demander aux comédiens de les jouer en alternance pour signifier combien les rôles sont interchangeables. En relisant mes notes je remarque que lorsque j'ai noté des mots prononcés par Nicolas je ne peux rien affirmer puisque les deux comédiens portent le même prénom.

La conception du décor, blanc comme une page qui n'est pas encore écrite, laisse tout pouvoir à l'imagination. Après une introduction musicale au violoncelle H1 demande à l'autre : Je voudrais savoir ... Qu'as-tu contre moi. Il reçoit une réponse qui ne va pas le convaincre : Mais rien, pourquoi ?

N'y a-t-il eu alors qu'une maladresse de langage, un quiproquo insignifiant ? L'affaire va monter crescendo car aucun des deux ne cède. Ce ne sont pas tant les mots qui sont en cause. L'homme blessé reconnait qu'il s'agit de mots qu'on n'a pas eu justement.

Alors quoi ? Pourquoi ces "on", "vous" "nous" si indéfinis blessent-ils tant ? Parce que tout est dans l'intonation, ce que l'on sait très bien aujourd'hui à une époque où les échanges se font de plus en plus en abréviations, SMS et messages courts, tellement privés de ton que l'on a tendance à ponctuer à grands renforts de ... et de !

On parle à tort et à travers ... et soudain la catastrophe est consommée. On a beau dire je t'aime bien tu sais, justement on ne sait pas assez, on ne sait plus.

Il nous est tous arrivé de chercher à calmer le jeu par un trait d'humour, pas toujours bien pris lui non plus, par tenter une pirouette, ... la vie est là ... lâche H2, ce qui au lieu de (re)crer la connivence avec son ami ne fait qu'envenimer les choses parce que celui-ci croit reconnaitre de l'implicite en songeant au poème de Verlaine (Le ciel est par dessus les toits). Cherche-t-il à lire un sens caché qui serait en rapport avec la dernière strophe ?
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
Nicolas (Briançon) attaque, fouille, interroge. Nicolas (Vaude) esquive, réplique, affronte. Il faut être deux pour se réconcilier. Les joutes verbales s'enchainent. La plus petite altération, la moindre hésitation, une virgule et voilà que se creuse un gouffre émotionnel. Jusqu'au bout on comprendra qu'ils peuvent rompre pour un oui ou pour un non. Oui ou non, ce n'est pourtant pas la même chose. Oui ... ou ... non. Chacun aura le mot de la fin.
Si Nathalie Sarraute a volontairement laissé le champ libre à l'interprétation il importe que la mise en scène prenne parti, ce que fait admirablement Léonie Simaga dont la direction d'acteurs est très précise. Le public ne parvient pas à deviner qui l'emportera ni comment l'affaire se terminera et c'est exactement ce qu'on aime au théâtre où le jeu prend toute son importance.


Pour un oui ou pour un non
De Nathalie Sarraute
Mise en scène (et costumes) : Léonie Simaga
Décors et lumières Massimo Troncanetti
Avec Nicolas Briançon, Nicolas Vaude et Roxana Carrara

Au Théâtre de Poche Montparnasse
Depuis le 18 novembre 2016
75 boulevard du Montparnasse 75006 Paris
Tel : 01 45 44 50 21
Du mardi au samedi à 19h, dimanche à 17h30

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Brigitte Enguerrand

vendredi 2 décembre 2016

Demain n'attend pas de Céline Rouillé

La couverture est assez juste. Demain n'attend pas est un roman de détente qu'il vaut mieux lire en été qu'en automne. Seulement voilà,  j'avais pris un peu de retard dans mes lectures.
Cela fait cinq ans que Sarah a tout quitté pour réaliser son rêve : ouvrir une maison d’hôtes sur la côte normande. Depuis, elle savoure chaque instant de sa vie. Alors, quand une menace risque de tout remettre en question, elle remonte ses manches pour protéger son havre de paix. A quelques kilomètres de là, un autre destin se joue. Celui de Pierre, employé dans une luxueuse résidence médicale. Accusé d’un forfait qu’il n’a pas commis, sa vie est sur le point de basculer. Armés d’une farouche volonté, Sarah et Pierre dont les chemins vont se croiser, partent à la reconquête de leurs existences. Bousculés par des rencontres inattendues et des secrets, ils vont découvrir que derrière les problèmes, des bonheurs peuvent naître alors qu'on ne les attend pas...
Céline Rouillé a une quarantaine d’années. Après des études de commerce, elle travaille aujourd’hui dans l’économie sociale. Comme beaucoup d'autres auteurs, elle a écrit ce premier roman selon l'expression consacrée "à temps perdu".

C'est en arrivant à la fin du livre que j'ai compris que j'avais entre les mains le tome 2 d'une saga, ce qui expliquait que j'ai cafouillé dans la compréhension de la psychologie des personnages au cours des premiers chapitres. Je me sentais un peu perdue (mais pour en avoir discuté avec d'autres lecteurs ceux qui en connaissaient l'existence ont pu éprouver pareil sensation).

Néanmoins les personnages sont attachants, et pas seulement Sarah qui est la principale protagoniste du livre. Cela m'a motivée suffisamment pour aller jusqu'au bout (412 pages tout de même). Si vous aimez Françoise Bourdin vous trouverez des points communs avec sa manière d'écrire. L'action se déroule d'ailleurs près du Havre comme pour Face à la mer, renforçant encore mon désir de découvrir cette ville et d'en apprécier le contraste entre sa modernité (il a bien fallu construire du neuf après les bombardements) et les villas chics de Sainte-Adresse.

On sillonne aussi la région d'Etretat que je connais mieux. la nature est un cadre qui compte malgré une relative faiblesse des descriptions. Si les fidèles reconnaitront dans le titre une proximité avec l'ouvrage précédent de l'auteure, Demain il fera beau, il évoque plutôt pour moi un épisode d'aventures à la James Bond.

Il y a certes des rebondissements et le dénouement est apaisant, ce qui est un bon point en cette époque où l'on a besoin de cette littérature feel-good qui est en train de devenir un genre.

La réflexion sur la vengeance aux différents âges de la vie est bien menée.

Demain n’attend pas de Céline Rouillé, City éditions, en librairie depuis le 31août 2016

jeudi 1 décembre 2016

Amphitryon dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau

Avec Amphytrion, Guy-Pierre Couleau poursuit dans l'univers onirique installé sur la scène du Théâtre du peuple de Bussang où nous avons vu cet été le Songe d'une nuit d'été. Je devrais écrire le contraire parce que la création  de cette pièce est antérieure (octobre 2015 à la Comédie de l’Est à Colmar) mais je ne les ai  pas vues dans l'ordre.

Il faut dire qu'il travaille avec la même équipe (notamment Laurent Schneegans aux lumières, Delphine Brouard à la scénographie) et qu'ils ont l'art de la suggestion avec un décor efficace tout en libérant le plateau.
Sitôt sa nuit de noces avec Alcmène consommée, Amphitryon, général thébain, quitte sa jeune épouse pour aller guerroyer. Le dieu Jupiter, amoureux de la belle mortelle, profite de l’occasion pour se glisser dans son lit sous les traits du mari. Son allié Mercure monte la garde, après avoir pris l’apparence de Sosie, valet d’Amphitryon. Mais celui-ci est de retour au palais, précédant son maître pour annoncer sa victoire... et tombe nez à nez avec cet "autre moi".
Dès lors, la pièce repose toute entière sur le motif du double et du miroir. Entre quiproquos, malentendus et rebondissements, Molière invente une fantaisie mythologique à grand spectacle, où les dieux descendus sur terre, rusés et manipulateurs, sèment la confusion et s’amusent aux dépens des humains, dupés de bout en bout et incapables de distinguer le vrai du faux.
Quand la pièce commence, le spectateur est dans une profonde obscurité, dans une ambiance de science fiction formidablement restituée, justifiant la phrase de Molière : les poètes vont à leur guise.

La Nuit (Jessica Vedel) a les traits d'une femme fatale, dans un corps très sensuel, en toute logique avec la thématique de la tromperie. Les dieux sont des divinités obscures venant perturber le cours de la vie des hommes et leurs apparitions s'effectuent comme par magie à la faveur d'un nuage de fumée, venant parfois des cintres (le ciel), parfois d'une trappe dissimulée dans le plancher (l'enfer). La scène est surélevée et pourvue d'escaliers dans la tradition du théâtre de tréteaux.
Il faut se laisser porter par les images, splendides, tout en écoutant avec attention le texte de Molière qui pourrait bien être toujours d'actualité. Guy-Pierre Couleau a raison de souligner combien nous devons être vigilants face aux tyrans qui gouvernent avec toute puissance, en se considérant comme égaux à des dieux.

Molière avait assimilé les leçons de Galilée (qui était son contemporain) : en prouvant que la terre n'est pas au centre du monde on questionne aussi la place de l'homme qui pourrait donc s'affranchir de la soit disant volonté divine (et des puissances politiques). Car la pièce le démontre, les dieux mentent et peuvent nous faire perdre notre identité. Regardons ce qu'il advient de Sosie, créé par Molière lui-même et que Luc-Antoine Diquero interprète avec toute la subtilité nécessaire. Il devient une marionnette, à deux doigts de la folie : me faut-il renoncer à moi-même ?
Si, depuis notre fauteuil nous voyons l'imposture qui concernera aussi Amphytrion (François Rabette), pauvre innocent époux qu'il faudra regarder en coupable, avons-nous la même clairvoyance dans la vraie vie ? Les masques parviennent-ils à tomber aussi rapidement qu'au théâtre ?
Le travail de Laurianne Scimemi participe à cette réflexion puisqu'elle a choisi d'habiller les humains en costumes qui nous sont contemporains alors que les dieux sont représentatifs du courant steampunk, d'où le sentiment que nous avons d'osciller entre réalité et science-fiction.

La bande-son est elle aussi juste parfaite, avec la voix rauque de Terez Montcalm reprenant Je n'attendais que toi (créée par Charles Aznavour et Mama Béa pour le film Édith et Marcel en 1983) :
Je n'attendais que toi / Moi rêvant d'absolu / De choses impossibles / Moi venant de la rue / Sortant de l'inconnu / Qui espérait mon roi / Ce héros invincible ...

Avec Klaus Nomi, et puis aussi cet air jazzy à souhait, enfin paisible, à la toute fin du spectacle, accompagnant des pas de danse : Dites-moi étoile, pourquoi je vous regarde? / Les étoiles les étoiles les étoiles / Dites-moi, étoile qui vous regardera ?… que Melody Gardot chantait déjà en 2009 sur l'album My One and Only Thrill.
Des rires peuvent fuser dans la salle par moment mais sur scène on comprend que les dédoublements perturbent la raison des personnages, nous offrant aussi une réflexion fine sur la question de l'identité.
Après John M. Singe, dont Guy-Piere Couleau avait monté La fontaine aux saints et Les noces du rétameur en 2010, puis l'année suivante Le baladin du monde occidental, il s'est attelé avec autant de bonheur au répertoire de Molière et de Shakespeare. Quel sera son prochain choix ?


Amphitryon de Molière
Mise en scène de Guy Pierre Couleau
Lumières de Laurent Schneegans
Scénographie de Delphine Brouard
Costumes Laurianne Scimemi
Avec Isabelle Cagnat (Cléanthis), Luc-Antoine Diquéro (Sosie), Kristof Langromme (Mercure), Nils Öhlund (Jupiter), François Rabette (Amphitryon), Jessica Vedel (la Nuit) et Clémentine Verdier (Alcmène)
Théâtre 71, Scène nationale de Malakoff jusqu'au 4 décembre 2016
Après Malakoff le spectacle sera en tournée aux Célestins, Théâtre de Lyon puis le 22 mars de retour en région parisienne au Théâtre Victor-Hugo, de Bagneux (92), puis en mai 2017 au Bateau Feu, de la Scène Nationale de Dunkerque.
Il sera donné à la Comédie de l'Est du 26 janvier au 22 février 2017

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de André Muller

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)