Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 15 novembre 2018

8 avenue Lénine, un documentaire de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

8, avenue Lénine est un documentaire de société, tourné par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun démontrant que la France et l’Europe ont la capacité d'accueillir dignement des Roms.

Les réalisatrices sont suivi pendant 15 ans Salcuta Filan, une femme rom et ses deux enfants, Denisa et Gabi, à Achères en région parisienne, depuis leur arrivée et leur quotidien en caravane dans un bidonville, jusqu'à leur premier logement en appartement.

On est très vite absorbé par l'actualité qui se construit sous nos yeux.

Plusieurs séquences sont d'une grande émotion, notamment celle qui filme l'intervention de 150 policiers, suivie de l'impressionnante opération de démolition des caravanes où vivent tant bien que mal des populations d'origine roumaine. C'est d'une cruauté terrible. Surtout que plus la précarisation augmente, plus la reconduite à la frontière devient inéluctable.

mercredi 14 novembre 2018

Le Beaujolais nouveau est tiré ...

Il me semble que je n'ai jamais abordé le sujet du Beaujolais, nouveau ou pas d'ailleurs. C'est pourtant une jolie (pas si nouvelle) coutume, à vivre en toute modération comme il se doit.

Un dicton veut qu'à la Saint Martin, le 11 novembre, on dise, jeune ou vieux, bois le vin. Et de fait, on buvait, chantait et fêtait le vin nouveau dans les vignobles.

Dans les années 50, et d'abord dans les bistrots des Halles parisiennes, et sous l'impulsion de quelques négociants visionnaires, Georges Duboeuf en tête, les parisiens se sont mis à suivre. Les anglais les ont imité et le phénomène s'amplifia jusqu'à se codifier le même jour, à la même heure, dans le monde entier dans les années 70, le troisième jeudi de novembre.

Une saison est alors terminée, et demain matin, les vignerons commenceront une nouvelle année, en commençant les travaux des vignes pour la récolte 2019. La journée est une sorte de "happy day" mondial... avec des milliers d’événements simultanément dans le monde.

Voilà comment nous fêtons ce soir le Beaujolais Nouveau 2018 aux Bains Douches qui est un lieu sympathique, très parisien, et presqu’historique, mythique en tous cas. En haut du porche principal, Bacchus préside et supervise l’entrée depuis 1885, chassant les mauvais esprits et les trouble fêtes.

Construits en 1885 les Bains ont été les plus célèbres thermes de la capitale. En 1978, l’endroit inédit devient salle de concert et temple nocturne du clubbing parisien. Il a vu passer des personnalités comme Claudia Schiffer, Bono, Prince, David Bowie, Mick Jagger...

La couleur rouge sang des murs et le carrelage gris et blanc, pailleté, offre un cadre idéal.

Après un discours très enthousiaste de Dominique Piron, le Président Inter Beaujolais, nous avons applaudi l'entrée cérémoniale des bouteilles de quelques entreprises du Beaujolais : Le Château de Corcelles, La Maison Mommessin, La maison Jean Loron, la coopérative de la Cave du Château des Loges, le producteur du Domaine des Nugues et celui du Château de l’Eclair et la Maison de vins Georges Duboeuf. La dégustation pouvait commencer, avec un carnet pour noter nos impressions et avis.

mardi 13 novembre 2018

Le radeau de Géricault 1818-2018 à la Maison des arts d'Antony (92) et photos

La très célèbre oeuvre de Théodore Géricault (1791-1824), le Radeau de la Méduse, a fêté récemment son bicentenaire et la Maison des Arts d'Antony (92) a décidé de l'honorer d'une manière assez originale à travers une exposition intitulée Le radeau de Géricault 1818-2018.

Une reproduction du tableau est exposée dans la salle du premier étage, prêtée par le musée des Beaux-arts de Bordeaux, et permet de revoir la scène que l'on pense connue de tout le monde, même si le tableau prêté est de dimensions réduites par rapport à l'original qui reste au Louvre.

A-t-on remarqué, car il faut de bons yeux pour la deviner, la voilure de l'Argus qui ne voit pas encore les naufragés qui malgré tout ont encore la force d’agiter des tissus dans le vent avec l’espoir de se faire repérer ? L’Argus ne les trouvera que deux heures plus tard.

La véritable histoire de la Méduse :
C'est de l'île d'Aix que La Méduse a appareillé, le 17 juin 1816, vers Saint-Louis, au Sénégal, afin d'y acheminer le nouveau gouverneur et les fonctionnaires nécessaires à la colonie, que l'Angleterre venait de restituer à la France après la restauration de la monarchie. La Méduse est accompagnée de trois autres bâtiments français, commandés par Hugues Duroy de Chaumareys, noble émigré à la Révolution, qui n'a pas navigué depuis 28 ans et qui doit sa nomination au retour de la monarchie. Six jours après le départ, Chaumareys décide de prendre les autres navires de vitesse et vraisemblablement à cause d'une erreur de navigation, la frégate s'échoue le 2 juillet sur un banc de sable, au large des côtes de l'actuelle Mauritanie.

lundi 12 novembre 2018

La gloire de mon père, spectacle interprété par Antoine Séguin

Je suis allée voir Antoine Séguin jouer la Gloire de mon père au Théâtre Essaion et si je mets son nom en valeur c'est parce que son interprétation est remarquable.

On peut croire qu'entendre des cigales cymbaliser sur un air de flutiau compte dans la mise en condition du spectateur. Certes. On peut penser que le texte de Marcel Pagnol y est pour beaucoup. Certes aussi. Que l'efficacité de la mise en scène de Stéphanie Tesson  est déterminante. Bien sûr.

Mais très franchement la prestation d'Antoine Séguin est indissociable du succès du spectacle.

Je suis née à Aubagne, sous le Garlaban, qui n'est pas une montagne mais une colline qui monte très haut dans le ciel de Provence.

Voilà, nous y sommes. Les modulations de la voix du comédien nous transportent dans cette région si typique, au sein de cette famille aimante, où grandit un petit garçon surdoué qui a appris à lire tout seul, pendant que sa mère allait au marché. Son père, instituteur écrivait les leçons au tableau noir et provoqua une révélation fracassante le jour où il rédigea une phrase apparemment anodine : la maman a puni son petit garçon qui n'est pas sage.

Le môme s'offusqua et réfuta cette affirmation, à la grande stupéfaction de son père.
On le suivra pendant toute son enfance, dans la petite ville d'Aubagne comme dans la campagne sur la charrette bleue des vacances tirée par un mulet, et pendant chaque partie de chasse. On tremblera  pour lui quand il sera au bord des larmes, craignant d'être perdu dans les collines, quand les chemins qu'il a laissé derrière lui en ont profité pour changer de visage, et qu'il n'a pas pensé à remplir ses poches de petits cailloux blancs comme le Petit Poucet, 

dimanche 11 novembre 2018

Illusions au Palais de la découverte

Chacun de nous a été surpris par des illusions d'optique et s'est amusé à comparer ce qu'il croit voir avec la perception de ses proches. Une des plus connues consiste à vérifier si on voit une vieille femme ou une jeune fille. C'est la Figure ambigüe de Böring et je pense que vous la connaissez.

Vous en verrez d'autres au Palais de la Découverte dans le cadre d'une exposition passionnante intitulée précisément Illusions, et que j'ai eu la chance de visiter accompagnée de Baptiste Bureau, chef de projet.

Elle révèle les phénomènes qui trompent nos sens, jusqu’aux secrets des magiciens. Et selon l'habitude de la maison le public est invité à manipuler des dispositifs pour vivre l'expérience et comprendre comment fonctionne son cerveau.

Dès l’entrée, l’exposition interpelle et fait la part belle à un terrain de jeu cérébral. Le titre de l’exposition est traité en anamorphose, imprimée sur de larges kakémonos structurant l’espace. Une quarantaine d'expériences aussi ludiques qu'étonnantes (et instructives) vous sont proposées, sollicitant différemment le cerveau pour sa capacité à être sensible, interprétatif, sélectif ou expert.

On croit que notre cerveau sait identifier des visages. Il est facilement trompé par les vêtements que porte un personnage. Habillez une personne en robe de mariée, une autre en costume trois pièces et vous identifierez une femme à coté d'un homme alors que leurs visages sont rigoureusement identiques.

Mon père qui avait tout compris du principe répétait : il faut flatter l'oeil. Ce conseil m'est souvent utile quand je pose par exemple du papier peint sur un mur dont l'angle n'est pas droit. Je me fie davantage à mon oeil qu'au centimètre, car rien ne sert d'être "juste" si tout le monde perçoit l'inverse.

Ce que j'ai particulièrement aimé c'est que ce ne sont pas que des illusions d'optique qui sont "démontées". Je me suis donc attardée sur quatre phénomènes qui concernent la perception kinesthésique et qui sont moins connus.

samedi 10 novembre 2018

Wrap Buffalo aux légumes racines

Je souhaitais depuis longtemps me lancer dans le wraping, si je puis dire, et l’occasion m’en a été donnée à l’issue du festival des influenceurs culinaires où j’ai découvert la version française de cette spécialité mexicaine que j’ai naturellement eu envie d’associer à ... des insectes, parce qu’on en consomme très naturellement au Mexique.

J’ai bien entendu respecté les fondamentaux de ce type de recette, à savoir plusieurs légumes, quelques feuilles de salade, une sauce à base de fromage blanc. C’est très facile et assez rapide à faire.

Comme légumes, j’ai pioché parmi ceux dits de saison en privilégiant les légumes racines (carottes, panais et radis noir) en leur ajoutant un gros oignon et quelques sommités de chou romanesco. L’astuce consiste à les trancher très fins, certains en bâtonnets, d’autres en lamelles. Pour cela rien ne vaut la mandoline de Microplane.

Les Buffalo sont des insectes de Jimini's et la tortilla de la marque Mission.
On les fait revenir quelques instants dans un peu d’huile d’olive pour les attendrir et parce que je voulais servir ces wraps en plat chaud mais on pourrait aussi préparer ce type de recette avec uniquement des crudités.
Au moment de servir on tartine la tortilla de fromage blanc assaisonné de sel fumé.

vendredi 9 novembre 2018

Un amour impossible, le film de Catherine Corsini

J’ai beaucoup apprécié Un amour impossible, que Catherine Corsini a adapté et réalisé d’après le livre éponyme de Christine Angot, est dont j'avais fait une critique très positive.

J'ai retrouvé l'esprit du roman. L'essentiel y est, intact, et pourtant la réalisatrice a opéré quelques changements, particulièrement pour la fin mais sans trahir l'esprit. Il fallait quitter le registre de l'émotion, parce que le cinéma est un autre média que l'écriture.

Le casting est remarquable car la ressemblance entre Christine Angot et la chanteuse Jehnny Beth qui l’incarne à l’âge adulte est très troublante dans cette scène finale.

Catherine Corsini tenait à sa liberté, mais elle aurait accepté que l'écrivaine refuse que son nom apparaisse au générique si le scénario ou le film ne lui convenait pas. Elle a lu le script et l’a trouvé formidable, puis elle a vu le film et a dit l’avoir aimée. La mère de Christine l’a vue quant à elle deux fois.

À la fin des années 50 à Châteauroux, Rachel, modeste employée de bureau, rencontre Philippe, brillant jeune homme issu d'une famille bourgeoise. De cette liaison passionnelle mais brève naîtra une petite fille, Chantal. Philippe refuse de se marier en dehors de sa classe sociale. Rachel devra élever sa fille seule. Peu importe, pour elle Chantal est son grand bonheur, c'est pourquoi elle se bat pour qu'à défaut de l'élever, Philippe lui donne son nom. Une bataille de plus de dix ans qui finira par briser sa vie et celle de sa fille.

Le travail de reconstitution a été minutieux, et subtil de manière à ne pas souligner trop nettement le temps qui passe d'un plan à l'autre. Le spectateur ne sent aucune rupture. L'histoire se déroule dans une continuité historique remarquable.

jeudi 8 novembre 2018

Le Dress Code va devenir un hôtel à la mode

J'ai découvert il y a quelques jours le Dress Code, un nouvel hôtel parisien, quatre étoiles, enchâssé entre l’Opéra, la Madeleine, la Place Vendôme et les Grands Magasins.

Il présente l'originalité d'avoir été conçu sur le thème de la mode. Ce qui aurait pu être une idée gadget s'avère extrêmement bien pensé autour d'une décoration élégante.

L'immeuble abritait le siège de la Fédération française de Prêt-à-porter féminin, ce qui a inspiré la décoratrice Stéphanie Coutas a décliné le thème de la mode et du shopping parisien.

Une accumulation de chemises compose un tableau mural. Une majestueuse suspension de cristal de Baccarat s'épanouit au plafond du lobby qui se déploie dans une minéralisé apaisante, autour de larges fauteuils confortables.

Au sous-sol le spa offre, de 7 à 22 heures, un espace bien-être à la carte adapté aux plus exigeants, pour rebooster toutes les énergies dans une ambiance d’épure en blanc et filigrane grisé. Son accès est exclusivement sur rendez-vous, de manière à ce que l'utilisateur jouisse de l’impression d’être seul au monde pour une quiétude absolue.

Le hammam est tamisé de lumières douces. Des partenaires peuvent intervenir pour des massages  ou la pratique de lifting manuel japonais.
Dans le lobby la couleur dominante y est le grège, s'accordant à un camaïeu de marbres clairs et tout en twist discret de moulures intemporelles.
On y propose le matin un buffet sucré-salé pour un petit-déjeuner continental. C'est ensuite ce qu'on appelle l’honesty-bar de 13h00 à 2h00 pour accompagner la convivialité. Presque chaque après-midi un gâteau maison embaume et tente la clientèle à profiter d'une pause avec thé chose dans une vaste collection.

mercredi 7 novembre 2018

Objet trouvé de Matthias Jambon-Puillet

Malgré une présentation disons "alléchante" de l'éditeur il est probable que je n'aurais pas rencontré cet Objet trouvé s'il n'avait pas fait partie de la sélection des 68 premières fois.

Le soir de son enterrement de vie de garçon, Marc, 24 ans, disparait, laissant seule sa fiancée, Nadège, enceinte de leur premier enfant. Trois ans plus tard, alors que Nadège a refait sa vie avec Antoine, on lui annonce que Marc a été retrouvé nu, bras menottés dans le dos alors qu'une femme gainée de cuir est morte dans la pièce voisine.

Toutes les hypothèses sont possibles ... quant à la réaction de Nadège qui pourrait aussi bien reprendre le cours de la vie quotidienne avec son ex-compagnon ou décider de poursuivre la route qu'elle a prise depuis leur séparation.

On pensera à un triangle entre Nadège-Marc et Sabrina, la jeune femme décédée mais une autre figure géométrique se dessine avec Nadège-Marc et Antoine.

On lit ce roman comme un thriller. C'en est un et la personnalité de Sabrina interroge tout autant que celle de Marc. Il est facile d'attribuer à la première la posture de la sadique et à l'homme celle du masochiste. Sauf que c'est elle qui est morte et qu'il est en vie. La vérité se situe donc peut-être ailleurs.

Né à Lyon en 1986, Matthias Jambon-Puillet vit à Paris. Il travaille dans le milieu du divertissement et des nouvelles technologies. Il a "naturellement" situé l'action de son premier roman dans sa ville natale où semble exercer la Dame K qui traverse le livre.

Il nous invite à un voyage (j'allais écrire une descente) dans les coulisses d'un monde BDSM qui est bien réel et donc troublant. Au-delà de ce contexte l'auteur traite aussi l'universalité des rapports amoureux, à savoir la quête de sa moitié d'âme ...

Je retiens particulièrement cette proposition (p. 52) qui me semble résumer le propos de l'ouvrage et qui peut concerner plusieurs personnages : je ne suis pas là pour te sauver. Je crois qu'on ne peut que se sauver soi-même. Mais si tu es prête à recevoir, je suis prêt à donner.

Objet trouvé de Matthias Jambon-Puillet, aux éditions Anne Carrière, en librairie depuis mai 2018

mardi 6 novembre 2018

Tous mes rêves partent de la gare d'Austerlitz de Mohamed Kacimi

Je suis allée voir Tous mes rêves partent de la Gare d'Austerlitz de Mohamed Kacimi au Théâtre 13 Seine. Mais vous pourrez aussi découvrir la pièce au Théâtre de Stains (où a eu lieu la création) si vous résidez plus au Nord ... Quel que soit le théâtre ne la manquez pas, elle est formidable d'humanité.

Ecrite par un homme, mis en scène par une femme, et interprété uniquement par des femmes, cette pièce se situe un soir de Noël, dans le rare espace de liberté (du moins de pensée) qui peut exister dans un univers carcéral, une bibliothèque qui est tenue par Barbara (Marjorie Nakache), en quelque sorte la "chef" des lieux, et d'autant plus qu'elle signe la mise en scène.

Sans rien savoir du sujet, le spectateur se doute que l'action se passera dans un espace clos. On perçoit des bruits de portes qui roulent sur un rail. Un cri de corbeau déchire le silence et on comprend que, quelques instants plus tard, il soit insupportable pour Lily (Olga Grumberg) malgré le recours aux médicaments. L'éclairagiste a trouvé comment donner l'impression qu'elles sont derrière des barreaux en faisant tomber des douches de lumière. Le décor est gris souris. Plus tard, que ce soit un noeud dans les cheveux, une fleur ou un ruban, la touche rouge du costume de chaque femme apportera une note joyeuse, comme un coquelicot dans une prairie qui ne demande qu'à exploser de vie et de couleurs.

Rosa (Gabrielle Cohen)Mayrlou (Irène Voyatzis)Zélie (Jamila Aznague) et Lily sont des habituées. Elles viennent touts les jours dans la bibliothèque, en sacrifiant quelques instants de la promenade quotidienne. Pour choisir un livre, mais aussi et surtout pour échanger des paroles et parler de leur travail, leurs amours, leur famille, et aussi de leurs rêves. Surtout Zélie qui raconte en boucle J'étais gare d'Austerlitz... toujours le même rêve depuis qu'elle est ici, exactement 2 ans et 23 jours.

lundi 5 novembre 2018

Le Chien rouge de Philippe Ségur, chez Buchet Chastel

La lecture du Chien rouge ne fut pas facile. J'ai d'abord eu du mal à passer le cap de la (longue) préface dont le sérieux tranchait si brutalement avec l'humour qui m'avait tant plu dans son précédent roman. J'étais pourtant prévenue que Philippe Ségur était passé du rose au noir, et qu'il ne fallait pas que je m'attende à retrouver l'atmosphère de bonne humeur de L'extermination des cloportes. Le choc fut néanmoins très rude.

Curieusement, le "manuscrit de Peter Seurg" (p. 35 et suivantes) ne m'a pas du tout rebutée. Bien au contraire. Je me suis d'emblée prise de compassion pour cet homme dont certes je ne partage pas la dépression mais dont les propos résonnaient souvent en moi. Par exemple :

Nous nous insurgions contre la barbarie djihadiste, mais nous ne nous interrogions pas sur le fait que la France était en guerre depuis quinze ans en terre musulmane et exploitait depuis soixante ans l'Afrique néocoloniale. Suit une critique (fondée) de comportements de masse pour justifier une attitude plus responsable : j'étais entré en résistance. je coupais mon téléphone portable, j'achetais des produits d'occasion, je n'empruntais plus les autoroutes (p. 38).

L'appel du chien rouge s'insère à l'intérieur de cette partie et m'a déroutée.

J'ai bien compris que c'était un roman à clés où l'auteur se faufile derrière le personnage dont le nom est l'anagramme du sien. Je n'ai pas lu l'oeuvre d'Hermann Hesse, souvent cité, et que je ne connais que de nom. J'imagine qu'un grand nombre de références me font défaut pour apprécier comme il se doit le roman de Philippe Ségur puisqu'il s'inscrit dans la lignée de l'auteur du Loup des steppes.

Par contre j'ai trouvé beaucoup de similitude avec le contexte d' Un homme qui dort de Georges Perec et j'ai pensé à un autre livre de couverture rouge, celui d'Amélie Nothomb, Tuer le père, où elle raconte, elle aussi, un épisode de Burning Man.

Le chien rouge plaira à tous ceux qui se sentent, comme le personnage de Philippe Ségur (et on souhaite que son roman ne soit pas pour partie autobiographique), poussés à bout par leur métier et par la folie des comportements humains, et qui ne comprenant plus le monde dans lequel ils vivent, sont prêts à fuir dans les bois, ou ailleurs, loin de tout.

L'auteur a-t-il voulu aussi mettre en garde contre la fausse bienveillance des médecins qui, au lieu de dénoncer ce mal, l'étouffent à coup d’antidépresseurs, de somnifères et d’anxiolytiques dont on dit que  les français en seraient les plus gros consommateurs au monde ?

J'ai eu du mal à admettre que le cocktail entre médicaments et alcool (qui est un des anxiolytiques les plus efficaces) n'ait pas achevé l'homme au bout de quelques semaines. Il est probable que j'ai été imperméable à la métaphore qui se cache probablement derrière cela. A moins que ma quête de sens n'ait été autant désespérée que celle de Peter ...

Il me reste néanmoins le souvenir d'une langue magnifique qu'il aurait fallu que je lise sans chercher à en saisir le sens caché.

Le Chien rouge de Philippe Ségur, chez Buchet Chastel, en librairie le 23 août 2018

dimanche 4 novembre 2018

J'ai découvert le Kansai et quelques spécialités de la ville de Nara

Vous savez sans doute que la France vit à l’heure du Japon jusque février prochain. C'est dans le cadre de Japonismes que j'ai découvert le Kansai.

Ne soyez pas jaloux : je n'ai pas mis les pieds au Japon (pas encore) mais j'ai rencontré des japonais, vécu une cérémonie traditionnelle et gouté des spécialités très savoureuses ... en partageant (en toute modération) le saké de Nara que j'ai bu, comme il se doit, dans un contenant en bois de cèdre.


Le Kansai est la deuxième région économique du Japon avec une population de plus de 20 millions d’habitants, où se trouvent Nara et Osaka. Candidats pour l’Exposition Universelle de 2025, Osaka et le Kansai ont montré la vitalité, la culture et les beautés naturelles de la Région au cours d'une soirée à laquelle j'ai participé.
Ce fut très intéressant d'assister à une représentation du Bugaku qui est un des arts célébrés depuis 900 ans à nara, à l'occasion de la grande fête traditionnelle appelée Kasuga Wakamiya On-Matsuri. Son origine remonte à l'époque d'Asuka Hakuhou (entre 673 et 710 de notre ère). On doit à la Fondation Nantogakuso de perpétuer cette tradition.


Vous ne connaissez sans doute pas le nom de la ville de Nara. Là-bas l’animal sacré est le cerf qui y vit en liberté dans les parcs. Ce fut une ville commerciale majeure sur la route de la soie. Elle a su conserver son authenticité au sein d’un Japon qui s’est fortement modernisé.

Elle en fut la première capitale en 710. Elle fut aussi le berceau du bouddhisme. On peut donc considérer que la ville de Nara est le coeur historique et spirituel du Japon. Elle est inscrite pour plusieurs sites au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses temples et sanctuaires exceptionnels. 

Elle est considérée comme le lieu de naissance du saké japonais, qui était confectionné dans ses nombreux temples.

On utilise les eaux pures des sources souterraines de Kasugayama Primeval et de la chaîne montagneuse de Yoshino/Ikoma. Le riz est produit dans le bassin et les montagnes de Nara. C'est une céréale de grande qualité. Il contribue au goût frais et doux de cette boisson.

samedi 3 novembre 2018

Pas d'amour sans amour

Evelyne Dress a écrit le scénario de Pas d’amour sans amour pour le cinéma. Ce fut un film qui marqua la génération post soixante-huitième qui a lutté avec fougue pour son indépendance sexuelle, mais aussi sociale et intellectuelle. Si les avancées sont réelles, il subsiste tout de même ce qu'on peut se risquer à définir comme un "fondamental", à savoir que l'amour sans amour n'est pas un amour véritable.

C'est ce que pense, à corps et à cris Eva, une célibataire de quarante ans, belle, dynamique, sportive, branchée (comme on peut l'être en 1990), pour qui les hommes sont très décevants… peut-être parce qu'elle n'a pas rencontré celui qui pourrait la faire chavirer, ... à moins qu'elle ne refuse de le voir.

Eva ne craint pas de le clamer : elle n’a pas fait l’amour depuis trois ans. Elle en meurt d'envie, mais réactiver ne va pas être facile, car dit-elle d'emblée, pour elle, pas d’amour sans amour.

Evelyne Dress, qui ne s'inquiète pas de faire les choses dans le "bon" ordre, a décidé, avec son éditeur, Glyphe, de publier maintenant cette histoire qu'il faut certes re-situer dans le contexte des années 90, mais dont on peut faire une lecture contemporaine car beaucoup de choses sont demeurées identiques.

L'écriture est très alerte, souvent très drôle, et nous offre des scènes d'un cocasse que l'on apprécie peut-être davantage en se les imaginant qu'en revisionnant le film qu'elle a écrit, réalisé (et interprété) en 1992 avec (la liste n'est pas exhaustive) Patrick Chesnais, Evelyne Dress, Jean-Luc Bideau, Aurore Clement, Gérard Darmon, Dora Doll, Michel Duchaussoy, Martin Lamotte, Tanya Lopert, Pascale Rocard, Coralie Seyrig, Cécile Pallas et Thierry Rey ... Il a reçu plusieurs prix et a été sélectionné pour les Golden Globes en 1994.

Alors ouvrons le roman et plongeons sans réserve dans la vie d'Eva, un prénom derrière lequel se cache à demi Evelyne, c'est une évidence, puisque tous ses romans sont construits sur une part d'autobiographie.

On retrouve donc forcément les membres de sa famille, qui sont des personnages très hauts en couleur qui chacun estime légitime de se mêler de la vie des autres. Jacques, celui qui était annoncé comme un grand amour d'enfance dans La maison de Petitchet, est là lui aussi.

Eva n'a pas renoncé à son rêve de prince charmant et a bien raison. Vous verrez que ce n'est pas une mince affaire. Elle ressemble en cela aussi à l'auteure qui, de livre en livre, creuse le thème de la recherche de sa moitié d'âme.

On espère qu'Evelyne non plus ne renonce à rien et on l'attend de nouveau derrière la caméra, même si on apprécie chacun de ses livres.

Je vous invite enfin à écouter le portrait qui lui sera consacré dans Entre Voix sur Needradio le mercredi 8 janvier de 18 à 19 heures.

Pas d’amour sans amour d'Evelyne Dress, éditions Glyphe, à paraitre le 6 novembre

vendredi 2 novembre 2018

Un homme pressé, le film de Hervé Mimran

Ne vous arrêtez pas à l’affiche qui est, de mon point de vue, plutôt loupée. Un homme pressé fait partie de ces films dont on ressort avec une joie communicative et l'envie de dire à tout le monde d'aller au cinéma.

Son visage occupe toute l'affiche. On sait d'avance que le rôle principal sera tenu par Fabrice Luccini. Ce qu'on ignore c'est qu'il y est au sommet de son art.

Les premières images justifient la catastrophe qui va faucher ce chef d’entreprise. Cet homme impeccablement interprété par le comédien, n’écoute personne. Et en toute logique il ne s’écoute pas non plus. Il refuse de prêter attention aux signes avant coureurs de ce qui sera un AVC.

Chaque détail compte et c’est ce qui rend ce film si réussi. On entend par exemple Johnny Halliday chanter "j’ai oublié de vivre" alors que l’homme crâne en disant "je me reposerai quand je serai mort".
L’accident vasculaire provoque chez lui de profonds troubles de la parole et de la mémoire. Ce qui est une tragédie devient extrêmement comique lorsqu’il intervertit les syllabes dans une sorte de verlan très imagé. Ses propos choquent et c’est très drôle. C’est émouvant aussi parce que l’accident le place en situation d’infériorité et de dépendance alors que jusque là il était au sommet de la hiérarchie sociale.

Sa rééducation est prise en charge par Jeanne, une jeune orthophoniste. Il note rigoureusement les bons mots dans un carnet qui ne le quitte pas.
Les progrès vont être lents mais continus. Avec quelques loupés quand il pense pouvoir faire le tour du quartier en totale autonomie. Même le chien ne parvient pas à le ramener à sa maison.

Bien sûr il y a quelques incohérences, mais peu importe, on est au cinéma et seul compte le résultat. Notre anti-héros va découvrir ce qu’il se refusait jusque là, à savoir le temps de vivre, et donc aussi celui d’être libre.

On pense à une jolie histoire qui serait un conte de fées mais c’est inspiré d’une histoire vraie. Comme quoi tous les rêves sont permis aux courageux.

On apprécie Leila Bekhti pour lui donner la réplique dans le rôle de la psychopathe … je veux dire bien sûr la psychologue, qui en fait est plutôt orthophoniste. Vous aurez rectifié !

Un homme pressé de Hervé Mimran, avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder

jeudi 1 novembre 2018

Einstein, le sexe et moi d'Olivier Liron


Olivier Liron se déclare autiste Asperger en nous prévenant : ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi.

Ce qui est formidable dans sa manière de raconter, quasiment à la seconde près, une finale de l'émission culte, que les aficionados désignent sous l'acronyme QPUC, c'est qu'il va bien au-delà de la fidélité à la retranscription, savonnages et maladresses inclus.

Tout un livre écrit en langage parlé, même soutenu, n’aurait eu qu’un faible intérêt, même pour moi qui, faisant de la radio dans les conditions du direct, apprécie d’être plongée au cœur des enregistrements.

Olivier nous offre bien plus encore qu’un regard de coulisses. Il raconte à sa manière, avec fidélité, mais en multipliant les digressions, avec tant de pertinences qu’on les accepte, et ... qu'on se met à les espérer. 

Nous sommes en 2012, sur le plateau de France 3, placé entre lui et l'animateur Julien Lepers (qui depuis a quitté les plateaux de télévision). C'est sans doute cela être Asperger, pouvoir à la fois suivre le match, le gagner et nous en expliquer les ressorts.

Einstein, le sexe et moi est un récit très intelligent, parfois presque intellectuel, toujours teinté d'humour ou de dérision. On y croise des personnages hauts en couleur. Quelle idée de Marie Victoire (prénom prédestinant, atout majeur sur un CV pour être recrutée sur une émission de jeu) de proposer de porter un vêtement de couleur verte, réputé pour porter malheur (p.20), ce qui était vrai quand la teinture employée contenait un poison qui contaminait le comédien qui transpirait abondamment. On finit par se méfier et aujourd'hui on ne devrait plus craindre cette couleur.

Olivier Liron est né en 1987. Normalien et agrégé d’espagnol, il enseigne la littérature comparée à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle avant de se consacrer à l’écriture et au théâtre. Il se forme en parallèle à l’interprétation et à la danse contemporaine à l’École du Jeu et au cours Cochet. Son premier roman, Danse d’atomes d’or, est publié en 2016 chez Alma Éditeur. Il est également l’auteur de pièces de théâtre, de scénarios pour le cinéma et de fictions sonores pour le Centre Pompidou.

Einstein, le sexe et moi d'Olivier Liron, chez Alma éditeur, en libraire depuis le 6 septembre 2018
Découvert dans la sélection 2018 des 68 premières fois en tant que second roman

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